IV. — [La NUTRITION PAR LES POILS RADICAUX
17. — Afin de répondre à ces questions, 1l faut faire des expériences de culture. Si l’on veut qu’elles soient rigoureuses et probantes, on doit savoir exactement quelles substances on offre à la plante et en quelles proportions. Le so! naturel ne saurait convenir pour ces expériences; sa composition chimique n’est pas assez fixe, il reçoit constamment certaines substances par les pluies, il en perd par les eaux souterraines. Aussi a-t-on eu recours à des sols artificiels (BOUSsIN-
GAULT, 1837; prince DE SALM-HORSTMAR, 1849; LAWESs, GILBERT ET PUGH, 1857; etc.), tels que le sable lavé et calciné, la pierre ponce concassée, le charbon obtenu en faisant brüler du sucre, auxquels on ajoutait des mélanges connus de composés nutritifs.
18. — L'expérience devient encore plus démonstrative si l’on supprime tout à fait le sol. Les plantes terrestres peuvent, en effet, accomplir tout leur développement sans terre : il s'agit seulement de fournir à leurs racines de l’eau tenant en dissolution quelques corps chimiques bien définis, sous la forme de sels, c'est-à-dire de combinaisons analogues au sel de cuisine et au salpêtre. C’est là la wéfhode des cultures aqueuses inventée en principe par WoobwaRD en 1690, scientifiquement employée par Sacxs en 1860, perfectionnée par Knop en 1861.
19. — Moyennant des précautions très simples, une culture aqueuse est facile à réussir. On reconnaît qu'il suffit d'ajouter à l’eau distillée, un nitrate, un phosphate, un sulfate, de la potasse, de la magnésie, de la chaux et du fer — en tout, 2 à 3 millièmes, soit 2 à 3 grammes de ces sels par litre.
20. — Pour les végétaux de la famille des Légumineuses (£rèfle, Luzerne, Pois, Fève MEME Lupin, etc.), l'addition du nitrate n’est même pas obligatoire, au moins dans certaines conditions, et les éléments qu'il est nécessaire et suffisant de présenter à leurs racines, sous forme de combinaisons assimilables, se réduisent à huit : oxygène et hydrogène de l’eau,phosphore, soufre, potassium, calcium, magnésium, fer.
Mais, pour l’immense majorité des végétaux de nos cultures (Graminacées : Blé, Orge, Avoine, Maïs, etc. ; — Cruciféracées : Colza, Moutarde, etc.; — Sola-
nacées : Pomme de terre, etc.; — etc.), le neuvième élément, l'azote, est également nécessaire.
Ces huit ou neuf éléments sont tout à fait indispensables : la suppression de l’un quelconque d’entre eux amène des troubles graves et arrête bientôt le développement de la plante. La privation de potassium ou de calcium, par exemple, est promptement mortelle; le manque de fer empêche le verdissement : la plante devient chlorotique; et ainsi de suite.