ET JEAN QUI RIT
Musique de Darder.
Je pleure.
Je vois tout gris, je vois tout noir; J'ai Iju trop de' bon vin ce soir; Je vais être gris tout-à-l'heure :
Je pleure.
— Je ris.
Je vois tout hleu, je vois tout rose ; Le vin est une douce chose ; Voilà longtemps que je suis gris.
Je ris.
— Perds-tu la tète?
— Perds-tu Tesprit?
— Arrête ! — Arrête !
— Ah! Ah! Ah! Ah!— lli! Hi ! Ili ! Ili ! (^est Jean (pii [jIcui'c et Jean (jui rit.
Je pleure.
J'ai l'estomac trop délicat ; Je ne puis manger que d'un plat :
Aussi, je fonds comme du beurre.
Je pleure.
— Je ris.
Depuis que je me mets à boire, Je ne mange que pour mémoire :
Aussi, vois comme je maigris.
Je ris.
— Perds-tu, etc.
Je pleure.
Mon épouse, la connais-tu ?
Es-tu bien sûr de sa vertu?
Je crois que la tienne est meilleure.
Je pleure.
— Je ris.
Cela ne m'inquiète guère ;
Je suis bien sûr de mon affaire :
Je ne suis plus dans les conscrits.
Je ris.
— Perds-tu, etc.
Je pleure.
Entends la voix de la raison :
Je veux rentrer à la maison.
Partons; tu sais où je demeure.
Je pleure.
— Je ris.
Moi, je change de domicile; J'habite les champs ou la ville ; J'ai plusieurs maisons dans Paris.
Je ris.
— Perds-tu, etc.
Je pleure.
Car, qu'est-ce que la vie, enfin?
C'est un flacon de mauvais vin...
Mais pourquoi faut-il que l'on meure ?
Je pleure.
— Je ris.
Car la mort... Suis bien mon idée...
Est une bouteille vidée ; On ne rend que ce qu'on a pris.
Je ris.
— Perds-tu la tète?
— Perds-tu l'esprit?
— Arrête ! — Arrête !
— Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! — Hi ! Hi ! Hi ! Hi ! C'est Jean qui pleure et Jean qui rit.