‹ Recueil de chants historiques françaiseChapitre 26 sur 181 · SA VIE DE MÉNESTREL · texte numérisé non relu

SA VIE DE MÉNESTREL

i porlail de Tancienne église de Saint- Julien- Henestriers, on voyait une statue représentant »ngleur qui, Tarcbet d'une main et le violon de e, semblait préluder au récit de quelque chanson, adilion voulait que cette statue Tût celle deCo- [uset, jongleur-poète, qui mourut dans la prei moitié du xiv* siècle, et qui dans sa jeunesse chanté devant le roi de Navarre. Colin Muset, }u vieux et riche, aurait contribué, antérieuréà 1320, à la construction de Saint- Julien , et à titre de fondateur que sa statue figurait au il de cette église.

I ne sait rien de plus au sujet de ce poète , et avait eu soin de nous donner quelques détails a vie de jongleur, on en serait réduit à cette e indication. Mais Colin Muset, dans la chan-

son qui va suivre, nous dit qu'il avait été au service d*un comte, et réclame ses gages qui ne lui avaient pas été payés. A cette occasion, il parle de sa femme, de sa fille, de son valet, de sa servante, de son cheval, de tout son ménage enfin , dont il nous offre un assez riant tableau.

Cette chanson est composée dans le rhythme consacré à la pastourelle^ genre de poésie très-cultivé à la fin du xiii* siècle et pendant tout le xiv. Colin Muset parait s'être exercé surtout en ce genre, et Ton trouve dans les manuscrits plusieurs pastourelles qui portent son nom.

Dans celle qui commence par ces vers :

Volez olr la muse Muset ?

En mai fu fête un matinet.

on remarque un passage qui prouve que le mot vieky au xui« siècle, signifiait un violon à cordes dont on jouait avec un archet. Leveque de la Ravallière , dans une dissertation sur Tancienneté de la chanson, a cité plusieurs passages et reproduit divers monumens figurés, qui ne laissent aucun doute à ce sujet (1).

Les vers de Colin Muset sont faciles et ne manquent pas d'un certain mouvement poétique. Pour qu'on puisse en juger, j'ai joint à la chanson de ce trouvère une pastourelle dans laquelle il se nomme plusieurs fois.

(I) Poésies du roi de Navarre, 1. 1, p. 2/j8 et suiv.

c del'Anenal. B. L. F. in-r. N'63, f S37 r«.^ col. 3.

Sire CQens, j'ai viélé

Devant vous, en vostre ostel i ,

Si ne in*avez rien doné, '

Ne mes gages aquité ,

C'est vilanie, Foi que doi sainte Marie !

Ensi ne vos sieurré je mie.

M'aumosnière est mal garnie»

£t ma maie mal fornie.

Sire cucns, ça conmandez De moi vostre voleitlé.

Sire, s'il vous vient à gré, Un beau don ça me donnez

ire comte, i*ai devant vous joué de la viole dans voel, et vous ne m'avez rien donné, ni seulement acrroes gages ; c'est vilenie, par la fui que je dois 4 Marie. Aussi je ne vous suivrai pas. Mon aumù«^ st dégarnie et ma malle mai remplie.

ire comte» allons» dile<^ ce que vous voulez faire toi. Sirej s'il vous plaît, faites-moi quelque beau don

Par cortoisie.

Car talent ai, n'en dotez mie, De r'aler à ma mcsnic.

Quant g*i vois borse desgamie, Ma femme ne me rit mie.

Ains me dit : sire Ângelez , En quel terre avez esté, Que n'avez rien conquesté

Aval la ville?

Yez com vostre maie plie, Elle est bien de vent farsie.

Honi soit qui a envie D'estre en vostre compaignie.

Quant je vieng à mon hostel, Et ma famé a regardé

digne de votre courtoisie; car j*ai envie, n'en doutez pas, de retourner dans mon ménage. Quand j'y vais la bourse vide, ma femme ne me sourit pas.

3. Mais elle me dit : Sire Angelot, dans quelle terre avez-vous été, que vous n'avez rien gagné en courant la ville? Voyez comme votre malle plie; elle est de veni toute farcie. Honni soit qui a le désir d'être en votre compagnie.

4. Quand je rentre à la maison et que ma femme a regardé derrière moi le sac gonflé, et qu'elle m'a vu biea

Derrier moi le sac enflé, Et je qui sut bien paré

De robe grise, Sachiez qu'ele a tôt jus mise La conoille, sans faintise.

£le me rit par franchise , Ses deux bras au col me plie.

Ma famé va destrousser Ma maie, sanz demorer.

Mon garçon va abruver Mon cheval et conréer.

