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desIgQaler, A cm réciti populaires, nalureh au génie de 1« nation et qui le retrouvent toit en langue latine, lolt en langue vulgaire, à toutes les époques, vient se mêler un grand nombre de chansons dont Tintérèt est bien inférieur aans-doule , mais qui ne manquent pas d*un certain degré de curiosité. Tout^ ces chansons , consacrées à l'amour » varient peu et dana la forme et dans le langage ; c*est toujours une maltresse inseasible aui tour mens cruels mais pleins de douceurs que ses charmes ont inspirés ; ou bien encore c'est un éloge eiagérd des plaisirs qu'on éprouve à supporter les peines et les sacri* fices Imposés par l'amour. La métaphysique la plus abstraite et quelquefois la plus obscure règne dans ce genre de conpo^ sillon ; on y trouve asses rarement les élans d'une paulon véritable. L'allégorie, qui depuis le xiv* siècle Jusqu'au xyi« Joue un si grand rôle dans noire poésie i commence déijà à être employée dans ces chansons. Ainsi l'amour est une prison dont la beau térlgoureuse tient la clef* Le roi de Na* varre s'écrie :
Amour, quant vous m*ave2 mis Ué en votre prison , Mieux ameroie estre ocifl Que j'eusse raeneon.
Et plus loin :
De la Charte a les defli amors
Et si i a mis trois portiers :
Bieau êemblant a nom le premier,
Bt blauté en e&t fait slgnors*
Dangiers ont mis à Tuis devant,
Un ord félon, vilain, puant. (0
li dit encore que les coureurs de Tamour ont fait de soll tœur leur chemin ferré (i). L'on pourrait recueillir d'antres exemples de recherche et d'aflTectatiOn dans le langage. Hâtonsnbus d'ajouter cependant que parmi les chansons amoureuses, parmi les plus anciennes surlbut, il y en a de remarquablei et d'inspirées par un vrai sentiment poétique (3).
Ce genre de poésie a été principalement cultivé par les sel*
(I) poésies du roi de Navari-p, t u, p. f>d et 71. (a) T. II, p. 13. ...
0) Voyex dans ce recueil la heine <VÀ»riU page 19; flore éi Blanche fleur, page 133, et I^Api^endice à la ûude celle introduction.
1 de difréraiilef eouri féodalai. Dei prineet infemlns , oai-mémei, n'ont pas dédaigné de se livrer à celle ûcoupalion; ainsi Charles d* Anjou, roi de Sicile, frère de saint Louis; Pierre Mauclerc, comte de Bretagne; Tliibaut, comte de Clianipagne et roi de Navarre, ftircnt en ce genre les successeurs et les émules d'un grand nombre de seigneurs , qui chantèrent des amours véritables ou feintas « et les tourmens qu'ils éprouvaient pendant leur eipédilion en Terre-Sainte. Sans prétendre faire connaître avec détails cette école poétique , Je citerai les plus célèbres d'entre ceui qui l'ont composée ; on y retrouvera avec plaisir des noms illustres et par la noblesse et par les exploits de ceux qui les ont portés, et Ton comprendra facilement qu'il y avait moins d'ignorance • moina de grossièreté parmi ees guerriers du moyen ège qu'on ne Ta cru généralement Jusqu'ici t
XII* siècle. Quènea de Bethnne, Tbibant, camte de Bar , Gilles de Beaumont, Hugues de Bresy, le châtelain de Goucy, Hugues de la Ferlé , Hues d'Oisy, Robert de Mauvoisin , Raoul de Ferrières.
xni* siècle. Gantiers d'ArgIs , Rkhard de Semilly, Auboln de Sezanne, Gillebert de BernevIUe, Thibaut de Blazou, le duc de Brabant , Jean de Brienna , le vidame de Chartres , Jacques de Chison, Maurice et Pierre de Graon , Jean Erars seigneur de Valéry, Raoul de Ferrières* Gace Brûlé, Bouchard de Mailly , Hugues de Lnsignan , eomta de la Marche , Raoul de Soissons , Roger d'Andely, Jean et Gilles des Maisons, Pierre de VIesmaisons.
Je pourrais CsciTement augmenter cette liste , car il existe i la Bibliothèque royale plusieurs recueils manuscrits dans lesquels les œuvres poétiques de tous ces nobles châtelains sont conservées y avec les noms de chacun d'eux ; on y trouve encore la représentation de leurs armes (I). Toutes ces compositions, qui n'ont à vrai dire qu'une bien petite valeur littéraire, ne méritent pas cependant de rester dans un entier oubli. L'histoire peut y recueillir des documens précieux et l'on y rencontre aussi quelquefois le sentiment de la vraie
(1) voyez, entre autres, le manuscrit n* n^.
poésie. Voici comment le seigneur Gaeo Brûlé , l'un des amis du roi de Navarre, exilé en Bretagne, chante le regret qu'il éprouve d'être éloigné de son pays :
Les oisillons de mon pays '
Ai o1 en Bretalgne ,
A leur chant m'estoit 11 avis
Qu'en laa<louce champaigne
Les oY jadis.
Se g'ialmespris, 11 ffl'qot en si doux penser mis Qu*à èhansoD faire me suis pris, Tant que Je parataigne Ce qu'amor m'ont longtemps promis.
J'ai cité précédemment quelques vers du roi de Navarre dans lesquels on peut reprendre raffectation et l'allégorie forcée ; ce défaut n'empêche pas que les yers du roi chansonnier ne soient souvent très-remarquables. Il est facile de signaler dans ses œuvres plusieurs passages qui Justifient la grande réputation dont il a joui.
Ainsi ce premier couplet de la première chanson :
Amours me fait comencler une chanson nouvêle; Et me vuet enselgnier A amer la plus belle Qui soit el mont vivant.
C'est la bêle au cors gent , C'est ccle dont je chant.
Dlex m'en dolnt tele novèle Qui soit à mon talent, Que menu et souvent Mes cuers por li sautele.
Cet autre encore qui commence la quinzième de ses chansons :
Li rossignols chante tant
Ke mors chlet de l'arbre jus;
Si belle mort ne vit nus.
