INTRODUCTION IX
plir une tâche qui ne manque pas de difficultés.
Nous avons emprunté aux deux recueils que nous venons de mentionner les quator:je contes qui figurent en tête de ce petit volume, et dont aucun n'avait encore été traduit en français. Nous eussions désiré faire une étude comparative sur chacun d'eux, mats le cadre restreint qui nous est imposé ne nous l'a pas permis ; nous avons dû nous borner à signaler les principales traces de mythologie grecque qui semblent subsister dans ces récits, ainsi que leur analogie avec d'autres contes néo-helléniques. Nous pourrions nous étendre davan- ^ tage, s'il nous était donné de faire paraître la grande collection de contes 'populaires que nous avons formée, pendant le cours de la mission scientifique en Orient, que M. le Ministre de l'Instruction publique voulut bien nous confier, en jSjS. Nous avons en portefeuille plus de trois cents contes et légendes, qui présentent tous un vif intérêt tant sous le rapport philologique et littéraire qu'au point de vue de l'histoire des croyances populaires. '
Nous allons maintenant passer successivement en revue les trente contes dont se compose notre recueil.
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Le Seigneur du monde souterrain. Recueilli, dans Vile de Milo, par M. A. Tatarakis, professeur au gymnase du Pirée, le texte de ce conte a été publié dans les Aoalectes néo-helléniques (T. I, p. 7). On trouve dans ce récit certains détails qui rappellent la fable de l'Amour et Psyché, telle que la raconte Apulée, et les tentatives de séduction exercées par la reine remettent en mémoire l'histoire de Bellérophon et de la divine Antéia, femme de Prcetos. On y remarque aussi quelque analogie avec le Filec-Tckélébi du recueil de Hahn (T. 11, p. 6j) et le conte M" ig de la même collection.
Les douze mois. Recueilli à Milo, par M. Taiarakis { Analectes néo-hellén. , /, p. 12). Un récit analogue a été publié par M. Ckodjko dans ses Conies des paysans et des pâtres slaves.
Maître Triorrhoqas ou l'Homme aux TROIS GRAINS DE RAISIN, Recueilli à Milo, par M. Tatarakis (Anal, néo-hell., /, p. 14). Ce même récit se retrouve, avec quelques légères variantes, dans les curieux contes de Naxos que M. Crispi a publiés dans le tome second des mêmes Analectes. Enfin, j'en possède une variante inédite recueillie par moi près de
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Philippopolis, en iS^S, et dans laquelle le renard est remplacé par un lévrier.
Le langage figuré. Recueilli à Constantinople, par M. L. Bélisaire, en i8jO (Anal, néo-heil., /, p. 25). Un conte semblable a été publié par M. A. Sakellarios, dans le troisième volume de ses Cypriaques, sous le titre
de nsper/iùSi Toû yuisû ivaû jSasiifx xal rii tàfi)i
iixiD Bfc-j^TKiyntoùiyi (Conte du fils d'un roi et de la fille d'un marctiand de sarriette).
La kejne et le nègre. Conte de Mila (Anal, néo-hell., /, p. 25), recueilli par M. Tatarakis. La fin est semblable à celle du conte précédent.
La princesse et le berger. Conte du Péloponnèse (Anal, néo-hell,, /, p. 35), recueilli par M. N. Politis. Rapprocher de ce conte l'épisode des énigmes dans J'Hisloire d'Apol* lonius de Tyr.
La pille qui allaite son père. Conte du Péloponnèse (Anal, néo-hell., /, p. 40, avec le titre de rà a;vi-//iarx), recueilli par M. N. Politis. C'est le récit qui se trouve dans Valère Maxime (V, 4) et dans Pline {Uni. nat., VII, 36) avec quelques variantes. Hygin (Fab. ccLiv) raconte que cet événement eut lieu en Grèce et que ce fut Xantkippe qui
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nourrit ainsi de son lait Citnon, son père.
