‹ Recueil d'œuvres de Léo Errera (volume 4)Chapitre 72 sur 76 · FA HOT · texte numérisé non relu

FA HOT

Retournons un moment aux végétaux cultivés et aux animaux domestiques. Nous y constatons un fait qui, lui aussi, paraît bien extraordinaire : c’est que les diverses races d’une même espèce d’animal ou de plante utiles à l'Homme se distinguentenmemtes précisément par ceux de leurs caractères auxquels l'Homme attache de l'importance au point de vue de ses besoins, de son plaisir, de son industrie. Les Moutons diffèrent entre eux par la qualité, l’abondance, la précocité de leur laine; les races de Chevaux diffèrent par la vitesse, la vigueur avec laquelle elles peuvent tirer des fardeaux; nous avons dit combien sont nombreuses les variétés de Pigeons, que séparent l'une de l’autre les détails de leur plumage, la sûreté de leur orientation, là rapidité de leur vol:Les Pensées, les Violettes, les Roses, si diverses quant aux contours, aux dimensions, au coloris, au parfum

[(1) Ces deux dernières phrases sont citées (avec une légère faute d'impression et l'omission d'un membre de phrase) par M. JEAN HALEUX, professeur à l'Université de Gand, dans son article intitulé : Science positive et Questions d'origine (Bruxelles, O. Schepens et Cie, 1907, page 29). L'auteur objecte que le Darwinisme sans l'idée de finalité et de providence se ramène au hasard. Comment, demande-t-il, expliquer la sélection naturelle sans une cause première ? Ne pourrait-on répondre à M HaALEUx : Est-ce donc l'expliquer que d'invoquer une cause première? Et qu'a-t-on fait, en substituant au hasard, force que nous connaissons sans pouvoir l'expliquer, la Providence, force que nous ne pouvons ni expliquer ni connaître. (Note de l'éditeur.)]

de leurs fleurs, se ressemblent dans toutes les parties auxquelles nous ne nous intéressons pas, telles que leurs racines, leurs tiges et leurs feuilles.

Il en est de même pour les autres productions végétales qui nous sont familières. Considérez les arbres

FIGURE 20. — Fleurs de Saluia glutinosa. 1, fleur dans laquelle pénètre

profondément un Bourdon : les étamines basculent et le recouvrent de pollen; 2, fleur sur laquelle un Bourdon vient de se poser : il frotte son dos couvert de pollen contre le stisgmate ; 3, 4, 5, étamine isolée et fleurs coupées longitudinalement pour montrer la façon dont les étamines sont attachées à la corolle et comment les anthères basculent en avant quand un Insecte entre dans la fleur.

fruitiers : Poiriers, Pommiers, Pruniers, Groseilliers et que sais-je encore? et remarquez combien 1l y a de dissemblance entre les dimensions, l’aspect, la précocité, la saveur de leurs fruits que nous mangeons, et combien, au contraire,-sont peu marquées les divergences dans la tige, les feuilles ou les fleurs qui nous sont indifférentes. En revanche, chez les Betteraves les écarts portent surtout sur les racines; chez les Pommes

de terre, sur les tubercules; chez les Céréales, sur les grains...

À ce point de vue, les vulgaires Choux sont particulièrement instructifs.

Une seule espèce, le Chou potager (Brassica oleracea), compte déjà, d’après le dénombrement le plus récent, 122 sortes principales. Voyez-en quelques-unes, représentées toutes à la même échelle (1) : d’abord l’ancêtre sauvage (n°% 1 et 2) qui pousse sur les côtes d’Angleterre, de Normandie, du Pas-de-Calais; puis le Chou frisé (n°, 3) aux grandes feuilles crépues Mesehere fleur (n° 4) dont l’inflorescence ramassée, blanchâtre, charnue est devenue comestible; le Chou-rave (n°5) à la tige courte, renflée en toupie; le Chou rouge (n° 6) dont les feuilles lisses sont réunies en une « pomme » dense et séveuse; le Chou de Bruxelles (n°7 quemenmee assez élevée, le long de laquelle se pressent de nombreux bourgeons capités; et, pour finir, le géant, le Chou cavalier de [ersey (n° 8), à la tige ligneuse plus haute qu’un homme, aux grandes feuilles qu’on enlève pour l'alimentation du bétail. Que de différences dans les feuilles et les tiges utilisées par l'Homme, et à côté de cela, chez toutes ces races, quelle surprenante similitude dans les autres parties, comme si les Choux avaient prévu que c'est pour les organes végétatifs que l'Homme les sème, et que leurs fleurs, leurs siliques, leurs graines n’ont pas d'intérêt pour lui !

