BÉNÉDICT, HENRIETTE, LA COM- TESSE
LA COMTESSE , s' Goançant gravement près d'Henriette. Mademoiselle... vous savez que le roi, par une faiblesse que le respect m'empêche de qualifier, a consenti à approuver une union...
HENRIETTE. J'ai lu la lettre de sa majesté.
LA COMTESSE. Ou plutôt une mésalliance dont, pour l'honneur de la famille, nous sommes tous indignés!
HENRIETTE. Madame... {montrant Bénédict) il y a ici un étranger...
LA COMTESSE. Ce que je dis... je le dirais devant tout le monde... J'avais déclaré à mon frère qu'aucun pouvoir ne me forcerait à vous reconnaître , et je parlais au nom de tous nos parens... qui viennent de protester.
HENRIETTE, à part. Qu'entends-je? ah!
quelle humiliation ! {regardant Bénédict) et devant lui encore !
LA COMTESSE. Mais, vaincue par les prières et les supplications de M. le duc, qui, après tout, est le chef de la famille , je lui ai promis de venir vous trouver, et voici les concessions que je puis me permettre... Je ne m'oppose plus à ce mariage, puisqu'il n'y a pas moyen de faire autrement... je consens même à vous voir ici, chez mon frère... ou chez moi, le matin... le matin seulement.
BÉNÉDICT. Eh bien ! par exemple !..
HENRIETTE , lai faisant signe de se taire, Bénédict...
LA COMTESSE. C'est vous dire assez que le soir, çn public, et à l'Opéra, il n'est
L AMBASSADRICE
pas convonal)le que l'on .nous voie ensemblc... A'oici deux lo[>;es que le sip,noi- Fortunatns vient d'envoyer... vous êtes ici chez vous... choisissez.
IIENUIETTE , défaisant une (?cs enveloppes. Le choix sera facile... la beJle loge à la grande dame... l'autre à l'humble artiste.
BÉîMÉDiCT. L'humble artiste .-.• elle qui, à Munich, était respectée et honorée...
elle!., que les grandes dames étaient trop heureuses d'avoir dans leurs salons.
llENniETTE, voulant l'arrêter, iulence!
î BÉNÉDICT. Elle à qui le roi liii-mème est venu faire des coniplimens, ap rès une pièce nouvelle !
LA COMTESSE , le toisant de la ti'te aux pieds. Quel est cet homme?
BÉNÉDICT. avec fierté. Bénédict, piremier ténor...
LA COMTESSE. Un chanteur ici ! . . sortez!
HENRIETTE. Bénédict, restez. {A la comtesse.) Madame, par égard pour M. le duc de Valberg, que j'aime, et dont'je suis tendrement aimée, j'ai dû consentir ài cacher la vérité à tout le monde, et à vous-même, jusqu'à l'adhésion du prince à notre mariage; mais maintenant que je n'sà jjlus de semblables ménagemens à garder, je puis avouer avec orgueil ce que j'étais quand votre frère m'a offert sa main.
BÉNÉDICT. Très-bien !
HENRIETTE, avec hauteur. Quant aux discours que je viens d'entendre, je ne les supporterai pas davantage... je suis duchesse de Valberg , madame , fem jue de l'ambassadeur, votre frère, et je prouverai que je suis digne de mon titre et de mon rang en ne souffrant plus qu'on les oublie devant moi.
LA COMTESSE. C'est d'une audac(îl
HENRIETTE, lui Jais ant une riîvére nce. Je ne vous retiens plus, madame.
(La comtesse sort en faisant un sig ne de colère.) coQcooooocooaooaoapoaaooooooQOcs seoooeessoM