Une fresque de Pompei, conservée au musée de Naples, a été inspirée par ce fait, vrai ou faux. Le moyen âge byjanltn avait fixé ce récit de la façon suivante :
Tv^i;, niXiv TTCCT^p ftov. Et Si tmr^ //w n;£i3, fpTi /lou ïtilf. Ain juei TOU «iiï /lou, Téa (îïîpa i?î /inrpàt
i ^xiùslif fiii seûvHi r-ljv Tpsfitv, ip^D/iJvi) SI ii Ovyinp TSû xzTazpfrau xal fiit Stnx/tivtt â/Jïuf tiû( ^afiitv TO-J; f ù/iux( iiai ùiECpj'fii riv Tcaripi, ans Tâ> oinifuu jK Ç b ip i p fn, fiixf't ôtou i xcupii rvfj
(U i% j/0)i K Sût «( TO niainy aEvcy^a Ti!( / «i /i4 it/itv ntiv jJitTi ypa/i/isTua!, /iioTi
/i îi tS aïviy/ia .ÎJiuflipidH rtv
i un <t l«i!s f rrr^ du manuscrit
2ggi A de notre Bibliothèque nationale et publié par Boissonade dans ses Tzetz.e allégorie Iliadis, p. 340, en note).
Les portes des grands. Recueilli par M. Tatarakis (Anal, néo-hetl., /, p. 44). Ce conte rappelle les vers suivants qui se trouvent dans une lettre de Coray, adressée au grand-chantre de Smyrne :
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&v SiXyjs iesXà va Ç^ara, filjyi itiftxt; TWï itffiiitt, ytar*ixt{^ TtatSi /cou, x^^^'f
TV' <I"/X^V 10V, Ti,V Çuvi» MU.
— Voici ce que me disait ma grand'mère, qui était une vieille de beaucoup d'esprit :
Si tu veux vivre heureux, mon enfant, fub les portes des grands, car, là, tu perdrais ton 3me, ta vie et aussi ta bourse.
L'homme sans barbe. Recueilli dans le Péloponnèse, par M. N. Politis (Anal, néo-hell., /, p. 46). Se trouve avec des variantes dans le recueil de Hakn (n" 3y).Ce conte présente quelques ressemblances avec la fable de Thésée. Egée, père de ce héros, l'engendra, dans un voyage, avec jEthra, à laquelle il laissa, pour que l'enfant pût se faire reconnaître, son épée et ses chaussures, « en lui recommandant de l'élever, sans dire de qui il était ■ (Apollodore, ///, XV, 7, 2). Comme l'enfant dont il est question dans notre récit, Thésée eut à exécuter des travaux pénibles et dangereux, et fut en butte aux persécutions de Médée (Id-, /, iK, 2è, 4). Ces sortes de re-
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connaissances d'enfants par leur père, dont plusieurs contes nous fournisse» des exemples, n'étaient pas rares dans l'antiquité; nous voyons encore Hercule laisser son arc et sa ceinture aux enfants qu'il a eus d'Éckidna (HÉROD.,/^, g).
La TziTziN-EfiA. Recueilli par G. Ck. B.
Anal, néo-hell., /, p. :j). C'est le même conte, sauf quelques variantes, que celui qui porte le n" 6g dans le recueil de Hakn.
Cendrillon. Recueilli dans l'tle de Chypre, par M. Athanase Sakellarios (Cypriaques, ///, p. 145). Pour l'épisode de la pantoufle, on peut rappeler ce que Strabon |xvii) et Élien (Hist. var., xiii, 33) rapportent de l'aventure arrivée à la courtisane Rhodope.
Le fils du roi. Mime provenance que le précédent (Cypriaques, ///, p. i54)-
Le seigneur et ses trois filles. Même provenance que le précédent {Q,ypri&i\\its, III, p. 147J. M. Sakellarios y trouve, non sans raison, une ressemblance frappante avec le mythe d'Œdipe et de Jocaste.
Le Trimmatos ou l'ogre aux trois yeux.
Même origine que le précédent (Cypriaques, III, p. i36).
RoDiA. — Le Dracophage. — Le petit
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ROUGET SORCIER. Ces trois contes ont été publiés par J.-A. Buchon dans son livre intitulé 'Paris,
le tnst raps'était %iefa-
Zomme
iré, on -.ontant des histoires. Ily avait deux ou trois conteurs privilégiés sur lesquels s'en reposaient tous les autres. Il y eut là un renouvellement des Mille et une nuits; et, comme l'un des principaux conteurs était né à Lesbos, qu'un autre arrivait de la Thessalie, d'Élassona au pied de l'Olympe, et que nous avions parmi nous des bergers descendus des hauteurs du Liacoura, le plus neigeux des pics du Parnasse, la mythologie antique, avec tous ses
IVl CONTES IKirULAIHES GKËCS
souvenirs traditionnels, se trouva mêlée, à leur insu, avec leurs croj-ances modernes.
