‹ Recueil d'œuvresChapitre 6 sur 38 · VEGETATION DES ENVIRONS DE NICE · texte numérisé non relu

VEGETATION DES ENVIRONS DE NICE

toilettes, avec le frou-frou de leurs robes de soie; là, un autre frou-frou... celui du linge sale de ces dames que l'on blanchit : c'est, vous le voyez, le dessous des cartes, le revers de la médaille!... Tandis que dans la ville nouvelle s'étale tout le luxe des étrangères au teint blanc et rose — de poudre de riz et de fard, — dans l'ancienne Nice s'agite toute la population indigène à l'aspect déjà très méridional et au teint hâlé. Ensuite, au fond, la campagne est toute plantée d'Oliviers et parsemée de villas ; les montagnes sont couvertes de Pins à leur base; puis, à mi-côte, la végétation décroît petit à petit, se rabougrit, les rochers apparaissent dénudés et enfin, tout en haut, le sommet s'encapuchonne de blanc dans ses neiges éternelles!

Laissez-moi vous faire remarquer en passant que la réputation de la fameuse Promenade des Anglais est bien surfaite. Figurez-vous une très longue allée, sans ombre, où même en plein janvier l'on rôtit au soleil, en ayant pour condiment une poussière blanche et aveuglante soulevée par les traînes des robes et le roulement des nombreux équipages! En fait de verdure, très peu de chose : une haie basse et glauque à'Atriplcx Halimiis; de place en place, un Neriimi Oleandcr, un Qucrcus Ilcx dont l'aspect grisâtre rappelle l'Olivier, un Chamaerops aux feuilles en éventail, un Tamarix défeuillé, quelques petits Caroubiers et enfin un arbre très insignifiant dont le tronc épais et nu est terminé par une tête monotone, avec des feuilles grandes et un peu glaucescentes : le Phytolacca dioica. Seulement ce qui rachète beaucoup de ces défauts, c'est l'admirable situation de la Promenade des Anglais : d'une part la Méditerranée, de l'autre une suite ininterrompue de charmantes villas, précédées

toutes d'un joli jardinet. Là fleurissent en plein air les plantes des contrées les plus chaudes : sans parler des Citronniers, des Orangers, des Lauriers d'une taille et d'une vigueur qui nous sont inconnues, je vous citerai, entre mille autres, une Térébinthacée, le Faux Poivrier (Sciiiniis molle), avec ses rameaux flexibles et ses ravissantes grappes de baies qui passent par tous les tons, en allant du vert au jaune, et du jaune au rouge le plus vif; le Yucca, dont les fruits, d'une saveur assez agréable, mûrissent parfaitement à ciei ouvert, alors que nos serres les plus chauffées ne peuvent les conduire à maturité; les Mimosées d'Australie tout en fleurs, avec les étranges phyllodes longs et pendants, qui leur donnent l'aspect de certains de nos Saules, et enfin l'un des arbres les plus beaux et les plus utiles, les plus gigantesques et les plus gracieux, l'arbre peut-être qui, entre tous, réalise au plus haut degré la devise : utile diilci, le splendide, le bizarre, le majestueux Eucalyptus globîihis . Nous nous figurons connaître cette plante lorsque nous en avons vu les chétifs échantillons qui végètent dans nos serres : erreur profonde! Ce serait juger un géant d'après un nain, un colosse d'après un pygmée. Rien, en effet, n'est plus difl"érent que l'Eucalypte d'une année ou deux que nous voyons seul chez nous — nos exemplaires s'arrêtant bien vite dans leur croissance, — et l'Eucalypte de quinze, vingt, trente ans que l'on admire ici. C'est qu'il se produit chez ce végétal un phénomène d'hétéromorphisme des plus curieux. La plante que nous connaissons est herbacée ou, tout au plus, frutescente; celle des jardins de Nice est un arbre de vingt-cinq à trente mètres de haut, dont le tronc a près d'un mètre de diamètre ; la plante de nos serres a des feuilles sessiles, opposées, très glauques, presque

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