LES DOUZE MOIS
COMMiNCEMENT du coQle. Bonsoîr à la compagnie.
Il y avait une fois une pauvre malheureuse vieille qui partit pour aller ramasser du bois pour sa provision d'hiver, l'infonunée. Tout en cherchant des broutilles, elle pénétra dans un terrain en friche, et, à l'extrémité de ce terrain en friche, au pied d'une montagne, elle aperçut une maison. Comme elle ramassait son bois, il survint une légère averse, et, pour ne pas être mouillée, la pauvre vieille courut se mettre à l'abri dans cette maison.
En y entrant, elle vit douze jeunes gens d'une grande beauté.
ff Bonjour, garçons, ■ leur dit-elle.
« Soyez la bien venue, la vieille, réponde
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12 CONTES rorULAIRES GRECS
rent-ils. Comment se fa!t-U que vous soyez ici par un si mauvais temps ? »
t Eh! mes enfants, je suis une pauvre femme, et j'étais venue ramasser deux ou trois brindilles pour l'hiver prochain, car, mes enfants, ma maison est une espèce de masure où pénétrent le vent, la pluie et le froid. »
Alors l'un d'eux lui dit: a Dites- nous donc, madame, quel est le pire de tous les mois. »
K Eh! mon enfant, il n'y en a pas de mauvais. Chacun d'eux a son beau et son vilain côté. Tous les mois sont bons, qu'ils aient tous ma bénédiction! o
B Mais ce n'est pas possible, madame. Voudriez-vous dire que janvier vaut mai, par exemple ? »
« Mes enfants, dit la vieille, si janvier n'était pas pluvieux et mauvais, mai n'aurait pas ses fleurs. Que vous dirai-je? Tous les mois sont bons, qu'ils aient tous ma bénédiction! ■
1 Alors il lui dirent : «. N'avez-vous pas un bissac, la vieille? *
La vieille leur donna le bissac qu'elle avait pour mettre les herbes sauvages, et ils le lui remplirent de sequins jusqu'au haut. La
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vieille le prit et retourna au village. Quand elle fut revenue, sa sœur l'observa et s'aperçut qu'elle ne vivait plus pauvrement, mais qu'elle dépensait de l'argent, £t elle lui dit :
raUer ra, et,
ec les salue
nasse r deux brindilles, car voici janvier venu, ce mois froid et mauvais. Plût à Dieu qu'il ne vînt jamais, car il me fait rentrer dans ma carapace ! »
n Mais alors quel est le mois que vou5 aimez? » lui dirent-ils.
a Aucun. Je les trouve tous mauvais et froids. Lequel pourrais-je appeler bon? Est-ce février le boiteuï, ou mars le capricieux, mars qui nous oblige à brûler jusqu'aux
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échalas ? Tous tes autres mois ne sont que feu et chaleur. ■
Alors ils lui dirent : ■ Avez-vous un bissac, madame? ■
' Oui, ■ leur répondit-elle, pleine de joie.
• Donnez-le nous, ■ lui dirent-ils.
Ils le prennent et le lui remplissent jusqu'au haut de serpents de toute espace, de vipères, de crapauds, de lésards,de tout ce qui rampe sur terre. Ensuite ils le lui remettent en disant : « Quand vous serez dans votre maison, fermez portes et fenêtres, après quoi déliez le bissac. •
La vieille prend le bissac avec une grande joie, s'en va chez elle, s'y enferme et l'ouvre. Aussitôt les reptiles s'en élancent, et mettent * en pièces cette misérable, en punition de son bavardage et de son insolence.
Je n'étais pas U, ni vous non plus, pour que vous croyiez ceci.
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MAITRE TRIORRHOGAS
L'HtMIME AUX TROIS GRAINS DE RAISIN
COMHENCKMENT du coDle, etc.
Il était une fois un homme misérable et paresseux qui n'avait nt un coin de terre où mettre le pied ni une chaumière où reposer sa tète. Un jour, pourtant, il résolut d'aller culItTer un petit lopin de terre en friche et d'y planter ime vigne. Il y alla donc et y planta deux ou trois ceps. Avec le tempst un des ceps produisit une grappe de raisin Ii trois grains. Ces trois grains faisaient son orgueil, chaque jour il allait voir s'ils étaient noirs, afin de couper la grappe. Un jour, étant allé les voir, il les trouva complètement noirs et résolut de tes cueillir le lendemain.
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Le 1en<}emaîn il y va, mais ne trouve plus ni grappe ni rien. Et, pour abréger, le même fait se renouvela la deultème et la troisième année. La quatrième, comme la grappe était arrivée h maturité et qu'il voulait la couper le lendemain, il prit son fusil et alla se coucher auprès de la vigne où était la grappe.
Au bout d'une heure ou deux, en se retournant, il entendit un léger bruit. Il se lève et voit un renard qui levait la patte pour saisir les trois grains de raisin.
