I.A BELT.E SANS HAJNS 35 I
proie au découragement et à une tristesse inconsolable. Au milieu de ses pleurs et de ses lamentations, elle aperçut un sentier.
Elle prit alors, comme elle put, ses enfants entre ses bras, suivit ce sentier et arriva à une grotte, dans laquelle habitait un ermite, qui crut en la voyant que c'était un fantôme diabolique. Quand il eut appris ses peines, il fut touché de compassion, lui céda sa grotte et se retira dans un autre lieu. Il lui portait chaque jour une partie des racines et des herbes qu'il recueillait et qui composaient son ordinaire. Marie s'en nourrissait également, ou plutôt c'était la toutepuissance divine qui la nourrissait.
Au bout de quelques temps, son époux revint dans son pays, et, à la nouvelle de ce qui s'était passé, il pleura amèrement. Ayant ensuite pris avec lui ses serviteurs, il leur dit : Allons la chercher dans ce lieu, et j'espère que l'immaculée Mère de Dieu, que l'infortunée ne cessait d'invoquer, l'a proté* gée cette fois-ci comme elle l'avait protégée
Cette même nuit, la sainte Vierge apparut en songe à Marie et lui dit : ■ Demain, ton fidèle époux viendra te chercher, et doréna-
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vant aucun tourment n'approchera de toi, k cause de ta patience, et k cause aussi de la confiance que tu avais en moi, quand tu m'invoquais dans les tribulations. Tes peines et tes chagrins vont être changés en allégresse. •
Marie lui répondit : ■ ma Dame, je vous remercie de ne m'avoir pas abandonnée, et je vous rends hommage. Mais, comment ma joie sera-t-elle parfaite, tant que je resterai privée de mes mains? Je ne désespère pourtant pas, malgré mes péchés, et j'ai la ferme conviction que vous m'accorderei une plus puissante protection. »
Après avoir prononcé ces mots avec modestie, elle entendit la Reine des anges lui dire ceci : a Recouvre tes mains par le se< cours et la grâce de Dieu mon fils; car ceux qui m'aiment et qui ont confiance en ma protection seront comblés de tous les biens. • A ces paroles, la princesse se trouva guérie. Dans la joie, elle se réveilla, et constata (ô miraculeuse puissance de la très sainte Vierge) que sa vision était vraie. Qui pourrait dire la joie et les actions de grâce qu'elle rendit à la sainte Vierge? Elle passa le reste de la nuit dans la prière et l'adoration, récitant
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LA BELLE SAHS N
la salutation angélique avec piété et componction, comme c'était son habitude.
Quand il fut jour, ayant entendu des voix d'hommes, elle sortit et aperçut son mari, qui pleura de joie en la voyant. Elle lui montra ses mains et lui raconta le miracle.
Tous furent émerveillés du prodige, et, tout en glorifiant celle qui l'avait accompli, ils reprirent le chemin de la ville ; et le prince donna l'ordre de célébrer pendant huit jours une solennité en l'honneur de la très sainte Vierge, et de faire de grandes réjouissances.
Toutes les personnes qui eurent connaissance du miracle en furent vivement frappées. Le duc ayant alors pris des informations au sujet de la lettre mensongère où il était dit qu'il fallait mettre à mort la priacesse Marie, celle-ci lui dit : ■ Jusqu'à ce jour, je me cachais, et je ne voulais pas divulguer qui je suis; mais, puisque c'est la volonté de Dieu que je vous le dise, écoutez : Je suis hlle de votre roi, et tout ce que )*ai souffert, c'est la reine qui me l'a fait souffrir; mais la Souveraine du ciel, ta Mère des orphelins (que béni soit son nom I) m'a délivrée de toutes les tribulations. Je n'ai rien fait connaître de tout cela plus tôt,
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pour ^ue mon père ne me vît point et ne mourût pas de douleur; mais, aujourd'hui que la Mère de miséricorde m'a octroyé une si grande grâce, envoyez une lettre à mon père, en attendant que nous nous préparions nous-mêmes k nous rendre auprès de lui. *
A ces mots, le duc, qui regrettait beaucoup de ne pas connaître le père de Marie, ressentit une grande joie, ainsi que tous ceux du palais. Quant à son mari, il leva les mains au ciel et dit : f Béni soit Dieu qui m'a jugé digne d'épouser une telle femme 1 1
Alors tous lui présentèrent leurs hommages comme à une reine; ils envoyèrent une lettre à son père, et se mirent eux-mêmes en route le surlendemain. Quand îls furent arrivés dans le pays franc, le roi se rendit h. leur rencontre, courut se jeter au cou de sa fille, et l'embrassa en pleurant. Sa maudite femme se cacha, afin qu'il ne la trouvât point ; mais le roi la fît rechercher avec soin, et, quand ou l'eut trouvée, il fit allumer un grand feu au milieu de la ville et l'y brûla si complètement qu'il n'en resta pas même un os. Le lendemain, il couronna roi le
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