SUR LE COLLOQUE DE POISST
COMPOSÉE PAR LA.NCBLOT CARLBS, Avigct Bt Bin,
CONTINUis PAR RONSARD ET BAlV.
i Sainct Augustin instruisant une dame, Dit que Tamour est Tame de notre ame^ £t que la foy, tant soit constant et forte. Sans vraye amour est inutile et morte.
2 Le saint qui tient un cœur en sa main dextre Dit qu*amour fait nos cœurs et vivre et naistre ; Et dit bien plus, le docteur séraphique. Que qui rien n^aioie est pis qu'un hérétique.
5 Le saint qui porte un bourdon et croisilles, Le protecteur des belles jeunes filles, Permet Pamour aux belles et honnestes, Kt la di'ffend aux sottes et aux bestes.
4 Et là-dessus d'Hélira nous racompte
Que qui plus aime, plus hault au ciel monte. Saint Bernard fait une longue homélie Où il bénit tous les cœurs qu*amour lie.
5 Et saint Âmbroise en fait une antre eipresse Où il maudit ceux qui sont sans maf tresse ; Saint Luc pour eux le feu d'enfer attise,
Et saint Matthieu les anatbématise.
6 Le sainct qui scent les secrets de son maître Dit que Tamant damné ne sauroit être ;
Et est ainsy, comme dit saint Grégoire, Qu'un amant fait ici son purgatoire.
7 Le sainct qui fut au ciel pour mieux aprendre, Dit qu'en enfer Vamant ne peult descendre, Car amour est un feu pur et céleste
Qui ne craint pas qu'autre feu le moleste.
8 Sainct François veid en un désert étrange Amour volant et pensoit veoir un ange.
Et saint Hiérosme entre sauvages bestes^ Pensoit eucor aux amoureuses festes.
9 Le sainct ermite avec sa preud'homie Veid Tennemy en guise de sa mie ; L'ange alumoit la torche d'une sainte, Et Tennemy la vouloit veoir esteinte.
10 La torche étoit en son cœur la lumière. Et son amour d'enflamer coustumière.
Le sainct qui porte un gril pour son enseigne Les grans elTets de ce feu nous enseigne.
11 On trouve ainsi que de Betzt et Despense, De bien aymer n'ont fait nulle deffense, Sur quoy Maillard, par instante prière, Veut qu*à lui seul on garde le derrière.
13 Marhrat fait une grande complainte Des courtisans qui n'aiment pas sans feinte, Et le minime en ses sermons nous preuve Qu'il n'est amour que d'une femme veuve.
13 Le gros et gras HugonU de Sorbonne Dit que Tamour est une chose bonne.
Parocely racomptc en son long presche Que de Tamour un chacun s'en empesche.
14 Le carme aussi a dit à bouche ouverte Qu'il faut aymer sans estre descouverte, Et Malet dit que pratique amoureuse Aux bien vivans est une chose heureuse.
15 Pierre Martyr nous a dit que saiut Pierre Les amoureux en paradis enserre.
De Xainte, après, fait à chacun cognoistre Qui se fait bon aux bonnes apparottre.
16 De Saule a dit, preschant l'autre dimanche, Que pour Famour il n'est que dame Blanche ; Et Salignae dit en langue hébraïque
Que sans amour se perd la république.
17 f^alence, après, toute amour trouve bonne, Si en aimant point d'argent on ne donne. Puis on apprend du curé de Saint- En stocke Que l'amour garde un chascun d'estre làclie.
18 Et là-dessus a presché La Rivière
Que pour la dame on prend la chambrière^ Et Sirius, expert en théologie, A dit : Fuyez toute dame marrie.
19 Et puis Poitel, alléguant dame Jeanne, Dit qu'en aymant jamais on ne se damne, Despina dit qu'une fille poupine
Vaut beaucoup mieux que dans le pied Pespine.
20 Le petit carme avecques sa marmitte Ne trouva oncq une vefve dépite ;
Et P^iret vent que les feuillets on vire Du calendrier par lequel on sonspire.
21 Et le légat par sa bulle dispense
Que sans argent un chacun ayme en France. Le pape aussi, qui est le dieu de Rome, Pour bien aymer il dit qu'il ne craint homme.
SS Et puis Cahin conclud en ceste affaire
Qu'en bien aimant on peult à Dieu complaire; Ainsy, nul n'est qui tant ses désirs dompte Qui ne s'en sente et qu'amour ne surmonte.
25 11 vauldroit mieux, se dit sainct Hélisée, Qu celle-là onques n'eust esté née Qui s'en retire et se montre rebelle A son amy, mémement s'elle est belle.
5U Nulle de vous ne soit doncques si dure De résister à la sainte Escripture, Puisqu'on la veoid de ces propos remplis Que pour aymer la loy soyt accomplie.
CHANSON NOUVELLE
CONTENANT LA FORME ET MANIÈRE DE DIRE LA MESSE , Sur U chanl : Haii , hari Tasne , etc.
1 L*on flonne une cloche Dix ou douze coupe, Le peuple s'approche Se met à genoux :
Le prestre se vest,
Hari, hari Tasne, le prestre se vesr^ Hari bourkiueC.
3 Du pain sur la nappe, Un calice d'or Il met, prend sa chap[)e, Dit Confiteor :
Le peuple se taist,
Hari, hari Pasne, etc.
5 Si t08t qu'il achève, Le peuple cscoutant Sa parole eslève Et respond autant En plus haut caquet,
Ilari, hari Tasne, etc.
4 Après rtn^rott
£t quelque oraison, Dit la chatemite Kyrie leygon Des fois plus de sept, Harî, hari Tasue, etc.
8 Puis chante une épistre Par grand* sainteté, Couvrant souz ce tiltre Saincte vérité :
Voilà le secret,
Hari, hari Tasne, etc.
6 Puis une légende En prose, en latin.
De peur qu'on n'entende Tout son patelin Du sainct qu'il luy plaist, Hari, hari l'asne, etc.
7 Du sainct Évangile
Il prend quelque endroit Qu'il couppe et mutile, Comme il est adroit De faire tel faict, Hari, hari l'asne, etc.
8 Le Credo il chante; En le prononçant De croire il se vante Au Dieu tout-puissant, Mais rien il n'en fait,
Hari, hari l'asne, etc.
9 Assez le déclaire Quand il vient exprès, Sainct Mor, saincte Claire Invoquer après, Laissant Dieu parfaict,
Hari, hari Tasne, etc.
10 Un morceau de paste Il fait adorer,
Le rompt de sa patte
Pour le dévorer,
Le gourmand qu'il est !
Hari, hari l'asne, etc.
il Le dieu qu'il fait faire, La bouche le prend, Le cœur le digère, Ije ventre le rend Au fons du retrait, Hari, hari Tasne, elc.
13 Puis chante et barbote Quelque chapelet, Puis souille, et puis rote Sus son goubeiet.
Puis à sec le met, Hari, hari Tasne, etc.
15 Le peuple regarde L'yvrongne pinler, Qui pourtant n'a garde De luy présenter A boire un seul traict,
Hari, hari Tasne, etc.
14 Quand rooDsieur le prestre A beu et mangé, Vous le verriez estre En un coing rangé, Gaillard et dehatct,
Hari, hari Tasne, etc.
i5 Achève et despouille
Tous ses drapeaux blancs.
En sa bourse fouille Et y met six blancs :
C'est de peur du froid,
Hari, hari l'asne, Cest de peur du froid, Hari bouriquet.