‹ Recueil de chants historiques françaiseChapitre 24 sur 181 · ET A SIMON DE MONTFORT, COMTE DE LEICE8TER, LEUR COEF · texte numérisé non relu

ET A SIMON DE MONTFORT, COMTE DE LEICE8TER, LEUR COEF

Bien que les deux chansons suivantes niaient pas un rapport immédiat avec l'histoire de France , je n'hésite pas à leur donner une place dans mon recueil. La langue dans laquelle elles sont composées, le personnage qui en est le sujet, rendent leur intérêt tout national. En effet, ces deux pièces, ^«crites en français dans la seconde moitié du xiii* siècle, sont consacrées à célébrer les vertus et à défendre la cause de Simon de Monlfort, le chef des barons anglais révoltés contre le roi Henri III. Ce fut une grande querelle , on Icl sait , que celle qui éclata entre les chefs de T Angleterre à cette époque. Commencée sous Jean-sans-Terre, avec les

smiëres années du xui* siècle, elle durait encore 1265. L^espace dm manque pour faire connaître d^une manière convenable toutes les péripéties ce drame si long et si sanglant. Je préfère renier mes lecteurs aux chroniqueurs et aux histons de FAngleterre, à Matthieu Paris principale • nt , qui donne à ce sujet de longs et curieux tails y et , parmi les écrivains modernes , à John igard , qui a exposé avec habileté celte grande solution.

Ltis deux pièces suivantes ayant principalement ur but J'exalter la rnéimiire di' Simon de Mont- ■i, quelques détails stir la vie di; ce fameux perloage ne seront \^^^ hors de propos.

Celait k deuxième fi]â du comte Simon de Montt., que les croisade» contre \ca Albigeois ont idu si célèbre. Amaury, son frère aine, devenu iitiélabte de France , Uu abandoiuia les biens que tr mère Atnicia ^ la ]ibf jeune tic» deux filles héîéres du eomle de Leicésîterf avidi laissés en An- ■^terre. Simon atla dans ce paya pour y augmenter futtune. Il quiUa la France après une violente lereilc avec Blanche , mère de saint Louis , qui ippnsa à son maria^^e avec (a comtesse de Flâner Henri III t'accueLltit avec empressement , lui lima le gouvernement de la Gascogne, et lui périt d'épouser sa sœur Élêonure , comtesse douai- ^re de Peiidirokc, Simon , ayant commis de grans eîtactioîi'i dans sou gouvcrneuienlde Gascogne, t accusé auprès du rai dWngIcterre parles grands liane lers du pay^. L'archevêque de Bordeaux fut argé de parler leurs plaintes eu Angleterre. Lei-

rester eonqramt devant la chambre des pairs et fût acquitté ; mais Henri III^ irrké contre lui, ne voulot pas lut rendre son gonvernement, a Tappcla traître. « Traître 1 ft*4cria Leicester avec fureur, ah ! » roi, e*est vraîmcnt de ce jour que vous portez une » couronne, puisque cette parole ne vous coûte pas » la vie. »

Bien que Henri III lui eut pardonné et rendu le gouvernement de Gascogne, Leicester fût toujours son ennemi. Il avait juré sa perte, et se mit à la tête des barons révoltés qui le reconnurent comme leur etief. Ce fut lui qui, à la fameuse bataille de Lèvres, s*empara d'Edouard , fils du roi , et de son cousin le roi des Romains. Il fut tué dans une autre reneontre qui eut lieu la même année, le 5 août lâ65.

Simon de Montfort, étant né en France, n'avait pas, à regard des Anglais, tes mêmes préjugés que ke conquérans de race normande; aussi, dans ses attaques contre l'autorité de Henri III , fut-il assez adroit pour intéresser le peuple à sa cause et pour lui faire croire qu*il combattait pour sa défense. Ayant réussi à enlever l'autorité royale des mains de Henri III, Leicester et ses partisans convoquèrent un parlement dans lequel furent admis , outre les grands tenanciers, deux chevaliers de chaque comté. Cette mesure, jointe à d'autres circonstances, rendit la cause des barons très-populaires. Leicester eut encore Phabileté de prendre en main la défense du clergé, qui avait été soumis par Hciiri lil à des taxes considérables, o Aussi, quand Simon de Mont- 9 fort fut tué, dit à ce sujet M. Augustin Thierry , «Tancienne superstition patriotique du peuple an-

» gUb 86 réveilla en m fevetir* Comoie ennemi des » étrangers et, selon les paroles d*un contemporain, » défenseur des droits de la propriété légitime, il » fut honoré du même titre que la reoonnalssanee » populaire avait décerné à ceux qui , au temps de

