‹ Recueil d'opérasChapitre 785 sur 1141 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

FRA LORENZO, MARTLN DEXIMENA.

FR.l LOREXZO.

Un instant, seigneur de Ximena...

MARTIN

Le mariage va se célébrer sans nous.

FRA LORENZO

Il ne s'agit pas de mariage, mais de nouvelles ;ue je reçois de Lisbonne, et qui vous concerent.

MARTIN

Moi!... Martin de Ximena, négociant?

FRA LORENZO

Vous-même.

MARTIN, froidement.

Cela m'étonne... mais dès que vous me le lites...

FRA LOUENZO.

Ce qu'il y a de singuli(M-, c'est que mon oncle Vasconcellos, qui est d'ordinaire si clair dans ses dépt-ches... me semble dans celle-ci d'une obscurité...

MARTIN

Vous avez tant do lumière...

FRA LOUENZO.

Enfin nous verrons bien, écoutez seulement... {Lisant.) « Dei)uis,lc dernier duel dont je vous ai » parlé, depuis l'airaire de Guimarciis... » je n'en connais pas d'autre que celle de son mariage... » vous avez "dû exécuter les ordres en chiffres que » je vous ai donnés... » Je ne sais pas où ils sont. MARTIN, à part.

Dans le dernier courrier intercepté.

FRA LORENZO, Continuant.

« J'en attends les résultats naturels...» d'autant plus naturels qu'ils viendront d'eux-mêmes. {Continuant de lire.) « C'est un nommé Pinto » qui est l'âme du complot, et celui qui s'est » chargé de l'exécution est le fils du duc, le jeune » Emmanuel de Bragance, caché depuis son duel » à Santarem. » Je n'en ai pas la moindre idée. MARTIN, froidement.

Ni moi non plus... et je ne vois pas en quoi tout cela me regarde.

FRA LORENZO

Attendez donc. ( Continuant de lire. ) « Un » négociant de cette ville, qui est maintenant » dans la vôtre, Martin de Ximena est le banquier » delà conspiration... » Comprenez-vous?

MARTIN, froidement.

Pas plus que votre excellence.

FRA LORENZO

C'est ce que nous allons voir... {Continuatit.) Hum! hum!... « de la conspiration, qui n'estpas » riche, et qui'agrandbesoin d'argent... c'est chez » lui, ou chez quelqu'un des siens, que doit être » caché le jeune duc... Il faut donc à tout prix, » par ruse, par adresse, et, s'il y a lieu, par la tor- » ture, forcer Ximena à vous lelivrer...Uneheure » après, vous aurez pour agréable de lui faire » trancher la tête, etc.. » Des détails d'intérieur. « Quant à Ximena, sa grâce s'il parle... sinon, » etc. » Comprenez-vous enfin ?

MARTIN, froidement.

Cela devient plus clair!... Mais quand par événement, quand par hasard le ministre aurait dit vrai, je suis d'un naturel taciturne et ne parle jamais... Votre excellence peut compter là-dessus et agir en conséquence.

FRA LORENZO

Et si je te fais trancher la tête, mon cher!

MARTIN, avec sang-froid.

C'est un moyen, mais un des moins heureux qui existent pour me faire parler.

FRA LORENZO

C'est juste! nous aurions alors la torture, que l'on me propose, et qui a bien ses avantages... mais ça n'est pas dans mon caractère.

MAGASIN THÉÂTRAL

MARTI\

Je m'en doute bien... un homme d'esprit tel que vous a une autre manière d'interroger. PRA LORENZO, Souriant.

Je vois que nous pourrons nous entendre... Écoule; je n'ai pas de temps à perdre ; le ministre compte sur moi, et à tout prix, comme il le dit, il faut réussir... Je connais le cœur humain, et j'ai un système jusqu'à présent infaillible... Voyons... ( lentement et le regardant en face) combien ?

MARTIN , avec indignation.

Me supposer de pareils sentimens... pour qui me prenez-vous ?

FRA LORENZO

Je te prends pour moi, à mes gages, à mon compte... toi et tes sentimens... combien?

MARTIN

Je n'ai rien à vous répondre.

FRA LORENZO

Tu ne veux pas y mettre le prix... je le fixerai... soixante mille piastres.

MARTIN

Pour livrer le duc de Bragance!... moi! Portugais !

FRA LORENZO

Cent mille.

MARTIN

Moi, homme d'honneur 1...

Deux cents.

MARTIN

Deux cents!... Vous pourriez supposer...

FRA LORENZO

Que tu es plus cher que les autres; voilà tout ce que cela me prouve. 11 paraît, seigneur deXimena, que votre vertu est d'un prix élevé... eh bien! il faut en finir... d'ailleurs ce sont vos Portugais qui paieront. Ecoute-moi bien, et décide-toi, car c'est mon dernier mot... (Le regardant en face et lentement.) Trois cent mille piastres! MARTIN fait à part un geste de joie, puis se retournant vers Lorenzo, lui dit vivement.

Je demande si votre excellence les donne surle-champ.

FRA LORENZO, riant.

Allons donc!.,, nous voilà enfin !... Quand je te disais que je connaissais le cœur humain... MARTIN, appuyant toujours.

Comptant !

FRA LORENZO

Pourquoi cela ?

MARTIN

C'est qu'aujourd'hui il faut que j'aie cette somme, ou que je me brûle la cervelle.

FRA LORENZO

Garde-t'en bien !

Je conçois que cela romprait nos relations; mais je vous le dis à vous en confidence, j'étais obligé de suspendre mes paiemeus. Ainsi voyez si vous voulez me sauver la vie.

FRA LORENZO, réfléchissant.

Soit.. .Aujourd'hui les trois cent mille piastres... mais ce soir tu me livres le jeune duc !

MARTIN, réfléchissant aussi.

Ce soir... non pas... mais demain!

FRA LORENZO

Et pourquoi ?

MARTIN

Le temps de le dépister, de m'en emparer, et de vous le faire saisir sans danger... au milieu de ses nombreux amis.

FRA LORENZO

Ils sont donc beaucoup ?

MARTIN

Cinq ou six cents... qui depuis huit jours se rassemblent et se cachent dans ces murs, prêts à marcher sur Lisbonne pour y soulever le peuple. FRA LORENZO, naïvement.

Et je ne m'en doutais pas !

MARTIN, froidement.

Bah!... ce n'est rien.

FRA LORENZO

Comment! ce n'est rien?

MARTIN, de même.

Bien d'autres choses encore que je vous apprendrais... Mais tenez-vous coi... ne bougez pas, que rien ne leur donne l'éveil! que rien surtout ne fasse soupçonner notre intelligence.

FRA LORENZO

Et si tu me manques de parole ?

MARTIN

Ma tête est à vous !

FRA LORENZO

Permets donc!... elle ne vaut pas trois cent mille piastres.

MARTIN

Pour vous !... mais pour moi!...

FRA LORENZO

C'est juste!...

MARTIN

Vous ne donneriez pas la vôtre pour ce prix-là, ni pour le double !

FRA LORENZO

Non certes ! Va, va, ne perds pas de temps, pendant que moi j'achève mes dépêches... MARTIN , revenant sur ses pas.

Bien entendu que d'ici à demain vos affidés ne me perdront pas de vue, et que vous me ferez consigner aux portes de la ville.

FRA LORENZO, d'un air profond.

J'y pensais !...

Et tenez... tenez... comme je vous le disais, le mariage s'est célébré sans nous !... entendezvous les cloches?... Adieu, monseigneur!

FRA LORENZO

Adieu !

Martin sort par la porte à droite.

LE GUITARRERO.

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