‹ Recueil de contes populaires grecsChapitre 46 sur 53 · LA BELLE SANS MAINS · texte numérisé non relu

LA BELLE SANS MAINS

II. était, au pays franc, un roi veuf de sa première femme, avec laquelle il avait eu une fille de la plus grande beauté, nommée Marie, Ce prince contracta un second mariage et épousa la plus jolie personne que l'on put trouver dans le pays.

Mais, autant le corps de cette femme était beau, autant son âme était difforme. Elle était surtout possédée d'une telle jalousie qu'elle ne voulait pas entendre qu'il y eût quelque part une femme plus belle qu'elle.

Voyant donc que sa belle-fille était Bouée d'une beauté merveilleuse, elle conçut dans son cœur un diabolique dessein, et, emportée par la jalousie, elle chercha le moyen de mettre à mort l'innocente créature, pour ne pas avoir de rivale en beauté.

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242 CONTES POI-ULAIRES GKECS

Le roi s'étant rendu dans une autre ville pour une afTaire indispensable, l'audacieuse reine profita de la circonstance pour réaliser ses envieus désirs. Elle s'aboucha avec un fidèle serviteur, en qui elle avait une grande confiance, et elle lui dit : ■ Je veux que tu me rendes un service en secret, que personne n'en sache rien, et je te donnerai tant de cadeaux que tu deviendras le premier du royaume, s

Le serviteur promit avec serment d'exécuter ce qui lui serait commandé. La reine lui dit : La première femme du roi a eu cette fille non avec lui, mais avec un homme de mauvaises mœurs, c'est pour cela que, comme enfant adulte'rin, elle commet des actions dépravées et honteuses ; et, si elle continue de vivre, elle déshonorera notre maison. Prends-la donc demain, je te prie, et dis-lui que tu la conduis se promener dans un jardin ; mais, au lieu de cela, tue-la dans un lieu désert, et cache son cadavre, afin qu'on n'en sache rien. Et, comme preuve de la vérité de tes déclarations, coupe-lui les mains et apporte-les-moi. >

Le serviteur promit à la reine de faire ce qu'elle désirait, et, dès le soir même, il

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s'occupa des préparatife , de concert avec un sien parent et ami fidèle. Sur le minuit, ta reine réveilla la jeune fille et lui dit : ■ Ma chère Marie, va avec ces hommes à tel endroit, je m'y rendrai moi-même dans quelques heures, et nous nous y promènerons ensemble. >

Ils prirent donc la jeune iUle et la conduisirent dans un endroit éloigné et désert.

Elle comprit la ruse, car elle était intelligente de sa nature. Elle leva donc les yeux au ciel, et, baignée de larmes, elle fit cette prière : « Notre-Dame, mère de Dieu, votre miséricorde est ma seule espérance et mon seul secours. Punissez ceux qui me hat^ sent injustement, n

Les serviteurs lui dirent : < Ne pleure pas, et ne crains point que nous te maltraitions.*

« Pourquoi mentez-vous? leur dit-elle.

Ma belle-mère m'a trompé? ; elle m'a livrée à vous pour que vous me missiez à mort, mais j'espère dans l'espérance des désespérés pour punir votre crime. Qu'attendez- vous?

Le lieu est désert. Exécutez l'ordre de votre reine, mais ne me tuez pas tout d'un coup, laissez-moi rendre mon esprit h, Dieu dans une prière. »

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* Puisque tu savais ce dont il s'a^ssaît, répondirent-ils, tu n'aurais pas dû nous suivre. La reine nous a donné l'ordre de te mettre à mort, et nous lui avons promis obéissance. »

■ Vous ne craignez donc pas Dieu, pour me mettre à mort injustement? Ignorez-vous que la miséricorde du juste Juge ne souffrira pas qu'une pareille action demeure inconnue et impunie, mais que Dieu tirera de vous et de la reine la plus terrible vengeance, car je ne vous ai jamais fait de mal, ni à elle non plus. Si vous voulez renoncer h. commettre un tel forfait, abandonnez-moi dans ce lieu désert, et dites-lui que vous m'avez tuée. Il n'y a personne ici pour me donner des soins et je mourrai de faim, mais ne souillez pas vos mains d'un meurtre odieux. ■

Ces paroles et beaucoup d'autres encore, qu'elle prononça en fondant en larmes, excitèrent la compassion des serviteurs. • Nous avons pitié de loi, lui dirent-ils, et nous te laisserons la vie. Mais la reine nous a dit de lui porter tes mains, afin qu'elle soit certaine de ta mort, et, si nous n'accomplissons pas cet ordre, elle nous châtiera.

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D'un autre côté, si nous te laissons vivante, les bètes sauvages te de'voreront. n

<i Cette mort, répondit-elle , n'est pas moins cruelle ^ue l'autre ; mais j'aurai du moins la consolation de mourir victime des bêtes férocÈs et non des hommes, et vous serez innocents de cette iniquité. Au nom de la très sainte Vierge qui a mis au monde le vrai Dieu, notre juge à tous, ne me tuez pasi Et, puisque vous dites avoir promis mes mains & la reine, donnez-les-lui, afin qu'elle les voie et qu'elle soit satisfaite ; et moi, laissez-moi ici mourir de mes souffrances. •

Ils consentirent à la laisser vivre. Alors cette infortunée, pour éviter la mort, posa ses mains sur une branche, et ils les lui coupèrent adroitement au poignet, puis ils les portèrent ^ la reine, dont ils reçurent beaucoup de présents et d'honneurs.

La pauvre fille demeura en proie à des douleurs inouïes, et sans autre remède k ses plus vives souffrances que le nom de la très sainte Vierge , dont elle invoquait la protection avec larmes et confiance. Aussi sa prière fut-elle exaucée. Dieu permit qu'elle fût secourue de la fafon suivante :

Un jeune seigneur, qui chassait dans cette

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partie de la forêt avec sa suite, ayant entendu les inconsolables lamentations de la jeune fille, chercha jusqu'à ce qu'il l'eût trouvée. Touchés de son malheur et ravis de sa beauté, le jeune seigneur et ses gens lui demandèrent son histoire. Elle ne répondit pas, mais implora leur secours en versant des larmes.

Le prince dit à ses gens : « Ce n'est pas le moment de l'interroger; mais, puisque le Seigneur nous a envoyés vers elle, prenez-la avec adresse et conduisons-la à la ville. Ils obéirent. Le prince soigna la jeune fille avec des simples et différents autres remèdes, et ses souffrances cessèrent complètement.

Sa beauté et sa sagesse faisaient l'admiration des gens du palais, et ils lui demandaient souvent de qui elle était fille et pour quel motif on lui avait coupé les mains, mais elle refusait de le dire. Ses bonnes manières, son air plein de noblesse et sa beauté la firent tendrement aimer du jeune seigneur. Il dit un jour au duc : « Mon père, je sais que tu m'aimes, et je te prie de m'accorder une grSce. Nous sommes riches et nous n'avons besoin de rien. Quand un homme riche veut se marier, il ne doit

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