> l'invasion normande , s^étaient dévoués pour la

> défense du pays : on donnait à Simon , comme à » eux, le nom de défenseur des Indigènes. L*on di* » sait que c*était mensonge de rappeler trallre

> et rebelle, et on le proclamait saint et martyr, » aussi bien que Thomas Becket (i). >•

A Tappui de ces paroles , Thistorien cite le té» noignage de Matthieu Paris. On pourrait y joindre incore celui de la seconde chanson française que Je mblie ici, dans laquelle il est dit que le comte de kfontfort termina sa vie comme le martyr de Ganorbéry. Le peuple, ajoutant foi à la sainteté de Sinon , se rendit en foule auprès de son tombeau , lur lequel plusieurs chroniqueurs assurent que de lombreux miracles furent opérés. Parmi les manu* icrits du Musée britannique à Londres, on en trouve m qui contient la relation de ces miracles. Elle se ermine par une sorte d'hymne en latin qui était écitée en Phonneur du comte Simon de Monfr» èrt (4).

(1) Histoire de la conquête de rAngleterre, t. iv, p. 326, • édit.

(2) Ms8 Cotton-Vcspas. A vi. Yold quelques rert de ce saïUique :

Salve , Symon Mon lis forlls, Totius fl'os militi», DuPi-is pœnas passus mortlt, l'rolcclor gcuiis AnçlisQ.

Des poésîeg de différente nature relatives à la révolte des barons anglais, à la bataille de Lewes et à la mort de Simon , comte de Leicester, sont parvenues jusqa*à nous. M. Wright, qui a publié Tannée dernière un recueil de cbauts historiques dont j*ai parlé précédemment, a recueilli cinq pièces snr ce sujet : une ballade en vers anglais déjà imprimée par Warion, tome i , page 47 de son Histoire de la poésie anglaise; deux poèmes en vers latins, dont Tun n'a pas moins de neuf cent soixanle-neuf vers, inédits jusqu'à ce jour, et les deux chansons françaises que je reproduis ici.

La première , quoique incomplète , n^en est pas moins curieuse , et donne au sujet des principaux personnages qui ont figuré dans les événemens de cette époque des rcnseignemens précieux. M. Wright doit à sire Frédéric Madden, Tun des conservateurs du Musée britannique, la communication de celte pièce. L'original est écrit par une main contemporaine sur un rouleau de trente-deux pouces de long et de trois de large. Il fut évidemment composé à Tusage d'un jongleur qui le portait avec lui pour aider sa mémoire. Sur le verso , on trouve UQ poème-dialogue écrit en anglais d'une date plus récente. Il est intitulé : Interliidium de clerico et

Sunt de sanctls inaudita, Cunctis passis in hac vita, Quemquam passum talia.

Manus, pedes amputarl; Caput corpus vulnerarî, Abscidit virliia.

Sis pro nobis Intercesf *-r Apud Deum qui defeir or In terris extiteras.

puelld (Jeu entre un clerc et une jeune fille). Ce rouleau était en 1858 la propriété du révérend Richard Yerburgh, vicaire de Steaford, dans le comté de Lincoln. M. Wright ajoute que plusieurs rouleaux du même genre existent; un, entre autres, dans la Bibliothèque du Trinity Collège, à Cambridge, sur lequel on lit la chanson d*Xzincourt publiée par Percy.

La seconde pièce, relative à la défaite et à la mort de Leicester, fait partie d*un manuscrit du Musée britannique. Signalée par Warton, t. i, p. 00 de son Histoire de la poésie anglaise , cette pièce fut imprimée par sire Fr. Palgrave en 1818, et en 1829 par Ritson , dans sa Collection d^anciens chants. M. Wright Ta donnée comme elle se trouve dans le manuscrit , c*est-à-dire en plaçant trois vers sur la même ligne. C'est un tort , suivant moi , et j*ai cru devoir, en la publiant de nouveau, restituer le rhythme dans lequel elle fut composée.

* tte^

Wright» PoUtlcal Songs» p. 50.

Mes de Watrnnc ly bon qoew, Qa« tant ad ridie^ses et biens,

Si td aprîs de guère, Bti Norfolk en cd pens [h] Vint conqucrrant ces encmis,

M^ ore ne ad que Core«

Sire Jon Gillard deit bien ooinéj Que n'ont gueres un pein...é

£n celé chivauchée ; Et si fu touz jors à devant, Prus ê sages et pernanr,

Et de grant renomée.

1 Mais le boa comte de Varenncs, qoi

a tant de richesses , s*cst mis à (aire la guerre en Norfoick , et dans cette pensée il est venu en armes contre SCS ennemis. Mais à présent il n'a que Taire.

