BALLADE DE CHRISTINE DE PISAN
Sl'R U OOMBAT DE SEPT FRANÇAIS CONTRE SEPT ANGLAIS.
An commencement de Tannée 1402 , messire Jean de Hcrpedenne, seigneur de Belle -Ville et de Montaigu , eu Poitou, et sénéchal de Saintonge , fit savoir à la cour du roi , à Paris , que plusieurs chevaliers d'Angleterre , ayant désir de faire armes pour Tamour de leurs dames, portaient défi aux chevaliers de France (1).
Les Anglais, au nombre de sept, trouvèrent bientôt des adversaires : sept chevaliers , appartc-
(1) Jean Juvénal des Ursins, Histoire de Charles YI, «us Tannée lû02. — 11 y a quelque diflërence entre ce chroniqueur et le moine de Saint-Denis. Ce dernier, aprts iToirnommé les sept chevaliers, dit que ce furent eux fui envoyèrent un héraut défier les Anglais. (Voir Le La- >oureur, t. i , p. 449.) J*ai suivi Jcau Juvénal , qui m'a >ani mieux informé.
— 28a — nant tous à la maison de Louis, duc d^Orléans, alors régeut du royaume, obtim^nt la permisnon de répondre à ce défi. Un héraut fut chargé de faire savoir aux Anglais que Montendie, près de Bordeaux , serait le lieu du cooibat , que ce combat serait à outrance, mais que le vaincu pourrait racheter sa vie par on diamant pour toute rançon. Les chevaliers anglais étaient le seigneur de Scales, AymontCloiet, Jean Fleury , Thomas Trayes, Bobert de Scales , Jean Ileron et Richard Wi te vale ; les ehetaliers français : Arnaud Guilhem , seigneur de Barbazan, Guillaume Batailles, Guillaume, seigneur Duchâtel , Guillaume de la Champagne, Ivon de Carouis et Archambaut de Yillars.
Louis d'Orléans présida lui-même aux préparatifs du combat; il éprouva quelques craintes à regard du jeune Guillaume de la Champagne, lequel onques n'arotf eêté en guerre , dit le chroniqueur; mais Barbazan , le plus fameux de tous les chevaliers, rassura le duc, en lui disant : m Monseigneur j laiêsez-le venir; car ê'ilpeut tifw »/oî« tenir son ennemi aux maint , il fahaiîra » etdeiconfira. »
Les combattans choisirent pour chefs , les Français Guilhem de Barbazan, les Anglais le seigneur de Scales, et le jour de la lutte fut fixé au 19 mai.
Les Français , après avoir entendu la messe et reçu le précieux corps de Jésus-Christ , se rendirent au lieu du combat» où les attendait le sénéchal de Saintonge qui , d'un commun accord , avait été choisi pour jngc. Les doux partis en présence , le Sénéchal cria que chacun fit son devoir , et la lutte
^engagea. Des deux cAtés les lances forent bientôt oiqpaes et remplacées par les haches d^armes et les ipées. Le combat derint terrible; rachamement itait encore accrn par les injures qu'échangeaient ^es cheraliers , les Anglais renvoyant leurs adverlires ff au Lrouet de la cour, » et ces derniers ré- K»ndmt à ces outrages par des reproches sur le neortre ignominieux de Richard II. Archambaut le Villars porta d'abord un tel coup de hache sur s tête de Robert de Scales qui luttait contre Camns, qo*il retendit mort à ses pieds. Puis il firrt m nde à Guillaume Dnchâtel , attaqué par deux Inglm. Le jeune Champagne ayant aussi abatia on adfersaîre, secourut Batailles, qui ayait été renersé; ainsi les Français , maîtres du terrain , oblifèrenl leurs adversaires à rendre les armes. S'il faut n croire une ancienne tradition de la maison de •"audGas , le seigneur de Barbazan tua de sa main B chef des Anglais.
Le sénéchal de Saintonge ramena à Paris les ainqueurs , qui furent reçus en triomphe ; on les Tésenta, vêtus de blanc, au roi de France et aux eigneurs de sa cour, et ils furent comblés de préens. Suivant un historien (1), « on conserve pré-
> cieusement au château de Faudoas Tépée de ce » seigneur de Barbazan , qu'on dit être un présent
que le roi lui fit au retour de ce combat. On y lit
> d'un côté sur la lame ces mots gravés en lettres ' d'or : Ui lapsu graviore ruant , et de l'autre :
> Barbazan sans reproche. »
(I) Histoire ^néalo^lqne de la maison de Fatidoas, K 06. Mootaubltfi, 1724, in-4%
— J84 — Le duc d'Orléans fut si joyeux de la victoire remportée par les sept chevaliers de sa maison , qu'il leur fit donner à chacun une somme de mille francs d'or, ainsi que le prouve la quittance suivante :
« Arnaud Guillan de Barbazan, Guillaume sei- » gneur du Chastel , Guillaume de la Champaigne , • Guillaume Batailles , Pierre de Braban , dit Cli- » gnet , chevalier, Archambaut de Yillars et Ivon » de Karouis , escuiers , tous officiers et serviteurs » de monseigneur le duc d'Orléans^ reçoivent d'A- » lexandre le Boursier, receveur général des aydes , » sept mille francs d'or que le roy a ordonné de » départir, mille francs à chacun d'eux. Donné le » 16 octobre deniter par le roi , 24 mars 1402. >»
Tel est le fait au souvenir duquel Christine de Pisan a consacré trois ballades que j^ai publiées pour la première fois dans la Bibliothèque de l'École des Charles (1). L'une s'adresse au duc d'Orléans, l'autre aux sept chevaliers , la troisième aux dames qui out été lobjet du combat.