Tant douce ne si plaisant.
Autresl muir en chantant à hauts cris ;
Et si ne pois de ma dame eslre ois,
N'eJe de moi pitié avoir ne daigne.
Enfin la pastourelle dont je vais citer le début est une «uvre pleine de grAce et de poésie :
J'alole i'autrler errant sans rompaignons.
sor mon palefirol pensant A faire une chanson.
Quant Je ol, ne sai comment , Lès unsbtiiflsOD, La Tois du plus bel enfànçoa Conques Télst nus hom.
Et D'estolt pas enfés si K'eust quinze ans et demi.
Onques nule rien ne vi De si gente façon.
Ces citations prouvent suffisamment que Thibaut doit être considéré comme l*un des premiers de celte école de nobles chaosonniers qui a brillé en France pendant les xti« et xiii* tiècles. Rien de plus remarquable, en effet, que ce talent poétique cbez un prince du sang royal qui passa toute sa jeunesse au milieu des factions politiques et des guerres , don t il fat l'un des chefs principaux.
Il est arriTé que ces nobles poètes, interrompant leurs complaintes amoureuses, ont célébré dans leurs vers les événemens contemporains. Ainsi le ch&telain de Coucy, Quènes de Béthune , Hues d'Oisy, le roi de NaTarre et plusieurs autres , ont laissé des chansons sur les croisades ; ils ont encore composé des satires, relatives aux querelles de la minorité de saint Louis, ou à d'autres faits du même ^«nps. Ces pièces, qui n'existent aujourd'hui qu'en très-petit nombre , dolTent être recueillies avec le plus grand soin.
Les seigneurs n'étaient pas seuls à cultiver la poésie , il y avait k côté d'eux d'autres hommes , sortis du peuple presque tous, qui composaient aussi quelquefois des chansons amoureuses, mais qui, le plus souvent, consacraient leur yie h ^péter ces chansons de Geste dont j'ai parlé précédemment , et d'autres poésies plus courtes et moins graves qu'ils avaient le talent de varier suivant la composition de leur auditoire ; je veux parler de»jongleurâ et des trouvères. L'origine de ces chanteurs de profession remonte aux bardes et aux scaldcs. On 5ait que cbez les anciens habitans de la Gaule , comme cbez les peuples du nord qui du iv« au y* siècle envahirent l'empire romain, le poète, sous ces noms de barde ou de scaldc, *^*it un caractère i^acré. Sans prétendre, comme ont essavi' de le prouver certains antiquaires, qu'il 7 ait entre eux une
— xvni — eomplètc refsemblance , il est certain que non Jongleurs ont emprunt^ à ces a^cleof portes Tiuage de elianter l'tiistoire héroïque de nos guerriers illustres.
C'est ainsi que l'un des premiers iponumens littéraires relatifs aux trouTères nous représente un homnie qui ressemble bien plus aux scaldes du nerd qu'à ees baladins poètes qui égayaient les cours féodales, ft veu( parler de Taillefer, jongleur normand , qui marchait au premier rang de Tarmée de Guillaume, lé jour de la célèbre bataille d'Hastings :
Tailiefer, qui moult bien caatpit, gor un cheval qui tost alolt , pevant as s'en aloit cantant ne carleDiane et do Aolant, et ()*oiivier Di des vassuua Qui moururent & naiuscçvaux (i).
(0 Roman de Rou, t ii, p. 214.
A ces vert écrits par wace, poète français du xn* siècle , noi|s «Jouterons ceux-ci, que calmar, poète anglo-normand, avait eorop«M^ peut-être un demi-siècle «MperaYant
un des François donc se hâta, Devant les autres chevaucha, Tailiefer ert cil appeliez, Jufflère hardi estolt assex ; Armes avolt et bon dwval , Hl ert hardi et noble vassal, pevant les autres cil se mist , Devant Englels merveilles flst : sa lance pris par le tuet Si com ceo fu»t un bastonet; Encontremont hait l'en getta, Et par le fer recèue l'a.
III fols Issi Jetta sa lanee, Lfi quarte fotz puis s'avance , Entre les Englofs la launça , par ml le cors un en navra ( inils traist s'espée , arère vint Et gelU l'cspée qu'il tint, Encontremont hault le recelt L'un dit à l'autre, ql ceo voit, Que ceo estoU enchantement Cil se fiert devant la sent , Quant III foiz ont getté Tespèe, Le cheval ad la gpule baée, vers le» V,^^\e\^ vjnt eslessé; Aiiquanz quident eslre man{^
On poarralt encore citer le nom de quelques jongleurs guerriers attachés à la personne des princes suzerains. Ainsi Berdic remplaça Taillefer près de Guillaume-le^Conquéranl ; el en parlant plus haut de la chanson de Roland , J'ai elle lo nom de Turold.
Voilà donc un point de contact entre les scaldes du nord , les bardes de l'ancienne Gaule et les trouvères-Jongleurs du moyen Age. Ces derniers , on peut le croire , apprirent des scaldes , et même de ces bardes dégénérés dont parle Posidonius, h chanter les actions des hommes illustres, et donnèrent ainsi les modèles de ces longues chansons de Geste qui ont si souvent occupé la muse de nos trouvères. J'observerai que ce point de contact entre les scaldes et les premiers Jongleurs du nord est de plus un point de dissemblance entre ces derniers et les troubadours et leurs Jongleurs.
rar le th&fil q'issi baout.
Ll Jugléour en prés venout, Del espée fiert Englefs, u poign li fet voler roaneis } un aqtre férit tant cum U poqt Mau guerdon le Jour en out; car li Boglels de totas pars U iauncent gavpiocz let dara , Si roccistreat et son destrier, Mar demanda le coup premier.