Est-ce que vraiment les végétaux cultivés, les animaux domestiques étaient prédestinés à nous servir? Beaucoup d’entre eux sont plus anciens que nous à la surface du globe : attendaient-ils, d'avance, notre venue? Le

|[(1) Voyez plus haut, pages 151 et suivantes, toutes les figures auxquelles renvoient les numéros cités ici.]

Cheval, par exemple, était-1l destiné de tout temps à la traction de nos fardeaux et à nos paris de courses ?

Evidemment, non. Si tous ces êtres se diversifient par les qualités qui nous intéressent et offrent tant d’analogie entre eux dans les parties qui ne nous intéressent pas, nous savons bien à quoi cela est du. C’est la sélection qui a produit cette merveille. Dans le choix qu'ils font à chaque génération d'animaux ou de plantes, l’éleveur, le cultivateur s’attachent aux caractères qu’il leur importe de développer ou de modifier, tandis qu'ils négligent les autres. Parmi les Chevaux de courses, on garde de préférence pour la reproduction les plus vigoureux et les plus rapides; parmi les arbres fruitiers, on réserve ceux qui présentent les fruits les plus savoureux; parmi les Choux, on choisit comme porte-graines ceux dont les feuilles ont un goût agréable, forment une belle « pomme » et ont la précocité voulue, mais l’horticulteur se soucie fort peu de savoir st ses Choux ont des fleurs plus grandes ou plus petites, plus claires ou plus foncées.

L'accumulation des différences, de génération en génération, se concentre par conséquent sur certains caractères qui nous importent, et, par cela seul, ce sont ces caractères-là qui vont être les signes distinctifs des races nouvelles que nous aurons produites.

Demandons-nous maintenant si la sélection qui s’accomplit aveuglément, fatalement, à l’état sauvage, ne va pas tendre à un résultat tout semblable.

Supposons que dans des conditions déterminées — et nous avons vu que cette supposition n’a rien de gratuit — un détail de structure florale, en variant

légèrement dans un sens ou dans un autre, procure aux individus qui en sont doués une chance de l’emporter dans la concurrence pour la vie, c’est-à-dire de résister mieux aux causes de destruction, une chance de plus de donner naissance à des graines et, par suite, de se continuer dans des descendants. Il est clair qu’alors, parmi les nombreuses fleurs formées côte à côte chez une même espèce, celles qui, par hasard, se trouveront varier dans la direction favorable fructifieront mieux que les autres, et, dans les générations suivantes, 1l y aura déjà une proportion plus marquée d'individus dérivant des graines produites par ces fleurs favorisées, et une proportion moindre d'individus issus des graines produites par les autres fleurs.

On entrevoit, au moins d’une façon générale, qu’à chaque moment la concurrence, la lutte qui existe entre les différents êtres d’une même espèce, doit donc nécessairement amener de plus en plus la conservation et l'accumulation des variations utiles. Qu'un coloris un peu plus vif, qu’une sécrétion sucrée un peu plus abondante soient, dans des conditions données, avantageux pour une fleur, qu’en attirant plus d’Insectes fécondateurs la plante ait ainsi plus de chances de produire des graines et de se perpétuer, et l’on conçoit que ces détails se conservent, s’additionnent, puis que l’on arrive, au bout d’un nombre de générations plus ou moins élevé, à des fleurs remarquables par l'éclat de la couleur ou l'abondance du nectar.

Si, au contraire, dans les conditions dans lesquelles un organisme se trouve, tel organe qu'il possédait jusque-là devient inutile, on comprend très bien que la sélection naturelle ne tendant plus à conserver cet organe, 1l disparaisse petit à petit, d’une façon plus ou moins complète, par la raison que les individus chez

lesquels l’organe en question sera peu ou point développé ne se trouveront pas le moins du monde en arrière des autres, mais, au contraire, qu'une certaine quantité de matières plastiques ainsi disponible pourra être employée par eux en faveur d'organes encore utiles.