Alors il lui dit : < Ahl maître renard, c'est donc toi qui me volais mon raisin chaque année ? Voici l'heure de ta mort arrivée. •
Saisi de terreur, le pauvre renard lui dit :
« Ne me tue pas, maître Triorrhôgas, et je te promets de te faire roi. >
Alors Triorrhôgas (car on ne lui donnait plus d'autre nom) se mit à rire et lui dit :
Tu me feras roi ? *
• Laisse-moi aller; et, si je ne te fais pas roi, alors tu me tueras. »
Triorrhôgas se mit â rire de nouveau et laissa aller le renard. Mais celui-ci n'oublia pas sa promesse, et, un jour, il se rendit au palais du roi et dit à la reine : s O ma reine.
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MAJTRS TRIORRKÔGAS I7
reine vénérée, voules-voUs me prêter voire boisseau? »
* Qu'^n veux-tu faire de mon boisseau, maître renard ? ■
B Eh! j'en al besoin pour une mienne affaire. >
La reine eut des soupçons, et elle mit un peu de miel au fond du boisseau pour qu'il y restât collé de ce que mesurerait le renard.
Le rusé renard vit le miel, colla aussitôt dessus le seul et unique sequin qu'il possédait, et reporta Je boisseau b la reine. Alors la reine se mit à supplier le renard de lui dire ce qu'il avait fait avec le boisseau.
Le renard lui dit ; i O ma reine, il y a ici dans le ville un seigneur qui ne connaît pas ce qu'il possède, c'est lui qui m'a envoyé prendre votre boisseau pour mesurer ses trésors. »
a £t puisqu'il est si riche, cher renard, ne serait-il pas possible d'en faire notre gendre? .
o Je puis l'amener ici, o dit le renard; après quoi il partit et alla trouver Triorrhôgas.
" Allons, en route, lui dit-il, je vais te faire roi. ■
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Triorrhôgas m mit à rire et lui dit de !'&• bandonner k son triste sort. Mais le renard cria tant et tant que Triorrhdgas le suivit.
En chemin, il dit au renard : ■ Où veux-tu que j'aille avec de pareils habits? ■
■ Sois tranquille, lui dit le renard, attendsmoi ici, et je vais t'en apporter d'autres. •
Triorrhôgas s'arrêta ; le renard prit les devants et se rendît au palaif. « Hâtez-vous, dtt-tl, de me donner des habits, car, comme mon maître Triorrh^as traversait une rivière, son cheval a glissé, et 11 est tombé dans l'eau et s'est mouillé. •
Alors on lui donna de magnifiques habits royaux, et it alla en revêtir Triorrb^as. Il le conduisît ensuite au palaif, et il s'y maria.
Deux ou trois jours après le renard dit au roi ;
■ Compère, il est temps que maître Triorrhôgas aille dans son palais. > Tous les courtisans et les grands se disposèrent à partir, puis on se mit en route.
Le renard, qui courait toujours en avant, rencontra sur le chemin un immense troupeau de brebis et il dit au berger : ■ Vois<tu, malheureux, toute cette armée qui s'avance?
Elle accompagne le rot Triorrhôgas, quand
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tu le verras, pn»terae-toi, salue^e et dUlui : ' Roi, mon msltre, vos brebis sont & vos ordres. » Le pauvre pfitre, k la vue de l'armée qui approchait, perdit la tète de frayeur et fit ce que te renard lui avait com> fflandé.
Le renard courut de nouveau en avant; il rencontra un innombrable troupeau de boeufe, et fit au bouvier la mime recom> mandation. Ce qui fut dit fut fait. Le renard se remit à courir. Il trouva un gigantesque palais où il y avait quarante dragons. IL y monta et leur dit : • Malheureux dragoos, voyez-vous cette armée qui s'avance ? C'est le roi qui vient vous faire la guerre. Cachezvous où vous pourrez. ■
< Et où nous cacher, maître reoard? ■ lui dirent les dragons.
€ Venez, et entrez maintenant dans le four. Je viendrai plus tard vous en (irer, pour que vous alliez présenter vos hommaffis au roi. >
Il les mit donc dans le four, puis il y alluma du feu et les brûla.
Ensuite Triorrh^s arriva et demeura maître absolu du palais et des trésors amassés par les dragons. Quant au renard, il le
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traitait comme son père '. Un jour, le renard lui dti : < Tu vois de combien de bienfoits je t'ai comblé; mais, toi, qiie feras-tu pour moi quand je sera! mort? j>
n Cher maître renard, lui dit Triorrhôgas, je ferai faire un cercueil d'ai^ent pour te mettre dedans. »
Un jour, le renard fit semblant d'être mort, pour voir ce que dirait Triorrhôgas.
Une servante l'aperçut et dit au roi : « Sire, le renard est mort. »
• Prenez-le par la queue, dit-il, et jetez-le par la fenêtre, b
Le renard, entendant ces ingrates paroles, se leva et fit connaître la condition première de Triorrhôgas, en présence de la princesse sa femme, et le couvrit ainsi de confusion.
Je n'étais pas là, ni vous non plus pour que vous croyiez ceci.