SUR LE TRÉPAS DE MONSEIGNEUR LE DUC DE JOYEUSE
Sur le chant : Las, ma mère, je ne puis.
1 Quelle soubçonneuse peur Ësblouit ma fantasie?
Quelle abayante douleur A ma poitrine sajsiç?
2 Je fonds d'impatient doeil Comme neiges primeraines.
Il faut doncques que mon œil £n distille deux fontain'es.
5 Pleurez, Dames, avecques moi, Pleurez ma triste complainte; Pleurez la raison pourquoy, Hélas! mon ame est attainte.
4 Je doy bien pleurer la mort Du noble duc de Joyeuse, Celuy qui m'aymoit si fort D'une amour affectueuse.
5 O trop cruel Atropos, Qui, par ta ruse et cautelle, Tu m'as osté mon repos, Qui me ronge la cervelle !
6 Las ! je doy bien lamenter Un si vaillant personnage, Un si brave conseiller.
Qui fust occis par outrage.
7 France, tu dois bien pleurer Le noble duc de Joyeuse, Un si vaillant chevalier, Dont sa mort est doloreuse.
8 O mal-heureux ennemy^î O tygres remplis de rage 1 Pourquoy avez-vous occis Un si noble personnage !
9 Sus donc, ma triste chanson, Courez toute échevelée, Criant d'estrange façon, D'un long crespe noir voilée.
10 O siècle mal fortuné !
Si tu eusses cognoissance, De ce prince tout bien né Tu plaîndrois la grande offense.
110 mort, trop craelle mort, Tu doys bien estre assouvie Qui, par ton cruel effort, Mourir a fait ma partie !
12 Hélas ! je doy bien pleurer Une mort si doloreuse,
De voir mon espoux si cher En la tombe ténébreuse.
13 Je doy bien porter le deuil^ Pauvre princesse esplorée , Voir en un piteux cercueil Celuy qui m'a tant aymée.
14 A tousjours et à jamais De ceste piteuse histoire, Les soupirs seront pourtraicts Engravez en ma mémoire.
15 J'espérois que vi Verrois délivré l I e De tout soucy et
Mais je voy toiiri r la
2 Las! falloit il ma caduque viellesse Combler de pleurs au lieu de réconfort? Par toy, Henry, qui me mets en détresse, Ayant oCcis de France le support ; Si la perte n'estoit qu'à mon endroit r'/. Avec le temps le mal se passeroit. '^
5 Mais souz ta foy tu as sarprins au piège Mes deux enfans, qui à mal^ ne pensoient, Et as osé commettre sacrilège
Par trahison aux saincts prestres sacrez O quelle foy ! d'un tyran apostat.
Qui faisoit tant le doux et papelart!
4 Tu as couvert ta trahison mauditte D'un fein semblant, convoquant des Estais, Disant vouloir mettre au pays police Et mettre fin aux guerres et débats, Mais, ô cruel ! tu y as bien ouvert Monstrant ton cœur de cruauté couvert.
ff Je ne peux mieux acomparer ta vie Qu'à celle-là de ce cruel Néron.
Semblable à toy, il estoit plein d'envie, De cruauté, rancune et trahison.
H feit mourir sa mère sans mercy, Et toy, tyran, tu en veux faire ainsi*
6 Tu veux occir nostre mère V\ b, Faisant mourir son i
Afin qu'après l'héré ^ue C'est ton dessein, on le Aux Huguenots tu f p le Qu'aux gens de b»«»"
7 Dedans Rouen, [H)ur palier ta rage, Feis un édict très-catholique et sainct, Donnant ta foy au saint clergé pour gage, Semblant ton cœur environné et ceint D^un bon vouloir humain et cordial ; Mais on le void cruel et desloyal.
8 Si mes enfans t'avoient commis offence Ou au pays fait faute ou trahison,
N'y a il pas des mareschaux en France, Et du conseil pour en faire raison?
N'y a il pas des cours de parlement Pour à chacun donner vray jugement?
9 Tu dis pour tout qu'ils vouloient la couronne, Et le pays par leur force usurper ;
Hélas ! cruel, c^est ce que te blasonne Un d'Espernon, ton diable familier, Car on sçait bien que leur bien ils ont mis, N'espargnant rien, deffendant ton pays.
10 Sans eux, cruel, tu n'eusse la couronne Dessus le chef, elle fust à Testratiiger. Ils t'ont esté quérir jusqu'en Poulongne^ Te conduisant à Rheims pour te sAcrer ; Tu as tué celuy qui t'a sacré.
Est-ce pas là une grande cruauté ?
U Pour mettre fin à ma dure complainte, A jointes mains je prie le Tout-Puiisant Que tes sujets, d'une révolte saincte, Soient contre toy jour et nuit eombatant^ Pour recevoir la tributation De tes grands maux et de ta trahison.
12 Je prie à Dieu ayder aux catholiques
Qui sont aux champs pour venger ton forfait, Chasser aussi dehors tous poUti(fues Qui font suivi approuvant ton souhait^ Afin qu'en paix nous puissions Diea leuer» Et son sainct nom par tout glorifier.