VEGETATION DES ENVIRONS DE NICE
ses feuilles inférieures pinnatifides à segment terminal très ample et ses feuilles supérieures ovales. Une autre plante fort intéressante et que j'avais déjà rencontrée du côté de Venise est le Vcrbascinn simiatum aux feuilles onduleuses. Il croît assez fréquemment ici dans le voisinage de la mer, à côté d'une forme curieuse de Cakile maritima Scop., caractérisée par la grande taille des appendices cornus de sa silicule : M. Jordan a élevé cette variété au rang d'espèce, inutile de le dire, et l'a baptisée du nom de Cakile littoralis.
J'en aurais encore pour longtemps à vous énumérer toutes les merveilles qui se donnent rendez-vous dans cet Eden de l'Europe. Je vous peindrais les environs de Nice : la riante Villefranche avec sa jolie rade; tout en bas près de la mer, le tiède Beaulieu où viennent mourir les ondes bleues et tranquilles de la Méditerranée, et tout en haut, perchée sur la cime de son roc abrupt, le front dans les nuages, Eze la sombre; et le tortueux Vallon de Magnan ; et la sauvage grotte de Saint-André, cette voûte que le torrent s'est frayée à travers le granit et que tapisse la plus ravissante des fougères, le délicat Adianthe Cheveux-de-Vénus; et le grandiose Vallon Obscur, qui semble une brèche fantastique taillée dans les rochers immenses par l'épée d'un géant ; et les découpures capricieuses du Baus- Rous avec ses Hellébores verts, ses Andropogon brunâtres, ses Lavatères violacées, ses Centaurées roses, ses Asphodèles blancs ; et Saint-Jean avec son bois de Pins d'Alep rempli de sa belle Bruyère frutescente, VErica miiltiflora, aux fleurs d'abord blanchâtres, puis roses, puis rouges, puis brunes et dont on observe là au moins douze formes, depuis la corolle dont les divisions atteignent la base et la rendent polypétale, jusqu'à celle dont les dentelures s'aperçoivent à peine ;
l8 ŒUVRES DE BOTANIQUE GÉNÉRALE
et enfin Monaco, la principauté microscopiciue, assise au sommet de son bloc de roches, Monaco avec sa citadelle et ses soixante-douze soldats dont soixante et onze officiers, Monaco avec ses murailles ornées des grandes fleurs violettes du Campanula macrorrJîiza et ses piles de boulets soudés entre eux par les Lichens et les Polytrics, Monaco le plus charmant des Etats et que régit un prince aveugle, dont pour surcroît de bizarrerie, la liste civile se compose de la rente que M. Blanc, le concessionnaire de la roulette, veut bien lui servir, Monaco ce coin neutre entre la France et l'Italie, A^onaco ce nid d'aigles, habité tout au plus par des moineaux!
\'oilà tout ce dont j'aurais encore à vous parler, cher Monsieur, mais je ne veux pas plus longtemps abuser de votre patience.
J'espère vous revoir bientôt à mon retour pour vous montrer les richesses végétales que je rapporte d'ici, et vous prie, en attendant, d'agréer l'assurance de ma respectueuse confraternité.
Nice, le i8 janvier 1875.
L'AGRICULTURE ET L'HORTICULTURE EN NORVÈGE (i)
A propos du travail de F. C. Schubeler : Die Pflan-^cni^'cU iVorwegen's
Lafontaine a dit un jour : // nous Jaut du nouveau^ n'en fût-il plus au monde! Et si l'on se borne à considérer notre vieille Europe, il est certain que les pays du midi et du centre de ce continent nous sont tellement bien connus dans leurs traits essentiels qu'ils ne sauraient nous offrir beaucoup de « nouveau »; à moins qu'on ne s'attache, avec la ténacité du spécialiste, à quelque point de détail. En est-il autrement pour les contrées septentrionales? Je suis porté à le croire; et l'intéressant ouvrage dont je veux entretenir un moment les lecteurs de la Revue, me semble avoir jeté un jour inattendu sur cette admirable Norvège que j'ai eu la bonne chance de visiter l'été dernier.
