IBI^ SIÈCLE.) CHANSON DU ROI DE NATABRE
LE MÀRCAGE DE lOLÀNDE,
fille de Pierre Hauclerc, comte de Bretagne, AVEC HUGUES DE LUSICNAN,
flj» du comte de la Marche.
AimtB 12S1.
te chanson se rappoile aux évcncmcns qui euîeu de Tannée 1229 à Tannée 1252, et corncelles que jVi recueillies sur la révolte drs
le traité que ces derniers firent entre eux au Je]uiKct de Tannée 1227, Hugues IV, comte urgogne, s^cngageait à n*épouscr ni la fille, ni ir, ni la nièce des comtes de Dreux, de Bre- , de la Marche , de Boulogne , de Saint-Paul sire de Coucy, sans le consentement de Thicomte de Champagne. Tous ces seigneurs igeaient de plus à ne pas contracter d'union eux contre la volonté des uns ou des autres ;
suivant les termes du traité ils étaient liés pour cinq ans.
Thibaut ne tarda pas à rompre cette ligue en se soumettant à la Végente.
A la fin de 1229, quand Pierre Mauclerc fit avec le roi de France une trêve de trois années, il essaya , malgré les revers quUl avait essuyés, de renouer la ligue commencée eu 1237. Une circonstance lui parut favorable à ses projets. Le 11 juillet 1230, Thibaut, comte de Champagne, perdit sa seconde femme, Agnès de Baujeu. Aussitôt, Pierre Mauclerc vint le trouver et lui proposa lolande , sa fille, que^ malgré ses fiançailles avec Charles de France , il avait rappelée de la cour du suzerain. Thibaut, ébloui par roffre séduisante d'une jeune fille dont on vantait les charmes , accepta. Il allait monter à cheval pour se rendre à l'abbaye du Yal- Secret, prés de Chàteau-Tlnerry, où Mauclerc avait amené sa fille, quand une lettre de la régente de France Tarréta tout à coup. Elle était ainsi conçue : n Sire comte Thibaut de Champagne , ai en- » tendue que avez convenance et promis au comte >» Pierre de Bretagne de prendre à femme sa fille. » Partant vous mande que si chicr avez tout quant » que vous amez au royaume de France , ne le fas- » siez point. Car vous savez que le comte de Bre- » taigne a pis fait au roi que nul homme qui V vive (1). »
Thibaut envoya donc au Val-Secret lin message à Mauclerc pour s'excuser^ et celui-ci retourna dans
(I) nomauccro fraiiçaiS; p. l'tS.
, bien résolu à se venger du nouvel affront
evait du Champenois. De concert avec les
estes fidèles à sa cause, Pierre Mauclerc enreine de Chypre et de Jérusalem, Alix de
^ne, à réclamer ce comté. C'était la fille at-
[enri II et de Marie, sœur du roi Philippe- Henri étant mort sans enfans mâles, Thi-
f son frère, lui succéda ; quand il mourut,
y, dit le Posthume ou le Chansonnier, fut
)ssession du comté, sans égard aux préten- j
lix, qui, aux tenues du droit féodal, n*étaient •
valeur. Malgré tout, ces prétentions ser-
I prétexte aux barons pour recommeucer la
outre Thibaut. Elle fut terrible et malhcu-
;, sans Tappui du roi de France, Thibaut
i é(re dépouillé de ses états.
)ment où cette nouvelle coalition se for-
tre Thibaut, Pierre Mauclerc, pour resser-
>ns qui Tunissaienl à Tun de ses plus fidé-
, au comte de la Marche , maria lolande ,
\u jeune Hugues, fils de ce dernier. C'est
8 Thibaut adressa à Robert d'Artois cette
ntre Mauclerc.
chanson a été publiée pour la première fois
Poésies du roi de Navarre (t. ii, page 81).
r de ces poésies, Levesque de la Ravallière,
su en comprendre le sens; M. P. Paris Ta
)ée, page i50 de sou Romancero, et a fait
ans son commentaire , toute la valeur his-
le celte pièce du roi-poète.
ManiiM. de la Biblioth. Roy. 79t9. — 7013.-66 el 67 Cai«é. — 18é et i»8 SoppL — 59 La? aO.
Robert, Tééz de Pieron, Gom il a le caer félon, Quant à si lointain baron Yuet sa fille marier, Qui a si clere façon Que Ten s'i porroit mirer.