(Geofllrey calmar, t. i, p. s et 9 des C/tNmitfmeê mn^îo-nor' mmde$^ puliUees par rr. Illelieff Itou^, \m^ in-8%)
I pn des Franc8|4> se bâtant, pbevauclia devant 1m ^ii^res. on
• rappelait Taillefer; c'était un jçngleur liarc}i, \\ ^vait de# armes, »ua bon cbe?al; il était vassal noble et audacieux. U se mit de-
• vaut les autres et fit merveilles devant les Anglais x il prit sa lance
• par le bd^ut, compw» s| ce fût un bâtonnet} Tayaqt jette en )'^i^
• il la reçut par le fer; trois fois ainsi )l jeta sa (auce; puis l\ la » quatrième, s'étant avancé, il la lança contre les Anglais i/un
• d'eux lomba frappé au milieq dn eorps. Alors Taillefer tira son
• épée, puis la jeta en l'air et la reçut droite par la poiqte. Les as-
• sistans se disaient les uns aux autres que c*était un encliante-
• ment. U s'élança contre l'ennemi après avoir ainsi joué avec son
• épée. son cheval, la bouche ouverte, se précipita conttelAS Au- > glais , qui craignaient d'être dévorés. Le jongleur , s'avançant
• aussitôt, frappe un Anglais de sou épée et lui coupe le poin^f ;
• il en ftuppe encore un autre; mais II fut mal récompensé, car les
• Anglais rassallttrent d^ tous c/)tés et lui lancèrent javelots «t
• dards; l)s le tnèrfgat » ^insl que soq cbeval, iiaii;ei)r ^ Ipi ; f\\\\ (ii>- » manda à frapper le premier coup. »
Lei Irmibftiiours ont pu écrire quelques chansons de Geste : mais ni eux ni les jongleurs qui les accompagnaient ne chantèrent avant le combat, comme Berdic et Taillefer. C'est !à un usage qui appartient aux anciennes populations du nord de la France, et qui les sépare de celles du midi.
Il faut distinguer parmi les trouvères ceux qui étaient Jongleurs, conteurs et ménestrels, c'est-à-dire qui, au double talent de composer des vers et de les chanter en s*accoropagnant d'un instrument de musique, joignaient encore celui de faire des tours d'adresse et d*amuser les yeux , en même temps qu'ils cherchaient à flatter les oreilles. Rarement le même homme possédait toutes ces industries , et c'est au désir de pouvoir les exercer ensemble qu'il faut attribuer l'origine des associations que ces hommes faisaient entre eux , associations que les moeurs dissolues, l'esprit railleur, indépendant et hardi de ceux qui les composaient , rendirent dangereuses , et qui furent, à différentes époques , poursuivies par les lois ecclésiastiques et civiles.
Ces associations paraissent avoir existé dès les premiers temps de la monarchie. Sidoine-Apollinaire en parle dans la description qu'il fait de la table de Théodoric II, et loue beaucoup le monarque de ce qu'il se donne rarement ce plaisir. Quant aux lois portées contre les jongleurs , on en trouve dani les conciles des premiers siècles , et Charlemagne , dans l'article 44 du premier capltulaire d* Aix-la-Chapelle de l'année 789 , en parle comme de gens notés d'infamie , auxquels il refuse le droit d'accuser , adoptant à cet égard la décision d'un concile antérieur.
L'article 15 du troisième capitulaire de la même année 789, défend aux évèques , abbés et abbesses de recevoir chez eux des jongleurs. Sous le même empereur, trois conciles renouvelèrent ces défenses, qui furent encore réitérées dans un concile tenue Paris, en 829, sous le règne de Louls-le- Débonnaire.
Toutes ces lois étalent mal observées : Agobard, archevêque de Lyon, mort en 840, se plaint que des jongleurs sont admis dans tous les repas ; les évèques et abbés en avaient à leur service; des prêtres et des moines faisaient eut-
mêmes ce métier. Plut Urd , Jusqu'à Philippe- Auguste , qui iMuoit les jongleurs de son royaume , les lois civiles et religieuses furent impuissantes à ce sujet. Kt même après cette époque, malgré les différens arrêts de proscription lancés contre elles, ces troupes furent toujours bien accueillies. Depuis le x* siècle Jusqu'au xvt", il n'est pas de Iwnne cour plénière sans eux, pas une seule cérémonie cheTaleresque , un seul grand repas dans lesquels np figurent ces amis de la Joie, ces grands colporteurs de poésie; car c'est aujourd'hui leur premier titre à notre reconnaissance : c'est la poésie française, Tulgaire, traditionnelle, dont ils furent les inter* prêtes et qu'ils cultivèrent eux-mêmes, qui leur donne de l'Importance à nos yeux, qui les grandit, qui les rend dignes de fixer les regards de la postérité !
Combien de fois n'a-t-on pas vu ces poètes ambulans , assis à la porte des églises des cités ou des villages , assembler les fidèles après l'office du dimanche ou des fêtes, puis chanter , dans un langage compris de tous , les actions pleines de miracles du saint dont on venait de célébrer la mémoire ; car le trouvère- Jongleur , au nombre des poésies qu'il devait savoir , comptait do pieuses légendes qu'il réservait pour ces Jours consacrés.
Ce n'était pas le seul genre de poésie que ces hommes récitassent aux bourgeois des villes pu aux manans assemblés. Après la pieuse légende venait le fabliau malin , satirique et toujours quelque peu grivois; venaient encore les grandes et remarquables compositions dont maître Renard était le héros. Ces poèmes , qui composent un ensemble de plus de vingt mille vers, et dont nous n'avons pas toutes les branches, ont dû souvent provoquer le rire de l'assemblée populaire h laquelle ils s'adressaient*. Les Jongleurs avaient encore des chants plus nobles, plus élevés, qui contenaient l'histoire des paladins dont le nom, resté dans toutes les mémoires, était mêlé à des actions fabuleuses toujours héroïques et grandes , souvent même impossibles; c'est ainsi que, d'après le témoignage de graves historiens, on chantait dans les carrefours, sur les places des villes {in ptateh), les faits hardis ou miraciileoi d'Ogier-le-Danois et du marquis Guillaume-au-rourt-nez.