Il y a donc dans la nature, par le fait de la sélection et de l’hérédité, une tendance immanente à reproduire dans chaque génération les traits des formes qui l'ont emporté dans les générations précédentes et à éliminer les autres. Et puisque le même triage pourra se répéter à chaque génération nouvelle, puisque l’hérédité intervient pour conserver et fixer les variations victorieuses, il y aura accentuation et accumulation graduelles des caractères qui ont assuré aux générations antérieures leur conservation et leur survivance.

Chaque caractère avantageux, chaque structure complexe, chaque adaptation merveilleuse, se décomposant ainsi en une infinité de petites mutations conservées une à une, précisément parce qu'elles étaient utiles, et additionnées ou, mieux, intégrées dans la longue série des temps, demeurent sans doute encore admirables, mais deviennent un peu moins incompréhensibles.

La mutabilité est aveugle : les constatations faites sur l'Oenothera Lamarckhiana et ailleurs montrent assez que les mutations se produisent dans tous les organes et dans presque toutes les directions, sans norme et sans but. Par elles-mêmes, elles ne contribuent donc en aucune façon à élucider le grand mystère de l’adaptation, et la notion de sélection naturelle reste toujours notre seule ressource, en nous faisant comprendre comment un mécanisme perfectionné peut s’édifier par l’addition lente de mutations utiles.

De VRiss ne s'y est pas trompé. Tout en déclarant

qu'il laisse ce côté de la question en dehors de ses études actuelles, 1l dit : « La haute valeur de la théorie de la sélection de DaARwIN tient, comme tout le monde le reconnait, à ce qu’elle explique la finalité dans la nature organique, au moyen de principes purement naturels et sans le secours d'aucune idée téléologique. C’est à ce caractère que la théorie de la descendance doit d’être aujourd’hui généralement acceptée (1). » Prétendre, ainsi qu’on l’a fait, que la théorie de la mutation est « une construction nouvelle mise à la place de l'édifice démoli » du darwinisme, ce n’est donc pas seulement forcer l'opinion du savant hollandais, c'est la fausser.

Afin d'éviter tout malentendu, essayons de montrer sur un exemple concret comment, à notre sens, le problème se pose.

Parmi les organes les plus merveilleux des plantes, il faut citer les vrilles, véritables mains végétales, douées d’un toucher souvent très supérieur au nôtre. Grâce à elles, certaines espèces cherchent en tàtonnant, sentent et saisissent les supports situés dans leur voisinage. Tout un ensemble délicat de propriétés concourent à ce résultat. Comme 1l existe, chez diverses plantes, de ces organes de préhension à des degrés très inégaux de spécialisation et de perfectionnement, on peut concevoir que les vrilles les plus parfaites aient acquis leurs caractères par la conservation répétée, dans la longue suite des temps, de petites mutations fortuites, avantageuses. C’est là proprement le jeu de la sélection naturelle.

Mais ce qui serait un miracle, c’est que, tout à coup,

(1) DE VRIES, Mutationstheorie, 1, 1901, page 130.

sans préparation et sans antécédents, une vrille accomplie vint à surgir, nouvelle Minerve, chez une espèce qui n'aurait encore parcouru aucune des étapes de cette évolution. |

Or, un botaniste allemand distingué, Fr. NoLz, a observé 1l y a quelques années, « l'apparition d’une vrille typique chez une espèce végétale normalement privée de vrilles ». Il s’agit d’un jeune pied d’une sorte de Capucine (Tropacolum aduncum) dont les feuilles avaient leur aspect habituel, sauf la cinquième : celle-ci était remplacée par une petite vrille parfaite, fonctionnant fort bien et tout à fait semblable à celles qui se développent normalement chez une autre espèce du même genre (7 ropaeolum tricolorum), où Darwin les a décrites.

Norz concluait ainsi : « Sans avoir été formée pas Ne dans la lutte pour l'existence, une structure très perfectionnée nait 1c1 subitement sous nos yeux et elle est d'emblée pareille aux vrilles d’une espèce voisine qui en produit normalement et depuis longtemps (1). » Il semble donc bien que Nozr admette ici l’existence d’un « saut » considérable et qui tiendrait du prodige.

De fait, 1l n’y a là, je pense, qu'une mutation peu étendue. Car il ne faut point oublier que les Capucines, et en particulier le Tropaeolum aduncum, ont des feuilles dont les pétioles sont sensibles au contact, s'enroulent autour des supports et offrent déjà — sans doute à la suite d’une longue évolution — toutes les particularités Écsentuelles des vrilles: Pour devenir des vrilles

(1) Frirz Nozr, Ueber das Auftreten einer typischen Ranke an etner sonst rankenlosen Pflanzenart, (Sitzungsberichte der Niederrheinischen Gesellschaft für Natur- und Heilkunde, Bonn, 14 janvier 1895).

typiques, 1l ne leur reste qu’une seule étape à franchir : perdre leur limbe, et c’est ce qui a lieu dans l’exemple Cité.