Peu de pays sont aussi mal jugés et aussi peu connus chez nous que celui-là.
La Norvège? Que peut-on nous dire de la Norvège?
Nous nous figurons, sous ce nom frileux, une contrée où n'habitent que l'Ours, le Loup, le Lapon et le Renne et où la teinte grise des rochers et le tapis blanc de la neige éternelle ne sont interrompus que rarement par le vert sombre des Conifères. Et c'est dans ce pays-là qu'on veut nous parler d'agriculture et d'horticulture? — Sans doute.
(i) Ce travail a paru dans la Revue de l'Horticulttire belge et étrangère, 1877.
Il appartenait à un homme aussi haut placé par sa science, aussi érudit, aussi expérimenté que F. C. ScHûBELER, de dissiper nos préjugés à cet égard. Professeur de botanique à l'Université de Christiania, directeur du Jardin botanique de cette ville, il était mieux placé que personne pour nous dire quelle est la vraie situation de son pays, quels résultats on y a obtenus et quels enseignements la science peut tirer des observations qui y ont été faites.
Le livre de Schûbeler est surtout destiné à l'étranger, comme il le dit lui-même dans sa préface, et c'est pour ce motif qu'il l'a publié, non pas en norvégien, mais en allemand. Il écrit du reste cette langue avec autant d'élégance que de pureté. Ce remarquable ouvrage, qui contient plus de 460 pages in-40, avec i5 cartes et de nombreuses gravures, se compose de deux volumes : le premier date de 1873; il traite des conditions générales de la culture en Norvège; le second, qui a paru en 1875, s'occupe en particulier des principales espèces. Ainsi que je l'ai dit, nos idées sur la péninsule Scandinave sont en général si incomplètes ou si inexactes, qu'il ne sera peut-être pas sans intérêt d'esquisser ici les grandes lignes du tableau si fidèle que nous a peint Schûbeler.
Si la Norvège, dont la partie la plus méridionale est à peine plus au sud que la pointe du Groenland et dont l'extrémité boréale dépasse de beaucoup la latitude de l'Islande et atteint celle de la Nouvelle-Zemble, est habitable et civilisée, elle le doit sans contredit au Gulf-Strcam. On sait que ce courant d'eau chaude part de la Guinée, sur la côte occidentale de l'Afrique, traverse l'Océan pour venir frapper de l'un de ses bras le continent américain dans le golfe du Mexique, de là franchit une seconde fois l'Atlantique, se dirige vers
l'agriculture et l'horticulture en NORVÈGE 21
l'Europe et envoie une partie de ses flots vers les côtes norvégiennes, à travers le détroit qui sépare l'Islande de la Grande-Bretagne. L'étude du GulfStrcam présente donc la plus haute importance pour comprendre la température et par conséquent la végétation de la Scandinavie.
C'est avec raison que Schûbeler a rassemblé soigneusement les preuves concluantes que nous avons de son existence et de sa direction. Des bouteilles jetées à l'eau au milieu de l'Océan, des épaves, des Algues de la côte africaine, des graines tropicales, des poissons exotiques trouvés sur les côtes de la Norvège, enfin et surtout des expériences directes sur la température de la mer, tout démontre jusqu'à l'évidence qu'il existe réellement un courant marin venant de l'équateur vers le pôle et qu'il suit la route indiquée plus haut. L'influence du Giilf-Strcani dans des régions aussi septentrionales que la Norvège est considérable. C'est grâce à lui que la température y est élevée en plein hiver de lo, i5, 20 et même 23° C. au-dessus de ce qu'elle est normalement sous ces latitudes, anomalie thermique dont n'approche aucun autre pays du globe. C'est grâce au Giilf-Stream que le thermomètre ne descend presque jamais au-dessous de — 20° C. le long des côtes, de Norvège (y compris le Cap Nord, le point le plus boréal de l'Europe), qu'au Romsdal par 63° de lat. N. il n'atteint jamais — 10° C, alors que dans l'intérieur des terres, où l'influence du courant chaud ne se fait plus sentir, on observe jusqu'à 5o" audessous de zéro !