Hé Diex ! comme ci faut raison !
Elle a dous vis à foison , Gente de tote façon , Or vos en vueille mener. Robers ne vaut un bouton S'il ainsi Ton laist aller.
1 . Robert, voyez la conduite de Pierre; comme il a k cœur félon quand il Ycut marier sa fille à un seigneui si éloigné ; elle a tant de beauté que Ton pourrait s's mirer.
2. Hé Dieu ! comme il manque de raison. Elle a nu doux visage; elle est jolie de toute manière, et Toill qn*on vous Tenlève. Robert ne vaut pas un bouton s*ii la laisse aller ainsi.
— IM
ire, vos doU-oo bUsiner, 'ainsi Pen lessiez porter :e qae tant poez aimer, ^t où avez tel pooir.
[e r devez laissier aller ^or terre, ne por avoir/
font par- avez le cuer noir Kiant yo« en savez le voir; 'aurex force ne pooir )e li véoir ne sentir :
t sachiez, si belle à voir oit- on près de li tenir.
obert, je veuil miex morir, B H venois à plaisir,
■e, Toti doit TOUS hlàincr si vous vous lais&cï ainsi le que Tons pouvez tant aimer et sur i\M\ voas t de pouioir. Vous ne devez pas la laisser aller terre ni pour argent,
us &\ez k cffor hien noir, puisque voua conivais' rili^, et que voms^ u*ftvez ni la force ni la possiliinus r^[ïprofher d'il te. Sachez qu*un dnit n- tenir loi un aussi M objet*
bcri, je veni mourir, si je parvenuis h lui i^laîro,
Qae Ten laissasse partir Por trcstote ma contrée.
Lez lui qui porroit gésir Grant joie auroit rencontrée.
Sire, Diex vous tloint joïr De ce qu'avez désiré.
Robert y je me crien morir Quant il Tont fait maugré De.
plutôt que de la laisser partir, j'engagerais toute ma terre. Qui pourrait dormir auprès d'elle aurait reocontré le vrai bonheur.
Sire, Dieu vous accorde d'obtenir ce que vous avez déliré; Robert, que je meure s'ils n'ont pas agi contre la volonté de Dieu.
fX.
CHANSON
(Xlir SIÈCLE.)
CHANSON FRANÇAISE I EXACTIONS COMMISES ENVEhS LE CLERCÉ^ PAR HENRI III, ROI D'ANCLETEIini:.
à quelle occasion la complainte suivante fut èe. Le pape Alexandre IV , à sfioji avéncoursuivit le système de son pré(Jècesi»enr, €t but d^opposer à Manfred, qui voulait s'cmu trône des Deux-Sicilos, un cnticmi puisnfinna, le 9 avril 1235, rinvi^Miture de ce e à Edmond, fils d'Henri m, roi d'Angle- !e prince s'engageait à payer au $3tnt-sii*gc te annuelle de deux mille otu es iVov, à ne rien accepter de Tempereur, ni aigcnt, ni \y sous peine d'excommuiucatioii, Cepculu du saint-siége éprouvait tous les jours de es difficultés, et Manfred gagnait sans cesse tisans à sa cause. Quoi quM lii soit, le p^spe Ive faisait savoir au roi d^Auglcteiic que ,
— IM
6*il voulait venir à son sccotMS et turtoiit envoyer de Targeut, il assurait nu prince Edmond la couroune des Deux-Siciles. Henri, ne pouvant se ré> soudre à laisser échapper un trône pour son second fils, s'engagea à payer toutes les sommes réclamées par le i^aint-siége, et â venir dans la Fouille avec une armée.
