‹ Recueil de chants historiques françaiseChapitre 32 sur 181 · COMPLAINTE SUR LA FOLIE DE CHARLES VI · texte numérisé non relu

COMPLAINTE SUR LA FOLIE DE CHARLES VI

PAB CHRiSmiE DE PISAM.

M on intention n^est pas de reproduire en tête de cette notice la biographie de Christine de Pisan , déjà écrite plusieurs fois(l). Je rappellerai seulement que, née en Italie, cette femme célèbre fut amenée fort jeune en France par son père , et élevée à la cour de Charles Y, qui lui fit sentir les bienfaits de sa protection. Après la mort de ce prince , elle consacra ses talens au jeune roi Charles Y I , puis à son frère Louis d*Orléans ; mais elle devait perdre Tun après Tautre tous ses protecteurs. Jusqu'en ±4^29^ année où elle mourut, Christine ne cessa de composer de nombreux ouvrages en vers et en prose , prête à déplorer toutes les infortunes^ toujours préoccupée des malheurs de sa patrie adoptive.

La complainte suivante a dû être écrite vers la fin

(1) Voyez à ce sujet : Essai sur les écrits politiques de Christine de Pisan, suivi d'une notice littéraire et de pièces inédites, par Raimond Tliomassy. Paris, 1838, in-8*.

! i595. On sait qu'au mois crnoi!^t de l'année pré' dente » le roi , marchant contre le duc do Bretagne » t atteint d'un premier accès de folie qui ne dura le trois jours; mais au carnaval de Tannée i595 , ani manqué de périr dans une mascarade , le roi mba malade de nouveau et languit jusqu*à la fin ! Tannée. « On auroit de la peine à croire , dit le moine de Saint-Denis , qu'il eût méconnu sa femme , mais c'est bien pis de dire qu'il nia qu'il fût marié, ny qu'il eût des enfans, qu'il se tascha qu'on le traitât de roi, qu'il soustint avec colère qu'il ne s'appelloit point Charles » et que non-seulement il désavoua les fleurs de lys, mais que partout où il voyoit ses armes ou celles de la reyne, il les biffa, jusques à les gratter avec furie sur la vaisselle d'or et d'argent (1). » Après avoir employé tous les remèdes , et entre itres la magie , pour guérir le roi , on implora les cours de la religion : des prières publiques furent données par tout le royaume, et les évéques, ec leur clergé , la plupart nu-pieds , firent de andes processions. C'est alors que Christine de isan composa les vers qu'on va lire. Elle aimait à aissocier aux douleurs et aux joies publiques , et m trouve dans ses nombreux ouvrages plusieurs èces que j'appellerai de circonstance. Elles n'ont is toutes le mérite littéraire de celle ci; et Ton iut dire que le sujet , vraiment poétique , favorisa \n inspiration.

(1) Histoire de Charles VI , par un religieux , moine de int-DenIs; trad. par Le Laboureur, 1. 1, p. 242. Paris, 63, iu fol.

— Î7S — lùuMuc. de la BibUoth. Roy. Honch. n* 6, f xx t*.

Noos devons bien, sur tout aultre i Plaindre cellui du royaume de France Qui ta et est le règne et Téritage Des Cbrestiens de plus hauUe puissance.

Mais le Dieu fiert adès de poingnant lance « Par quoy de joie et de soulaz mendie ; Pour noz péchiez si porte la penance Nostre bon roy qui est en maladie.

C*est grant pitié , car prince de son aage Ou monde n'iert de pareille vaillance , Et de tous lieuz princes de hault parage Desiroient s'amour et s'aliance.

De tous amez estoit dès son enfance ; Encor n'est pas, Dieu mercy reffroidie Icelle amour, combien qu'ait grant grevance Nostre bon roy qui est en maladie.

SI prions Dieu de très -humble courage, Que au bon roy soit escu et déffense Contre tous maulx , et de son grief malage Lui doint santé , car j*ay ferme espérance Que s'il avoit de son mal allégence , Qu'encor seroit, quoy qu'adès on en die « Prince vaillant et de boïue ordonnance Nostre bon roy qui est en maladie.

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