2. Sire Jean GifTard doit bien être nommé , lui qui n*a guère gagné en ceMe expédition. £t pourtant il fut toujours au premier rang, preux, sage et hardi, et de grande renomuice.

— IW —

Etsire Jon d'Ayvilc, ^ue onques ni aima treyson ne gile,

Fu en lur companie, Et sire Pères de Montfort Si tint bien à lur acord,

Si ont grnnt seignurie.

Et de Cliiïort 1i bon Roger Se contint citm noble ber,

Si fu de grant justice ; Ne suffri pas petit ne grant, Ne arére ne par devant,

Fere nu le méprise.

Et s're Roger de Leyburne,

Que sa et là sovent se toiiie,

Moût ala conquerrant;

L Et sire Jean d'Ayville, qui n*aima jamaif ni trahi- I , ni ruse , fut en leur compagnie. Et sire Pierre de DKort s'aceorda biea avec eux. Il était ^ griode selîBrie.

I. Et le bon Roger de Cliffort se comporta comme noble baron. Il fut très-juste et ne souffrit pas que it ni grand ne commit devant ou derrière aucun mé-

5. El sire Roger de Leybnmc, qui çà et là se porte vent, a beaucoup conquis. Il s'appliqua h gagner h

Assez mist paiuc de gainer, Pur SC8 perles reslorer, Que sire Edward le fist avant.

Mont furent bons les barons ; Mes touz ne sai notner lur nons,

Tant est grant la some :

Pur ce revenk al quens Simon, Pur dire interprctison,

Cornent hom le nomme.

II est apelé de Monfort :

Il est el mond et si est fort,

Si ad grant chevalerie ; Ce voir, et je m'acort, Il eime droit et liet le tort.

Si avéra la mestrie.

plus possible pour réparer les pertes que sire Edouard lui avait fait éprouver.

6. Les barons furent tous courageux; mais je ne pois les nommer tous , tant ils sont en grand nombre. C'est pourquoi je re?iens au comte Simon , pour expliquer comment on le nomme.

7. Il est appelé de Montfort, car il est au monde et il est fort. 11 a une grande chevalerie, on n'en peut douter, et je le reconnais ainsi. Il aime la droiture et hait Tinjustice; il doit commander à tous.

— ÎOI ~

£1 mond est veréemcnt ; Là où la comun à ly consent,

De la terre loée C'est ly quens de Leycestre, Que baut et joins se puet estre

De celé renomée.

Ly eveske de Herefort

Sout bien que li quens fu fort,

Kant il prist Taffère :

Devant ce esteit mult fer, Les Engleis quida touz manger,

Mes or ne set que fcre.

Et ly pastors de Norwis , Qui devoure ses berbis, Assez sout de ce conte ;

). n est bien placé dans le monde , et le peuple de ire bonne terre obéit à sa voix. C'est le comte de icester qui doit être fier et joyeux de cette renom- «•

9. L'évéque d'Herefort savait que le comte était hardi, ind il prit en main cette affaire. Avant il était bien r et croyait manger tous les Anglais ; mais aujourd'hu i le sait plus que faire.

10. Et le pasteur de Norwich, qui dévore ses brebis, a trop appris à ce sujet, et il a perdu beaucoup de ses

^Hï —

Moat en perdi de ses bienSi Mal ert que ly lessa riens, Ke tro|) en saveit de tioiiCe«

Et sire Jon de Langelé, Sou ne chose fu gainé,

Deheiz eit que Ten pleine !

Tôt le soen en Ast porter De Ciiffort mi sire Roger,

Ne vout que rien remeine.

la.

Ne à sire Mathi de Besile Ne lesserent une bile,

En champ u en ville.

Tôt le soen fu bcsilé, E cointement fu detrussé

Par un treget , sanz gilc.

biens. C'est pitié qae de rien lui laisser, car il est trop méprisable.

11. Et si Jean de Langelé ses richesses ont été pillées, malheur à qui le plaindra! Totit son arolr a feit empoi-tcr monseigneur Roger de ClifTort. Il u'a rien tonHi lui laisser.

12. Ni au sire Mathieu de Besile à qui ne resta pas nnc hillc , soit au champ , soit h la Tilte. Tout son avoir Alt pillé ; il fut gentiment détrunssé,

Mes mi sire Jon de Gray Vint à Lundres, si Qe sai quoi,

Que inust une destance Par entre Lundres et ly , Que tôt son bernois en perdl,

Ce fu sa meschance.

Et sire Willem le lalinicr Vint a Lundres pur juer.

13. Et messire Jean de Gr&y Tint à Londres, je sais pourquoi. Il s'éleva une querelle entre Londres loi; il en perdit tout son avoir à son grand dom-

ige.

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