— xxn — Mail e*etl prioeipilemeiH pour l'hÉbitaM dei elilteam ^pie Iflf Jongleori réierTitent les réciU de eelta natare , non iMt qu'on let y débitât à TexeloilOD des autrei, mafi parce qu'ils flattaient fingulfèremeot lei oreillei dot barons féodaui ; enr presque toujours leurs ancêtres, ou bien les fondateurs dea principautés qu'ils occupaient étaient célébrés dans ces poè» nies. Il faut Toir avec quelle mnnlBoenm on traitait ces hlsto* riens poètes, toujours assez babiles à cbatonitler rorguolt de eeuK qui les écouuient. Une cbatne d'or, une coupe précieuso, un cbeval de prix et plus souTant la robe d'étoffe d'or ou do sole, garnie de riches fourrures dont le châtelain était retétu, devenaient la récompense du trouyère-Jongleur qui avait sa le flatter. A son exemple , la noble compagnie, qui ordinal* rement ne manquait pas chez les seigneurs suzeraine , comblait aussi de riches eadeaux Tenfant de la gaie science.
AU maUn, quand il fut grand Jor,
Furent paie 11 JongMor ;
U UQ orent un biax paleflrols ,
Bêles robes et blax agrols Cbijoux),
U autre selonc ce qu'ils estoient,
Tuit robes et deniers avolent;
Tult furent payé k lot gré,
U plut povre ore à plenté. (eurent beaucoup) (i)
volt otaiaoorjoglëor;
Ménestrel 1 ot de grant pris, Tant son rioe , tant 1 ont pris ; nobes orent tôt k orfN)U Et bien garni (2).
Le début de quelques-unes de nos chansons da (}eata, do celles principalement qui rappellent de grands louvenirs historiques , peut faire croire que les Jongleurs , pour les réciler , choisissaient principalement les occasions dans lesquelles lia s'adressaient à ces nobles compagnies.
« Seigneurs, écoutes une chanson dont les vers doivent vous • plaire; ce n*est pas la fable^d'Ancelot et de Tristan, d'Ar« »tur , de Gauvaln dont on parle tant, mais c'est de Vun des
(0 Roman de PAlre périlL Ms. du roi, 7989-2, fol. 44, \\ [0) Boman de Cristal ei de Clarie, (voyez encore Muratorl, l>lt«er/ai.xxtx,t. 9.)
• pkm hacdit gnwrieri qne jamais Dieu aU erééi ; c'èsl d'Oglar
> da DaaaPMTCk» qui eut la caur vaillani at guarroya ai toDg*
• tempa la riolM roi Gharlaa.*.. fialgoaurs » or aotendaa» cha» » ?«Uers ai aargeni 1
seignêun, olez chançon dont lea Vers sont plaisans ; iraatinladala ftbie ADoelot et TrMaot»
D'Arttnir, na de Gauvln, dont on parole tant, Alos est du plus hardi et du mieux combattant Que oncques Dieu forma en ce secle Tlvant; osier de Danemareii qui ot le cner vaUlant, . Qui Untsuerroiacfearles la ricba rot puissant* seJarneurs, or entendes chevaliers et sergent...
{Roman dCOçterAê-DanoU,)
Laa Jgugteura atalent parfois auei d'adreisa pour foire enceodra avi nobles aompagftiaa des fobllaux malins dam leaqMla ta déeanca était quelque peu sacrifiée k resprlt et au piquant de ractlou ) alors Ils avaient soin de foira précéder liiir euntede quelque précaution oratoire ainsi conçue i
» L«a rt>ls , Ica princes , les courtisans , comtes , barona ou >TaTasseurs, altnent les contes , les chansons , lés foMas et
> les bons diu qui sont agréables; car Us empéehent de penser
> et font oublier le chagrin > atc.*«. »
Le rei, le prinoe» U courliir, comte, baron at vavasaeori Aiment jsantes, chansons et fobUsi Et bons dite qui sont délilaNas ; Car ils ostant et Jettent panser»
Doel, ennui font oublier ^
(IhntifS PffffliinU.)
C'est pr incipalelneni dans un petit poème du xiii« siècle qùé Ton trouve des détails qui pauvebt éclaircir nos recherches sur ces anciens poètes. Cette pièce , intitulée les deux B&rdéors ou trovébrs rihtiux (t) , nt)US fott connaître tous les talens physiques et toutes les conpaisiumcea qu'un bon trou-
(1) ce petit poèbe; ahalysé paf tegHind-U'Attssy, t. ii de ses t^abllaux, a été publié p«r Roquefort, p. !i9o de son État de la Poésie française dahs les xii* et xiu* siècles, paris, tsis, in-s». u. Robert i'a réimprimé, p. le d'une brochnro Inttuiléa i rùbUàJx inédiiè^ Uré du manuscrit de la BIMldthéqtie do roi, n* 1230 ou im, etb. Paris, 1834, in-8''.
y ère devait ponéder. C'est une querelle entre deui de ces hommes , dans laquelle chacun s'efforce de prourer sa supériorité sur son adversaire. Le premier commence ainsi : >Diahle! laisse donc là ta jonglerie, et Ta t*asseolr dans
> ce coin ; car nous n'avons cure de toi, et il faut que celai » qui ne sait rien dire d'agréable garde le silence. Tu ne sais
• pas vaillant deux fétus! Voyez comme il est Têtu avec le
• gage d'une année ! Voyez quels souliers de Cordoue , les
• helles chausses de Bruges ! Voyez comme il
• est enveloppé dans de roéchans hahits!
> Tu n'es pas ménestrel ni ouvrier de honne œuvre. Tu res-
• semhlefl à un vilain houvier aussi contrefait qu*nn bœuf, ou
> bien à un meneur d'aveugles
» Moi, au contraire, je sais aussi bien conter en français qu'en
• latin , la nuit comme le jour, devant les comtes et les ducs;
• et je sais faire bien plus : quand je suis à une cour et dans » une fêle , je sais bien des chansons de Geste ; il n'y a pas un
• conteur tel que moi....»
Diva! quar lai ester ta Jangle
SI te va seoir en oel angle ;
K06 n'avons de ta Jangle cure ,
Qar bien est raison et droiture
Bo toz les lleut se taise
Qui riens ne set dire qui plese.
