‹ Recueil de conversions remarquables nouvellement opérées dans quelques protestantsChapitre 19 sur 22 · LA CONVERSION DE M. DE H ALLER · texte numérisé non relu

LA CONVERSION DE M. DE H ALLER

BIEHBBE DU CONSEIL SOUyERAlN DB BERNE.

M. Chahles- Louis de Haller , petît-fil* d'Albert de Haller , célèbre médecin et savant presque universel , mort en 1777 ; comme son aïeul 5 membre du conseil souverain de Berne , et connu dans le monde littéraire par des écrits pleins de force et de sagesse en faveur des saines doctrines , âvoit été élevé dan» une des communions protestantes. Naturellement porté à la méditation , mais doué <d'une imagination vive et d'une profonde sensibilité unies à la candeur, la plus parfaite , il s'occupa de bonne heure d'études sérieuses sur la politique ^t les causes de l'ébranlement général (des sociétés. Les événemens qui depuis près d'un demi -siècle se passoienten Europe, donnèrent à ses travaux une direction particulière , en l'amenant à réfléchir sur le but des sectes qui y averienl eu le plus de part. Tolérant par oaraotère 9 et enuemi de toute

prévention , il chercha la vérîté avec ardeur , et remarqua bientôt Tétroite connexion qui , dans l'ordre social , existe entre le temporel et le spirituel, ainsi que Tinfluence réciproque de l'un sur l'autre ; l'enchaînement des idées lui fit sentir que si les peuples ont besoin d'un gouvernement fixe et légitime pour échapper aux révolutions , il ne faut pas moins, dans le cercle religieux, un centre d'unité pour le mainr tien de Tordre et de la discipline , et prévenir les innovations que l'orgueil de l'homme est toujours prêt à enfanter. Le développement de ce principe , dans une ame pure comme celle de M. de Hâller , devoit nécessairement le conduire un jour dans les voies du salut ; et c'est ici que l'on remarque la diversité des moyens dont Dieu se sert pour ramener dans le sein de TEglise catholique ceux qui ont le malheur d'en être séparés. Toujours il les proportionne à leur caractèi^ , à leur intelligence , à leur position sociale. Tantôt il touche , par un mouvement subit de sa grâce , un cœur simple et qui s'ignore lui-même ; tantôt c'est par des circonstances cruelles et des infortunes imprévues que sa divine Providence émeut une ame endurcie dans le crime , ou follement éprise des principes d'une religion prétendue naturelle. Quelquefois aussi le temps , la réflexion , l'étude, sontdans ses mainsjdes instrumens qu'il emploie pour éclairer un homme distingué par

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la variété de ses connoissances et un caractère honorable , comme s'il avoit dessein de le proposer pour modèle aux sectaires et philosophes du jour.

Telles semblent être les vues dfe Dieu sur M. de Haller ; et bien que sa conversion n'ait pas été accompagnée de ces événèmens aussi subits que frappans par leur gravité , et où le doigt de TEtemél se montre si visiblement , peut-être n'en est^-il point dont la religion ait plus à se glorifier , et dont l'exemple soit plus imposant.

Dans le cours de ses travaux littéraires , et en méditant sur les rapports de l'homme avec son divin Créateur , M. de Haller sentit qu'une religion qui ne parle ni au cœur ni aux yeux , ne suffisoit pas à nos facultés physiques et morales. Quelques préceptes sans base réelle , des dogmes que chacun interprète selon ses passions ou ses intérêts, l'absence de tout culte extérieur ; voilà ce qu'il remarqua dans celle où il avoit été élevé. Sa sensibilité naturelle , excitée par les réflexions , trouvoit que cette religion ne pouvoit remplir son ame , et n'étoit qu'un squelette décharné. Timide cependant , et se défiant de lui-même , il continuoit à vivre ainsi dans le doute sans trop oser l'approfondir ; mais déjà il avoit abjuré toutes ses préventions contre l'Eglise romaine , ou plutôt il n'avoit jamais partagé celles de ses co-religionnaires ;

son penchant même le portoit vers cette mère commune , et s'ëtoit manifesté depuis longtemps dans un éloge de Lavater , où il parla de la confession , de l'abstinence périodi(pie , et de l'unité de l'Eglise romaine , de manière à étonner jusqu'à des savans catholiques.

