‹ Recueil de chants historiques française (volume 2)Chapitre 52 sur 120 · SUR LES BOURBONS · texte numérisé non relu

SUR LES BOURBONS

Des satires assez violente?, soit contre les défenseurs de la religion catholique, soit contre les huguenots, commencent la série des chansons relatives à cette période. La première, qui est l'œuvre d'un évéque et de deux poètes célèbres du xvi* siècle, renferme des allu* sions profanes à la doctrine des différents pères de TÉgUse, mais principalement aux discours et aux ouvrages des docteurs les plus connus dans les premiers temps de la réforme. Cette pièce fut composée à propos du fameux colloque de Poissy, dans lequel, comme chacun sait, les opinions les plus opposées furent émises par Théodore de Bèze, Claude d'£xpense et les cardinaux de Lorraine et de Tournon (1). Le Laboureur, dans ses Additions aux Mémoires de Castelnau (t. i, p. 725], a imprimé plusieurs lettres de Catherine de Médicis qui donnent au sujet du colloque de Poissy des détails fort curieux. Le Laboureur ajoute quelques réflexions au sujet des principaux docteurs qui s'y firent remarquer.

« Les Huguenots, dit-il, abusans de leur sauf-conduit, »publioient tous les jours de nouveaux avantages de » leurs ministres, tant que dura le Colloque de Poissy, » jusques à faire courir faussement des articles qui leur »cstoient accordez, afin d'entretenir le petit peuple «dans leur créance et de mettre les Catholiques «n

(1) Voyez Anquetil, Esprit de la Ugue, 1. 1, p. 101 ei suiv.

o doute. Avec cela, ils disputoient avec une insolence » extrême, et traittoient pps mystère les plus sacrez avec » une insulte qui donna tout sujet à la Reine d'avoir con- » fusion du péril où elle avoit exposé la Foi C!atholtf|ue. » Mais , con^me il étoit dangereux c|e rgpapre tout à » coup ce Colloque , elle fit adroiteinent de rendre la » dispute moins publique et d'^P exclure tous ceux qui i* vendent avec chaleur de Tun et de Tautre party,.pour » accroistre plutôt que pour terminer les dllIftfMii. Il » fut résolu par son ordre et arresté par esorlt, le der- » nier Jour de septembre , qu'on cboislrolt cinq tant » Ëvéques que Docteurs, et que les Huguenots conviéB- » droient d'un pareil nombre de leurs Prédleansi poor >» continuer la conférence. Les députés catholiques fti- » rent Jean de Moniluc, évesque de Valence, et PUfr§ » du yal, évéque de Séez, et les docteurs Despeneêt • Salignac et Bouteiller; et les Huguenots nommépent » Pierre Ftrmeil dit Martyr, thiodçre iê MiMê^ Saule » qui, comme je croy, est ce ministre italien qu'on av^t » mandé de Zurich ; Marierai et d'Eipina, toosmini»- « très, et des plus fameux, de la nouvelle opinion, fit » sur ce sujet les hérétiques firent ces huit vers :

M Messieurs de Valence et de Sée^ a Ont mis les papistes aux ceps, n Salignac, Bouteiller, Despence, M Pour servir Dieu quittent la pance.

» Marlorat, de Beze, Martyr » Font mourir le pape martyr, »Saul, Merlin, Saint-Pol, Spina » Sont marris qu'encore pis n'a (1). »

(1) Mémoires de Micfiel de Casteluau, i. i. p. 137. l.e$ détails donnés ici par Le Laboureur sont extraits des Mémohts de Coudé, 1. 1, p. 5û, Journal de Bruiard,

On i^étfoùvera dans la chanson de Tévéqûe de Riez lé tiotii de toUs ces commissaires ; les tins et les autres y sont égalettient l'objet de quelque raillerie. Cette chanson ne fut ()as la seule pièce satirique en vers composée au sujet du colloque de Poisiy. On trouve dans lei Mémoires du prince de Condé (t. 2, p. 515) les pièces sui^ vantes i, dont je ne rapporterai iei que le titre s « Sisu serineti de rasitmhléè de$ prélati de Ftanee et det wà^ niêtres de ia parole de Dieu, tenue d Pàiesy Van 1861^ atee vnèreàpimse desioumez de la Sainetè-Eicrip^ ture et appliquez à moquerie en faveur des dietÈ prélats^ par une nonnain jacopine du dict Poissy, »

La chanson contre le sacrifice de la messe est une des satires les plus violentes et les plus audacieuses qui aient été écrites en aucune langue. Jamais le mépris des saints mystères ne fut poussé plus loin. On peut juger par cette pièce de la témérité des réformateurs. Comme on doit le penser» une pareille satire ne porte aucun nom d'au^ teur. L'original, imprimé à Lyon en 1562^ se compose de quatre feuillets petit in-8°. Le duc de La Yallière en possédait un exemplaire; il était relié en maroquin vert avec d'autres pièces sur le même sujet (1). Un autre exemplaire avec Fécusson de iord Blandfort, et ayant appartenu à Richard Heber, fait partie du cabinet de M. Âu^u^te Yéinant à Paris.

