ET SA SERVANTE
UNE maîtresse avait une servante qu'elle aimait beaucoup ; elle la maria, la mit en ménage, et la garda avec elle dans sa maison. Mah maîtresse ni servante n'avaient d'enfants. La maîtresse dit donc à sa servante : ■ Prions Dieu de nous donner b chacune un enfant; et, si l'une a une' fille et l'autre un garjon, nous les marierons. D La servante n'en crut rien et lui dit : « Et TOUS consentiriez jamais à marier votre enfant avec l'enfant d'une servante? ■> Alors la maîtresse lui jura qu'elle le ferait. Pour abréger, la maltresse et la servante devinrent enceintes, et, quand elles accouchèrent, la maîtresse eut un garçon, et la servante une fille. Les enfants grandirent; on les en-
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Toya ensemble à l'école pour étudier; ils s'aimaient beaucoup et vivaient comme des frères. Pendant qu'ils grandissaient, la maîtresse commença à réfléchir et à ne plus vouloir d'une bru d'occasion et sans argent.
Elle se mangeait le sang et voulait la chasser de chez elle. La pauvre servante disait : B Que de viendrai- je, infortunée, sans argent, sans rien, si l'on me met dehors? •
Son mari alla dans un quartier pauvre, loua une petite chambre, y amena sa femme et sa fille, et ils s'y installèrent. Ils vivaient BU jour le jour. Cependant ils allaient très bien. Ils passèrent ainsi quelques années; ensuite la mère tomba malade et fut en danger de mort; mais elle recouvra la santé.
Alors le mari réfléchit et dit : « Femme, tu es vieille et je suis vieux, il peut se faire que d'un jour à l'autre nous mourions, alors que deviendra notre pauvre fille unique? Il hat la marier. .
Alors sa femme lui dit : • Mais comment la marierons-nous, puisque nous n'avons ni dot, ni rien?»
■ Sais-tu ce que j'ai résolu? dit le mari. Je vais aller me poster sur la place du marché, et quiconque passera, pauvre ou riche, boî-
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LA MAlTtlESSE ET S^ SEKVANTB l35
teux ou aveugle, je le prendrai de gré ou de forc^, et nous le marierons avec notre fille..
La mère dit : s Comment la marieron»nous, puisque nous n'avons pas même de lit pour coucher? »
Le mari lui répondit : • Le premier aveugle ou boiteux que je rencontrerai, je le prendrai ; tu peux dire tout ce que tu voudras. •
11 sortit donc la nuit, se rendit sur la place du marché et s'y arrêta. Là, il vit venir un vieillard coiffé d'un bonnet blanc, et il lui dit : ■ Salut, où vas-tu à pareille heure? ■
■ Je vais chercher un morceau de pain, car, pendant le jour, je travaille, et, comme ]e suis très pauvre, je sors aussi le %oir. »
■ Alors le vieillard (le père de la jeune fille) lui dit qu'il le prendrait chez lui, et qu'il avait une fille avec qui il le marierait.
■ Je ne possède rien, lui dit l'inconnu, comment songerais-je à me marier? Je suis seul, et il me faut chercher ma vie ; comment nourrirais-je une femme ? ■
Le vieillard lui dit qu'il le ferait son gendre, même ne possédant rien. Ils allèrent
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donc chez lui. Sa femme lui dit ; * Tu as amené le futur, mais les prêtres? > Alors le futur écrivit un petit billet, et le remit à son beau-pére pour le porter à l'église. Le pope n'en eut pas plus tôt pris lecture, qu'il alla célébrer la cérémonie nuptiale. Le marié avait des habits en lambeaux et la bru une méchante robe.
Le marié dit k la mariée que, comme il était très pauvre, il travaillerait toute la journée et ne reviendrait à la maison que le soir. Il rentrait donc chaque soir et apportait un morceau de pain dont ils vivaient tous. Au bout de trois jours, il lui apporta de quoi se faire une robe. Le père et la mère étaient très contents de ce qu'apportait leur gendre, car ils en vivaient aussi. Une autre fois il fit cadeau à sa femme de quarante ou soixante paras. Au bout d'un mois, il lui apporta une épingle en diamant. Quand s^ femme la vit, elle dit qu'elle ne la porterait pas, car elle était pauvre ; et puis, que dirait le monde ? •
Son mari lui dit de la porter, car on lui.
en avait fait cadeau. Quant au monde, qu'elle ne s'en inquiétât point. Que pouvaitelle faire, la pauvre femme? Le soir, quand
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