LA BEIXE SANS MAINS
chercher qu'une femme qui lui plaise. Je désire que tu me donnes la permission d'épouser la jeune fille que j'ai trouvée dans le désert. Je n'ai pas besoin du travail de ses mains, n
Le duc lui répondit : n Nous pourrions obtenir la fille d'ua prince qui serait notre égal; et, toi, tu veux épouser une fille qui n'est pas laide, c'est vrai, mais dont nous ignorons si elle n'a pas pour père un rustre, ce qui serait une honte pour nous ! •
Mon père, répondît-il, cela est impossible; car sa beauté, son intelligence, son instruction, ses manières prouvent qu'elle est de sang royal. Mais, lors même qu'elle serait fille d'un homme de la plus basse extraction, je l'épouserais. Et, si je ne l'épouse pas, je n'en épouserai certainement pas une autre, et je passerai ma vie dans une douleur
Le duc, voyant le désir du jeune homme donna son consentement et le mariage fut célébré au milieu de réjouissances magnifiques. Cependant le père de la jeune fille ne pouvait se consoler de son chagrin; il ignorait où était sa fille, car la reine lui avait dit qu'elle était partie une nuit secrètement, et
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qu'elle ignorait ce qu'elle était devenue. Il se lamentait incor.solablement. 11 soupçonnait bien la reine, mais il n'en fit part à personne, avant d'avoir découvert la ve'rité. Il envoya des hommes en différents pays pour rechercher la princesse. Il rendit mime un décret qui invitait les princes et les seigneurs de ses États à se re'unir pour faire un tournoi, dans lequel il pût trouver quelque adoucissement à son chagrin. Ce décret fut aussi promulgué dans la province où se trouvait sa fille. Le duc voulait monter à cheval et se rendre à l'invitation royale, mais son fils l'en empêcha en lui disant .' « Mon père, il ne te convient pas d'entreprendre, vieux comme tu es, un pareil voyage. Reste donc ici dans le repos, j'irai à ta place, aime ma femme comme moimême, et, si elle accouche avant mon retour, prends soin d'elle. >
Le duc bénit son fils et le remercia.
Grâce à ia toute-puissante protection de Dieu, le jeune homme accomplit dans ce tournoi tant d'actes de bravoure et d'héroïsme, que tout le monde pariait de lui et faisait son éloge.
La me'chante reine fut éprise du jeune
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pnnce ; elle fit venir un de ses serviteurs et lui demanda d'où était son maitre, s'il avait une ferome et autres choses semblables. Le serviteur lui raconta tout par le menu :
comment il avait trouve dans une forêt une femme sans mains qu'il avait épousée, et le reste. Enfin, il lui dit qu'à l'instant même le prince venait de recevoir une lettre de son père qui l'informait que sa femme était accouchée de deux garçons et lui disait d'être sans inquiétude.
Alors cette reine méchante et perverse conçut la douleur et enfanta l'iniquité. Elle donna des présents à cet homme et le pria de lui amener le messager que le prince chargerait de sa réponse, afin qu'elle lui donnât ses instructions. Le domestique le ' lui promit.
Le jeune homme écrivit donc à son père d'avoir soin de sa femme et choses pareilles; il cacheta sa lettre et la remit à un messager qui, ne connaissant pas la ruse, se rendit chez la reine. Celle-ci le traita magnifiquement, prit la lettre à son insu, en écrivit une autre , enleva adroitement le sceau du prince et l'appliqua sur la sienne, qui était ainsi conçue : » Mon père, sache
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l5o CONTES rOPUI.AIRES GRECS
* que ta bru est fille d'un malfaiteur, et que
■ c'est pour les méfaits dont elle s'est rendue
■ coupable qu'on lui a coupé les mains; sao che aussi que ses enfants ne sont pas de (I rooi. Je te prie donc de la mettre à mort a elle et ses enfants, quand tu auras lu cette « lettre. Je ne reviendrai qu'après avoir ap-
La vipère donna cette lettre trompeuse au messager, qui la porta au duc. Quand celui-* ci en eut pris lecture, grande fut son affliction et sa perplexité. Dans cet état d'esprit, il se consulta avec un fidèle serviteur sur ce qu'il y avait à faire. Ce dernier lui dit :
Ne te rends pas coupable de la mort de cette femme, mais donne-la moi que je la conduise dans le lieu où nous l'avons trouvée; je l'y abandonnerai et Dieu fera d'elle ce qu'il voudra. Ensuite j'irai dire h mon maître que nous avons exécuté ce qu'il nous avait écrit. «
Ce langage ayant plu au duc, le serviteur emmena Marie et ses enfants, l'abandonna dans le désert, et se rendit auprès du prince.
Dénuée de tout, la pauvre femme demeura dans ce lieu inhabité et attendit la mort, en
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