‹ Recueil d'œuvresChapitre 31 sur 38 · UN ORDRE DE RECHERCHES TROP NÉGLIGÉ 29I · texte numérisé non relu

UN ORDRE DE RECHERCHES TROP NÉGLIGÉ 29I

coup plus d'intérêt qu'il ne semble d'abord. Essayons de le montrer.

Les plantes se servent des procédés les plus variés pour se défendre contre les attacpies des herbivores de toute taille et de toute catégorie qui les menacent sans cesse, depuis les Limaces et les chenilles jusqu'aux gros bestiaux et à l'Homme lui-même. L'écorce qui recouvre les végétaux, les épines qui les hérissent, les substances amères ou vénéneuses qu'ils renferment sont autant de moyens de défense. Car les plantes ne produisent pas plus des poisons pour l'usage de nos pharmacies qu'elles ne font éclore des fleurs pour le plaisir de nos yeux. Le naturaliste n'a pas à s'arrêter à ces explications enfantines du vulgaire, qui n'envisage partout que l'utilité humaine; il sait bien que la structure de chaque organisme est adaptée à ses propres besoins, et non à ceux d'autrui.

On a publié sur les moyens de protection des plantes plusieurs mémoires remarquables. Après quelques aperçus de Darwin et de Delpino, il faut surtout citer le beau et fondamental travail de Kerner sur u Les moyens de protection des fleurs contre les hôtes importuns » (i). Conformément au titre, il s'occupe plutôt de la protection des fleurs que de la plante tout entière, à laquelle il consacre cependant un intéressant paragraphe. Peu après, Otto Kuntze a rassemblé dans ses

(i) Die Schutzmiticl der BUtllieii gegcii unhentfenc Giistti, dans Festschrift der K . K. :ooh>i;iscIieii holainsclun Gesclhchaft, \'ienne, 1876.

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<c Moyens de protection des plantes contre les animaux et les intempéries » ( i) un giand nombre d'observations et de suppositions originales. Ce livre ingénieux et u suggestif » se ressent malheureusement de la hâte avec laquelle il a été rédigé : on v trouve bien des détails contestables, des généralisations prématurées (2), et les matériaux v sont rangés avec si peu d'ordre que la moindre recherche oblige à relire presque tcnit l'ouN-rage. Enfin, cette année même a vu paraître un charmant volume de Lubrock (3), qui, sans s'occuper positivement de notre sujet, l'effleure de temps en temps. C^n peut regretter que l'auteur ait parfois omis (riiulicpiei- la part do ses prédécesseurs dans les remarques (]u'il expose.

X'ne lacune est commune à toutes ces publications. Les différents procédés de défense qui y sont énumérés ont été plutôt déduits cjue démontrés, plutôt devinés qu'observés. Par-ci, par-là, les auteurs ont bien constaté que telle plante vénéneuse est évitée par le bétail, que tels poils glandulaires arrêtent les Fourmis. Mais dans la plupart des cas on a généralisé trop vite ou l'on s'est contenté de simples conjectures. L'observation est le crible qui doit séparer ici comme partout les hypothèses fantaisi.stes des inductions bien fondées. Il v a donc à établir quelle est, pour chaque espèce, l'efhcacité de ces caractères aux(]uels on attribue un rôle protecteur. 11 ne suffit pas, par exemple, de dire que certaines plantes sont vénéneuses; il faut encore prou\er (]ue les

Il Die Schut-^milld der Pfliiiizeii i^t'jieii 'l'Iiitit' ii/iJ IW'Iti'nim^Kiisl, tlans le supplément à la liolanisclw Zeituiii^, iHjj.

(2) C'est ce que j'ai déjà fait voir pour un (.as déterminé : FecondtUiun du Géranium ,'^/iiieum. dans le BulUlni de la Sociétc royale de Botanique de Belgique, 1 1 janvier 1879.

(3l Flowers, irnils ii.d leaves, Londres, 1886.

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animaux, guidés par cette expérience héréditaire (]ui s'appelle l'instinct, n'y touchent réellement pas. Car s'ils mangeaient ces plantes malgré leur toxicité, il en résulterait bien un dommage pour eux, mais aucun profit pcuir les plantes.

