VEGETATION DES ENVIRONS DE NICE Q
pruineuses, largement ovales; la plante développée a des feuilles à long pétiole, alternes, vertes, lancéolées et que leur pointe recourbée rend même falciformes. \J Eucalyptus globulus a d'ailleurs un aspect tout particulier avec son écorce qui se détache et met à nu le liber, avec ses rameaux pleureurs, ses feuilles fortement résineuses, ses fleurs sans corolle, mais peuplées d'innombrables étamines jaunes et entourées d'un calice ligneux et blanchâtre qui perd son opercule à l'anthèse. Eh bien ! malgré le développement déjà magnifique que cet Eucalypte acquiert ici, il paraît que l'arbre des tropiques diffère encore plus de celui-ci, que celui-ci ne diffère de nos maigres spécimens, puisqu'il est, dit-on, le plus élevé de tous les végétaux, au point de dépasser même le Séquoia et de pouvoir — selon une belle expression de M. Planchon — ombrager encore le sommet de la plus haute des pyramides !
Quant à ses usages, ils sont innombrables : je vous rappellerai seulement qu'il a doté la pharmacie de remèdes nouveaux et salutaires, la table d'une liqueur excellente, la menuiserie d'un bois sans rival et les jardins d'un ornement splendide.
Si maintenant nous remontons jusqu'au commencement de la P-romenade des Anglais, nous arrivons, le long du Paillon, au quai Masséna qui est garanti du soleil par de robustes Eucalyptus, alternant avec ce beau Palmier qu'on nomme Phocnix dactylifera. Sa tête qui s'épanouit brusquement au sommet d'un tronc épais, ses feuilles longues et pennées qui retombent avec grâce, ses folioles étroites et repliées sur ellesmêmes en forme de gouttière, ses grands régimes de dattes jaunes entourées d'une spathe presque ligneuse, lui donnent une apparence fort singulière. Malgré la
température si douce qui règne sur ce littoral, de tous les Dattiers de Nice et de ses environs, un seul, m'a-t-on raconté, parvient à faire mûrir ses fruits. C'est celui qui est placé en face de la préfecture. On ne sait trop la cause de cette bizarrerie ; peut-être faut-il l'attribuer à la chaleur des luttes politiques dont la préfecture est l'objectif et qui suppléent ainsi à la chaleur solaire insuffisante.
Si nous quittons un peu la ville pour la campagne, le paysage est ici ravissant : et que reste-t-il donc à désirer lorsqu'on trouve réunis les flots transparents, le ciel bleu, les rochers majestueux, cette trinité grandiose d'où sortent toutes les splendeurs de la Nature!
Pour le botaniste, cette région est un vrai paradis.
11 y voit se succéder sur un espace de quelques lieues les climats les plus différents, depuis le littoral, véritable sanctuaire du soleil où la neige profane n'ose jamais pénétrer et où s'épanouit la végétation luxuriante de l'Afrique septentrionale, jusqu'aux montagnes qui nous offrent la flore alpestre de la Suisse et jusqu'aux sommets froids où se montrent les plantes glaciales de l'Islande.
Je ne puis malheureusement explorer un peu que la zone maritime, mais la part est belle et je n'ai pas à me plaindre. Malgré la saison si défavorable et quoiqu'au cœur même de l'hiver, je vous avouerai que je m'attendais à beaucoup; eh bien ! j'ai trouvé davantage. Après un séjour d'environ trois semaines, je ne rapporterai pas moins de deux cents espèces, dont un grand nombre en fleurs et la plupart étrangères à notre pays. Je dois la plus grande reconnaissance à l'inépuisable amabilité de M. l'abbé Montolivo, bibliothécaire de la ville de Nice. Ce botaniste actif, auquel pas un coin des Alpes-Maritimes n'est inconnu,