DISCOURS DU VRAT SIÈGE MIS DEVANT LA VILLE D*T8S0IRE
ENSEMBLE l'assaut QUI EST DONN^ LE DIMANCHE , 9 JUIN,
Sur le chant de Sommières, etc.
1 Si jamais fut chanson plus mémorable, C'est ceste cy qui est bien remarquable, Or sus chantons d'Yssoire les travaux Et les cruels qui ont tant fait de maux :
Car ils ont faict Dix mille volleries,
Aussi deffaict Hommes par grandes furies.
2 Le Merle a faict un tour de gentillesse, Quand il a sceu qu'on alloit de vitesse Les assiéger avec le camp du roy,
Il s'est sauvé portant avec soy Vingt mille escus Pour secours aller prendre ,
Yoilà le flux Qu'il leur a faict entendre.
3 Quand Chavignac, le gouverneur d'Yssoire , Nous vît camper, il luy prend une gloire , Et aux soldats a dit : Allons sur eux, Tuons, tuons ces tigres dangereux.
Alors soudain Firent une sortie,
Chargeans de main, Sur nous par grand furie.
4 Beaucoup de morts y eut ceste journée Des deux costez firent leur destinée ;
Les mal contens crioyent d'un cœur très haut : Sa, sa, venez, ennemis de Papaux, Venez quérir Des prunes mousquetées,
Pour vous nourrir, Car ils sont apprestées.
5 Lors monseigneur de nostre roy ther frète. De Guise aussi escoutoyent tout Tafliiire, Soudainement les canons font venir.
Et leurs défiences font battre et périr.
Tout fut par bas Aussi leurs forteresses,
Dont un hélas Disoyent de grand détresse.
6 Cela parfaict, la ville fut sommée Par un héraut de bonne renommée ; Scavoir qu'ils vouloyent dire de plein saut. Et s'ils vouloyent endurer un assaut.
Ouy, ils ont dict De brave vaillantise,
Sans oontredict Tuons monsieur de Guise.
7 Monsieur oyant du héraut la nouvelle.
Les grands seigneurs il prend d'un coeur fidelle ; Et le conseil ils tiennent ensemblement Pour foudroyer la ville entièrement,
Par un assaut Cruel, fort et terrible ;
Car il les faut Accoustrer oomme un crible.
8 Neufviesme }uin un Dimanche, de sorte On commença & bucquer à leur porte, De tous eo9te2, de la plus grand fureur Qu'on entendoit crier '• Seigneur, seigneur.
Car ils tomboyent De la plus grande furie,
Et s'assomoyent Comme à la boucherie.
9 Six mille coups fdt tiré de bràv^e^
Qui firent cheoir murs, maisons, barricades. Lors les soldats qui avoyent le cueur haut Après midy mardièrent à Tassaut :
Car de cent pas Les bresches estoient faictes,
Et sans compas Ne craignoient les defaictes.
10 Les mal contents, voyant toute Tahnée Se préparer, alarme ils ont sonnée.
Et à la bresche ils se sont présentez^ Bien résolus sur nous se sont JM%È^ Criant : Papaux, Vous n'entrerez encore ;
Car bien des sauts F^âut sauter pour nous mdrdrë.
il Lors les soldats avoyent un tel courage, Que dans la bresche ils entroyent d'une rage ; Mais à la mort trop tôt se présentoyegt t Car de trois cens que vin^^ revendant.
Car ils gettoyent Du feu vif d'artifie,
Dont ils tomboyent Tous morts dedans la lice.
12 L'assaut dura l'espace de cinq heures
Sans rien gaigner, sinon que corps qui meurent, Tant de seigneurs, capitaines et soldats, Qui sont tous morts et cbeus dans les remparts. Soudainement De Monsieur la trompette
Hastivement Ya sonner la retraitte.