La troisième chanson, relative au massacre de Yàs^y, ^t fort intéressante. Coitiposéè en faveur du duc de Guise, elle contient Tapologie de cette sanglante expé-^ dltion, dontleduclùiméme chercha toujours à s'excuser; C'est l'eeuvre d'un certain poète fort inconnu de nos

(i) Caulogtie des lifTes de la bibliothèque de feu M. le duc dfe La Vallière, etc., par M. de Bure; 3 vol. in-8'. Paris, 1783, t.tl,p; 367; n'3i97.

jours et qui parait avoir consacré ses vers à célébrer les triomphes des soldats catholiques contre les huguenots. Cette pièce fait partie d'un volume dont le titre seul indique les opinions professées par fauteur : '

« Becueil de plusieurs belles chansons spirituelles faictes et composées contre les rebelles et perturba-leurs du repos et transquilité de ce royaulme ûe France, avec plusieurs autres chansons des victoires qu'il a pieu à Dieu de donner à noslre très-chrestien roy Charles IX* de ce nom; par Christofle de Bourdeaux. »

Ce petit volume de quatre-vingt-seize folios contient soixante et onze chansons , presque tontes consacrées aux événements qui ont signalé la lutte des huguenots et des catholiques pendant le règne de Charles IX. Elles sont à la louange de ces derniers et remplies dinsaltes grossières contre les partisans de la religion réformée. On peut voir dans nos indications bibliographiques le titre et le sujet de chacune de ces pièces; on y remar^ quera la septième, qui commence par ces deux vers :

Cessez voz grands saults , Mastins huguenots ;

et plusieurs autres encore qui sont toutes dans le même style. Outre le nom de C/in'«/o/7e de Bordeaux , placé en tête de ce volume, on trouve au folio 64, verso, celui de Legier Bontemps. Les compositions de celui-ci semblent s'arrêter au folio 70, et les onze pièces qui terminent ce recueil sont anonymes ; elles ont aussi rapport à divers événements du règne de Charles IX : la dernière des chansons de Christofle de Bordeaux célèbre la mort de Louis de Bourbon, prince de Condé, et se termine

par les deux quatrains suivants, dont le premier a été souvent cité :

L^an mil cinq cent soixante-neuf.

Entre Coignac et Chasteauneuf^ Fut porté mort, sur une anesse, Ce grand ennemi de la messe.

L^an mil cinq cent soixanle-neuf En Grève, devant Thostel neuf De la ville, sans guère attendre, Croquet et Gustine on veit pendre.

Les trois chansons sur les francs-archers et les corporaux sont la satire de ces anciennes compagnies tombées en désuétude, dont les membres ne pensaient plus qu^à jouir des privilèges attachés à leur titre et étaient presque tous incapables de ;servir activement à la guerre (1).

Quant à la chanson sur le prince de Condé , c'est un éloge de ce grand capitaine; il fut, comme chacun sait^ le chef du parti huguenot jusqu'au jour de sa mort. Dan» cette chanson on lui attribue tout Thonneur de la bataille de Dreux , à la jQn de la quelle cependant il fut fait prisonnier. Cette pièce est surtout remarquable par la plaisanterie malicieuse et la mordante épigramme dont les papistes et les amis du duc de Guise sont les objets ; ce dernier est même accusé de s'être caché dans une grange pour se soustraire à ses ennemis : mais ce sont des allégations calomnieuses que les écrivains de chaque parti n^ont jamais manqué de se prodiguer. Le dernier

(1] On peut consulter à ce sujet les Recherches historiques sur l'ancienne gendarmerie française, par M. *** (le vicomte d'Alais de Corb«t). Avignon, 1759, in»12, p. 315.

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couplet fait nllusion à la mort de M. de Guise, assaasidé d un coup de pistolet devant Orléans par Poltrot de Merey ; on y parle aussi de la paix que le roi donna à la France, mais qui ne fut pas de longue durée. A propos de cette paix on fit les trois couplets de : Bourbon, dormez ; pour reprocher aux deux princes Louis de Bouii)on et Henri de Navarre leur indifférence.

CHANSONS

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