L'AMOUR PECHEUR
Air du vaudeville du Mameluck, (Noté N°. 21. )
Un jour, las de sa besace
Et du inétier de quêteur,
LTamour prend filet et nasse ,
Et se l'ait maître pêcheur }
A son ouvrage l'aurore
Ne pouvait pas l'arracher ,
La nuit l'y trouvait encore :
Tant l'amour aime à pêcher ! (ter.)
Pourvu des meilleures lignes Et des plus fins hameçons , Aux fillettes les plus dignes Il prodiguait ses leçons j
( ^94) Les belles prêtant l'oreille Aux avis qu'il leur donnait , Tiraient la nasse à merveille , Et tendaient bien leur iilel.
Pour mieux déguiser l'amorce, Et pour faire un coup plus beau , Les pêcheuses avec force Autour d'elles battaient l'eau 5 L'Amour dit : « Ce bruit me trouble, « Laissez l'onde s'éclaircir, « Ce n'est jamais en eau trouble « Que je pêche avec plaisir. »
Bientôt l'onde transparente Découvrant ligne et filet, Laissait à la gent flottante Voir la main qui l'amorçait ; Distinguant hommes et dames Sans crainte d'être surpris , L'anguille allait droit aux femmes , Et le goujon aux maris.
( i95) Les barbons vont porter plainte A Vulcain , leur cher patron ; Attendri de leur complainte , Le dieu cornu leur re'pond :
« Amis , ne vous en déplaise, « Pêcher est un pauvre e'tat , « Lorsque la ligne est mauvaise « Et l'hameçon sans appât. »
Aussitôt le dieu leur tresse Des filets en tissu d'or , Et chaque pêcheur s'empresse D'user d'un si doux tre'sor ; Quelle pêche merveilleuse !
Dans ces filets chaque jour Le poisson et la pêcheuse Venaient tomber tour à tour.
Filles jeunes et gentilles , Femmes à l'œil vif et noir , Dans les rets de nos vieux drilles Par centaines venaient cheoir ;
('96) Chacun du sort qui l'exauce Se plaignant à l'unisson , Ne sait plus à quelle sauce Il mangera le poisson.
En voyant tant de chair fraîche ,
L'amour ému de pitié,
Pour bien exploiter la pêche ,
Offre d'être de moitié ;
On accepte , il rit sous cape :
Aussi , depuis ce moment ,
Le poisson qu hymen attrappe ,
Amour le croque souvent.
LE MONDE et LE COLLEGE,
Couplets chantes à la reunion annuelle des Elèves de Montaigu.
Air du Ménage de garçon.
Mes chers amis , vers le collège Quand je porte un regard nouveau , Pour moi , le regret qui m'assie'ge , Du monde enlaidit le tableau ; Le monde n'épargne personne , Et je m'y suis bien convaincu Que les leçons qu'on nous y donne Coûtent plus cher qu'à Montaigu.
D'un vieux correcteur à l'œil louche Au collège on sentait les coups ; Un critique dur et farouche Dans le monde frappe sur nous.
Chacun d'eux , a différent terme , Vient détruire notre bonheur :
L'un nous déchirait l'épidémie, L'autre nous déchire le cœur.
Au collège , sous plus d'un maître, Après bien des momens perdus , On finissait toujours par être Riche de quelques mots en us.
Dans le monde Rome et la Grèce Ne brillent que dans le lointain:
Dès qu'il y prend une maîtresse , L'écolier y perd son latin.
Au collège , c'est par la gloire Qu'un prix payait tous nos efforts; Jamais une telle victoire Ne laissait regrets ni remords,'
( '99 ) Mais dans le monde où la folie Est le but constant de nos vœux, Souvent près de femme jolie L'accessit est bien dangereux.
An collège , par la jeunesse Et par le plaisir emporté , Poussant la dalle avec adresse , 3'acquérais vigueur et santé', Dans le inonde où l'âge m'installe , Tout change pour moi chaque jour, Et je suis devenu la balle Dont le sort se joue à son tour.
Au collège , prison traîtresse , Pensum , férule et cœtera , Des chagrins de notre jeunesse Devenaient le nec plus ultra.
Le monde , quand il nous harcèle , Nous fait un mal bien plus aigu !...
3'en conclus que le parallèle Est en faveur de Montaigu.
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