XIV" SIÈCLE
ctÊAJsmojti.
(XIT« SIÈCLE.) NTIQUE DE LA SECTE DES FLAGELLAIS.
e les pratiques extraordinaires qu'une dévolussée à Texcës mit en usage pendant le moyen me des plus étranges est la flagellation. Nouent cette pratique exista dans les mystères de ascéiique, mais une secte nombreuse se répar les villes et les campagnes de TËurope ^ et ne craignit pas d*exercer en public cette e et barbare macération, âge de la flagellation , ayant été admis chez îens, fut entièrement banni de la primitive t et jusqu'au x« siècle, on la considéra s un simple châtiment. Ce fut Pierre Damien , \ d'Ostie et cardinal , qui , vers 1150, ap- I la flagellation , déjà pratiquée par certains ux comme un moyen de pénitence : dès lors )énitence eut ses détracteurs et ses partisans, fut vers 1260, en Italie, à Peruse et à Rome , vit paraître pour la première fois des indiqui se flagellèrent en public. « La peur du ment dernier les avait saisis, dit un contem-
» porain , et d*uiic telle manière que nobles et uroluriers, jeunes et vieux, et les eufans même » de cinq ans , s'en allaient par les rues des vil- » les tous nus , et sans avoir aucune honte mar- » chaient ainsi deux à deux en procession : chacun » avait son fouet de courroies à la main et se fusti- » geait les épaules jusqu'à ce que le sang en sor- » tu (1). » Le même chroniqueur ajoute qu'ils allaient ainsi , non-seulement de jour, mais encore de nuit, avec des cierges allumés et au milieu du plus grand froid de Thiver : il y en avait des centaines , des mille, des dix mille qui, avec des prêtres à leur té(0, portant des croix et des étendards, couraient le« villes et les cam|>agues. Cette folie ne fut pas cependant admise dans toutes les parties de TËu^ rope. Plusieurs princes dltalie , les rois de Bohé^a et de Pologne firent chasser les flagellans de Ukvc% états.
En 1349, la peste ayant ravagé une grande partîa de TËurope , on vit reparaitre la secte des flUgeW lans. Ils vinrent de la Souabe, dit ud chroniqueur allemand , ayant un chef particulier et deux 8upé<« rieurs. Lorsqu'ils eurent passé le Rhin, à una heure après midi, le peuple y accourut en foute; ils firent un grand cercle devant le monastère de Spire. Placés au milieu du cercle, quelques-uM d'antre eux se déshabillèrent, ne conservant qu'una chemise qui allait depuis les reins jusqu'aux lalous, ils marchèrent ainsi vêtus, l'un après l'autre, tout autour du cercle , les bras étendus en forme de
(1) Histoire de» Fla^joilans , etc. , traduite du latin de l'abbc SoUcau. 17J2, iu-i2, p. 1j4.
: eQsiiite chacun se pro^ierim pMr terre, et es qui se tepaîefit debout sur eux uae jam|)e aifue c6ié, leur donnèrent un petit coup de pe qui les fit relever tou9 , et alqrs ilf se fuftti avec des fouets oà il y av^t de^ n(9ud« e( I pointes de feri ils cbanlaiept çn même |en>| aiuaea(i).
rAllemague , tes flagellant vinrent en Frapee i ce qu'en trouve à ce 9^i daiM mu diront-' français contemporain :
n celoy an m\ trois çeqt qiiarni^e-neuf deseus au moys d'aoti#t» a'esmut m re»yatune de nce en aucunes parties de^ gène qui se lia? at de eourgies de trois lanières, en ctiesoivie quelles lanières avoi( un neu; au quel «eu it quatre pointes aipsi comme d'aiguUlea, lee l|ee pointes étoient croM^ par dadeni le dit , et par roient detiors en quatr^i cAtés du dit . Ile se faisoiei^t seigner en euls batans, et laint plusieurs sérimonies, tant comme ils se >ie|it avant et après. Et ce faisoient en place ime en cbascune ville où ils étoient i, deux fois >ur, pendant trente-trois joure et demi. £;t ne leuroient en ville que un jour et une nuit. Et tçient crois vermeilles en leurs cbapeaulx de »tres, et en leurs espaules devant et darrière. lisoient que ils faisoient toutes les choses qu*ils oient par la révélacion de Tange. fit tenoient réoient que leur dicte pénance faicte pendant XIII jors et demi, ils demourroient purs, ués,
Hifttolre ^e$ Flagellai» , etc. , traduite du latia de BoUéâu. Parisi 1733» io-l?» p. 352.