Tu ne sez vaillant deux festuz.
vez comme es ore bien vestuz
De son gaalge d'oan I
VoLz quex soliers de Cordouan,
Et com bêles cliauces de Bruges !
Vez or en quel liiraudle Il s*est Uuec entortiUiez!
Tu n'es mie menesterex Ke de nule bone œvre ovrlels.
TU sanhie un vilain bonvlels Aussi contrefez com un bugles.
TU sanbies meneur d'avugles.
Mais ge sal assl bien conter Et en roumanz et en latin « Aussi MU soir com au matin , Devant contes et devant dus.
et si resal bien foire plus ; Quant Je suis à cort ou à feste , Quar ge sal de chanson de geste ; Canteres soi qel inonde n'a tel.
Et le Jongleur fait Ici une longue énumératlon de toutes les chADSons de Geste , de tous les poèmer qu'il connaît. A ces détails il ajoute une foule de traits facétieux, burlesques, destinés à exciter le rire de ceux qui assistaient à ce combat :
« Je suis un bon saigneur de cbats et ventouseur de bœufs.
• Je sais très-bien cercler un œuf, et je sais faire frein à
• vaches, gants à chiens, coiffes k chèvres, hauberts à lièvres, «et si bons , qu'ils n'ont plus peur des chiens.... >
Je suis bon seignerres de chaz.
Et bons ventoussieres de bués; Si soi bons rellerres d'ués.
Si sal bien faire frains à vaches , Et ganz à chiens , colfes à chlèvres ; Si sal foire haubert à lièvres SI fors , qu'il n'ont garde de chiens.
Le jongleur se vante encore de ses talens en cuisine et en musique, et de toutes les bonnes connaissances qu'il a parmi ses compagnons.
Son adversaire ne fait pas attendre sa réponse : « Tu nous « a bien dit tout ce que tu as voulu , reprend-Il , mais je ferai
> apercevoir que j*en sais bien plus que toi , et que je sui un •meilleur ménestrel
> Je te dirai ce que je sais faire : Je suis joueur de vielle» » de cornemuse, de flûte, de violon, de harpe, de symphonie, » de psaltérion, et je connais mainte chanson... Je peux bien » faire un enchantement , et j'en sais plus long que l'on ne
> pen^. Quand je veux m'y appliquer, je lis, je chante comme >un clerc , je parle de chevalerie , des hommes braves, et je
> sais bien dire quelles sont leurs armoiries. >
Tu m'as bien dit lot ton voloir ; Or te ferai apercevoir Que ge sai plus de toi assez, Et cl 8ul mieldres menestrez...
Ge te dirai que je sai foire.
— xxn —
Gc suit Jugleret de viete, SI sai de muie et de (tettele, Et de harpe et de chllbale, De la RigM , de ramoQie ) Et et niteire et en la rote, sat Re Men ehaoter une note.
Bien sal un enchantement faire, Je lai malt plus que l'en ne cuide , Quand 8^ veuille mettre mon eiluide , Et lire et chanter de olergie* Et parler de chevalerie , Et les preudomee ravieer Et lor armée bien deriaer.
11 nomme , ainsi que son adversaire , tous les poèmes , tous les fabliaui qu'il peut raconter, et termine en disant à l'assemblée :' ,
A to2 ge vos requler et prie
Que le metei fors de c6anx ,
Qui bteo port que c'est un noleni.
> Je vous requiers , at pria tous qua le matliax dehors , car » il est certain que c'est un homme inutile. »
On le voit , au talent de chanter des vers et de réciter dei histoires de tout genre , les jongleurs Joignaient le rôle de bouffon et de plaisant. Généralement ils avaient une réputation d^esprit comparable à celle que nous accordons encore volontiers aul bossus. De mordantes satires, des réponses hardies leur étaient permises et pardonnées. Un poème anglonormand de la fin du xiii^ siècle nous donne à ce sujet de curieui détails. 11 6st intitulé : Le dit du jongleur de Ely et dt mon sei^nour le roi de Kngleterre (1) ; en voici le début :
« Seigneur , écoutek un petit , vous entendrez un très-bon •jeu d'un ménestrel qui voyagea pour chercher merveilles et » aventures. Il vint en deçà Londres, en un pré où il renconti*a » \t roi et sa cour. Il portait au cou son tambour, peint eh ot • et couVert de riches ornemens* Le roi demande avec bonté : >Qui ètes-Vous , sire jongleur? > Et il répond sans crainte :
(i) ce petit poème a été publie par 11. l'abbé de La Rue, t i, p. *85, de ses Recherchée mr les bardes Jongieurê et trouvèrcê. Il a été donné une seconde fois, la même année , par M. Francisque Mlcliei, avec la Riote du monde, Paris, SUvestrc, 1834, tn-s».
— xxm —
• Je fois d'où est mon letgneur. — Qui mi ton 9elgnênr?dtl «le roi. — Le biiron à nu dame, par ma fol. —Qui est ta » dameT -— Sire , la femme mon seigneur. — Comment vous >appeiIe-i-on? — Comme mon parrain. — Et ton parrain , •quel noma-t-ill «^Comme le mien, sire, protMblement. — •Où ▼aa-lu? — . Je Tais là. — D*où vlens-tu? — Je viens de » ci. ^ D'où es-luî ^ 8lre , Je suis de notre ville. — Où est
• votre ▼ille, mettre Jongleur? — Sira , entour l'église. — Où
• est l'église, bel ami?*— Sire, en la vINe de Ély. — Où est »Ély? — Sire , sur l'eau. — Comment appelle-t*on l'eau? —
• On ne rappelle pas, mais elle vient toujours. »
seigneurs, escotez un petit.
Si orres ue très bon desdult De un ménestrel que passa la terre Pur merveille e aventure querre ; Si vint de 8& Londres, en un pree.
Encontre le roi e sa meisnée ; Entoor ion col porta soun tabour Depeynt de or e riche atour.
