‹ Recueil de chants historiques françaiseChapitre 25 sur 181 · Et sire Guillaume le latinierTlnt à Londres pour rer · texte numérisé non relu

Et sire Guillaume le latinierTlnt à Londres pour rer

— JOA —

¥fri8fat, PoUUcal Songs, p. 129«

Chaunter m^estoit,

Mon cuer le voit.

En un dure langage ;

Tut en ploraunt

Fust fet le chaunt De nostre duz baronage.

Que pur la pees

Si loynz après Se lessèrent detrere ,

Lur cors trancher,

£ démembrer Pur salver Engleterre.

Ore est ocys

La flur de pris Que taunt savoit de guère,

Ly quens Monfort ;

Sa dure mort Molt en plorra la terre.

1. n faut chanter, mon cœur le dit, dans un triste langage. Le chant de notre cher baronnage a été fait tout en pleurant. Pour avoir la paix, ils se sont laissés entraîner si loin , et pour sauver l'Angleterre ils ont compromis leurs corps et leurs membres.

Elle n'est plus la fleur sans prix , le comte de Montfort si habile à la guerre. Le monde entier doit bien pleurer sa mort.

Si com je qui ,

Par un mardi , Firent la bataille.

Tôt a cheval,

Fust le mal, Sauntz nulle pedaile.

Très malement y férirent De le espicTorbie,

Qe la part

Sire Edward Conquist la mestrie.

Ore est ocys, etc.

Mes par sa mort, Le cuens Mounlfort, Conquist la victorie.

Corne ly martyr De Caunterbyr, Finist sa vie ;

Aiiisf que je le crois, la bataille fut faite an mardi ; à cheval eut lieu ce malheur, sans aucun piéton. rappèr(Mît ei mal tUi ûl de Tépée que l'armée de sire

uard gagna la partie.

Ite n'est plua, etc*

. Maii , par ta mort , le comte de Montfort a remé la Tictoîre ; ain^ï le martyr de Cantorbéry a fini jourti. Le bon TUamas ne voulait pas laisser périr

Ne voleit pas

Le bou Thomas Qe périst seinte église ;

Ly cueos aaxi

Se combati, E morust sautitz feyntise.

Ore est ocys, etc.

Sire Hue le fer,

Ly Despencer, Très noble justice,

Ore est à tort

Ly vré à mort , A trop maie guise.

Sire Henri ,

Pur voir le dy, Fist le cucns de Loycestre,

Autres assez.

Comme vus orre^ , Par le cuens de Gloucestre.

Ore est ocys, etc.

sainte église ; de même le comte a corobaltn et est mort sans Uclieté.

Elle n*est plas, etc.

4. Sir Hugues-le^Fier le Dépensier, noble Jastieier, est livré à une mort trop cruelle. Et sire Henry , fils du comte de Leycester, et beaucoup d'autres <}u*a fait périr la comte de Gloueestre.

Elle n'est plus, etc.

Qe voleint moryr

E mentenir La pees e la dreyture,

Le seint martir

Lur fra joyr S*a conscience pure.

Qe velt raoryr

£ sustenir Les honmes de la terre «

Son bon désir

Acomplir, Qoar bien le quidom fere.

Ore est ocys^ etc.

Près de son cors Le bon trésors,

Une heyre trovèrenl Les faus ribaus , Tant furent maus !

£ ceux qe le tuèrent

Ils ont ïouhï mourir et maintenir la paix et le bon AUî^i'l leur cuii science, si pure, tes fem Jouit du martyre; qui veut en mourant soiiteoir les bom-

licson pays, raéritû d'accomplir ce qui fait Tobjut

!« vœux.

t ii*Qât pluSf elc«

Aîiprti de son corps , trésor inestimable, les faux X Uuu>è'cnt nu eilxt; ils furent bien surpris! Et

— SM

Molt fost iiyr

Qe demembryr Firent le prodhomme,

Qe de guerrer

E fei tener Si bien tavolt la sonme.

Ore est ocys, etc.

Priez tooz,

Mes amis douz, Le fitz seinte Marie,

Qe l^enfant

Her paissant , Meigne en bone vie ;

Ne vueil nomer,

Li escoler Ne vueil qe Vem die ;

Mes pur Tamour

Le salvéour, Priez pur la clergie.

Ore est ocys, etc.

ceux qui le tuèrent ont séparé les membres de cet homme de bien qui savait guerroyer et tenir sa parole.

