‹ Recueil d'opérasChapitre 460 sur 1141 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Les Mlmes, ROSE-D'AMOLR ; elle est coiffée de son chaperon rouge.

rose-d'amour.

Me voilà, ma mère, me voilà. Faut-il partir pour l'ermiiage?

BEUTHE.

Oui, sans doute ; mais parie à monsieur le magister auparavant.

rose-d'amouk.

A monseur Job? (Riant.) Quand je lui aurai dit bonjour, je n'aurai plus rien à lui dire. job , assis.

Approchez, ma belle enfant, approchez. Répondez à mes questions, et n'oubliez pas que je suis investi des pouvoirs de monseigneur.

BERTHE, tremblante.

Notre bon seigneur !

EOSE-D'AMOUR.

Celui qu'on appelle le Loup ?

JOB

Silence! petite fille, silence! ne proférez point devant moi des mots attentatoires au respect qui est dû à monseigneur.

BERTHE

Excusez, monsieur le magislcr : c'est une enfant, et puis elle ne fait que répéter ce qu'elle entend dire à tout le monde.

JOB

Répondez, mademoiselle ; votre nom ?

rose-d'amour.

Rose-d'Amour, surnommée le Petit Chaperon rouge.

JOB , à part , avec sentiment.

Rose-d'Amour! ce nom conviendrait à ma Nanetle. (I! écrit. Haut.) Le nom de vos païens? Rose-d'amolr.

Je c'en ai point , monsieur le magislcr.

BERTHE

L'ermite seul les connaissait : tout ce qu'il m'a dit en me confiant cet enfant, c'est qu'ils étaient vassaux de notre... bon seigneur... et que leur misère était cxlrèiTie.

LE COMTE, à part.

Pauvre Rose !

JOB

J'entends, c'étaient de petites gens. (A Rosed'Amour.) Quel âge avez-vous?

ROSE-D'AMOI'R.

Seize ans, monsieur le magislcr.

JOB, écrivant, à part, avec sentiment.

C'est l'âge de ma Nanette! (Haut, se levant.) Voilà tout ce que je voulais savoir. Madame Ber- Ihe, celle eufant m'intéresse; il faut lui donner

une brillante éducation : je m'en charge; je lui apprendrai à lire.

ROSE-d'AMOL'R , lui arrachant vivement et avec fierté le papier sur lequel il vient d'écrire.

A lire, à moi!... (Elle lit avec assurance.): «Liste » des jeunes filles de ce hameau qui, ayant atleinl D leur seizième année, doivent tirer au sort... »

LE COMTE, à part.

Qu'tnlends-je?

BERTEE.

Tirer ;;u sort:

JOU, reprenant le papier.

C'est Lien, c'est très bien! avec mes leçons... BKRTHE, vivement.

monsieur Jou, quel est donc ce papier?

JOB, avec importance.

C'est la moindre des choses! Vous êtes assez vieille, madame Berllie, pour avoir vu autrefois, dans la seigneurie de monsieur le baron... un usage qui voulait que tout les ans... dans un village du fief que le seigneur daignait nommer... le sort désignât une jeune fille de seize an.s, pour aller, pendant trois mois, cultiver les fleurs du château... C'est après avoir passé ce temps d'épreuve sous les yeux de monseigneur... qu'elle recevait... si elle s'était bien comportée... une dot considérable qui la mettait à même de faire un bon mariage.

BERTHE

Je m'en sou\icns, monsieur le magister; il y a quarante ans que le sort lonibg sur moi, (A part et eu soupirant.] cl je revins avec la dol. JOB.

Monsieur le baron Rodolphe, notre très honoré et très puissant seigneur, qui cherche tous les moyens de rendre heureux ses vassaux , vient de rétablir cet usage, et, en ma considération, c'est sur ce hameau qu'il a d'abord jeté les yeux. LE COMTE, ù part.

Ciel !

JOB

C'est aujourd'hui , sur cette place, en présence de tous les habilans et devant monseigneur, que le sort doit prononcer. Aimable Rose-d'Amour! je suis désespéré de ne pouvoir faire quelque chose pour vous dans celle circonstance ; mais je suis intègre, et toutes ks filles du hameau qui ont alteinlleur seizième année soiU sur ma liste. (A part.) Excepté ma Nanelie! Ma ronde est terminée; allons lui porter ce bouquet. (Haut.) Au revoir, mes amis.

(Il sort avec les gardes.)

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