I.E TRrMMATOS ou LOCRE AUX TROIS YEUX
D Dis-moi, ma fille, dis-moi ce que t'a lait ce maudit. i>
Et elle commença à lui raconter dans quelles circonstances elle avait vu son mari. Quand elle eut complètement terminé son récit, son mari fît un vacarme effroyable, et, en un instant, il redevint un monstre k trois yeux, tel qu'elle l'avait vu la première fois.
u Ah ! gueuse, lui dit-il , j'ai pris la forme de tous tes parents, tu n'as pas été trompée, et c'est à ta nourrice que tu as voulu confier le secret que je suis un Trimmatos. Si tu eusses gardé le silence, je ne t'aurais pas mangée ; mais, puisque tu as divulgué le secret, je te mangerai. Maintenant, tu n'échapperas plus de mes mains, s
Quand elle vit qu'il n'y avait pas de miséricorde, elle se leva, se vêtit, et se prépara à fiiir.
Le Trimmatos alluma alors un brasier dont les flammes allaient lécher le ciel, et il mit dedans une broche à rougir. Il revint ensuite trouver sa femme, et il lui dit :
<r Donne-toi la peine de venir, la broche t'attend. Que veux-tu que je te fasse? Si je n'avais pas juré de te manger rôtie de cette façon, je t'avalerais ! ■>
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I 21 CONTBS fOPULAIREI GRECS
■ Ifîtié ! mon maître, lui dit-elle ; avant et après je suis à toi ; mais je te supplie de m'accorder deux heures de vie, pour que je fasse ma prière tt mes dévotions, après quoi tu me mangeras. •
Elle alla prendre la clef qui ouvrait la chambre mystérieuse; elle ouvrit la fenêtre et se laissa glisser dans la rue.
Enfin, elle se mit à courir pour trouver quelqu'un qui la sauvât. A force de courir, elle rejoignît un charretier, qu'elle supplia, au nom de Dieu, d'avoir pitié d'elle et de la sauver. Elle lui dit qu'elle était chargée d'argent, et qu'elle lui donnerait tout cet argent, car elle ne savait où aller pour échapper & un Trimmatos qui courait après elle pour la manger.
Il lui dit : • Et où te mettrai-je, ma fille, pour te sauver? Il nous mangera, moi et mon cheval. Cours en avant, il y a un chamelier du roî ; lui pourra te sauver. ■
Elle court, elle court, et atteint le chamelier. Elle le supplie de la sauver du Trimmatos, qui la poursuit pour la manger. Or, madame , le chamelier eut pitié d'elle ; il déchargea une balle de coton et la mit dedans.
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LE TBIMMATOS OU LOGRB AUX TROIS YEUX ia3
Quand le Triaiinatos eut bien chauffé sa broche, H cria : « Hé t où es-tu ? Viens, il en est temps, s
Mais elle ne venait pas. Il alla fureter dans tous les coins pour la trouver. Quand il vit qu'il ne la trouvait nulle part, il aperçut la fenêtre ouverte, se glissa dehors, comme un Trimmatos qu'il était, et examina les chemins pour la trouver. A force de courir, il rejoignit le charretier et lui cria : « Eh!
charretier, attends! ou je vous mange, toi et ton cheval. »
Parmi les gens qui le virent sur le chemin, il y en eut qui moururent, les autres s'évanouirent.
Lorsque le pauvre charretier entendit le Trimmatos qui l'appelait, il s'arrÂta.
Le Trimmatos lui dit : ■ N'as-tu pas vu passer une jeune tîlle par ici, dis-moi? ■
■ Par Dieu, monseigneur, je n'ai rien vu. Mais courez en avant, vous rattraperez un chamelier; peut-être cet homme l'a-t-il vue. •
A force de courir, il rejoignit le chamelier, et lui cria la même chose [qu'au charretier]. 11 s'arrêta, et le Trimmatos le questionna. Le chamelier lui dit qu'il ne savait
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rien et qu'il n'avait pas ru la jeune fiUe. Le Trimmatos se dit en lui-même : « Retournons à la maison pour chercher encore, je la trouverai peut-être. ■
De retour à la maison, il réfléchit, et se dit intérieure meni : s 11 faut que je prenne a broche rougie au feu et que )'ai!le faire une bonne perquisition auprès du chamelier. »
Il lui dit : « Hé! chamelier, arrête-toi, que je fasse une perquisition, jj
En entendant cela, le chamelier et ta jeune fille pensèrent mourir de frayeur. Eniîa, tous ceux qui voyaient le Trimmatos armé de cette broche, fermaient les yeux de peur, car ils ne pouvaient supporter ce spectacle.
« Dépèche-toi, lui dit-il, de me descendre toutes ces baltes de dessus tes chameaux. •
Le pauvre chamelier descendit les balles.
Et pouvait-il ne pas les descendre ? Alors le Trimmatos enfonça dans chaque balle sa broche rougie, et l'en retira. U arriva à la balle où était la jeune fille, et il introduisit la broche dans toutes les balles.