Elle n'est plus, etc.

7. Priez tous, mes chers amis, le fils de sainte Marte, pour que l'enfant, seigneur puissant, demeure en bonne vie. Je ne veux pas faire connaître le nom de l'écolier, mais pour l'amour du Sauveur, priez pour le clergé.

Elle n'est plus, etc.

Ne say Irover rien

Qu'il firent bien, Ne baroun ne counle.

Les chivalers

E escuiers ToDZ sunt mys à hounte,

Pur lui* Jéalté

E vérité, Que tut est anéenlie.

Le losenger

Purra reigner.

Le fui pur sa folie.

Ore est ocys, etc.

Sire Simoun ,

Ly prodhom,

£ sa compagnie , En joie vont en ciel amouiit ^ En pardurable vie.

Mes Jhesu Crist,

8. Je ne saurais rien trouTer que lea barons ou les rotes aient fait de bien. Les chevaUers et leii écujer» vivent avoir bien de la honte , car la loyauté et la ûn^ rite sont anéanties. Le méchant pourra triompher et le Il faire des folies.

Elle n'est plus, etc.

9. Sire Simon , l'homme brave et ses compagnonit >nt monter au ciel dans la joie, dans la vie éternelle.

Il*

Qe en croyz se mist Dieu en prenge cin-e,

Qe sunt remis ,

E dctenuz, En prisone durt

Ore est ocys,

La flur de pris Que taunt savoit de guerre ,

LyquensMonlfort;

Sa dure mort Molt en plorra la terre.

Mais que Jésus-Clirist , qui fut mis en croix , et Dieu prennent pitié de ceux qui sont retenus dans une dure prison.

Elle n'est plus la llcur sans prix , le comte de Montfort si habile à la guerre. Le monde entier doit pleurer sa mort.

— au —

CHAMSON.

(XIU* SIÈCLE.)

CHANSON SLR LA PRISE DE NAML^R PAR LS COHTS HENRI DB LUXEMIOURA.

Voici en peu de mois quels Turent les cvénemens ni se passèrent devant Namur pendant Tannée 1258. enri llf, dit le Blond, comte de Luxembourg, protant d'une révolte deshabitans de celte ville contre [arie de Brienne , femme de Baudouin , empereur e Constantinople , tenta de faire revivre les préintions de sa mère sur le marquisat de Namur. étant présenlê la veille de Noël devant la ville, les ibitans lai en ouvrirent les portes. Les partisans e la comtesse , parmi lesquels se trouvaient quelties seigneurs français et champenois, se retirèrent ans le château dont le gouverneur Francon de ^esemal aurait défendu vigoureusement l'entrée, si is troupes flamandes commandées par Baudouin 'Avesnes, au lieu de temporiser, étaient venues anchement à son secours. Mais loin de là , elles

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lâchèrent pied et prirent la fuite devant Tarmée du comte de Luxembourg. Fraucon de%Wesemal, ainsi abandonné, fut contraint de livrer la citadelle, où il ne put rester faute de vivres.

Les Français, indignés contre les Flamands, composèrent la chanson suivante.

On y reproche aux Flamands leur lâcheté ; on leur rappelle Bouvincs, où ils furent si bien battus, et la guerre de Hollande, dans laquelle Guillaume, roi des Romains, leur fit plusieurs fois éprouver de grandes pertes, ainsi qu'au siège de Poilavache, qui eut lieu en 1258.

Cette chanson, qui se trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque du roi, a été publiée en 1754 par Demarne, dans son ouvrage intitulé : Histoire du comté de Namur; Liège, 1754, in-4o, page 278.

isc. de la Blbliotb. Roy« 1980. 8. Germ. t cnn r.

ise est Namurs, cuens Hanris est dedans, int ait sofTert lou siège et andureit; ' ait chastial riche et fort et douteit ; »c priset mais Hainnueirs et Flamans, e li babaii fissent davant Namur.

Et s*estoient de trêves aséur. Des mee nut s*an alèrent fuant, lour bavai mavaisemcnt laixant.

r vont Flamant lor perde demandant . trowes fraintes crient à partir ; >r mavestiet veulent ensî covrir, ais ne lor valt, trop est aparissans.