L'une de ces histoires était le conte de Rodia, que Mil' Sebastit^a Soutjo, fille de la bonne et douce princesse Marie Soutjo, s'était fait conter autre/ois par une de ses femmes ckiotes, ç( qu'elle avait bien voulu me donner, il y a quelques années. Je la rapporterai ici, ainsi que deux autres, rédigées aussi de ta même manière et par la même plume, et en suivant exactement le simple récit du conteur, sans y rien ajouter. » On peut comparer à l'épisode du cheval ailé dans le Dracophage et plusieurs autres contes, les courses aériennes de Bellerophon et de Persée sur le cheval Pégase.
Trianniscia et ses deux frères. — La chèvre ET le renard. — La fourmi et le mulot. — Le chasseur et le serpent. Ces quatre contes sont empruntés aux Studj sui dialetti greci délia terra d'Otranto de M. le professeur Giuseppe Morosi (Lecce, 1870, in-^j, pages j3 et suivantes. M. Morosi en a publié le texte grec en caractères latins, avec une traduction italienne très fidèle.
Les citrouilles. Le texte de ce conte n'est pas publié; H a été recueilli à Smyrne, par Ml G. Hypéride, qui a bien voulu me le corn-
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INTKODtCtlOS «VII
muniquer. Il en est de même pour les contes intitulés Xylomarie, Ni bien ni mal, La maîtresse ET SA SERVANTE, et La boulangère.
M. Hypéride m'a encore fourni un nombre très considérable d'autres contes, que je garde en portefeuille. Je le prie de vouloir bien agréer mes plus vifs remercîments pour toutes les intéressantes communications qu'il m'a faites, ily a quatre ans.
La reine Bodina, Ce conte est extrait d'un livre bigarre intitulé 'HniipuTixai miiTm, paru à Athènes, en iS'jS, et qui a pour auteur un Albano-Grec nommé B. D. Zâtos Mohssos, Ce conte me semble, ainsi que plusieurs autres qui se trouvent dans le même volume, inventé pour les besoins de la cause que défend l'auteur. J'ai cru devoir le donner pour que le lecteur juge de la différence et puisse se rendre compte de la facilité avec laquelle on peut séparer l'ivraie du bon grain. En ce disant, je m'expose certainement aux invectives de M. Moiossos, mais je ne pouvais laisser passer cette occasion de protester contre une manie de fabrication qui a déjà trouvé des imitateurs. Le conte de La reine Bodina se trouve à la page g6 du susdit livre.
Voleur par nature. Recueilli dans l'île de
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XVlIt CONTES POPULAIRES GSECS
Chypre, par M. A. Sakellarhs (Cypriaques, III, p. iSy), ce conte rappelle d'une façon saisissante l'histoire du trésor de Rampsinite , roi d'Egypte, racontée par Hérodote (II,
La Princesse et sa Nourrice. Le texte de ce conte est encore inédit ; il fait partie d'une collection formée en Grèce par M. Jean Pio, de Copenhague.
La belle sans mains. Parmi les contes que nous avons rapportés de notre premier voyage en Grèce, il en est deux qui reproduisent plus ou moins exactement le récit que nous traduisons plus loin. Ces contes sont, à n'en pas douter, un écho affaibli de la légende que le moine crétots Agapios inséra jadis dans son AMAPTQ\QN ZDTHPIA, livre curieux qui n'a rienperdude la grande popularité qu'il avait déjà en Grèce, il y a deux siècles. L'édition dont nous nous sommes servi est celle qui a été publiée à Venise, en i85g, par l'imprimerie hellénique du Phénix. Le texte est, à peu de chose près, te même que celui des éditions du XVII' siècle, parues du vivant de l'auteur. La légende est intitulée, dans le livre grec : D'une reine du pays franc dont la toute puissante Notre-Dame guérit les mains
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coupées. Le litre de La belle saasmaias est celui sous lequel ce récit est connu en Normandie, où il Jouit d'une très grande popularité. Notre conte rappelle la Manekine, mais ne saurait en découler directement, car il est inadmissible qu'Agapios ait pu connaître ce vieux roman ; il est vraisemblable qu'il avait entre les mains quelque imitation italienne de la Manekine, et qu'il s'en est servi pour rédiger sa o pieuse élucubration ».
De notre traduction, nous ne voulons dire mous avons serré le texte le plus T^Jîdélité a été notre constante Puissions - nous mériter les )s personnes gui savent combien } les différents dialectes néo-helléniques que nous avons eus à traduire! C'est l'unique récompense que nous a:
i'ARi s, octobre 1880.
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