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» qoictes et absouls de fous leurs péchiez, ainsi » comme ils estoîent après leur baptesme.
u Or vindreiit cette gent en France , première- » ment de la langue Thioise , comme de Flandres , » de Breban et de Hainault , et ne passèrent point «Lille, Donay, Bethune, Saint-Omer, Toumay, u Arras et es marches d'environ , les frontières de V Picardie. Mais assez tost après, s'en esmurent pla* » sieurs et par plusieurs tourbes de Lille , de Tourtt nay , et des marches d'environ ; et vindrent en » France jusqu'à Troies en Champaigne , jusques à » Reins, et es marches d'environ. Mais ils ne pas- » aèrent point plus avant. Quand U roi de France » Phelippe si manda par ses lettres que l'en les préist » par tout son royaume où l'en les trouveroit fai- » sant leurs sérimonies. Mais nonobstant ce, ils con- » tinuèrent leurs folies et multiplièrent en telle ma- » nière, que dans le Noël ensuivant qui fust l'an 1549, » ils furent bien huit cens mille et plus , si comme » l'en tenoit fermement • mais ils se tenoient en Flan* tt dres, en Hainaut et en Brebant; et y avoit grand » foison de grands hommes et de gentilshommes. »
Ces détails sur les flagellans sont extraits d'un manuscrit de la Bibliothèque royale, n» Colb. 8298', contenant une chronique abrégée de Phistoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1420. M. P. Paris les a publiés pour la première fois, t. V, p. 492 de son édition des chroniques de Saint-Denis.
Après ces détails, on trouve un cantique en vers français divisé en deux parties, que je donne ici en entier.
!. de U BibUoth. Roy., n* Golb. 8298^
s'ensuit la teneur d'une prière qu'ils {les fiageilam) disolent en ciiantant, quant ils se batoient de leurs escoursées.
Ed commencent no pénitance , Soit la Vierge et la Trinité Et tout en parfaicte puissance Des cieulx le haut divin secret.
Sire Dieu, croissiez vo venjance , Les fruis des ventres respitez Car esté a en grant balance Longtemps toute crestienté.
Or, avant , entre nous tuit frère , Bâtons noz charoiugnes bien fort , En remembrant ia grant misère De Dieu et sa pileuse mort , Qui fut pris de la gent amère , Et vendus et trahi à tort, Et battu sa char vierge et clère ; Ou nom de ce , batous plus fort.
O Maria , vierge roy ne , O temple de virginité, O glorieuse char divine , Depriez pour crestienté.
Vostre filz nous a montré le sigue De croix par mortalité , RapaUiez-le , dame Ëngeline , Et prenez no pénance en gré.
O roy des roys, char précieuse Dieux pères , Filz , sains £speris, Vostre sainctisme char glorieuse Fut pendue en croix par Juifs.
Et là fut grief et douloreuse , ' Car du saint sanc bénéis Fut la croix vermeille et hideuse.
Loons Dieu , et bâtons noz pis^ Et en la duuice remembrance De ce que tu feus abeuvrez Avec le crueux cop de la lance , D^aisil 0 fiel fut destrampez, Alons à genouix par penance ; Loons Dieu , voz bras estandez, Et en Tamour de sa soutfrance Chéons jus en croix à tous lez.
Hélas ! qui n'a en remembrance Les seingnies Dieu en escript, Auxquelles n'ote vin , ne pitance Mais fiel avec aisil confît.
Qui n'y pence il fait ignorance; Or tous à genouix sans respit, Rechéons en croix sans balance Pour pieu qu'en croix expiravit.
Or relevons de bon couraîge Et devers le ciel regardons Qae de mort soudaine et de rage Dieux nous estint, coulpcs bâtons ; Et pour trestout humain lignaige, Biam stres Dieux , vous deprions Quil part au pélcrinaige , S'il vous plaist, qu'aumosne facions.
Jhésus par tes trois dignes noms Fay nous de noz péchiez pardons, ]hè8us par tes cinq rouges playes De mort soudaine nous dcsiayes.
Or rebatons nostre char villainne ^e Dieux saulve crestienté Bt deffende de mort soudainne Et si pensons à la grierté.
De la grief mort Dieu souveraine Que piez croisiez chief encline Et bras tendus et en croix penez Avec la playe du côté.
O royaulx vierge corps Marie , Dame, tu fus à son trépas.
3e suis doulente et esmarrie Quant ses nerfs de piez et de bras Véis rompre sa char transie , Et sa face encliner sur son bras.
Terre crola , pierre fut brisée , Souleil faillit, mort suscitas.