‹ Recueil de chants historiques française (volume 2)Chapitre 37 sur 120 · SUR LES FILLES D*HONNEITR DE CATHERINE DE MÉDIGIS · texte numérisé non relu

SUR LES FILLES D*HONNEITR DE CATHERINE DE MÉDIGIS

Les quatre chansons qui viennent ont été composée à propos de deux aventures galantes qui, pendant les années 1586 et 1564, mirent en émoi la cour de Catherine de Médicis. Le fils du connétable Anne de Montmoreney et le prince de Condé d'une part, deux filles d'honnear de

(1) Le Siège de Metz par V empereur Charfes F, sn Van 1552, par Bertrand de Salignac, t. viii, p. 505 de la première série des Mémoires relatifs à t* histoire de France publiés par MM. Mlchaud et Foujoulat.

la reine et la maréchale de Saint-André de l'autre, en »ont les acteurs principaux.

Quant à la première, je citerai une relation manujKîHte qui en résume parfaitement toutes les circonstances principales ;

« L'une des avanturesles plus sin^lièresqui arrivèrent sous le règne de Heni7 second , est sans difficulté celle de la demoiselle de Pienne, SUe s'appelloit Jeanne de Halluie, demoiselle de Pienne, et à Tàge de treize à quatorze ans elle fut passionnément aimée de François de Montmorency^ fils aine du connestable Anne de Montmorency. La demoiselle étoit alors fille d'honneur de la reiqe Catherine de Médicis, et si elle écoula trop favorablement son amant, on le doit plutôt imputer au malheur attaché aux filles d'honneur de celte reine, à qui oe nom convenoit très-peu, qu-à la foiblcsse de cette pauvre fille,

» Le duc de Montmorency étant donc épris des charr mes de la demoiselle de l^ienne, et pressé par sa passiooy luy fit une promesse de mariage saps en rien dir« k sqp père le connestable, ni à sa mère, tant il craignoit qu'ils ne s'opposassent à son dessein. Il n'y a point d'apparence qu'ils y eussent jamais consenti, quoique cette demoiselle fût d'une naissance très-illustre, et que sa beauté et sa vertu la rendissent recommandable. Mais il y eut une raison particulière qui les poussa à former des oppositions éclatantes à cest engagement, c'est que Henry second voulut bien que Diane de France, sa fille naturelle et de la duchesse de Yalentinois, qui étoit alors veuve du duc de Castro, épousât l'ainaut de la demoiselle de Pienne. L'ambition du conncàtabie trouyolt trop son compte dans ceste alliance pour luy pernieltro de souffrir que rengagement de son fils aîné passast pour b<m. 11 mit donc tout en œuvre pour le faire rompr^t

et se trouvant alors auprès de Henry second dans la plus grande faveur où jamais sujet s'etoit vu auprès de son roy, il fit commencer les procédures par Tinterrogatoire des deux amans, qui fut fait au Louvre le cinq octobre mil cinq cent cinquante-six, que Jeanne de Halluie, dite la demoiselle de Pienne, la première appelée, répondit qu'elle étoit âgée de dix-neuf à vingt ans, et qu'il y avoit cinq ou six ans que messire François de Montmorency luy avoit parlé de mariage au palais de Paris, ou à Saint- Germain, où leurs propos furent qu'il la prenoit à femme ; elle répondit qu'elle le prenoit à mary. Bien dit qu'auparavant il luy en avoit autrefois parlé, mais ne le vouloit accepter parce qu'elle le voyoit fort jeune et aussi qu'elle craignoitqne monsieur le connestable le trouvât mauvais. A quoy il répondit qu'il attendroit si long-temps , et qu'il luy seroit si obéissant, qu'il le luy feroit trouver bon : et ajouta laditte demoiselle qu'elle ne l'eut point déclaré si ledit sieur de Montmorency n'en eut parlé, à cause du mariage de madame de Castra. Elle dit encore qu'elle n'avoit receu aucun don ny présent en nom de manage, et que tout s'étoit passé en paroles, sans témoin et sans qu'elle en eut parlé à aucun parent; qu'il luy avoit écrit durant sa prison, mais qu'elle avoit brûlé ses lettres: qu'il en avoit continué les propos depuis son retour, et mémement en l'abbaye de Yauluysant, dernièrement qu'il y étoit : et mémo le jour d'hier, au logis de monseigneur le connestable, il luy répéta lesdits propos et la pria de ne se fâcher point. Elle ajouta ne sçavoir que ledit mariage fut clandestin et deffcndu, et qu'elle pensoit bien qu'il put se marier^ quoiqu'il eut père et mère, parce que le mariage est de Dieu, et les cérémonies de l'Église. Au surplus, elle s'en rapporta au sieur de Montmorency et signa sa réponse.