Après avoir examiné d'une manière approfondie la température des diverses parties du pays, l'humidité, la pression barométrique, les vents régnants, les isothermes marins, bref tout ce qui se rapporte au
climat, d'après les données de réminent météorologiste de Christiania, le professeur II. AIohn, — l'auteur de la Pflanzenwclt Nonvcgcns nous indique la date de la floraison à Christiania d'environ 1,200 plantes, telle qu'elle résulte de vingt années de patientes observations. Une autre donnée était encore nécessaire : la date de l'arrivée des oiseaux vo^^ageurs. Un zoologue norvégien qui a également cultivé avec succès la botanique, R. CoLLETT, s'est chargé de la fournir.
La centième partie, à peine, de la Norvège est livrée à l'agriculture. Mais cette proportion semblera certes moins minime, si l'on se souvient que seules les portions échauffées par le Gnlf-Stream, c'est-à-dire, guère plus que les côtes, sont cultivables; que d'ailleurs la population, subjuguée par cette sorte d'attraction fascinatrice que l'Océan exerce sur tous ceux qui vivent le long de ses rivages, préfère généralement le lilet du pécheur à la bêche du cultivateur et la barque légère à la lourde charrue.
Et pourtant les résultats actuels ne sont pas à dédaigner : l'agriculture s'est avancée peu à peu jusque vers le jo^ degré de latitude, c'est-à dire à 20 degrés du pôle seulement; et plus au nord, sur les bords mêmes de l'Océan glacial, où les céréales ne mûrissent plus, le jardin survit au champ et l'habitant isolé fait croître encore autour de sa hutte de bois, quelques légumes et quelques fleurs.
ScHùBELER a même tout récemment (i) attiré de nouveau l'attention de ses compatriotes sur l'avantage qu'il y aurait à multiplier ces petits jardins dans les provinces les plus septentrionales; il a proposé pour
(i) Havedyrkningens Vaerd og Xj'tte, dans le Morgenhhdct des 5 et 6 janvier 1877.
l'aGRICULTI'RE ht l'horticulture en NORVÈGE 23
l'enseignement un système de jardins scolaires (Skolehave) que nous ne ferions peut-être pas mal d'adopter en Belgique.
Les détails les plus complets de l'ouvrage se rapportent à la Capitale et aux beaux résultats obtenus au Jardin botanique, sous l'intelligente impulsion de ScHûBELER. Christiania (5go 55' lat.) a une température moyenne annuelle de 5°2 C. Le thermomètre y accuse en janvier une moyenne de — S'^'i ; en juillet, de i6"5 et pour la période du i^^ mai au i"' septembre de 14°. Ce n'est donc pas sans surprise que nous apprenons qu'on y cultive avec succès, en plein vent, 70 variétés de Poires, 35o variétés de Pommes (i) et même l'Amandier qui gèle complètement à St-Pétersbourg; le Momordica Elaterimn, petite Cucurbitacée de la région méditerranéenne, y mûrit chaque année ses graines ; les Pèches et les Abricots en espalier y donnent ordinairement des fruits tout à fait mûrs.
Même en dehors de la capitale, SchCbeler est parvenu à réunir des données fort complètes sur la culture. Il y est arrivé en installant par-ci par-là, dans tout le pays et principalement le long des côtes, de nombreuses stations d'essai dues tout entières à l'initiative privée. Sur ses indications, des plantes y sont mises en expérience, les températures 3^ sont observées et tous les résultats sont consignés dans des rapports qu'on lui adresse. Il a de cette façon obtenu des détails très précis sur les limites polaires auxquelles les
(i) Le Poirier réussit svir les côtes de Norvège jusque vers le 64e degré et le Pommier jusque vers le 66<-% toujours grâce à l'influence du Gulf-Slrcam.
espèces peuvent être cultivées et sur les modifications qui surviennent à mesure qu'on s'avance vers les contrées plus boréales. Vu des résultats les plus positifs et certes des plus intéressants qu'il a ainsi dégagés d'expériences variées et multiples, c'est TinHucnce indéniable de la lumière prolongée que reçoivent en été les contrées circumpolaires.