15 Le lendemain parlementaires voulurent» De là dedans quatre marchans esleurent, Pour se venir getter à deux genoux Devant Monsieur pour penser être absous \ Et qu'ils rendroyent La ville et le pillage,
£t sortiroyent Avecque leur bagage.
14 L'accord fut fait, on entre dans la ville. Tout fut tué d'une vertu agille, D'une fureur ainsi comme à l'assaut.
Mais les marchans firent terrible saut t
Quatre pendus Furent à la campaigne ,
Et sur les murs Le ministre Chavaigne.
15 Monsieur de Guise a sauvé quelques femmes, £t leur honneur, sans doute ny diffame ;
Il les fit mettre dedans un fort chasteau, A leurs maris on leur baille un cordeau ,
Pour les mener D'une courte légère,
Et les noyer Au font de la rivière^
16 On mit le feu partout dedans la ville ; De tous costez flambolt d'un gouffre babille. Yssoire est bas et razé }u8qu'au pied ; Ce n'est plus rien, 6 Dieu, qu'elle pitié! Yoyla la fin Des rebelles d'Yssoire,
Jamais sans fin Il en sera mémoire.
COMME LE MERLE s'EST RENDU AU ROT ET A M. SOFf PRÀRE,
ST LUY REND LSS VILLES ET CHASTSAUX QU*IL TfiNOIT, ET PROMJtT TENIR L* AUVERGNE EN FAIX.
Sur le chant delà. Rochelle, ite. «
1 Ce grand Dieu tout puissant A donné congnoissance A ce Merle meschant, *^
De faire obéyssance.
Et de se recongnoistre Comme un dur malfaicteur,
Recongnoissant pour maistre Son roy et son seigneur.
Monsieur je vous supplie, D'avoir de moy pitié, Appaisez, je vous prie, Las 1 votre inimitié.
a Mercy à deux genoux, Je vous crie de grâce, Monsieur, vostre courroux Appaisez sans disgrâce.
Je n'ay point faict offence, Mais ce nVst que le bruict Que le peuple d'outrance Voudroit m'avoir destruit.
Monsieur, je vous supplie^ etc.
5 Trouvé )e ne me suis Dans la ville d'Yssoire, Bien je Tavois promis^ Mais de peur d'une gloire, Et de vous faire oifcnce, Point ne m'y suis trouvé j Et pour ma récompence Pardon me soit donné.
Monsieur, je vous supplie, etc.
4 D'Auvergne les marchands Tousjours m'ont fait bravades, Aussi à tous mes gens Qu'à la désespérade M'ont mis, je vous asseure.
Que les armes Je pris
A toutes adventures ; Maintenant suis repris»
Monsieur, je vous supplie, etc.
5 J'avois cinq cens chevaux Tousjours à la campaigne, Tant par monts que par vaux, Qui faisoyent compaîgne,
£t puis les gentilshommes Qui pourchassoient ma mort :
Mais ils ont veu qu'un homme Leur a fait grant effort»
Monsieur, je vous supplie, etc.
6 Chavignac m'instruisoit Comment je devois faire, £t qu'entrer il vouloit Dans la ville d'Yssoire, Nous n'estions pas rebelles Ny auroyny à vous; Mais trop bien vos fidèles En courbant les genoux.
Monsieur, je vous supplie, etc.
7 Je me suis marié A une damoyselle, Qui est sans varier, Honneste, grave et belle.
Au chasteau de Marage Ensemble nous tenons, Que d'un fort bon courage En vos mains le rendons.
Monsieur, je vous supplie, etc.
8 Tant villes que chasteaux Vous promets d'asseurance, Rendre sans nul travaux Sous votre obéissance,
Et le pays d'Auvergne Tousjours tenir en paix, Sans leur faire desdaigne, Ainsi je le promets.
Monsieur, je vous supplie, etc.
9 Voyez de bonne part, Oubliez la malice
De ce pauvre soldat, Qui vous fera service En toutes vos affaires Qu'il plaira commander.