Pour tenir cette promesse , Henri III manquait d*argent. Les ien<inciers de la couronne, les barons, appuyés sur la grande charte que Jean-sans-Terre avait élé forcé de leur octroyer, refuMîenl toiit sab« sîde, et blâmaient une enl reprise dont le succès était plusqu'incertain. Henri HI,ne sachant plus à qui s'adresser, profita de son alliance avec le pape pour obtenir du clergé ce qu'il ne pouvait obtenir des laïques : « Les évéques et les abbés se trouvèrent contraints » d'accepter des billets tirés en leur nom, mais sans » leur consentement, pour la sommt ô% vingt raille • livres, en faveur de quelques banquieis de Venise » et de Florence ; et il Ait erdoMOé qu'un dixième » des rentes annuelles du dergé eerait versé à Vé^ » èhiquier pendent cinq années consécutives, qiif » les biens dee ecclésiastiques moits intestat et one » année de revenu de tous les bénéfices vacana ap^ » partîendraient à la couronne , et que tous les de- » mers levés en Angleterre, en Irlande, en Éoesse » et en Nonvége pour la croisade contre les inAdè- » les, seraient mis à la disposition de Henri (1). »
Le clergé se plaignit an pape et au roi, offrit é œ
(1) Histoire de J. Llngard , traduite en français par II. Ile Roiijoux, t. m, p. 103,
lÈi
ernier un don gratuit de cinquante-deux mille larcs d'argent , mais il ne put obtenir que la relise des billets tirés sur eux en Italie. Ce fut alors qu'un clere mécontent composa en ançais le chant qui suit. De graves reproches y yu\ mhessû^ au pa|ii] et au roi, et le poète, en terlinant, propose â ce dernier, comme un exemple de lOdcriition cl ûc justice, le roi de France Louis IX aiut Louîf).
Ce chant , qui %e trouve dans un des manuscrits L] Miiscc brjlaunîque ù Londres, a été publié pour prcmu*ie fois par M, Wright à la fin de i839, ige 420 de l'ouvrage siuivant : Thepolitical songit ' Engiand, from the reign of John to that of dward a ; LoiidoUj printcd for the Camden Soety, lîJô&j iii-i''j page 42.
ManuM. Gotton. Jul. D. VU. f 133, v* l«
Wud Canticmn factum fuit anno graU» m* cc« iti% »upra desolatioiic Ecclcsla; Ajiçlicana^
Or est acumpli à mcu acieiU La pleinle Jérémie , Ke oîavez sovent; Ke dit cument se suie Cité pleine de fuie, Plurant amèrement ; Or est sanz mariage £ mis en tailage La dame de la gent.
ce cantique ftit fait Pan de grâce mcclvi , sar la désolaUoa de rÉgll«e d'Angleterre.
1. Maintenant sont accomplies, suivant moi, les lamentations de Jérémie , que vous avez souvent entendues , qui disent comment est déserte la cité populeuse; comme elle pleui-e amèrement. C'est que la maltresse du monde est veuve de son époux et qu'on la met à con^ tribution.
Cest est seint église Trestut apertement , Ke est jà hunie E tut mis à vent :
Et si est maumise, Nus véum cument.
Ele gent e plure , N'a ad nul ke sucure De sun marement.
Jà fu cleregie Franche e à desus/ Amée e chérie, Nule ren pot plus.
Ore est enservie, Et trop envilie, E ahatu jus.
Par iceus est hunie, Dunt dut aver aïe; Jon*os dire plus.
2* C'fôt la sainte égtife assuréinent qui est honnie et raUe à rencàii. ^ou» voyons tiien pourquoi elle est malUeureiise; elle gcntit H (>leure, elle ne trouve perâgnoe qui ait pitié ûe hà douleur.
3; AutrefoU le clergé était libre, considéré, aimé et chéri t i^ul état n'était phi s pui&ï^.'mt. A présent il est tombé en e&clavagc , hieti avili et réduit à néant. Ceux qui devraient le tecourir le homiiâsent; je n'ose pas en dire davanlag^.
^IM
Li rois ne Tapostoile Ne pensent altrement Mes cornent au clers tolent Lur or e lur argent.
Coest tutelasumme, Ke la pape de Rome Al rei trop consent.
Pur aider sa curone La dime de clers li dunCi De ço en fet sun talent.
Jo ne quid pas ke 11 Rois face sagement, Ke il vit de roberie Ke il de la clergie prent. Jà ne fra bone prise, Pur rober seinte église; Il la say verament.
4. Ni le roi ni le pape ne pensent à autre chose qu'au moyeu qu'ils emploieront pour enlerer aux clerct leur or et leur argent. Et toute la raison en est que le pape urt tf09 faible à regard du roi. Pour subvenir aux besoins de sa couronne» il lui accorde la dlme du deigé» cl l'autre en use à sa volonté.
A. Je ne crois pas que le roi fasse sagement fonqu*!! vil des exactions qu'il exerce sur le clergé. Ce n'ait \m* une. bonne prise de voler la sainte église; Il le sait
Ke vot avcr scmblanrc, Regarde le rois de France Et sun achcvement.
Qui veut ayoir un modèle regarde le roi de France et manière d*agir.