‹ Recueil de contes populaires grecsChapitre 23 sur 53 · I,E TRIMMATOS OU L OGRE AUX TROIS VEUX I I · texte numérisé non relu

I,E TRIMMATOS OU L OGRE AUX TROIS VEUX I I

défendu l'entrée d'une seule chambre. Elle résolut d'ouvrir cette chambre.

Or, madame, un jour elle remarqua où il mettait la clef; elle la prit et ouvrit. Elle regarde et ne voit que quatre murs nus et un grand coffre. Tout en examinant [la pièce], elle aperçoit une fenêtre qui ouvrait sur ta rue. « Voyez donc mon mari , dit-elle , comme il y a une fenêtre qui donne sur la rue, il a cadenassé la chambre, parce qu'il ne veut pas que je regarde dehors. »

Or, il plut à la pauvrette de s'asseoir à la fenêtre et de regarder dehors. Elle était assise depuis un moment, madame, lorsqu'elle vit passer un cadavre. Or, madame, ce cadavre n'était accompagné ni de pleureuses, ni de quoi que ce soit. Quand elle vit cela, elle se prit à pleurer, à la pensée qu'on l'emporterait de la sorte, elle aussi, puisque son mari ne voulait pas que ses parents vinssent chez elle.

Lorsqu'on eut inhumé ce cadavre et que le monde fut parti, elle vit son mari pénétrer au milieu des tombes, et se faire une tête grosse comme un crible, trois yeux, des bras si longs, si longs qu'il lui sembla qu'ils pouvaient enserrer le monde tout entier. Il

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Il8 CONTBS POPULAIRES GRECS

lui vînt aussi d«s ongles longs d'une coudée, avec lesquels il se mit à creuser la terre pour en tirer le cadavre et le manger. Elle attendit d'être bien sÛre qu'il mangeait le cadavre; quand elle en fut certaine, alors il lui prit une fièvre, maïs quelle fièvre 1 et elle alla se coucher.

Après une longue absence, son mari revint à la maison, comme à son habitude. Il ouvrit la chambre, l'examina, et vit dedans des traces de pas.

• Ah I dit-il , voilà une mauvaise afiâire l Ma femme a dû ouvrir la chambre, et voir ce que je lui cachais. »

Il ouvre le coffre où il gardait les peaux, les os et les cheveux qu'il rapportait. Il se livre ï une enquête minutieuse et trouve la fenêtre ouverte. lUa ferme,en se disant : « Je vais aller trouver ma femme, pour voir ce qu'elle va me dire, si elle va m'avouer sa faute. >

Il se rend dans sa chambre à coucher, et trouve sa femme fourrée sous trois couvertures, tant était forte la fièvre dont elle souffrait. Quand elle sentit son mari près d'elle, sa frayeur augmenta encore la fièvre.

• Qu'as-tu, je te prie, lui dit-il, à être malade^ «

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LE TRIHHATOS OU l'ogre AUX TKOIS YBUX I tQ

Ahl lui dit-elle, je vais mourir. ■ Et, loin d'ouvrir les yeux pour le voir, elle avait tellement peur qu'elle se cachait davantage encore sous la couverture.

«Veux-tu, lui dit-il, je te prie, que j'aille te chercher ta mère? >

• Ah 1 Ms-moi ce plaisir, > lui dit-elle.

11 sort, se métamorphose, et prend la forme de sa belle-mère.

Celle-ci arrive, entre, et commence à questionner sa fille : ■ Qu'est-ce que tu as, ma pauvre martyre? Ce maudit, cet homme sans crainte de Dieu te tyrannise sans cesse, te torture tous les jours I Dis-moi, ma fille, que t'a-t-il fait que tu es malade? >

» Il ne m'a rien fait pour me rendre malade, ma chère mère, g

Elle lui dit : n Ma fille, donne-moi quel* que chose des trésors que tu possèdes, afin que je puisse subsister. •

* Non, ma chère mère, lui dit-elle, cela ne m'est pas possible. Lorsque ton gendre viendra, dis-lui de t'en donner ; car, moi, je ne puis rien l'accorder. ■

Voyant que, depuis une bonne pause qu'il était assis, elle lui disait toujours la même chose, il se leva, la salua, et partit. Il s'en

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alla, madame, reprit sa première forme et rentra.

a Comment te trouves-tu, lui dit-il, je te prie ? Ta mère est-elle venue ? •

Elle lui dit : t Elle m'a demandé quelque at^ent pour leur aider à vivre? Mais, comme tu n'étais pas là, je ne lui ai rieo donne'. •

« Tu aurais pu lui donner quelque chose, dit-il; n'es-tu pas la maîtresse? >

* Non, dit-elle ; il faut que ce soit ta seigneurie qui le lui donne ; car, moi, je ne lui donnerai rien. •

■ Enfin, lui dit-il, veux-tu que j'aille te chercher tes autres parents ? »

« Abl dit-elte, fais-moi ce plaisir. > I! employa le mSme stratagème pour tous les parents de sa femme. Il ne restait plus que sa nourrice. U lui dit : e Veux-tu [voir] aussi ta nourrice? a

■ Ah ! lui dit-elle, fais-moi le plaisir de me l'amener aussi, ma nourrice, ma bonne nourrice. »

Il sortit, prit la forme de la nourrice, et rentra. Aussitôt qu'elle l'aperçut : ■ Sois la bien venue, ma chère nourrice. Viens écouter mes souffrances. »

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