Ils seront fort à faire S'il ne va vous trouver.
Monsieur, je vous supplie, etc.
10 Aussi toute sa race, Puisque j'ay d'un arroy Rémission et grâce :
Aussi les braves princes.
Qui ont parlé pour moy ; Dieu les gard aux provinces D'horreur et tout esmoy.
Monsieur, je vous asseure De ne porter jamais Coutelas ny armure, Ainsi je le promets.
CHANSON NOUVELLE
t>V SIÈGE ET PHINSB DB LA VILLE d'TSS<HBB KN ADVEUGNE.
Vautre jour j« m'en iJloj mou diemlm drolct 1 Najon.
1 Dois-je pas crier et plaindre.
Non sans grand occasion, Moy, pauvre ville d^Yssoire.
Pritise par rébellion :
Je suis destruitc, {bis} D'avoir si légèrement creii, Au deceu, à l'imporveu,
Un ministre.
a La Tame a esté trop grande De vouloir contre mon roy, Tenir bon et me deffendre, Pour le mettre en desarroy ,
Hais la promesse {big) De ce bon prince de Condë, Qui ne nous > secondé.
M'a fait oppresse.
S Cft noble seignei France, Vray Biset frère :oy.
Nous somma biei pi qu'à ïjiei-cy -"
Mais la furie {bis) De Chavignac et MoiUredon Attendirent le caaon,
Quelle folie!
i 11 envoya une trompette De matin par devers nous, Avec son héraut en teste Pour parlementer à tous.
Fismes responce [bis) 'Que nous estions bien assez fort Pour ses efforts les plus forts, Et qu'il s'enfonce.
5 Ce nous fut une crainte grande Oyans de toutes parts sonner Bombardes et canonnades.
Qui nous vindrent saluer.
Mais de nous rendre [bis) Nous avons esté obstinez.
Estant prédestinez
Pour la mort prendre.
6 La faute m'est imputée D'avoir dédaigné mon roy.
En voyant une telle armée Se dresser Contre moy :
Par la puissance (fiis) Est donnée du souverain, Promptement et de sa main
Au roy de France.
7 Du mois de juin le neufViesttte Nous soustinmes un assaut, Poursuivy de grand furie,
\ enans à nous d'un plaint saut.
Mats ceste foudre {hiê) De leurs gros canons toudroyans Vivement sur nos gens,
Nous mirent en poudrti.
8 La teste fut emportée
Au principal de nos chefs.
Du canon d'ane voilée
Qui nous Û8t un grand meschef,
Sans y comprendre {bU) Las ! tant de loldats blesset.
Et offencez, Presqu'à mort prendre.
9 Qui fut la causé en partie Que feismes composition
De nous rendre Au sieut de Guiée Qui nous prendi'ôit à rançon ;
Mais tost gravirent {hiê) Par les bresches de toutes parts De soldats, comme Repars,
Qui nous occirent.
10 O toy, qui d*animal brutte.
Du merle porte le nom, Tu n'auras plus à ta suite * Chavignac ne Montredon.
Las ! tu es cause (his) De cestc grande démolition Et destruction Par ta grande faute.
11 La désolation fut telle, Qu'aucun ne receut pardon, £t si furieuse et cruelle
Qu'on ne print homme à rançon
Ny leurs familkt (hià) Jeunes femmes et tendrons Si mignons, N'aussi les filles.
12 Noble ville d^Yssoire Assise en si bons pays, De toy plus ne sers mémoire De ton renom de haut prix :
Tu es désolée; (bis) De toutes parts on t'a mis le feu,
En cbascun lieu
Tu es brûlée.
15 O pauvre ville d'Yssoire Qu'avois acquis le renom.
Le meilleur vin du pays boire, Et des filles le parangon^
Las! où sont-elles? {bis) Les soldats les ont emmenées,
Desflorées,
Ne sont plus telles.