Le roi demaund par amour r
• A qui estes vous, sire Joglonr ? »
Et il respount sauntz pour :
« sire Je suloù mon seignour. >
• Quy est tonn seigneur? • fait le roy. « u baroun à ma dame, par ma foy. i
• Quy est ta dame, par anour ? »
> sire, la femme mon seigneur. »
« Gomment estes vooi appellée ? •
• Sire, comme cely qui m'ait levée. • « GesU qui te leva quel noun aveu? • « Itel com Je, sire, tôt dreit. »
• Où vas-tu ? » • Je vols là. •
• D'oùvlentu? ■ « Je viens de sa. > I Dont estes vus ? sanz gyle. •
« Sire, ge sut de nostre vile. »
• Où est vostre vtle, dauni Jogler ? »
• sire, entoure le moster. •
> Où est le moster , bel ami ? »
« sire, en la vile de Bly. »
• Où est Ely, qysiet?»
« Sbre, sur l'ewe esUet. »
« Quel est le evve apelé , par amour? ■
« L»em ne l'apele pas.eym: vient tous Jours. »
Le dialogue continue long*temps ainsi, et le Jongleur, après avoir dît au roi comment il menait Joyeuse vie , cherche à lui
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prouver qu'il esl plus Mge que les aulres hommes , puisque, dit-il, on vous blâme toujours, quelle que soit votre conduite.
Il faut chercher quel point de conUct ou bien quelle dUTérence il a existé entre les jongleurs et les trouvères. Ces derniers sont principalement désignés comme les véritables inventeurs de toutes les poésies chantées par les jongleurs , conteurs ou ménestrels. Les trouvères , a-l-on prétendu , retirés pour la plupart dans le silence du cloître, consacraient leur loisir à la composition de nos longues chansons de Geste. Cela peut être vrai pour quelques-unes d'entre elles. Quant à ce principe que les trouvères ne furent pas toujours des jongleurs , joueurs d*instrumens ou chanteurs , cela est vrai pour plusieurs de nos vieui poètes, qui, dévoués h un seigneur puissant , attachés à sa maison , ont généralement écrit de longs poèmes historiques dont le sujet plaisait h leurs maîtres, ou leur rappelait la gloire de leurs aïeux ou de leurs prédécesseurs. Après tout, ces clercs lisans, comme Tun d'eux se désigne, quittaient souvent la plume pour réciter et même chanter Tœuvre quMls avalent composée. Le roi Adcnés , ménestrel du duc de Brabant, auteur de plusieurs poèmes, en est un exemple. Ce sont principalement ces trouvères de noble compagnie qui se plaignent de l'Ignorance et de ia mauvaise foi des jongleurs Indépendants : Ils s'emparent, disent-ils, des antiques récits sons bien les connatiro. et y ajoutent des circoifsiances mensongères. Ainsi Adenès , que j*ai nommé plus haut, critique ces jongleurs dans les pre* miers vers d'Ogier^îe- Danois :
« Ces jongleurs , qui ne savent pas rimer , ont altéré le
• poème en plusieurs endroits; Ils ne surent pas bien mettre > en ordre les récits d'amour, d'armes et d'honneur, ni en dis-
• tribuer convenablement la matière ; car celui qui veut mettre » l'histoire en rimes doit accorder la mesure avec le sens. >
Cil jugléor , qui ne sorent rimer.
Firent Tusaf^e en plusieurs iieus fausser. D'amour et d'armes et d'hoaour mesurer, Ne sorent pas les points ne compasser , Ne les paroles à leur endroit placer : Car qui l'istolre veut par rime ordener . Il doit son sens à mesure accorder.
Dm reproclies lenblableg à cêui-ii se trouTent fréquemnwot an début de nos anciens poèmes. Nos rimeurs , qu'ils soient iroùTères, Jongleurs, conteurs ou ménestrels, employaient ce moyen pour donner à l'œuvre qu'ils avalent composée ou empruntée, un air de nouveauté. Ceux qu> étaient clercs principalement ne manquaient pas d'annoncer à leurs lecteurs ou auditeurs qu'ils avaient été à Saint- Denis, en France, consulter les gestes latines de nos rota , qn'ony conservait.
D'autres encore , pour donner plus de crédit à la légende qu'ils débitaient , accusaient de naensonge ceux qui , avant eox, s'étaient exercés sur le même sujet. Ainsi un Jongleur qui a reiiit , vert la An du xm* siècle , le poème de Wace sur la conception de la Vierge, accuse de mensonge un autre Jongleur.
Suivant nous, c'est pousser un peu loin l'esprit de système et de recberehes , que d'établir entre les Jongleurs et les trouvères une différence bien marquée , et d'attacher exclusivement au plus grand nombre de nos vieux poètes l'une ou l'autre dénomination. Les citationt que M. l'abbé de La Rue a réunies dans ce but ne prouvent rien , excepté une rivalité entre des hommes de même condition qui cherchaient à faire valoir leurs œuvres aux dépens de celles de leurs prédécesseurs ou de leurs rivaux ; et en effet, si les trouvères peuvent être considérés comme les principaux auteurs de nos grandes chansons de Geste, de tous nos poèmea hérolquef , didactiques et moraux , les Jongleurs , de leur c6té , peuvent réclamer les contes , les fabliaux , les satires et toutes ces petites pièces dans lesquelles brillent au plus haut degré l'esprit et la gaieté française.
Les Jongleurs, dans différentes parties de la France, paraissent avoir formé une confrérie puissante et dont l'origine remonte à une époque reculée.
Ainsi J'ai publié pour la première fois une charte relative à une confrérie que les Jongleurs de la Normandie avalent [ondée à la Sainte-Trinité de Fécamp et dont Je reproduirai fi les principales dispositions.
Aprôs avoir dit que le bienhenreui Guillaume, qui ironverna
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rabbaye Juiqn'en IOSf,«utoriM cette eonfrérie, et (pie Henri, cinquième abbé, renoutela cette autorisation, Raoul d* Argent, son successeur, qui vécut de 1190 à ISiO, s'eiprime ainsi : « Donc , mot , Raoul , abbé, ne voulant pas cbanger les usa- » ges établis par mes illustres prédécesseurs , j*ai approuvé
• rassocialion de ces hommes et Je les ai admis à Jouir de
• tous les bienfaits que Dieu pourra nous tcoorder en faveur
> de nos messes, de nos veilles, de nos Je6nes, de nos aumtoes
> et de nos prières. C'est pourquoi , soutenus par une eharité
• mutuelle et nous réunissant avec Joie et plaisir pour chanter
> en choeur, aui sons de Torgue , du psaltérion, du tambour,
> tenant dans nos mains rencensoir rempli de parftims et la »lyre , nous oserohs nous présenter devant le roi des cleui.
