‹ Recueil de chants historiques françaiseChapitre 11 sur 181 · DU ROI RICHARD CGELR-DE-LION · texte numérisé non relu

DU ROI RICHARD CGELR-DE-LION

ADR»S< AD DAlTHm H'ACmom.

ànnin 1199.

Le Iroubadour Bertrand de Born avait été bon prophète ; Richard ne fut pas plutôt rendu à la liberté qu'il s'empressa de faire la guerre à ceux qui avaient cherché à hii nuire pendant sa captivité. Le plus acharné d'entre ses ennemis et le plus puissant était le roi de France Philippe-Auguste ; aussi fut-ce contre lui que le Coeur-de-Lion dirigea tous ses efforts. C'est à cette occasion et dans ce but que Richard composa la chanson suivante. Pour mieux la faire comprendre, je traduirai le préambule historique dont elle est précédée dans les manuscrits originaux : « Quand la paix fut faite M entre le roi de France cl le roi d'Angleterre, les » deux princes firent rechange de l'Auvergne et )• du Quercy. L'Auvergne, qui avait appartenu au

Udiard, passa sous la doiniiialioii du rui de ce, cl le Quercy devint In propriclé de moiieur Richard. Le dauphin d*Auvergue et le s Gui, son cousin, seigneurs de celle pro- , furent bien tristes et irrités de cet échange, i roi de France était trop près d'eux. 11 le : dur, avare et de mauvaise seigneurie. Aus» qu'il Tut en possession de TAuvergne, le roi -ance se rendit mnilre d'un château-fort qui Q Novedre , et d'Issoire , ville assez impor- , apparlenant au dauphin. La guerre ayant

entre le roi de France et le roi Richard, mier envoya un message au dauphin d*Aue et au comte Gui, son cousin. Il leur raples torts que le roi de France avait à leur , et proposa de les soutenir s'ils consentaient évolter contre lui, et de leur fournir cavamachines de guerre e( argent. Le dauphin rei^ne et son cousin acceptèrent les propo- B de Richard et saillirent en guerre contre

de France. Quand Richard eut appris que tiphin d* Auvergne et le comte Gui avaient lé son rival, il Gt une trêve avec lui et s*en rna en Angleterre. Le roi de France porta irces en Auvergne , mit à feu et à sang la du dauphin et du comte Gui, s'empara de bourgs, de leurs villes et de leurs châteaux, immc ils virent qu*ils ne pouvaient résister i de France, ils firent avec lui une trêve de nois, et décidèrent que le comte Gui irait igleterre savoir du roi Richard s'il voulait

à leur secours, comme il Tavail Juré et pro-

Mi

uns. Le comte Gui passa la mer avec dix cheratiers ; mais Richard lui fit maurais accaeil , lui rehna cataliers, sergens , machines de gnerre et argent, et le comte Gai revint seul, triste et honteux. AussitM qu'il fut de retour en Auvergne , lui et le dauphin d'Auvergne se rendirent auprès du roi de France et s'accordèrent avec lui. ETt quand lis eurent fait cela, la trêve du roi de France et de monseigneur Richard expira , et le roi de France réunit sa grande armée; et , en*trant dans la terre du roi Richard, il s'empara des villes et brûla bourgs et châteaux. Quand monseigneur Richard eut conaaissaBoe de ce ftût, il accourut et passa la mer. A peîiie arrivé, il manda au daupliin et au comte Gui de venir i son aide ; que la trêve était finie et qu'il fallait saftUir en guerre contre le roi de France. Mais oeiix-ci n'en firent rien , et le roi Richard , quand il apprit qu'ils ne voulaient pas l'aider, composa un sirvente contre le dauphin d'Auvergne et contre le comte Gui, dans lequel il rappelait les sermens que ceux-ci lui avait faits. »

Le dauphin se garda bien de laisser sans réponse le manifeste que Richard lança contre lui. Dans un sirvente en vers provençaux, il renvoya au roi d'Angleterre le reproche de lâcheté et de trahison que ce dernier lui avait adressé. Voici cette pièce :

Roi, puisque contre moi voos diantez, vous trouveras aussi un chanteur. Vous me faites si peur que je suis force de vous obéir et de suivre vos caprices. Mais , je vous en préviens, si vous abandonnez jamais vos fiefs, ne venex pas prendre les miens.

te mit pas roi eonronné» ni bomoM de tant de e» qu'il me soit possible de défeodre luon héritage mon redoutable seigaear. Mais tous, que le Turc craignait autant qu*nu lion, roi, duc, comte u, comment souffrez- tous qu'on tous garde Gisors?

te fus pas plutôt Totre allié que je reconnus ma rous qui aves donné à moi et au lîomte Gui tant Taux, tant de soldats et tant d*argent. Bien disent mpagnons qu'ils ne sniTront Totre étrier qu'autant ms serez généreux.

maod TOUS disiea que j'étais braya et onarageax» AS me trahissiez pas moins. Mais Pieu m'a fait ireux pour qu'entre Le Puy et Aubusson je puisse au milieu des miens , qui ne sont ni des serfs ni Ifs.