Je me conieuterai de reproduire ici la pièce composée à la louange des vainqueurs. Comme ces personnages n'ont pas joué tous un rôle important et que les historiens ne donnent que peu de renseignemens sur la plupart d'entre eux , j'emprunte à des actes originaux conservés à la bibliothèque du roi quelques détails qui les feront connaître.
1. LESEiaNEURDUCHÀTEL. Guillaumc Duchatel, chambellan du roi Charles YI et du duc d'Orléans.
(1) Bibliothèque de TÉcole des Chartes, 1. 1, p. S76,
C'est à tort que M. de Barante , dans son histoire des ducs de Bourgogne, a confondu Guillaume avec son frère Tanneguy Ducbâtel , et attribué à ce dernier la part que prit Guillaume au combat de Montendre.
2. Batailles. Guillaume Batailles, chevalier, était chambellan du duc d'Orléans , il donnait quittance en cette qualité le 8 janvier 1403. Louis le nomma depuis sénéchal d'Angoumois , et après le meurtre du prince , arrivé en 1407, Yalentine , sa veuve , [confirma Batailles dans Texercice de cette charge. 11 nvait encore en 1415.
5. Bârbazân. Arnaud Guillelm de Barbazan fut premier chambellan du roi Charles VU, gouverneur de Champagne , de Bric et de Laonois. Monstrelet rappelle noble vassal, expert, subtil et renommé m armes. D'autres Tout honoré du surnom de checalier sans reproche. Quand les amis du dauphin machinèrent la mort de Jean, duc de Bourgogne , ils eurent soin de cacher leur dessein à Barbazan , [jui , en ayant connu le résultat , blâma rudement cette action et dit que « mieux vaudroit estre mort, ï[ue d'avoir esté à cette journée. » Après avoir servi fidèlement Charles YII , il fut tué au combat de BuUcgneville , près Nancy, le 2 juillet 1451. Foyez mr cet homme célèbre rhistoire de la maison de Faudoas , et le Roman du Jouvencel. Manuscrits français de la Bibliothèque royale, etc., par M. P. Paris, t. u, p. 137.
4. Champaigne. Guillaume de la Champagne , seigneur d'Apilly, chambellan du duc d'Orléans,
et depiib charibellan de Charl«i YI et capîtaUM de la viUe d^Afrancbe.
8. ÂRCHÀMBAtrr. Archambautâe Yîlldrs, écuyer, maître d*hdtel de Lonis, dac d'Orléans, capitaine de la ville et du château de Pontorsbn en i40r, pois e»fitaine de Blois; il virai eneere en i4l»i«
a. Cligne*. Pierre de Braban, dît Clignet, seîgnetir de Landreville , chevalier, conseiller, chambellan du roi, lientenant-généra! en Champagne, pensionnaire de Louis, duc d'Orléans. C'est en qualité de chevalier attaché à la maison de ce prince qu*il combattit en l^COa. Devenu amiral au mois d'avril 1405, en remplacement de Renaud de Trie , il perdit cet emploi à la mort de Louit d'Orléans , •on protecteur.
T. Keralouis. Ivon de Carouis, chevalier de Bretagne, fut, comme les six autres^ attaché à la maison de Louis d'Orléans.
Maniisc de la BibL Roy. n* F. Honchet» 0, f zxanr«
Bien Tiengnex bons, bien viengnez Bien TÎengiiez toi» , chevalier de grant prii. Bien fiengues preux , digne d'esire cUnes Yaillans et fors et des armes apris.
Estre appeliez devez, en tout pourpris, Cheval eureuiE , très-vertueux et fermes , Durs à travail pour grans coups ramener, Fors et esleux ; et pour voz belles armes, On vous doit bien de lorier couronner.
Vous , bon seigneur du Chaste! , qui amez Estes de cenlx qui ont tout bien empris. Yons , Bataille , vaillant et affermez , Et Barbasan en qui n*a nul mespris.
Champaigne aussi de grant vaillance espris, Et Archambaut , Clignet aux belles armes, Keralouys , vous tous .vu. pour donner Exemple aux bons et grant joie à voz dames , On vous doit bien de lorier couronner.
Or avez vous noz nuisans diffamez; Loué soit Dieu qui de si grant périlz
Vous a gecté ! Tant vous a cnamcz , Que vous avez dcsconfis , mors et piiz Les .vie. Anglois de grant orgueil surpris. Dont avez les et d'ommes et de femmes. El puisque Dieux à joye retourner Victorieux vous fait ou corps les âmes, On vous doit bien de lorier couronner.
Jadis les bons on couronnoit de palmes Et de lorier, en signe de régner, En hault honneur ; et pour suivre ces termes, On vous doit bien de lorier couronner.
(\y SIÈCLE.)
DMPLAINTE Sl^R LA MORT DE PHILIPPE-LE-HARDI DOC DE BOUROOGlli,