SCÈNE II
REBOLLEDO, MUGNOZ, BARBARIGO, DON HENRIQUE , caché à droite.
REBOLLEDO, descendant le premier.
Allons donc! aiTivez donc!
MUGNOZ.
Tu en parles à ton aise... toi, notre chef... qui ne portes rien... mais cette malle est pesante.
BARBiRIGO.
Pas assez!
DON HENRIQLE , à part.
C'est la mienne !
BARBARIGO
Je voudrais qu'elle le fût davantage !
REBOLLEDO. riaut.
Et ce postillon... ce domestique, comme il s'est enfui à noire approche !
DON HENRIQIE, à part.
C'est le mien !
REBOLLEDO.
Un poltron !
DON HENRIQUE , à part.
Plus de doute! c'est Pedro!
REROLLEDO, riant.
Abandonnés à eux-mêmes, les chevaux ont été se jeter dans le précipice de la Roche-Noire.
DON HENRIQUE , à part.
C'est charmant! me voilà à pied!
REBOLLEDO.
Tu ne les as pas vus , eux et la voiture , rouler de cent cinquante pieds de haut.
MUGNOZ.
Non... j'étais occupé à ramasser cette malle... c'est toujours ça de sauvé !
DON HENRIQUE, à part.
Pas pour moi !
BARBARIGO , qui a ouvert la malle.
Rien que des habits d'homme... des pourpoints de velours et de riches dentelles.
P MUGNOZ.
Ça se trouve bien !.. les miennes n'étaient plus à la mode.
BARBARIGO
Un peu d'or... des papiers... des portraits de femmes...
MUGNOZ.
Et des paquets de cigarettes!..
DON HENRIQUE, à part.
Cigares de la Havane... Il n'y a que cela que je regrette !
REBOLLEDO, qui s'est assis près de la table à droite.
On peut voir si elles sont passables...
BARBARIGO et MUNOZ, s'asseyant aussi.
Nous allons t'en dire notre avis.
DON HENRIQUE, à part.
Faquins que vous êtes!..
(Tous trois se sont mis à la table et fument.) MUGNOZ.
Voyons, d'abord, ce que contiennent ces papiers...
REBOLLEDO, les prenant.
Non... attendons la Catarina... je les lui remettrai.
BARBARIGO
La Catarina !.. Ah ça! on ne peut donc plus rien faire sans elle ?
MUGNOZ.
Il faut la consulter sur toutes les expéditions.
BARBARIGO
Et elle n'en permet aucune!., mais, en revanche , elle nous fait ici travailler nuit et jour !
REBOLLEDO.
Comme d'honnêtes gens... Ça te fatigue?
BARBARIGO
Dame! quand on n'en a pas l'habitude!.. Et puis, obéir à une femme, c'est humiliant!
MUGNOZ.
C'est le mot!.. Et pour nous commander ainsi, quelle est-elle ?..
REBOLLEDO.
Ce qu'elle fsi?.. La fille de votre ancien chef... de mon frère Miguel-Salvator Rebolledo, le roi des bohémiens et des contrebandiers de l'Eslramadure... celui qui, pendant vingt ans, vous a enrichis.
MUGNOZ.
C'est vrai ! c'était un homme de tête, celuilà!..
, BARBARIGO
Le génie de la contrebande !
MUGNOZ.
Et s'il vivait , nous ne nous serions pas mis fabricans !
BARBARIGO
Il y aurait encore des coups de fusil et de l'agrément.
REBOLLEDO.
Et si , avec sa fille , il y a mieux que tout cela... s'il y a le moyen de réaliser vos bénéfices.
MUGNOZ.
Ah bah!
REBOLLEDO.
Une liquidation honorable... comme qui dirait une pension de retraite et l'espoir de mourir dans son lit.