On n'ignore pas que si, pendant l'hiver, ces régions sont plongées dans une complète obscurité, pendant l'été, au contraire, les journées y ont une longueur inconnue dans nos climats. En cette saison, dans le nord de la Norvège, par exemple, le soleil ne descend pas un instant sous l'horizon durant deux mois à deux mois et demi. De là certains phénomènes particuliers, exceptionnels, que la végétation présente. Plusieurs fois déjà, on avait reconnu une certaine influence de cette clarté continue, et Alph, de Candolle, entre autres, en parlait, en i855, dans son intéressante Géographie Botanique raisonnée (i). Mais c'est à coup sûr ScHûBELER qui a examiné le premier cette question sous toutes ses faces et qui a reconnu tous les effets principaux de cette influence. Résumons ici ses conclusions essentielles (2).
Tout d'abord, par l'action de cette lumière prolongée, les diverses espèces se développent au moins aussi vite que sous nos latitudes, quoique la température soit plus élevée chez nous. Si l'on compare le temps que mettent les plantes à croître dans des endroits situés entre l'équateur et les régions tempérées, on voit que, plus la température est élevée, plus le développement
(i) Vol. I, pp. 2o3, 260-261, 35(1, 403 et passim.
(2) ScHiJBELER, Vaextlivet i Norge, pp. 55-57, ^t Viridarium norvegiciim, p. 147. Fearnlev, Sollysets Fordeling paa JordoverflaJen, / Foi/uiiidli/iger 1 Videnskabs-Sehkabct i Christiania, 1868, pp. 345-5o.
l'agriculture et l'horticulture en NORVÈGE 25
est rapide, indépendamment de la latitude. Au contraire, dans les régions polaires, où les très longs jours interviennent, le développement s'accélère malgré le froid, et cela, à température égale, d'autant plus, qu'on avance davantage vers le Nord. Nous citerons un seul exemple, parce que nous espérons étudier plus longuement cette question dans un autre travail, et nous choisirons ici l'Orge, puisque de toutes les céréales c'est celle qui s'avance le plus vers le Nord. Voici les résultats des recherches de Schljbeler rapprochés de ceux que donne Boussingault (i).
Au Caire, l'Orge met go jours à mûrir, par une température moyenne de 21° C; à Bechelbronn en Alsace et à Kingston (41° 5o' lat. N.), aux États-Unis, elle emploie 92 jours par une température moyenne de 19° C; à Santa Fé de Bogota, dans la Nouvelle- Grenade, près de l'équateur, mais à une altitude considérable, il lui faut 122 jours par 14^7 C.de température. — Passons aux côtes de la Norvège. Dans l'île de Halsnô (59'"^ 47' lat.N.), il faut 117 jours par ii^ô C. de température moyenne; à Bodô (67" 17'), il en faut loi à 102 par 9°7 C. de température; à Strand (68° 46') et à Skibotten (69'-^ 28'), il en faut 98 par une chaleur de lo^S C; enfin dans le Syd-Varanger au 70^ degré de latitude environ, il faut 76 jours seulement par 11° C. de température moyenne!
La moyenne de Christiania n'est pas facilement comparable aux chiffres que nous venons de citer, à cause du climat relativement continental qui y règne; sous une latitude de 69° 55', égale à celle de Halsnô par conséquent, il y fait en été 14° C. en moyenne, aussi l'Orge y mùrit-elle en 89 à 90 jours.
(i) Economie rurale.
