CHARLOTTE, LEDUC
CHARLOTTE. Ah I VOUS voilà enfin, monsieur le duc!
LE DUC. Oui , matlemoiselle ; je suis entré par la porte de la salle. ( A part. ) Où Henriette n'est pas encore arrivée !
CHARLOTTE, riant. Quand je vous disais, monseigneur, que j'aurais mon audience!
LE DUC II l'a bien fallu 1 . . après ce qui
LE MAGASIN ÎHEATKAL.
s'est passé ce matin... avec une tête comme cela, on est capable de tout!
CHARLOTTE , riant. Même de la perdre pour être agréable à monseigneur... c'est du moins ce que voulait son excellence... il y a un mois, à Vienne !
LE DUC , contrarié. Ne parlons plus de cela, Charlotte; je fus un instant bien fou, bien étourdi.
CHARLOTTE Certainement!., m'avoir laissé croire que votre amour pour Henriette n'existait plus...
LE DUC. J'eus tort, j'en conviens.... je fus entraîné!., charmé, malgré moi , par des talens, des grâces, des succès, qui me rappelaient ceux que j'adorais dans Henriette.
CHARLOTTE. El monseigneur voulut me séduire par amour pour une autre.
LE DUC. Pas précisément!..
CHARLOTTE. Tenez , monsieur le duc, je me suis dit souvent que ce que vous aimez en nous , vous autres grands seigneurs, c'était moins la femme que l'actrice. . . vous adorez chaque soir Ninette , Desdemone;mais, par malheur, votre passion finit souvent avec la pièce, et la plus grande artiste du monde ne sera pas plus aimée qu'une femme ordinaire le jour où , comme Henriette , elle descendra du trône... Eh! mais Dieu me pardonne , je crois qu'il ne m'écoute pas !
LE DUC , ai>ec distraction. Si vraiment , j'admirais votre raison.
CHARLOTTE. Ecoutez donc, on ne peut pas toujours être folle, quand ce ne serait que pour changer.
LE DUC. Sans doute, Charlotte ; mais l'objet de votre demande... car vous en aviez une à me faire...
CHARLOTTE. Oui , j'ai besoin de votre crédit... vous m'aviez promis à Vienne un dévouement éternel . . .
LE DUC, embarrassé. C'est-à-dire, Charlotte...
CHARLOTTE. Comment, monsieur? estce que vous l'auriez oublié ?
LE DUC. Non vraiment... mais c'est que
CHARLOTTE , ai>ec malice. C'est qu'où est sujet à manquer de mémoire parmi nous autres comédiens...
LE DUC , a[>ec fierté. Vous parler de vous....
CHARLOTTE. De vousaussi, messieurs les diplomates... Le théâtre est plus grand... voilà tout... nous jouons le soir, et vous toute la journée... voilà la différence... Si bien que vous m'avez dit : Cbarlotte. . ^ disposez de moi... de mon crédit...
LE DUC. Et je le dis encore...
CHARLOTTE. A la bonne heure je
vousreconnais...Et, comnievous êtes toutpuissant auprès du roi... il s'agit seulement , et à ma recommandation , de faire un colonel,
LE DUC. Y pensez-vous?
CHARLOTTE. Quelqu'un qui a des droits... un jeune homme charmant...
LE DUC. Que vous protégez?
CHARLOTTE, riant. Vous le voyez bien.
LE DUC. Que vous aimez peut-être?..
CHARLOTTE. Et quand il serait vrai
si je veux me marier aussi !.. Fallait-il donc rester insensible, et garder toujours son cœur ici... à Berlin, pour qui?,, pour le roi de...? Ah! ma foi non... Ainsi, monsieur, quant à mon protégé... je vais vous conter cela, nous avons le temps !
LE DUC, avec embarras. Non , Charlotte, non!., en restant ici... plus long-temps... je craindrais...
CHARLOTTE. Pour VOUS... monseigneur?
LE DUC. Pour vous Charlotte le
spectacle va commencer, et vous chantez ce soir.
CHARLOTTE. Ne craignez rien, je me suis arrangée... un em'ouement tout exprès à votre intention , et ce qui m'étonne c'est qu'on n'ait pas encore changé le spectacle... on donne toujours le sultan Mizapouf. ... {Vivement.) Je vois ce que c'est. . . pour ne pas perdre la recette , on a laissé l'affiche ; on fera une annonce, et ce sera la troisième chanteuse , la petite Angéla , qui dira mon rôle.
LE DUC. Mais cela va causer un tapage !..
CHARLOTTE. Je l'espère bien !.. et nous l'entendrons d'ici , en loge grillée , c'est délicieux ! et puis Angéla est une bonne enfant, que j'aime bien... mais elle sera mauvaise ! ah ! ce sera amusant ! vous verrez !
LE DUC à part. C'est singulier... elle ne m'a jamais paru si jolie. {Haut.) 1\ est donc vrai , Charlotte , que vous allez vous marier, sans hésiter, sans réfléchir?
CHARLOTTE. Si OU réfléchissait, on ne se marierait jamais.
LE DUC, soupirant. Ah ! il est bien heureux.
CHARLOTTE. Qui ? le colonel.
LE DUC. n ne l'est pas encore.
CHARLOTTE. C'est tout comme , vous l'avez prorais.
LE DUC. Je n'ai rien dit.
CHARLOTTE. Oh c'cst coûvcnu , OU si \ non....
L AMBASSADRICE
DUO
CIIARLOTTE.
Je m'en vais Pour jamais.
A vons fuir je mets ma gloire ,
Kt je pars : laissez-moi , Non , je n"ai plus de mcmuire.
Voyez pourtant.
Voyez comment On veut toujours ce qu'on de'fead.