LA MAITRESSE ET SA SERVANTE 2Î
«lie eut fini son ouvrage, elle mit sa robe neuve et l'épingle, puis sortit à sa porte.
Les voisines se moquèrent d'elle, en disant que son mari e'tail pauvre et qu'elle portait une épingle. Quand son mari rentra, elle lui raconta la chose. Celui-ci lui dit de ne s'inquiéter de rien, mais de porter l'épingle. Le lendemain, il lui apporta une paire de pendants d'oreilles et lui dit de les mettre ; et, le jour suivant, il lui apporta une fleur de diamants. Quand les voisines lui virent tous ces objets, elles commencèrent à avoir des soupçons, et se demand^reat oti elle avait trouvé tant de diamants, après avoir été si pauvre.
Quelques jours après, son mari lui apporta une robe toute ruisselante d'or. Le dimanche, elle se para de Tous ses bijoux et s'assit à sa porte.
Ce jour-là même, la maltresse de sa mère mariait son lils. Quand la jeune femme l'apprit, elle voulut aller voir la noce. Sa mère ne voulait pas l'y laisser aller, et lui disait que son mari la gronderait quand il saurait cela. Elle n'en voulut rien faire, mais y alla. Le marié ne l'eut pas sitôt vue qu'il s'écria qu'il ne voulait plus la bru, mais cette femme. Sa mère fut tellement troublée
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qu'elle prit la jeune tille et la frappa; elle lui mit ses vêtements en lambeaux et la chassa.
L'infortunée retourna chez elle tout en larmes. Quand sa mère la vit, elle lui dit :
< Tu l'as bien mérité, il fallait m'avoir écoutée; tu l'as voulu, tu l'as gobé. »
Le soir venu, son mari, la trouvant affligée, lui demanda ce qu'elle avait. Alors elle lui raconta tout. Son mari lui dit que le lentlemain il les conduirait devant le juge, puisque la mère du jeune homme n'avait pas même respecté ses habits. Le lendemain, sur le désir du roi, on fît venir au palais la maîtresse et la fille de la servante. Quand elles furent en présence du monarque, elles dirent qui elles étaient. Alors le roi demanda à la jeune femme qui l'avait frappée.
* C'est cette femme, a dit-elle.
* Et que lui as-tu fait? • interrogea le rot.
I Je ne lui ai rien fait, sinon que je suis allée au mariage de son fils, pour le voir de dehors, > répondit la jeune femme. »
Alors le roi dit k la maîtresse : * Pourquoi donc l'as-tu frappée? »
* Je l'ai frappée, parce que j'avais sa mare pour servante, et, étant enceintes toutes les
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deus, nous fîmes serment que, si )e mettab au monde un garçon et elle une fille, nous les marierions. Quand mon fils a été grand, je n'ai pas voulu d'une bru pauvre, et c'est pour cela que je l'ai laissée. Le dimanche donc où je faisais la noce de mon Sis, elle est venue vêtue d'habits dorés, parée de diamants, et tellement belle que, aussitôt qu'il a vue, mon fils n'a plus voulu la bru, mais cette femme. Alors je me suis mise en colère, et je l'ai frappée.
■ Et tu n'as pas au moins respecté sa beauté et ses habits dorés I >
Ensuite il demanda à la jeune femme où elle avait eu de si belles robes. Celle-ci lui dit que son mari les lui avait apponécs.
Alors le roi se leva et lui dit : n C'est moi qui suis ton mari. »
« Roi mon maître, lui dit-elle, mon mari est un pauvre homme avec un bonnet blanc et des habits en guenilles, v
Alors le roi se leva et alla mettre son bonnet blanc et ses vieux habits, puis il revint. Quand la jeune femme le vit, elle courut à lui et lui dit : n Voilà mon mari. »
Le roi lui dit qu'il était le même homme, et qu'il' avait le même habit qu'il avait pris
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pour se déguiser et circuler dans la ville sans être connu, le soir où il passa près de sa maison et rencontra son père, et que par curiosité, il était entré et, que quand il l'avait vue si belle, il en était aussitôt tombé amoureux, et avait voulu l'épouser, sans lui dire qu'il était roi, pour la mettre à l'épreuve.
■ 11 me semble, lui dit-il, que c'est ta beauté et la bonne nature de loo père et de ta mère qui t'ont faite reine ; maintenant, comment veus-tu que je traite cette femme? « — < Ordonne-lui seulement de déguerpir d'ici.»
Ensuite on fit venir le vieux et la vieille, le roi se fit connaître, et ils vécurent tous ensemble dans le palais, heureux et contents.