Namor est prise , le comte Henri est dedans , après égi^ long et difficile ; il le tient ce châteaa si riche, s i ii si redoutable. Désormais on estimera bien peu les do Hainant et les Flamands , qui ont fait si pauvre inance devant Namur, et qui, après s'être assurés i trêve, s'en sont allés fuyant, demi-nus, et ont latent abandonné leurs bagages.

Maintenant les Flamands vont se plaindre de leur te; ils vont crier, en se sauvant, à la trêve rompue ; veulent-ils couvrir leur lâcheté, mauvais prétexte :

Jà prodome rendre ne jugeront Geu ke mavais par mavestiet perdront ; Kl doit gMfdeir mues lou bamiix ke <HI Gui il estoit, cui lou demaudent-il?

Gontessc, à tort dou conte vos plaindé;}, De vos homes mues plaindre vos dovriés, K'il ne valent miez .1. paigne viez.

Bien les avons mainte fois aproveit :

A Bovigne avint jà vert Fransois, Et en Holande asimant par dous fois \ A Poilavache à tans contre Tomes , Puis perdirent il cuer honor et harnax.

elle est trop apparente* Jamais prud'homme ne jugera que l'on doit rendre aux lâches ce qu'ils ont perdu par leur lâcheté. Qui doit mieux garder les harnois que ceux à qui ils appartiennent?

3. Comtesse, à tort tous vous plaignez du comte; vous devriez bien mieux vous plaindre de vos hommes , qui ne valent paA mieux qu'un vieux peigne. Nous les avons bien souvent éprouvL^h : il en fut déjà ainsi à Bouvines^ contre les FrançaiH, et aussi par deux fois en Hollande « à Poilavache contre. .... Depuis» ils ont p«i4« eœur^ honneur et bagages.

CUAJimOK.

(un* 8iÈa<E.)

CHkHtm iOR LSS iTÀBLiaSIMKRTt Dtî ROI SAINT- LOUIS.

îtte ehanson est une des plas curieuses de ton- ;eMes que Je publie ; elle est relative à un feU irqnablc de notre liistoire , à la promulgation ^tablissemens de saint Louis : elle prouve toute lortance des réformes apportées par ce roi dans loutumea féod<i1es ; elle pronve encore que ces mes furent considérées, par ceux qn*clles attelant, comme une véritable révolution. Il ne sepas sans intérêt de pouvoir fixer la date de ce iment historique , d'un genre tout nouvcan. r le ftiire convenablement, il suffirait de déférer celle des établissemens ; mats on sait qu^ifs Lirent pas le résultat d'une seule ordonnance, et saint Lonis ne parvint que peu à peu à complérœuvre qu'il avait entreprise. « Il ne précipita m, dit à ce sujet M. Mignct, pour ne pas iudis^ «er ton siècle : en 124tf , il restreignit dans ses imaines les goerres privées ^ en 1987, il les tup-

— îi« — :

» prima; en 1260, il fit une ordonnance contre les » combats judiciaires; en 1270, il remplaça cette » jurisprudence par celle des témoignages, et donna » un code complet sous le nom d'Établissemens (1). »

C'est, je crois, à cette dernière année ISTO qu*il faut fixer la date de notre chanson. Une disposition plusieurs fois répétée dans les Établissemens irrita surtout les possesseurs de fiefs : ce fut le jugement par enquête rendu au nom du roi par ses baillis. La chanson qui suit est relative à cette partie des Établissemens (2).

En vain chercherait-on à connaître le nom de Tauteur de cette chanson ; on peut seulement présumer qu'elle fut composée par un baron ayant fief, puisque, dans un vers du troisième couplet, il dit : « J'aime bien rester le maître de mon fief. » Cette indication précieuse , sans aucun doute, devient, pour un monument du règne de saint Louis, vague et insuffisante. On sait que, vers le milieu du xni* siècle, beaucoup de seigneurs français, à l'imitation du roi de Navarre, du comte d'Anjou , du comte de Bretagne, composèrent des chansons. Le plus grand nombre d'entre elles étaient amoureuses, mais quelques-unes aussi furent satiriques et relatives aux événemens contemporains. L'auteur de la chanson suivante se faisait, en l'écrivant, l'interprète de tous les autres barons. Ce qui donne à ce document historique beaucoup de valeur, c*est qu'on peut le re-

(1) De la Féodalité et des Instilutions de saint Louia, etc., par M. MIguet. 1823, lu-8% p. 106.