» Celle de ce seigneur fut toute pareille et, atprès avoir dit être âgé de vingt- six ans, il avoua tout, jusqu*à luy avoir eneore promis le soir précédent de Tépouser, en luy parlant de la peine où il étoit, sinon qu'étant enqiiis si, ayant père et mère, il ne sçavoit pas qu'il ne pouvoit contracter mariage sans leur consentement , il dit que quant il fit cette folie-là il ne considéroit pas toutes ces choses, et que Page ne le portoit pas ; et que si il avoit à le faire à cette heure il y penseroit davantage.

» Ces dépositions furent envoyées à Rome avec tout ce qu'on put ramasser d'autorité de TÉcriture- Sainte et des Pères contre les mariages faits sans le consentement des parents, et le pape rcceut le tout assez bénignement, fit un grand accueil au sieur de Montmorency et luy promit d'abord toute satisfaction.

» Le connétable de Montmorency porta le roy à employer tous les moyens imaginables pour faire déclarer nulle la promesse que la deinoiselle de Pienne pouvoit alléguer. Cette affaire devint la plus grande de la chrétienté par le concours des desseins que le pape Paul quatre avoit de pratiquer l'alliance de cette fille de Henry second, veuve de son petit- fils, avec un autre Italien, son neveu. Ce seul intérest du pape fit toute la difficulté de la dispense que Ton demanda, et que le jeune Mont* morency étoit allé solliciter en personne.

» Le pape retint long-temps à Rome François de Montmorency, le remettant de congrégation en congrégation, jusqu'à tant que, ce jeu étant découvert, et le roy et le conuestable frustrez de leur espérance de son côté, ne voulant pas avoir le démenti d'une chose qui n'avoit éclaté qu'à leur désavantage, ils firent dresser un édit fait exprès, et qui fut publié et vérifié, par lequel les mariages clandestins furent dédierez nulz : et d'antve

part OR 9ê seryit de raotorité poor Uâtê iftiHter prke à to pauTre demoiselle de Pienne , qti*oii enlerma an co»ïoit des Filles Dieu et qui, dans la eratnte d^ètre ph» maltraitée, et dans le désespwr du suceèsde ses espé* rances, se laissa encore persuader que le sieur dé MmiU moreiK^y avoit eu une dispense du pape.

u Rien n*étoit plus propre au dessein dii pape qo» de pouvoir dire que ki demoiselle de Piennet refùeoît de consentira la dissolution de son mariage. Afihi deoe de k désarmer de ce eâlé-là, on Ee munit d*UB bon acte par lequel il paroissoit qu'elle n'avoit nulle préTeiHioii sur le sieur de Montmorency. Pour obtenir une sembt»* ble déclaralioo, il fallut faire accroire à la denoîieHe de Pienne que le pape avoit déjà accordé la dispense. C'est pourquoy son galant ne it point de scrupule dt luy écrire ceste fausseté. Yoicy sa lettre, ette est anssi sécbe que les billets qu'il luy écrhoit précédemment étoient doux et tendres.

« Mademoiselle de Pienne,

tt Ayant connu Terreur où }e suis tombé tans y pen- » ser, et étant déplaisant d avoir offensé Dien, le roy, » monseigneur et madame le connétable, fax fait en- 9 tendre à notre saint Pèi*e le pape comme les choses se » sont passées entre nous deux, et demandé de cela ptr» u don à sa sainteté. Lequel m^a, de sa bonté et démence» » accorde, et, en tant qtie de besoin, m'a dispensé pour » me remettre en ma première libeKé ; dont j^ay bien » voulu vous avenir. Et aussi pour nous ôter tous deux » bors des malheurs et peines où nous sommes, je me » départs de tontes les paroles et les promesses de ma-

» i'iag€ qui soûl |>a$sées «titre nous deux y desquelles , » par kditte <lts()ense, nous demeurons déchargez 4 ot M vous en quitte, <>n yous priant de faire le sembla - » hh à mon endroit et prendre tel autre parti pow » ¥otre aise que ban vous sembiera ; car je suis rés^ivt M «'avoir jamais pkts gr^nde^ ni fiius particulière coni- • «rtuûcatioii m ^iiitoUigeiice avec vous; «ou pas que }e » tte ¥i)Qs «$%€«& estime de «âge ot vertueuse deoioiscUe, » «t de boAue i^arl ; mais pour satisfaire à moM deiw, » et éviler ks malbours et inconvéniens ^ui nous eii » pouri'oieiiit avenir^ et surtout pour donner occasion à » Sa Mi^^sté et à lïies dits sieur et dame d'oublier Tof* » feitse ^ue je leur «i laite, tant pour la réparerque pour » ossayorine4*enére digne de leur bonne grâce, que pour » satisfaire à «e ^e je leurs dois par cfltmmaadement » de Dieu, auquel je suf^ie, mademoiselle de «Fienne, w voius avoir«« sa saifiole«t digne garde. De ilomeL,*ee » cinq février mil cinq cent cinquante-six. Celuy que tt vous ii^ouvoi'ec prest à vous fair^ service,

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