A côté de cette importante observation, il convient d'en consigner une autre, que Schubeler a également mise nettement en lumière. Des graines provenant de contrées septentrionales ou de montagnes élevées, sont extraordinairement précoces pendant les premières années, (|uand on les sème dans un lieu plus méridional. Un seul exemple : de l'Orge provenant d'Alten, tout au nord de la Norvège (70° lat. N.), n'a employé à Christiania que 55 jours depuis le moment des semailles juscju'à celui de la maturité complète ! On voit aisément quel immense parti l'agriculture et l'horticulture peuvent tirer de cette particularité : veut-on des primeurs, on fait venir des graines du Nord ; veut-on au contraire des produits tardifs, on se procure des semences du Midi. L'importance de ce fait a du reste attiré dans les derniers temps l'attention des spécialistes : A. DE Candolle en faisait, il n'y a pas longtemps, l'objet d'une note à l'Académie des sciences de Paris (i), et tout dernièrement W'rrTJMACK a institué une série d'expériences comparatives dont la Botanische Zcitung vient de donner le résumé (2). Ces deux savants ont pleinement confirmé, au sujet de cette précocité des graines du Nord, les observations de SchC bêler (3).
Il est encore d'autres faits que l'auteur de la Pflanzcnwclt Noj'Zi'cgen's rattache à l'influence des longues
(i) Comptes rendus de T Académie des sciences, 7 juin 1875.
(2) Année 1876, no 52 (29 décembre), p. 823, et LaiidiKiithscIiaftliche Jalirhiichcr V.
(3) Voir aussi : Archives des sciences physiques et naturelles de Genève, i5 janvier 1878 : A. DE Candolle, Sur l'existence de races physiologiques dans les espèces végétales à l'état spontané, — et le travail de Naudin et Radlkofer que de Candolle cite. — H. Hildebrandsson dit à ce sujet : Cette marche sinij;ulière des différents isothermes explique cette particularité du développement de la végétation le long des côtes suédoises de la Baltique, d'être de plus en plus rapide vers le Nord à mesure que le printemps s'avance, ce qui n'est pas le cas à l'intérieur du continent. (Cité dans Ciel et Terre, i5 avril 1881, p. 88.)
l'agriculture et l'horticulture en NORVÈGE 27
journées du Nord. L'accroissement, en volume et en poids, des graines, que l'on constate en comparant les produits norvégiens à ceux de l'Europe centrale et méridionale, n'est pas le moins remarquable. De la Laitue [Laduca sativa), venant d'Erlurt, a présenté en Norvège une augmentation de 5o % dans le poids de ses graines; du Thym, originaire de Lyon, 71 0/0; de la Phléole des prés, provenant du Canada, 46 à 61 °/o; du Froment, également du Canada, 8 ^/o; enfin, en comparant les graines de la Bourse à pasteur sauvage en Allemagne, à celles de la même plante sauvage en Norvège, on a trouvé chez celles-ci un poids supérieur d'environ g o/^. Les expériences inverses ont conduit au même résultat : des graines de Norvège ont perdu notablement de leur poids par la culture à Breslau. Les études de J. Sachs au sujet de l'influence qu'exerce la lumière sur la formation de l'amidon et les travaux de Laskowsky ont, depuis, confirmé l'opinion de Schûbelek; toutefois, les dernières recherches de Wittmack (i) ne semblent point aussi favorables à cette manière de voir.
La pigmentation plus forte des graines, la grandeur et la coloration plus intense des fleurs et des fruits, la saveur plus prononcée de tous les produits végétaux — comme l'avait déjà remarqué, entre autres, Wahlenberg (2) — en même temps que la diminution dans la proportion du sucre chez les plantes, sont autant de faits que Schubeler démontre dans son ouvrage et qu'il croit pouvoir rapporter à la longueur des jours
(i) Botanische Zeitung. 1876, no 52 (29 décembre), p. 825.
(2) Baccae in alpibus (lapponicis multum grandiores et sapidiores sunt quam in sylvis, itaque a Lapponibus minime spernuntur. « Les baies sont beaucoup plus grandes et plus savoureuses dans les montagnes de la Laponie que dans les forêts : aussi les Lapons en fnnt-ils grand cas. » Flora lapponica, Berlin, 1812, p. 274.