• Va-t-en, dit-il au chamelier, va-t-en & tes affaires. «
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r.E TRIMMATOS OO l.'OGRB AUX TROIS yKUK Il5
Quand le Trimmatos fiit parti, le chaînelier demanda à la jeune fille comment elle se trouvait et si le Trimmatos l'avait blessée.
• Ah! lui dit-elle, il m'a blessée au pied; mais j'ai essuyé la broche avec le coton et le sang n's pas paru. >
s Ne crains rien, ma iille, lui dit-il; je te conduirai chez le roi ; il est si bon qu'il te guérira. >
Le chamelier arriva au palais, et il déchargea toutes les balles dans la cour ; mais celle ou se trouvait la jeune fille, U la mit dans la chambre où il couchait, dans la même cour. Les servantes, le voyant agir ainsi, crurent qu'il allait voler la balle, et elles le dénoncèrent au roi. Celui-ci fit aussitôt dire au chamelier de venir lui parler, qu'il le désirait. Aussitôt qu'il fut venu, le roi lui demanda pourquoi il avait caché cette balle de coton.
«Auguste roi, lui dtt-il, je n'ai pas voulu la voler, mais j'ai eu mes raisons pour agir ainsi, et je voulais venir vous en faire part. Le jour où j'ai apporté le coton, il est arrivé telle et telle chose. Un Trimmatos poursuivait une jeune fille pour la dévorer;
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Il6 CONTES POPULAIRES GRECS
j'ai eu pitié d'elle, et je l'ai mise dans une balle de coton pour la sauver. Et, en ce moment, cette jeune fille se trouve dans votre palais. »
• Vraîment, dit le roi, elle y est ? ■
Aussitôt le chamelier prend la balle sur son dos, la porte dans la chambre où était le roi, ta découd et en tire la jeune lîUe. En sortant, elle fit une révérence au roi; elle le salua ei le supplia de ne pas laisser savoir au dehors qu'une jeune fille, que poursuivait un Trimmatos, était venue chercher asile dans le palais.
■ Que crains-tu, ma fille, lui dit le roi. Je suis un monarque ; quel mal peut>on te feire dans ma maison 7 v
Incontinent, le roi fit venir le médecin, qui commença à panser le pied de la jeune fille. Quand elle fut guérie, elle leur demanda quelque chose à feire. Elle leur dit qu'elle savait broder, et elle pria le roi de lui donner un morceau de velours, de la soie, des perles et de l'or. Donc, madame, elle se mit à broder le portrait du roî avec son trône et sa couronne. Quand il fut terminé, elle le donna au roi qui demeura saisi d'étonnement, tant il le trouva de son goût.
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LE TRIMMATOS OU l'OGBK AUX TKOIS YEUX lï?
Doac, madame, un jour, le roi dit à la reine ■ Nous ne trouverons pas mieux que cette jeune fille pour bru. Qu'importe qu'elle ne soit pas de sang royal, puisqu'elle est intelligente et a bon caractère ; elle me plaît. Dis-moi aussi ton avis. ■
■ Ce que tu feras, lui dit la reine, je le trouverai bien. »
Aussitôt ils appelèrent la jeune fille et lui firent part de leurs intentions.
Alors la jeune fille fondit en larmes, et leur dit: c Comment est-ce possible? Certainement mon bonheur est grand; mais, quand le Trimmatos apprendra cette nouvelle, il nous mangera, votre fils et moi. Cependant, lorsque vous voudrez nous marier, bâtissez une chambre haute où l'on monte par sept escaliers ; et que, au bas du premier escalier, on creuse avec habileté deux fosses, qu'on mette sur ces fosses une natte pour les recouvrir, qu'on répande des pois chiches dans tous les escaliers, que les noces se fassent secrètement pendant la nuit, et que personne au dehors n'en ait connaissance. •
Enfin, madame, les noces eurent lieu; et, ' de bouche en bouche, la nouvelU que sa
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femme avait épousé te prince arriva )u»< qu'aux oreilles du Trimmatos.
Celui-ci se lève, met des nègres dans des sacs, se déguise en marchand, et se rend au palais. Il y arriva nuitamment et la jeune fille ne put le voir, avant l'heure oik l'on se mit à table pour manger. Lorsque la bru du roi vit [le prétendu marchand], elle comprit aussitôt que c'était le Trimmatos.
Elle fît, à l'instant, signe à sa belle-mire de lui demander quelles marchandises il avait apportées au palais. On le lui demanda, et il répondit que c'étaient des pistaches d'Alep, des abricots secs et des châtaignes. Quand la bru du roi eut entendu cette réponse, elle insista pour qu'on allât lui chercher de ce qu'il apportait, parce qu'elle se trouvait indisposée. Mais il leur dit de l'excuser pour le moment et de patienter jusqu'au lendemain, qu'alors ce serait avec plaisir [qu'il leur donnerait de ses denrées].
Le bouffon du roi, qui était à table, entendit cela ; il descendit sur-le-champ, et alla ouvrir les sacs pour y prendre de ce qui s'y trouvait. Lorsqu'il toucha le dessus d'un sac, aussitôt le oégre qui était dedans lui dit : • Est-il temps, maître? « Il tâta tous
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