Un tel avortement du limbe n’est rien detrèsinsolite. D'autres vrilles, par exemple chez les Papilionacées du genre Lathyrus, doivent aussi être envisagées comme des feuilles dont le limbe s’est perdu.

En résumé, chaque mutation ne fournit à l'espèce qu'un caractère élémentaire, utile, indifférent ou nuisible dans les circonstances où 1l se manifeste. Pour conserver et accumuler les variations utiles, pour éliminer au contraire les lignées qui présentent les autres, 1l faut un principe directeur, et nous n’en apercevons qu'un seul : la sélection naturelle, c’est-à-dire la destruction précoce des moins bien adaptés et la survivance des mieux adaptés, par l’effet de la concurrence vitale.

Il serait incroyable que l’œ1l d’un animal supérieur setfût formé tout d'une pièce. [l'est beauconphples admissible qu’il se soit développé par perfectionnements minimes dans l’immense série des millions d'animaux que la géologie nous révèle et dont les générations se sont succédé à la surface du globe depuis que la vie y est apparue pour la première fois. Ainsi la bille sphérique et luisante avec laquelle jouent nos enfants dérive d’un caillou informe qui a perdu, une à une, par une longue usure et d'innombrables frottements, toutes ses saillies et toutes ses arêtes... Ou, si nous voulons emprunter au monde inorganique une autre comparaison plus noble, — ne comprenons-nous pas beaucoup mieux la lente genèse des mondes et leur groupement harmonieux, dans l’hypothèse grandiose de Kanr et

de LaAPpLACE, que si nous les regardions comme créés du néant et placés d'emblée de façon à constituer le système planétaire ?

Répétons-le une fois de plus : devant les énigmes de l'univers et, surtout, devant les finalités admirables que la nature vivante nous offre à chaque pas, 1l y a trois attitudes possibles :

La négation : — prétendre qu'il n’y a pas de finalité, mais simplement l'effet du hasard. C’est violenter les faits les plus clairs. C’est la politique de l’autruche qui s’'imagine que la difficulté a disparu, parce qu’elle se refuse à la voir;

L'’adoration : — admettre que tout est l’œuvre d’une Intelligence supérieure et omnipotente, et renoncer ainsi délibérément à toute tentative d'explication ; c'est, en d’autres termes, abdiquer;

Enfin, l’investigation : — rechercher patiemment s’il n’y a pas moyen de rendre compte de ces merveilleuses harmonies, les étudier dans leurs détails afin d'en discerner les facteurs et les causes.

Entre ces trois alternatives : nier, ,abdiquer ou chercher, la troisième est la seule qui convienne à l’homme de science, la seule qui soit digne d’esprits éclairés et libres.

Et cette attitude qui nous parait seule compatible avec l’esprit scientifique est respectueuse aussi d’une

foi sincère. Car, revendiquer pour la science, sans nul partage, la totalité de son domaine, ce n’est pas méconnaitre l'existence possible d’un domaine de l’inconnaissable. La sphère chaque jour plus vaste du connu n’en est pas moins plongée dans l'inconnu immense. Libre à ceux qui le veulent de donner asile à la notion d'une Cause première ou d’un Etre suprême dans ces régions inexplorables où chacun de nous erre au hasard de ses sentiments, de ses traditions ou de ses désirs.

ile

POSTERUNEES

Vous connaissez, n'est-ce pas, l’histoire de cette boucle de souliers, grosse de conséquences ?

Deux amis se rencontrent :

= Comment, dit l’un à l’autre, voilà six mois que tu te promènes avec cette boucle brisée à ton soulier ! » (La scène se passe à l’époque où les souliers se portaient avec des boucles).