Ma pucele va tner Deux chapons, par déporter

A là sauce aiilie.

Ma fille m*appor(e un pigne En sa main, par cortoisie.

Lors sui de mon ostel sire, A mult grant joie, sans ire, Plus que nus ne porroit dire.

de robe foanée, sachez qu'elle a aussitôt Jeté bas sa ouille, sans mentir. Elle me sourit franchement, ses bras plient à mon cou.

Ma femme va aussitôt défaire ma malle, mon garra panser mou cheval et le mener à Tabreuvoir, ma mte va tner deux chapons pour les accommoder à la i piquante, ma fille en soariant m'apporte un peigne. lis roi dans ma maison, fêté, sans fâcheries, plas rax qae je ne pois dire.

Ik

Uborde» BUtoire de ta mikiiit» t Oi |W S08.

Volez oTr la muse Muset?

En Mai fu fele un matinet,

En un verger flori , verdet ,

Au point du jor,

Où chantoient cil oiselet

Par grant baudor.

Et j'alai fere un chapelet

En la verdor ; Je le fis bel et cointe et net Et plain de flor.

Yis une dancele Avenant et mult bêle , G ente pucele , Bouchele riant, Qui me rapele :

Yien ça, si viele Ta muse , en chantant Tant mignotement.

1. Voulez- vous ouir la clianson de Muset? Elle fui (aile un matin du mois de mai , dans un verger vert et fleuri , an point du jour, tandis que les oiseaux chantaient à conr joie. J'alUi dans la verdure tresser une couronne; je^ta fis belle, bien tournée, remplie de fleurs. Je vis une de* moiselle avonante et bien belle, fille jolie, qui de sa boacbe riante m'appelle : Viens çà , joue-moi ta chanson nir ta viole, en chantant gentiment.

J*a1at à H el praelet , O toot la viele et Tarchet; >i li ai chanté le muset Par grant amour.

St quant je vis son chef blonde!

Et sa color, St son gent cors amoareuset »

Et si d'ator^ Mon cner sautele Pour la damoisele Mult renouvelé Ma joie souvent.

Ele ot gonele De drap de Cassele Qui restincele.

Doux Dex J je Taim tant Du cuer loieuement.

Quand j*oi devant li viélé , Pour avoir s'amour et son gré ,

J^allftl vers eUe sur )ê pré, avec ma viole et knoh t, le Inl chantai le Muset amoareasement. Qnabd Je I tète Monde, sa fratchenr, son gentil corps amon* et tant d*attraitft, mon cœnr sautilla ponr la demol- , f!t ma joie s'accmt à diaqne instant. £ll6 avait pobe d'étofîe flamande qui étincelait. Dîen bon! je e tant et de si grand cœur.

Quittdi'easUeiijmié divtiit elte, assezpour svoi^BM

Elle m*a bien gucrredonné ,

Soe merci ! D'un baiser à ma volenté ,

Dex ! que j'aim si !

Et autre chose m'a doné Corn son ami , Que j'avoie tant désiré , Ce m'est merci.

Plus sui en joie Que je ne soloie , Quant celé est moie Que je tant désir.

Je ne prendroie Avoir ne monnoie.

Pour riens que voie Ne m'en quier partir, Ançois vues morir.

Or a Colin Muset musé , Et s'a à devise chanté ,

amoor et sa bonne grâce, elle m'en a récompensé par un baiser, que Je pris volontairement. Dieu ! quel plaisir! Elle me donna aussi autre chose, comme à son amant, chose que j'avais bien désirée et qui rend trèsheureux. Je suis plus joyeux que Je ne fus jamais puisque j'ai obtenu celle que je désirais tant. Je ne prendrai ni argent ni rien qui soit au monde pour me séparer d'elle ; auparavant, j'aimerais mieux mourir.

4. Ainsi, Ck)lia Muset a joué et chanté à plaisir pour la belle au frai» visage , de cœur joyeux ; eUç lui

)ur la bêle an vis coloré,

Decuer joli, aint bon morcel li a donné

Et déparli , ; de bon vin fort à son gré,

Ge Tvos affi.

nsi à son siècle mené

Jusques ici.

Encore doignoie :

En chantant maine joie,

Miilt se cointoie Qu'amours veut servir.

Si a grant joie , El vergier où doignoie >

Bien se convoie ,

Bon vin fet venir

Trestout à loisir.

4 maint bon morceau , je vous assure, et du bon it à son gré. C'est ainsi qu'il a vécu jusqu'à pré- 11 se réjouit encore et mène joie, en chantant et te qu'il veut servir l'amour. Il a grand plaisir et i ao verger, où il fait venir bon vin tout à loisir.

Page 1