[oeur Taillant et honoré , qui autrefois m'avei » TOUS u'aTiez pas changé, je me serais tourné Tera Mais notre roi d'6-présent nous rend Issoire et Usson. Et ce qui me plaît daTantagCi c'est qu'il s déliTré la charte.

I que je sois très-désireux de tous et de Totre -, )e çQinte d'AQ§(>uléme| ^ <|ui tous aTcz fait tant aeuTi R'an ^t pas si biep récompensée

, maintenant tous me Terrez preux , car une dame Dcourage ; elle est si belle que je lui appartiens tout et que j'obéis à tous ses désirs;

mme on le Toit, ce sirrente du dauphin d'Àule est une longue ironie dans laquelle il répond rieusement aux reproches que le roi d'Ânglelui adressait. Ce dauphin s^nppclait Robert; tit fils de Guillaume-le-Vieux , et lui succéda

en 1169 dans la possession dn comté de Clermont et d*unc partie de l'Auvergne. Les cvénemcns rapportés dans le récit précédent se passèrent des années 1195 à 1199} et Richard doit avoir composé sa chanson après le 50 septembre 1199 (i). Elle est écrite en français dans le dialecte poitevin, langage naturel au roi Richard , puisqu'il était né et avait passé toule sa jeunesse dans le pays où ce dialecte était parlé. C'est à peu près le même idiome que celui de la chanson sur la mort du roi Richard qui vient après celle-ci. Il était en usage dans le Poitou, dans le Maine et l'Anjou, et avait beaucoup de rapport avec le provençal. Mais, à mesure qu'on s'éloignait du midi et qu'on se rapprochait de la Bourgogne et de la Champagne , ce dialecte perdait ses formes méridionales , et ressemblait davantage au français usité dans ces dernières provinces. Cet idiome est d'autant plus curieux à étudier qu'il semble le point de jonction entre les deux romanes du midi et du nord.

(1) Voyez sur ces événement le livre onzième de la Conquête de r Angleterre, par H. Augustin Thierry, t. vi, p. 106 , 5- édlt.

8C. delà Biblloth. Roy 7608-7222. — Roclicsudc, Parnasse occitanien, 1. 1, p. 1%

Dalfln, ]ea9 voiU dëresnier, Vos c le comte Guion , Que an en ceste seison Vos féistes bon guerrier £ vos jurastes ou moi ; £ m'en portasles tiel foi Com n*Aengris à Rainart :

£t semblés dou poil liart.

Vos me laîstes aidier Por treÎTe de guierdon , £ car saviés qu'à Chinon Non a argent ni denier ;

>anphiD, je veax vous interroger, vous et Le comte )u'avez-Tous fait en cette saison qui seiiti^ lu lion îr? Vous m*avez donné votre foi, et tous y étfs idèle comme Isengrin Test à Renard. Voii!» ^te^^ du » lièvres.

iTous cessâtes de m*aider quand je ce^t^ai di^ so{\% vous saviez pourtant bien qu*h Cliinon II nS' iivnit itj , ni cuivre. Vous me préférez un roi rIcUe , ^.mtrjk

Et vos yoletz riche roi , Bon d^arme? , qui vos port foi.

Et je suis chiche , ooart , Si vos virets de Taolre part.

Encor vos voîll demandier D^Ussoire s'il vos siet bon \ Ni sMn prcndrqtz venjeison , Ni logaretz soudadier.

Mas une rien vos outroi , Si beus faussasles la loi , Bon guerrier à Vestendsirt Trovaretz le roi Richart.

Je vos vi au comensier Large de grant mession ;

geax , fidèle à sa parole ; et moi je suis an avare , un poltroD. Et alors vous vous tournez de l'autre parti.

3. Je vous demanderai apssi s'i) vous so^yieqt 4*H* spire? En tirerez-vous vengeance? A88eipl))erez-vou8 ùp^ ^Idats? Mais je vous aflirme unechosç : si vous faiiss^f vos sermens , vous trouverez le roi Richan) |m)D gM^fri^r sons l'étendard.

4. ^e vous ni connu autrefois généreux , aipiaqt |a dépense; mais depuis on vous a vu, pour élever f^es

Mais puis troTetz ochoison Que por fortz castels levier Latssastes don e donoi , E cortz e segre tornoi :

Mais nos oal «vftir reyar( Que Franssois son LongobarC.

Vai, Surventes, Je l'envoi En Auvergne , e di moi As deus confites de ma part S'ui mes font pès , Dieu les gart.

Que chaut si garz ment sa foi ?

Q'escuiers n'a point de loi .- Mais dès or avant se gart QHO n'«it on peior >a part.

f$Mtf»qK-rort8, Qi)bli«r 1« ga|«pt«rip» «iMiHlQnil^ cours et tpurnojs. ]|l9i9 nops aurjûqi àû dqi^» fapp^)^ qifp |ps Français sont des Lqmbards.

S. Va, Sirvente, Je Venvoie en Auvergne; va dire aux deux comtes, de ma part, que s'ils veulent rester en paix, Dieu les conserve I Qu'importe qu'un gan manque à sa foi? écqyer n'a point de loi ; mais, dorénavant, qu'il prenne gardç 4'en être ma) récompensé.

CHANSON

(Xn* UÈCLB.)

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