28 ŒUVRES DE ROTANIQI'E GÉNÉKALl!
arctiques. Car, dit-il au sujet des deux dernières observations, « je pense que la lumière répond à l'arôme, comme la chaleur à la richesse en sucre ».
En présence de faits aussi remar(|uables, auxcjuels très probablement les rayons chimiques de la lumière solaire ne sont pas étrangers, on ne peut que regretter que l'étude de ces rayons soit actuellement si peu avancée et que notamment l'actinométrie soit tout à fait négligée dans les observatoires météorologiques.
Nous avons ainsi examiné rapidement le contenu du premier volume de la Pflan:scuicclt Nonccgcn's. Le second qui, nous l'avons dit, passe une à une en revue les principales espèces sauvages et cultivées, ne se prête point, par cela méme^ à être résumé. Nous dirons seulement qu'il renferme, comme le premier, une foule de renseignements (jui, pour être plus spéciaux, n'en sont pas moins intéressants. Il sera même consulté avec fruit par les hommes adonnés aux branches les plus diverses. L'horticulteur pourra y voir, par exemple, (|uelles espèces résistent le mieux aux froids intenses; l'agronome y trouvera des renseignements multiples sur le rendement des différentes cultures et sera certes étonné des beaux résultats obtenus en Norvège avec la Pomme de terre; l'arboriculteur y lira, entre mille autres passages, une notice instructive sur la reproduction du Sapin par rhizomes; le phytographe y remarquera les diagnoses de (quelques formes nouvelles, telles que Prunus spinosa variété niinor, Prunus spinosa variété nia/or et Prunus borcalis; le géographe et l'historien y puiseront de précieux renseignements; le jurisconsulte y verra de curieux extraits d'anciennes lois Scandinaves ; le philologue y trouvera les noms norvégiens, suédois, islandais, féroïens, lapons, des principales plantes et y appren-
L AGRICULTURE ET L HORTICULTURE EN NORVÈGr: 29
dra, par exemple, l'origine du nom de Vacidc litmiquc, qu'on extrait de la teinture de tournesol; l'ethnographe enfin y rencontrera à chaque pas des détails intéressants ou bizarres sur les mœurs, les croyances, les préjugés norvégiens et les traces que l'on remarque encore, dans ce pays, de l'ancien culte païen.
Ce que nous avons dit de la PjlanzcimH'lt Norwcgcn's suffira, nous l'espérons, pour qu'on en apprécie la valeur et l'importance. Schùbeler, dont le savoir, l'expérience et les nombreux travaux de vulgarisation ont déjà rendu tant de services à sa patrie, a fait par ce livre, pour l'agriculture et l'horticulture norvégiennes, ce que A. Blytt vient de faire pour la botanique descriptive de ce pays, par son bel ouvrage Norges Flora. C'est une vaste entreprise que ces deux hommes ont menée à bonne fin, grâce à cette ténacité, à cette ardeur au travail qui semblent les signes caractéristiques des peuples obligés de lutter contre la nature et d'être, dans toute la force du terme, les artisans de leur propre fortune. Aussi notre admiration doit-elle croître en raison même des obstacles vaincus, et quand nous voyons un pays produire des hommes aussi distingués et des travaux aussi remarquables, quand nous voyons un pays qui confine à l'Océan glacial donner l'exemple de l'instruction au monde civilisé et ne pas renfermer, d'après les dernières statistiques, 2 % d'illettrés, n'est-ce pas le moment ou jamais de répéter ce mot célèbre :
« C'est du Nord aujourd'Jiiii que nous vient la lumière ! »
SUR LA STRUCTURE ET LES DIODES DE FÉCONDATION DES FLEURS (i)
Whoever is led to believe that species are mutable will do good service by conscientiouslv expressing his conviction.
Darwin, Origin qf Sfecies, p. 423.
