LE NAVIRE DE CR\RON
Un navire chargé de jeunes gens a mis à la voile; à la poupe sont les malades, à la proue les blessés, et sous la voilure, ceux qui se sont noyés dans la mer. Il cherche urr port pour y entrer, un havre pour y jeter l'ancre; enfin dans un bon port il attacha son câble. Et le bruit se répandit dans les villages, et ceci fut annoncé par le monde: «Veuves, on vend vos maris; mères, on vend vos enfants; et vous, pauvres sœurs, on vend vos frères. * Les mères accoururent avec des florins, les sœurs avec des cadeaux; et les veuves, les veuves désolées, avec des clefs à la main; et celles qui n'avaient rien vinrent les mains jointes. Mais soudain Charon se repentit et coupa les câbles. Et les mères repassent les montagnes; les sœurs, les versants des collines; et les veuves, les veuves désolées, les vallons solitaires. {Épire.)