LA PRINCESSE ET LE BERGER 4I
ger paissait ses brebis. Un jour, ce berger, qui paissait ses brebis sur !a montagne, entendit des gens, qui passaient près de lui, plaindre le malheureux sort d'un charmant et gracieux prince, à qui, ce jour-là même, le roi avait fait trancher la tète, parce que sa fille avait expliqué les énigmes qu'il lui avait pose'es. La curiosité du berger fut vivement excitée, et, afin de mieux apprendre cette histoire, il appela les passants, leur donna à manger du lait doux, du lait caillé et du fro> mage frais, puis il leur demanda quelle était cette princesse et pourquoi elle tuait ainsi les princes. Alors ils s'assirent et racontèrent l'histoire par le menu. Le berger réfléchit sérieusement et se cogna dans la tète d'aller, lui aussi, soumettre une question à la princesse, car il lui était impossible de se fourrer dans l'esprit que la princesse pût deviner ' ce qu'il pensait lui-même. Ensuite il se dit : « Ou du haut ou du bas. Une vie tourmentée comme la mienne, mieus vaut risquer d'en être débarrassé une heure plus tôt pour devenir roi. B En outre, il ne pouvait croire qu'on pût lui trancher la Tête. Soit.
Le soir donc il alla trouver sa vieille mère, et il lui dit : « Il s'agit de telle et telle chose.
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43 CONTES PO tnJL AIRES GRRCS
ma mère; j'irai moi aussi tenter la foi>
« mon cher fils, ô méchant enfant, se mit à lui dire sa mère, reste tranquille ici. ■
Rien n'y fit. Enfin, quand la pauvre femme eut vu et bien vu qu'elle ne pouvait faire autrement, elle prit de la pâte et fît à son fils un gâteau pour manger en chemin ; mais, dans ce gâteau, elle mit asses de mortà-rats pour faire crever un chameau.
Le lendemain matin, à l'aurore, le berger, qui n'avait pas plus dormi de toute la nuit que s'il eût eu des hémorrhotdes, se lève et appelle sa mère. Sa mère lui donne le gâteau et lui dit : * Avant d'en manger, doones-en un morceau à ta petite chienne, et, si tu vois qu'il lui arrive quelque chose, ne mange pas de ce gâteau, mais lève-toi et reviens sur tes pas, car c'est un mauvais présage ; et, si tu ne m'écoutab pas, le roi te mettrait à mort. •
Notre bon berger se mit en roule avec ses gros souliers, sa capote, sa houlette, et une [olie petite chienne qui le suivait partout; et il se dirigea vers la ville où était la princesse. A midi, il arriva sur la lisière d'une immense forêt, et il s'assit sous un
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arbrC pour manger, car la marche lui avait donné une faim de chien. Comme il allait se mettre à manger, il se rappela la recommandation de sa mère, et il jeta une bouchée de gâteau à la petite chienne, qui tomba aussitôt ratde morte, écumant comme si elle eût été enragée. Le berger eut peur et jeta le gâteau; mais le ventre lui jouait de la guitare! Il résolut de pénétrer dans la forêt, afin de voir s'il n'y trouverait pas quelque fruit, après quoi il retournerait dans son village. Sur son chemin, il aperçoit une vache crevée depuh peu et paraissant être pleine. Il avait tellement faim qu'il ne voyait plus devant lui, et qu'il eût mangé non seulement d'une vache, mais, sauf votre respect, d'une bourrique crevée. Il ouvrit donc le ventre de cette vache et en retira le petit veau pour en manger, comme étant plus tendre. Mais comment s'y prendre pour le faire rôtir, sans amadou et sans allumettes?
Tandis qu'il errait çà et là, comme un hébété, ne sachant quoi faire, il aperçut une église isolée ; il y court pour allumer du feu avec les lampes. Bref, il arrive i l'église, met en tas les livres ecclésiastiques qui étalât là, les allume avec du feu pris à ta
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lampe, et rôtit le veau. Alors notre brave berger s'assied, et vous nettoie comme il faut le veau crevé. Mats le diable de manger veut être arrosé. Et où trouver de l'eau, quand, dans toute sa route, il n'avait pas même rencontré une source desséchée? Il jette les yeux en haut et aperçoit la lampe, dans laquelle il y avait de l'eau et de l'huile par dessus. Il jette l'huile, et, bon gré mal gré, boit de l'eau à même la lampe.
Quand it l'eut bien vidée, il alla voir sa chienne creve'e; en y allant, il aperçut trois corbeaux qui la flairaient et se disposaient à la manger; mais ils n'eurent pas sitôt commencé à la becqueter qu'ils tombèrent morts tous trois. Ce fut alors que notre berger songea à feire à la princesse une question sur ce qui lui était arrivé. Il s'assit, composa son énigme et partit sur-le-champ pour la ville.
Aussitôt arrivé, 11 se rend au palais et demande à aller poser une question à la princesse. Les soldats le prennent pour un fou, et cherchent à le chasser k coups de crosse.
Mais alors le berger jette des cris qui vont jusqu'au ciel; le roi l'entend, se met à la fenêtre et demande ce qu'il y a.
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a Roi mon maître, dit l'un des soldats, c'est ce fou qui veut entrer, disant qu'il a une énigme à poser à la princesse. •
Comme le roi avait fait annoncer qu'il donnerait sa fille à n'importe qui lui poserait une question qu'elle ne résoudrait pas, il ordonna d'introduire le berger.
Alors celui-ci se présenta devant la princesse, tel qu'il était, avec ses habits de pâtre, et il lui dit ; « J'ai appris, ma princesse, que vous épouseriez celui qui vous ferait une question à laquelle vous ne pourriez pas répondre. Je suis donc venu aussi pour vous proposer une énigme. Si vous en trouvez la solution, ma tète vous appartient ; mais, si vous ne la trouvez pas, vous m'épouserez, conformément à votre parole. »
La princesse, qui croyait que ce vilain berger allait lui dire quelque balourdise, le regarda en souriant, et lui dit de proposer son énigme. Alors le berger lui dit :
B Le petit gâteau a fait périr la mignonnette; la mignonnette morte a fait périr trois nègres, la pauvrette.
« J'ai pris de la viande qui était née et ne l'était pas; je l'ai rôtie avec des lettres.
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et j'ai tu de Feau qui n'était ni dans te ciel ni sur la terre.
Voilà mon énigme, princesse ; si vous le pouvez, donnez-m'en l'explication. ■>
Quand la princesse entendit le berger prononcer des paroles si inattendues, elle perdit la tête et ne sut quoi dire. Elle lui demanda un délai de trois jours. Au bout des trois jours, le berger revint, et la princesse, n'ayant pu résoudre sa question, fut obligée de l'épouser. De cette façon , ils demeurèrent bien ensemble, et nous mieux encore.
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