Le travail que nous avons l'honneur de présenter à la Société a eu pour origine quelques observations entreprises par nous en 1876 et en 1877. Ces recherches ont été commencées à propos d'une conférence que l'un de nous fit au Cercle des Jeunes Botanistes, en mai 1876, sur « les Insectes et les Plantes »,
Cette note est divisée en trois parties. La première traite d'une façon générale de la structure des fleurs dans ses rapports avec leur fécondation. Nous avons tâché d'y résumer les résultats des intéressantes études poursuivies à ce sujet, pendant les dernières années, dans les diverses parties du globe, et auxquelles les admirables travaux de Ch. Darwin ont si magistralement tracé la voie. Plusieurs de nos confrères de la Société de Botanique nous ont demandé cet aperçu et nous sommes heureux de répondre à leur désir ; car les travaux sur cette matière sont disséminés dans de nombreuses publications, souvent très difficiles à réunir, et écrites en plusieurs langues. Il était donc utile d'en résumer ici les principales conclusions.
(i) Ce travail a paru dans le Bulletin de la Société royale de Botanique de Belgique, t. XVII, pp. 3S-248, 1878, sous le titre suivant : Sur la structure et les modes de fécondation des fleurs et en particulier sur Thétérostylie du Primula elatior, par Léo Errera et Gustave Gevaert. Première partie. Avec un appendice sur les Pentstemon gentianoidcs et Pentstemon Hartwcgi, par Léo Errera.
32 ŒfVRES DE HOTANIOUE GÉNÉRALE
En outre, la plupart des ouvrages généraux les plus récents sur la cpiestion n'ont pas encore été traduits en français (i), et c'est, cro^'ons-nous, la première fois que des études paraissent en Belgique sur les dispositions florales considérées au point de vue de la fécondation par du pollen étranger. Nous serons trop heureux si nous parvenons à engager cjuelc^ucs botanistes belges à s'occuper aussi d'une portion de cette branche vaste et nouvelle qui nous réserve encore tant de découvertes (2). L'étude de la botanique descriptive a atteint dans notre pays un haut degré de perfection, et la grande ardeur que l'on a mise de toute part à explorer notre sol a conduit à une connaissance fort complète de notre flore phanérogamique. Xe serait-il pas temps de tourner les yeux vers la biologie végétale, qui — sauf quelques rares et éclatantes exceptions — a été jusqu'ici bien peu cultivée en Belgique ?
La première partie a surtout pour but d'établir l'état actuel de la question. Afin d'en abréger la lecture à ceux qui sont au courant de tous les travaux publiés dans les dernières années sur la fécondation des plantes par les Insectes, nous allons indiquer les passages où nous énonçons des observations ou des opinions soit neuves, soit opposées à la manière de voir courante. Ils méritent peut-être un coup d'œil, même de la part des spécialistes : La variabilité est-elle limitée ? (§ 2). — Terminologie (?5 3). — Quelle valeur faut-il accorder au croisement entre fleurs du même pied? (§4). — Poids des graines chasmogames et cléistogames de VOxalis AcctoscUa [^ 7). — Les
(1) l'articulièrcment le dernier livre de Cii. Darwin et les œuvres de Hermann Miller, Hildebrand, Delpino, Axell et Kerner.
(2) Un de nos savants distingués, J.-J. Kickx, a aussi récemment (Revue de l'Horticulture belge cl étraiii^cre. mai 1877, p. 100) appelé l'attention sur l'importance et l'intérêt de cette partie de la science.
plantes cléistogames ont souvent des capsules projectiles (§ 7). — Fleurs hémi-cléistogames (§ 7), — Pédoncules floraux colorés (J:; 7). — Comment les couleurs et les odeurs agissentelles sur les Insectes? (§ 7). — Observations sur la fécondation des Muscari botryoides, Linaria striata, Tritoma Uvaria, Hcdvcliiinu cnronaviuiu, Tcucriinn, Plcctniiithiis fniiicosus, Colcits Bluinci, Monarda ciliata, Géranium phacuin, Lobclia Dortnianna, Allnnn fistidosimi, Gladiolus gandavcnsis, Yucca {sp. aff. Y . filamentosae), Vcronica loui^ifolia et espèces voisines, Gagea spathacea, Prunus Lauroccrasus (^8). — Spccularia {^8). — Lvchnis{ii;S). — Poids et nombre des graines chez les fleurs q et les fleurs Ç de Thvnius Serpvllum et Plantago lanceolata (^8). — Observations sur les Plantago (§ 9). — Sur les causes qui déterminent les caractères des êtres organisés (i:? 10).