• Tant pour nous, tant pour le reste de nos frère* , nous celé- »brerons trois messes à des Jours indiqués
•Voici Tordre dans lequel doivent avoir lieu les réunions
• de la confrérie : chaque année , le Jour de Saint-Martin , se » réuniront non-seulement les Jongleurs , mais tons ceui qui
• font partie de cette confrérie; et, après une procession
• solennelle de tous les moines et de tous les Jongleurs,
• chacun des Jongleurs paiera cinq deniers dont l'emploi est
• ainsi fixé : Deux pour Tentretien des léproseries de Fëearop,
• un pour les pauvres, un pour le luminaire, un autre sera » donné , avec le legs des morts , è la fabrique de la dite
• église. Chaque membre de la confk^rie laissera en mourant,
• pour les besoins de notre église, quand il le pourra, trots » sous ; quand il sera pauvre, deux sous ; quand il sera très»
> pauvre, deux deniers. Tout ce que les membres de la con- » frérie , Jongleur , chevalier ou autre , laisseront en mourant , » pourra être employé aux besoins de Téglise (I).
Vers la fin du xiir siècle , les jongleurs et ménestrels furent soumis à un règlement de police qui, promulgué sous saint Louis, fait partie des établissemens de Paris, que Ton doit à Estienne Boileau, prévôt de cette ville de ft58 à 1268. Ces statuts . qui sont empreints de toute la modération du saint
(0 voyez le texte de cette charte, page 378 de TEssal historique, critique et littéraire sur l'abbaye de Fécamp, que j'ai pulillé l'a mire dernlèrp. Rouen, Kd. Frère, f84o,in-8«.
roi wm les yeox duquel ils ftirent rédigés , règlent avec une Mge sévérité la conduite que ces hommes doivent mener dans Paris. Du reste, quelques privilèges s'y trouvent en leur faveur : ainsi Ils sont exempts du droit de péage qu'il fillait acquitter, en entrant dans la ville par le petit Ghàtelel. L*un des ard» c\ts porte que le marchand qui amènera un singe pour le vendre, paiera quatre deniers; que, si le singe appartient à un homme qui Tait acheté pour son plaisir, Il ne donnera rien ; que s'il est à un Jongleur, il le fera Jouer devant le péagcr, et que, par ce jeu, il sera quitte du péage tant du singe que de tout ce qu*il aurait acheté pour son usage. De même les Jongleurs sont exempts du droit, en chantant une chanson (l).
Ces ordonnances furent plusieurs fDis renouvelées dans le XIV* et le XY* siècle ; mais , vers la fin du xiv*, les noms de trouvère et de Jongleur disparurent peu à peu, celui de ménestrel, ménestriax, et enfin ménestrler prévalut. A cette époque aussi, la poésie devint le privilège des clercs et de quelques laïques lettrés qui , se confiant h la générosité des grands seigneurs, se déclarèrent leur poète, leur domestique. Quant aux ménestrels ou ménestriers, Ils se bornèrent à Jouer des Instruments par la ville , et à chanter de vieilles légendes dont ils rajeunirent le langage.
Comme toutes les corporations de cette époque , ils eurent leurs chefs qui portaient le titre de roi (2) . Leur nombre à Paris ftit limité , et seulement à ceux qui étaient de la confrérie appartint le droit de jouer des instrumens et de chanter par la
(0 ■ Li singes au marchant doit quatre deniers, se 11 pour » vendre le porte; et se U singes est à home qui l'ait acheté por son • desdult, si est quites, et se II slDges est au joueur, jouer en doit
■ devant le paagier. et par son sleu doit estre quites de toute la
■ chose qu'il acheté à son usage *, et ausl lot U jongleur sont quite « por un ver de chançon. i {Esiablisaement dei mesMers de Paris. Ms. do roi, Ms. gorboone. f* 204, recto.) Cetartlela AwétakUêMe' mens doit être l'origine du proverbe : Pay^r en g<a\lfade$, çn mofinoie de aiuge.
(i) Jeao Porlevin, rof de$ ménestriers du royaume de France, et ses compagnons reçoivent le prix des esbatemens qu'ils firent en l'hOlel du duc d'Orléans devant le roy et les ducs dd Rerry et de Bourgogne, année tsga. Pièce originale citée p. I39, t. i du caialngne d«*8 archives du baron de Joursanvaulu parts, 2 vol. ln-s<*.
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ville. Il paraît que celte condition était asseï lucrative , pals, que deui de ces méoeatriers purent fonder un hôpital. Nous lisons ace sujet dans un vieil historien de Paris (1) :
« En l'an de grâce iSSH , le mardi devant la Saincte-Croix , » en septembre, il y avait en la rue de Sainct-MartinHles-
> Champs deux compagnons ménestriers , lesquels s*entr*ai-
• moient parfalclement et estolent toujours ensemble. Si es-
> toit de Lombardie , et avoit nom Jacquet Grare de PUioije ,
• autrement dit Lappe : Tautre estoit de Lorraine , et avoit M nom Huet le Guette, du palais du roy. Or avint que le
■ jour susdits, après disner, ces deux compagnons estans assis
• sur le siège de la maison du dit Lappe et parlant de leur
> besogne, virent de l'autre part de la vole une pauvre femme
■ appelée Fleurie de Chartres , laquelle estoit en une petite
• charrette, et n'en bougeoit jour et nuict, comme entre-
• prise d'une partie de ses membres ; et là vivoit des auroosnes
• des bonnes gens. Ces deux» esmus de pitié , s'enquierrent à » qui appartenoit la place» désirant l'achepter et y bastir quel- » que petit hospital. El après avoir entendu que c'estoit à l'a*
• basse de Montmartre, ils l'allèrent trouver : et pour le faire
> court, elle leur quitta le lieu è perpétuité , à la charge de
• payer par chascun an cent solz de rente et huit livres d*a-
> mendement, dedans six ans seulement...