— « Eh mais! répond l’autre, c’est que je n’ai pas envie de me ruiner. Si je mets une boucle neuve, mes souliers vont paraître trop vieux : je devrai m'en acheter d’autres. Les souliers neufs m'obligeront à un plus bel habit. Bien vêtu, je ne pourrai plus habiter au quatrième : il me faudra louer un premier. Cela m'entraînera à avoir chevaux et voiture, des domestiques, un grand train de maison et tout ce qui s’en suit, — et comme ma fortune ne me permet pas tout ce luxe, tu vois qu’en achetant une boucle je serais ruiné du coup! » —

Les conférences que notre Cercle a organisées cet hiver avaient pour but de fournir quelques notions élémentaires de physiologie végétale. Cela, c’est la

(1) Conférence faite par LÉO EKkkRERA au « Cercle des Jeunes Botanistes de Bruxelles », le 27 avril 1879. — Elle est reproduite textuellement d'après le manuscrit. On s'est contenté d'y intercaler quelques figures pour remplacer les dessins que l'auteur avait faits au tableau.

boucle neuve. Aujourd’hui j'ai à vous montrer à quoi cette boucle neuve doit nous conduire, et comment, de fil en aiguille — ou plutôt de boucle en soulier — ces notions si simples nous mènent aux problèmes les plus élevés, les plus intéressants de la philosophie naturelle; — comment, partis du grain de chlorophylle, nous allons arriver à embrasser d’un regard tout l’ensemble de ce qui vit. — J'espère seulement que notre histoire différera de celle de la boucle en ce que là on en arrivait petit à petit à la ruine, au lieu qu'ici notre étude ne peut rien ruiner, sinon quelques idées fausses ou quelques préjugés.

L'aspect d’un organisme vivant fait naître en nous plusieurs sortes de questions, auxquelles correspondent autant d'ordres de recherches scientifiques. Essayons d’en dresser la liste. Il y a le point de vue statique, et le point de vue dynamique; l’un étudie le mécanisme au repos, l’autre en étudie le mouvement. Supposons pour un instant que l’univers entier s'arrête :: les recherches statiques. que l'étrenrmane provoque n’en subsistent pas moins; nous pouvons toujours examiner la forme et la disposition de ses organes : c’est la morphologie; leur structure : c’est l'anatomie, c'est l’histologie; leur composition élémentaire, c’est l’analyse chimique. Nous pouvons encore nous demander quelle est sa place dans le système, quand on le compare aux autres êtres: c'est la classification, c'est l'an comparée, etc. Enfin, nous pouvons étudient dispersion dans l'espaceet dans le tempshmeRst la géographie des léêtres et la paléontolss… L'examen statique nous fait reconnaître chez les

ÉPSRPBPANIESMVIS AVIS DIE ME AUNAQURE 279

organismes des unités de divers ordres : molécule, cellule tissu, organe, individu, espèce. Le point de vue dynamique consiste à scruter les réactions réciproques de ces unités : réactions moléculaires, réactions cellulaires, réactions histologiques, réactions des individus les uns sur les autres et réactions mutuelles des espèces. Au point de vue dynamique, nous ne considérons donc plus un état déterminé, mais bien la succession des états, et le point de vue dynamique comprend ainsi la genèse et la physiologie. Il ya la genèse de l'individu pris isolément, c’est l’ontogenèse; — il y a aussi pour le transformisme la men = de l'espèce, c'est la phylogenèse. Il ÿ a de même la physiologie de l'individu, qui est la physiologie proprement dite, et la physiologie Heétlespèce, qui est la sociologie.

— Ici je voudrais mettre en relief un côté de la question, qui a peut-être le mérite de la nouveauté. Il me semble qu’à certains égards, la physiologie et la sociologie sont en petit ce que l’ontogenèse et la phylogenèse sont en plus grand. Je m'explique. Prenons la nutrition pour exemple : la physiologie saisit l’aliment depuis son entrée dans l'organisme — animal ou végétal —, en suit pas à pas les diverses modifications et nous le montre transporté, assimilé, utilisé pour former de nouvelles cellules. Puis elle Hensiareoyoirique les cellules se brülent, s’usent, s'éliminent, et que de nouveaux aliments doivent Menmales reformer, pour être éliminés à leur tour. Et ainsi de suite dans un cycle continu. Mais si l'usure égalait toujours l'apport nutritif, le bilan de l'organisme se solderait après chaque cycle sans profit, ni perte; et nous n’aurions ni accroissement ni décrépitude. Or, en réalité, 1l y a toujours bont ou

mali, de telle sorte que, vu de loin, considéré seulement dans son résultat, le cycle ne paraît plus qu’un accroissement ou une diminution par rapport à l'état antérieur.