D'autre part, il existe des ouvrages d'agriculture ou d'art vétérinaire, qui nous renseignent sur les préférences et les antipathies du bétail. Le <( Traité des plantes fourragères ou Flore des prairies » (i) et surtout la <c Botanique agricole et médicale » (2) sont ce c|ue nous avons trouvé de plus complet dans ce genre (3). vSeulement ici, c'est le C(')té biologique qui manque. On devrait donc faire la synthèse de ces deux études étrangères juscpi'ici Tune à l'autre, contrôler dans notre pays les observations déjà rassemblées ailleurs et les étendre, autant cpie possible, à toutes les plantes de notre flore; ]nus, rattacher pour chaque espèce son degré de résistance contre les déprédations animales, aux moyens de protection dont elle dispose. On an'iverait ainsi à interpréter les structures défensives non plus ]^ar des hypothèses ou des vraisemblances, mais par des faits. De plus, on pourrait alors, comme je le disais, se rendre compte de l'eflicacité relative de chacune de ces structures — ce dont on n'a pour ainsi dire pas d'idée juscpi'à présent.

Il reste, on le voit, à l'aire là tout un ti-a\-ail d'observation attentive, de comparaison intolligcMite, analogue

(i) Ekc'Oo, Paris, 1844.

(2; KoDKT, 2'' édition, Paris, 1S72. [\'nir aussi : Les plantes vé/ii'iieiises. considérées (in point de vue de l'evipoisojinenicnl des aiiinuutx de la ferme, dans la Bibliothèque de l'e/iseif^/ieiiient agricole, sous la direction de Muntz. |

(Z) On rencontre aussi dans les i)ublications entomolooi(iuts des renseignemonts sur les ])lantes que les divers Insectes recherchent nu évitent. — [Sur les Insectes évités pour leur m.'uivais ,L;nùt, voir : FREm:Ki( n. Lutte pour l'extsteiue, pp. i(i6 et suivantes. )

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à celui que Hermann Mi i.lek a exécuté avec tant de succès pour la fécondation des fleurs. C'est à ce travail que je voudrais convier les membres de notre Société.

La marche à suivre est bien simple : déterminer d'abord au moven d'observations nuiltipliées, jusqu'à quel point chaque plante est recherchée ou évitée par les principaux animaux herbivores de notre pays : gros et petit bétail, Chevaux, Anes, Lapins, sans parler des quadrupèdes sauvages dont l'observation est plus difficile; Oiseaux sauvages et de basse-cour; chenilles et Insectes adultes; Limaces (i), etc., etc. Etudier en même temps tous les caractères de la plante qui peuvent contribuer à sa protection. Puis rapprocher ces deux ordres de faits alin ([u'ils s'éclairent mutuellement. Ceux-ci donnent en effet l'explication immédiate de ceux-là, tandis c]u'à leur tour, les habitudes des animaux permettent de comprendre la genèse et l'évoluli(m des structures défensives chez les plantes, grâce à la perpétuelle survi\ance des mieux protégés.

Dans des études de ce genre, il ne faut pas oublier cjue la même particularité peut servir à la plante à divers usages (2I : tel partum de fieui" (]ui écarte les bestiaux, attire les Insectes. On doit aussi se rappeler, comme le montre déjà cet exemple, (]u'il v a de

f(i) Voir les beaux travaux de Staiu. : Pflanzen luid Schneckeii, 1888, et Du hioloi^isclic Bedenliuii; dcr Rapliideii. ilans BioJo^i^isches Ceiitnilblatt, \5 iktobre 1887. — N'nir aussi Kaltiînhach, Pflaiizeiifeiiidf ans der Klassf dei IiiiccUii, et Botaiiischcs Cmitialblatt, 1888, p. 264, ii" 5. — Darwin Ulrigiii oj Sj^ecics, p. 53), ayant marqué toutes les plantes qui germaient naturellement sur un espace de i 2 m-, a vu 2()5 plantes sur 357 détruites par les Limaces et les Insectes. — Ritzema Bos [Botaiiisches Ceiitralhlatl. 1887, p. 260) drjnnc une liste intéressante de plantes infectées et dédaignées jiar une Anguillulc parasite {Tyle/u/ms deviistiitri.v).]

(2) Voyez plus haut le travail sur les Penlastewon. Sur la définition du mut « fonction », p. 200.)

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