14 Tu dois bien gémir et plaindre, Et faire comparaison ; A Hierusalem despeinte.
Ou de Troye la destruction :
Tu es en tel estre, (bis) Si ce bon roy n'en a mercy,
Et soucy
De te remettre.
CHANSON NOUVELLE
DES REGRETS ET LAMENTATIONS DES DAMES d'YSSOIRB,
Sur le chant :
Dames d'honneur^, je tous prie à mains Jointes, etc.
i Si jamaiâ fut telle pitié aa inonde, C'est dessus nous où tant de mal abonde : Hélas! hélas! que ferons nous, mon Dieu, Ayes pitié de nous en ce bas lieu.
2 Merle mescbant, bien te devons maudire, Car c'est par toy. tu nous as fait destruire, Trois ans y a par malédiction Que tu nous tient en ta subjection.
5 Toy, Chavignac, est-ce là la promesse Que nous faisois avec mille caresses ?
Esce le bien, Thonneur et le proufit Que t'avons fait, et tu nous a destruit.
4 Où yrons nous, nous sommes vagabondes, Parmy les bois courons comme les ondes, He Dieu ! be Dieu ! ayez pitié de nous, Compaignes sommes ores avec les loups.
5 Nous avons veu d'une pauvre manière Maris pendus, noyez dans la rivière, Enfants tuez ; he mon Dieu, quel horreur! A deux genoux nous te prions. Seigneur.
6 Nous avions bien en grande abondance, Or et argent, monnoye, aussi finance, Helas ! plus rien nous n'avons maintenant. Nous faut aller notre pain demandant.
7 Nostre beauté, hélas! est bien changée, Nostre couleur en deuil est bien passée^ Nos yeux battus de pleurs et de gesmirs. Et nostre cueur plein de mille soupirs.
8 On ne parloit tousjours que d^Ysaolro Pour marchandise, aussi pour bon vin Mais on dira de pauvre volonté, Yssolrc là autrefois a esté.
9 C*est un parterre bien pire qu'an tiUa^ : Qui en est cause? c'est nostre esprit volAge) D'avoir esté rebelle à nostre roy, £t iuy vouloir aussi faire la loy.
10 O Merle, Merle, bien nous mets en tristesse, Tu es mescbant, cauteleux en finesse i (^uand tu as sceu le camp du roi venir Soudainement tu t'es prins à fuyr.
11 Tu emportas l'argent et la finance Pour ton loyer et bonne recompense.
Tu nous disois tels propos à rebours Que tu allois nous quérir du secours.
12 Tu t'es sauvé, meschant remply de rage, Dans un chasteau que l'on nomme Marage, Et à la fange toutes nous a laissé.
Voila le but où nous a délaissé.
15 Or, puisque plaist à Dieu, roy d^excellence, Que nous soyons ainsi pour récompense j Bien mérité nous Pavons sans effort, Plus ne nous reste, las ! sinou cpie la mort.
14 Prenez exemple dans des autres yiltes : Sortez devant, ne soyez inutiles, Abandonnez vos biens et vos «uniai
Me TOUS mettez aux mains des ennemis.
15 Car tmm toyez comment sommes égarées Parmy les champs comme bestes avollées.
On nous deschasse comme chiens enragez, Fors que de Dieu ne sommes conseillez.
16 Et vous sçav€9, hélas! que b forttme Tousjours le pauvre aiSIgé importiiiie : Ne vous mocqufz, dames de9 a<itres lieux. Il vous en pend autant devant 1^9 yeux,
17 Nous ferons fin à notre grand tristesse £n gémissant la larme à Ym\ sans cesse, Nous prions Dieu le père ommpotent
Nous estre en ayde dé son pouvoir trëshgrand.
CHANSON NOUVELLE
DE l'ENTR££ du GRAND DUC FRANÇOIS, FILS DE FRANGE ,