L'accroissement fait progresser l'organisme de l’ovule à l’âge adulte; la décroissance le fait déchoir de l’âge adulte à la vieillesse et à la mort. La genèse de l'individu, l’ontogenèse, étudie précisément la succession de ces accroissements et de ces décroissances. L’ontogenèse nous indique ainsi la série des étapes de l'organisme ab ovo. Elle nous dit : « Ici des cellules se multiplient, là des organes nouveaux se forment, làbas des organes se métamorphosent ou disparaissent. » Mais nous pouvons aller plus avant ; nous pouvons prendre l’une quelconque de ces étapes, la subdiviser, comme je le disais tantôt, en analyser un à un tous les phénomènes (d’assimilation et de désassimilation) ; — nous pouvons nous demander d’où viennent les matériaux de ces édifices cellulaires et où vont leurs décombres, quelles forces les bâtissent et quelles influences les détruisent : c’est le domaine de la physiologie. — Permettez-moi une comparaison. Si nous représentons la vie d’un être par une courbe, l’ontogenèse étudiera la succession des points qui composent cette courbe. La physiologie, elle, va plus loin. Ce que vous prenez pour des points, nous dit-elle, n’en sont pas. Chacun de ces prétendus points est lui-même une courbe et je vais étudier la suite des éléments ultimes qui composent chaque fois un de vos points apparents. La physiologie décompose ainsi en périodes plus petites la grande période que l’ontogenèse décrit pour chaque être, ou, si l’on veut, l’ontogenèse ne s'occupe que du résultat d'ensemble de chacun des petits cycles physiologiques. — Et le même rapport

PESSPLEANPESIS AMIS DIE TLANNAMURE Pre)

qu'il y a entre la physiologie de l'individu et sa genèse, existe aussi entre la physiologie de l’espèce (qui est la sociologie) et la genèse de l’espèce (qui est la phylogénie). La phylogénie tâche de découvrir la série des points qui forme la courbe de l'espèce, comme l’ontogenèse reconstitue la courbe de l'individu; puis la sociologie vient, comme tantôt la physiologie, décomposer ces points pour rechercher à chaque instant les réactions des divers êtres les uns sur les autres et leurs échanges de services.

La physiologie pourrait se diviser en phys1ologie interne qui s'occupe du fonctionnement des cellules, des tissus, des systèmes, des organes et de l'individu tout entier considéré en lui-même, et en physiologie externe qui recherche l'influence que des conditions étrangères à l'individu exercent sur ses fonctions.

Cette physiologie externe confine à la sociologie. Ph soCiolosie bpeut, elle aussi, être interne — lorsqu'elle se borne à étudier les phénomènes qui résultent du choc des individus de la même espèce ou externe — lorsqu'elle étudie, au contraire, les relations entre espèces différentes.

91 vous avez bien voulu me suivre jusqu'ici, j'espère, Messieurs, que vous n'allez pas m'abandonner en ce moment décisif et que vous n'allez pas vous récrier si léndistque 1 conférence. de ce soir a pour sujet la sociologie végétale. Eh oui! il y à une sociologie végétale, puisqu'il y a des relations, souvent très complexes, soit entre plantes de même espèce, soit entre telles plantes et le reste de la nature.

La sociologie interne, celle qui traite des rapports

entre végétaux de même espèce, se résume ici, comme partout, en deux phénomènes primordiaux :concurrence vitale dont la résultante est la survivance des plus aptes, et concurrence sexuelle dont la résultante est la perpétuation des plus aptes.

La sociologie externe est beaucoup moins simple. Les plantes d’une espèce peuvent se servir des plantes

FIGURE 1. — Structure d’un lichen (Xaxthoria) d'après BONNIER. (Copié dans von TAFEL : Püilze.)

d’une autre espèce soit pour s’y accrocher seulement, comme les plantes grimpantes, soit pour se nourrir à leurs dépens, comme les plantes parasites. Vous savez combien le parasitisme est fréquent dans la nature — sans en excepter le règne humain de DE QUATREFAGES. L'un des grands groupes de végétaux, celui des Cham-

PESNPPANTESNIS-ANIS DE TAUNATRURE

Mais, à côté d’eux, il y a aussi de nombreux Cham-

pignons qui vivent des déchets des autres organismes. Et, chose plus curieuse, certains Champignons con-

pignons, renferme précisément beaucoup de parasites.

Butarische Wandtafein à eux

À dr — a

Page 1