(?) Voyez les ÉUblissemeiits de saint Louis , liv. 2 , ciiap. 33, 19, IZ* — U t* cïl 27, 3.

— Î17 — r comme le manifeste des seigneurs qui n*eapas la force ou le pouvoir de s'opposer aux alions législatives du roi leur suzerain. I mérite de révélations bîttoriqnes assez préeS| cette chanson joint encore celui de la cornion. Sous ce rapport, elle offre plusieurs passalillans, dans lesquels rexpression est en harmonie la hauteur des pensées. A la fin du deuxième let, le chansonnier fait allusion à un ami du u'il ne nomme pas , mais dans lequel on peut maître Robert Sorbon. Je remarquerai encore esse avec laquelle le poète , dans son troisième let, cherche à effrayer saint Louis, et à lui persr que ses réformes législatives, tant admirées ird'hui , étaient une inspiration du diable qui lit s'emparer de son âme.

tte chanson, que j'ai découverte dans un manude la Bibliothèque de TArsenal, a été publiée la première fois dans le Recueil de la société S:cole des Chartes (1).

Bibliothèque de l'École des Chartes. 1 vol., année tO, p. S70.

Hmhhc; de là mbllolfi. Uc TArtenal , n' «3, Info). B. L. , f 366, col. 'I.

G€iit de France, mQlt estes esbahie !

Je di à touz ceus qui sont nez des fiez : Si m'aït Dex, franc n^estes vous mes mie ; Mult vous a l'en de franchise csloigniez, Car vous estes par enquestc jugiez.

Quant deflense ne vos puet faire aie Trop lestes cruel ment engingniez,

A touz pri.

Douce France n'apiaul l'en plus ensî, Ânçois ait non le pais aus sougîez , Une terre acuvertie, Le raigne as desconseilliez, Qui en maint cas sont forciez.

1 . Gens de France , vous voilk bien ébahis ! Je dis à tons ceux qui sont nés dans les fiefs : De par Dieu , tous n'êtes plus francs , on vous a privés de vos franchises , car vous êtes jugés par enquête. Vous êtes tous cruellement trompés et trahis, puisque nulle défense ne peut plus vous venir en aide. Douce France ! il ne faut plus l'appeler ainsi ; mais il faut te nommer un pays d'esclaves, une terre de lâches, un royaume de misérables, exposés à maintes et maintes violences.

i de voir, qaa de Dieu ne vieat laie» errage, tant soit il esploitié.

loiauté, povre chose esbahie, ( ne trouvez qui de vous ait pitié, i eussiez force et povoir et pié, vos estes à nostre Roi amie; 11 Tostre sont trop à oler rengié

Entor lui.

*en conois q*un autre seul o lui , elui est si pris du ciergie fil ne TOUS puet fere aïe.

but ont ensemble broi^ *aumûnie et le péchié.

e cuit nus que je pour mal le die ion seigneur, se Dex me face lie !

que je sais en vérité, c'est qa'an tel asservisse* ! vient pas de Dieu, tant soit-il exploité. Hélas! , pauvre chose ébahie, vous ne trouvez personne pitié de vous. Vous pourriez avoir force , puisétre en pied , car vous êtes Tamie de notre roi , \ partisans sont trop clair-semés autour de lui. Je en connais qu'un seul, après le roi, et celui-là en sons la main du clergé qu'il ne peut pas vous aide. Us ont broyé tout ensemble la charité et

qu'on ne croie que je dis cela pour attaquer mon : Dieu m'en préserve! mais j'ai peur que son

Mais j*ai poor que 8*ame en fust périe^ Et si aim bien saisine de mon fié.

Quant ce saura tost Taura adrecié^ Son gentil cuer ne ne souffreroit mie ; Pour ce me plest qu'il en soit acointié

Et garnif Si que par ci n'ait nul povoir seur lui Deable anemi qui Tavoit aguetie.

G'eusse ma foi mentie Se g'eusse ensi lessié Mon seigneur desconseillié

âme n'en soit perdue, et pois j'aime bien rester le mattre de mon fief. Qaand il saura cela , il fera prompte justice ; son noble cœur ne souffrirait pas le contraire. C'est pourquoi je veux qu'il en soit bien prévenu et instruit. Par ainsi le diable ennemi , qui le guette, n'aura sur lui nul pouvoir. J'aurais manqué à ma foi , si j'avais ainsi laissé mon seigneur déconseillé.

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