• Le lendemain les dits Lappe et Huet prindrent posses- » sion dudit lieu, et pour la mémoire et souvenance firent » festin è leurs amis. Peu après ils firent faire un mur, et sur
> rentrée une belle chambre, et au dessoubs des bancs à lits... » Au premier desquels fut couchée la pauvre femme paraliti- » que et n'en bougea jamais jusque son décès. Ils ordonnèrent » aussi que ce lieu serait dorénavant appelé VHotpital de m Sainct'Julian et de Smnct-Genois. (Saint-Genet.) »
On trouve, page 2â5 de ce volume, une chanson de Colin Muset, dans laquelle il donne sur la vie d'un jongleur, dans les premières années du xiv* siècle . des détails assez piquans et qui font penser que cette profession était quelquefois exercée par des gens honnêtes, ayant un intérieur, et qui savaient tirer
(1) DU Breul, le Théâtre des antiquités du rarls, etc. parU, inn, ln-4', p. M8.
— xxxni — quelque proGt de leur art. La fortune assez considérable des deux fondateurs de rhospice Saint-Julien et celle que la tra« dition attribue li Colin Muset le prouvent suffisamment.
Pendant le xiv* et le xv« siècle, les princes et les seigneurs suzerains avaient encore un ou même plusieurs ménestrels à leur service. Ainsi Robert d'Artois, beau- frère du roi de France Philippe de Valois , que son procès avec Mabaut , comtesse de Flandre, a rendu si fameux, avait parmi les gens de sa maison un ménestrel, • Le deuxième Jour de novembre 1351, Pierre d'Auxerre et Michel de Paris, huissiers du parlement, se rendirent au chAteau de Gonchcs pour assigner Robert d'Artois. Ne l'ayant pas trouvé , ils demandèrent li parler k la comtesse et s'adressèrent à LvRm ménestrel du dit monsieur Robert, car autre ne trouvèrent de set dras (i). De même dans l'inventaire des Kvres du roi Charles V, après Tarticle n« 369, Je lis ce qui suit : Une guitere à une teste de lyoD . en un esluy de cuir. — Une guitere à une teste de dame. — Un lut. — Une guitere à une teste d'angelot d*ivoire, etc.. Eq marge est la note suivante : Le roy les a rebailiiez à ses PETITS MENESTRELS à qut II csloit corrusslé quant II leur flst oster (4).
Je trouve dans un catalogue (5) de pièces originales relatives à rhistoire de France les indications suivantes. Année 1340 : gages de Guillot, ménestrel du comte de Blois ; gages payés à Colinet te Bourg, Jobin, son frère , et Coltn Magnedante, ménestrels du duc d'Orléans, i389. Pension è CoHnet, ménestrel du duc d'Orléans, i59G. Ménestrels des ducs de Savoie et de Bavière, du comte de Nevers et de M. de Trazegnies, 1595-1396. Le duc d'Orléans fait payer 130 livres tournois à Colinet, Bourgeois eiAlbelin» ses ménestriers, 1406 ; gages de Jehan Petit-Gai, harpeur du duc Charles d'Orléans, 1413.
(0 Procès de Robeit (rArtois. (voyez la Revue de Paris, livraiiions deiai juillet et 4 août t839.)
(}) inventaire ou catalogue de l'ancienne bibliothèque du Louvre, etc., etc. Paris, i836, In-s*^, page ss.
(3) Caialogue analytique des archives de mons. le baron de Jour- »aiivault, elc. eic. Parb, ivns, i vol. l^'8^ t. i, pages 1H9-140; t. n, p. 'iti'i.
— xxxrr —
Verf la fln du xt« fléele disparaissent tout k fait, non- Maternent les Jongleurs et les trou?ères, mais encore les ménestrels ou ménestriers qui leur succédèrent. Us sont remplacés par des poètes proprement dits qui se donnaient quelquefois le nom d'acteurs {auieurt) ou de elercM /i« Mttti, Attacliés à U fortune et à la maison des princes du sang royal ou des ducs et des comtes qui a?aient encore coa« serve l'appareil d'une cour, ils composent dans le silence des ouvrages, e( mettent en prose ou abrègent les longues cliaosons de Geste de leurs devanciers. Ce sont pour la plupart des clercs qui ont étudié dans leur Jeunesse et qui appliquent a la poésie la science confuse et insuffisante des écoles. L'allégorie , ce genre de littérature si froid, si faux , si ennuyeux et dont J'ai signalé des exemples dans les chansons du roi de Navarre , triomptie et produit de longs poèmes qui sont tous ou* bliés aujourd'liul.
Au XV* siècle U chanson change aussi sinon de sujet , au moins de forme et de langage; on retrouve la chanson historique et la chanson d'amour, mais Tune et l'autre alTeetent un genre de poésie et se plient aux règles qu'elle impose.
La ballade est presque toujours employée principalement dans les pièces historiques.
> Ballades se font de huyt lignes pour clause, dit un au- » teur du xv* siècle (1) , et buyt syllabes , en masculin pour » ligne ; et doivent estre trois clauses de semblable lysière ou • rythme, et semblable refrain pour dernière ligne, lequel » doit estre masculin , avec demye clause de semblable ou » autre lysière aux quastre dernières lignes qui s'appelle » Xenvoy ou le prince, pour ce que en tenant le puy de bal* » lades , voulentiers le dict envoy se adresse ou envoyé au
» prince
> Auscuns font ballades en lignes de dix syllabes en mas- » culin , et les autres prennent deux lignes pour refrain , et se
(0 Le grand et vray Art de pleine Réthorique , etc., compilé et composé par très expert scientifique et vray orateur malstre Pierre Fahry.en «on vivant curédeMeray.etc. i vol.petltln-8»,gotli., i5S2. — seconde partie, feuillet xlii, v.