Dans la deuxième partie de notre travail, nous examinerons de plus près ce que l'on sait sur l'hétérostylie en général, et en particulier sur celle que présentent les Primevères.
Dans la troisième partie, nous exposerons le résultat de nos recherches personnelles sur les Primula ; les unes ont pour objet la confirmation ou la rectification de points déjàétudiés, les autres l'examen de quelques points nouveaux. Il pourra paraître téméraire de nous aventurer sur un terrain parcouru par les maîtres de la science moderne, et, comme la question de l'hétérostylie des Primula a été spécialement traitée par Darwin, il y reste peu de chose à élucider pour ceux qui viennent après lui, ainsi que le faisait déjà remarquer J. Scott (i). Cependant, il ne faut point
(i) Journal ofthe Proceediiiç;s of the Linnean SocietyyWl, 1864, Botany, p. 86.
l'oublier, dans cette étude toute contemporaine, il n'est pas superflu de confirmer des faits acceptés avec défiance de divers cùtés et vérifiés seulement par un très petit nombre de naturalistes. Hermann Mûller et Hugo de Vries (i) ont insisté avec raison sur la nécessité qu'il y a de contrôler ce genre d'observations dans des pays différents, afin d'arriver à quelque chose de positif sur les particularités de structure, le mode de fécondation et les Insectes fécondateurs des fleurs. Enfin, nous nous permettrons encore de rappeler que, parmi les trois espèces principales démembrées de l'ancien Primula vcris de Linné, les P. offLcinalis et acaulis ont été beaucoup plus étudiés au point de vue de leur fécondation que le P. clatior : et c'est sur cette dernière espèce que nos observations ont surtout porté. On trouvera sous forme d'appendice à la première partie de ce travail, une étude biologique et morphologique sur deux espèces du genre Pcntastemon.
Bruxelles, le' juillet 1S78 (2).
(i) Herm. Mûller, Die Befruchtung der Bluvien durch Insekten und die gegenseiligen Anpassuiigen Beider. Eiii Beitrag zttr Erkenntniss des ursù'ehlie/ien Zusavimeiihanges m der organischen Natur. Leipzig, 1873, p. 21. — Hugo de \'ries, Xederlandsch kruidkiindig Archief, iSjS, II, i, p. 66. — IIiLorBRAXD, Botaiiisehe Zeituiig, 1864, no i, pp. i et 4.
(2) Depuis la première publication du présent oi:vrai^e, Léo Errera avait continué à rassembler toutes les notes bibliographiques nouvelles sur la biologie florale, et diverses additions manuscrites étaient faites en marge de son exem])laire. L'ouvrage de P. Knuth : Handbuch dei Blulenbiologie (Leipzig, 1898-1905), renferme une bil)liogra])hie très complète de la question et dispense d'en rééditer une ici. Ouant aux additions indiquées pour le texte même, elles ont été reprises dans la nouvelle édition et placées entre crochets.
Ce travail datant d'il y a trente ans, plusieurs chapitres, notamment ceux qui traitent de la variabilité et de l'hérédité, ont vieilli considérablement. Mais il ne nous api)artient pas de les remanier; nous nous contentons de renvnj'er le lecteur à des travaux plus récents dans lesquels Léo Errera a résume ses idées sur l'évolution des organismes et sur la variabilité des structures florales : Une leçon élémentaire sur le DiV.^iiiisme et Sur les caractères hétérostyliques secondaires des Pritueières. travaux qui font partie de la présente publication.