Cet heureux germe se conserva avec soin , et se développa peu à peu pendant rémigration de M. de Haller, A cette époque , il eut occasion de connoître beaucoup de Prélats et de Prêtres catholiques qui. ne lui parlèrent jamais de religion , et cherchèrent encore moins à l'ébranler dans sa croyance, H ne put qu admirer leur esprit de charité , leur résignation au milieu de tous les outrages , et leurs profondes connoissances ; il se sentoit entraîné vers eux par une sorte de sympathie dont il ne ponvoit se rendre compte. Toutefois l'exemple de leurs vertus , en agissant fortement sur son ame , ne le porta pas encore à se convertir ; la vérité ne lui apparoissoit qu'à travers un voile que le temps et de nouvelles études dévoient seals déchirer. Les sociétés secrètes et révolutionnaires de l'Allemagne , créées pour maintenir et propager des principes impies , lui montroient bien la nécessité d'une association contraire pour combattre le danger ; mais ce ne fut que quelques années après qu'il s'aperçut qu'elle existoit dans l'Eglise catholique , et il la reconnut surtout à la haine que les impies lui

( 387 ) portent. Enfin , le hasard , ou plutôt la Providence , continua ce que la pureté de son cœur avoit commencé.

Un jour qu'il étoit à Vienne , il passe devant la boutique d*un libraire , et y voit un petit livre destiné à expliquer au peuple tous les rits et cérémonies de TEglise romaine. Il Tacheté par curiosité , et y lit , avec le plus grand étonnement, le sens, le but et Tutilité de tant d'usages que les protestans regardent comme des superstitions. A demi convaincu, ses réflexions et ses études politiques le conduisent par degrés à reconnoître des vérités dont il étoit loin de prévoir l'existence , et de ce moment il fut catholique dans l'ame. Le bandeau , comme il le dit lui-même , tomba de ses yeux ; son esprit se trouva d'accord avec son cœur , et il lui sembloit avoir trouvé la çoie , la vé" rite ^ la ne , et son ame ayant faim et soif de vérité lui parut enfin satisfaite. La lecture des auteurs protestans acheva de l'éclairer y et contribua plus encore que celle des écrivains catholiques à le confirmer, dans ses nouvelles dispositions. Leurs incertitudes , leurs contradictions 5 leurs réticences et l'amertume ou le dédain de leurs discussions lui prouvèrent qu'ils étoient daris l'erreur. Il sentit que la prétendue réforme opérée dans le seizième siècle , n'étoit dans son principe , ses moyens et son résultat , que l'image parfaite et le précurseur de la révo-

lution politique de nos jours ; l'aversion qu'il avoit pour Tune le dégoûta de Vautre.

En 1 8 1 8 , des affaires l'appelèrent à Naples ; le hasard le fit voyager avec un abbé français , et souvent il fut question de matières ecclésiastiques. L*opinion que M. de Haller manifesta, le fit passer pour catholique , et cet abbé ne fut pas médiocrement étonné d'apprendre de luimême qu'il étoit protestant. Il lui appliqua ces paroles de Jésus-Christ au Centenier deCapharnaiim : Pareille foi , Je ne tai pas frouçée parmi les noires , et l'engagea fortement à rentrer dans le sein de l'Eglise , puisqu'il la reconnoissoit pour véritable et légitime. N'ayant pu vaincre sa répugnance pour cette démarche, fondée sur des motifs humains et des raisons de famille , il se borna à lui rappeler divers passages de l'Ecriture, et entre autres celui-ci : (c Aujoui'd'hui que vous entendez sa voix , n'en- » durcissez pas votre cœur ( Ps. XQV. ). ^^

De retour chez lui , il se livra principalement à la composition de son ouvrage intitulé: Restauration de la science politique , ou Théorie de t Ordre social naturel opposé à la chimère de Vétat ciçil factice. Une partie de l'année 1819 ^® passa dans ces travaux et à reconnoître les immenses bienfaits de l'Eglise catholique. Dans l'automne , le duc Adolphe de Meft4enbourgSchwerin, passant quelques jours à Bermfî , lui rendit une visite. Egalement rentré

( 389 ) dans le sein de l'Eglise , ce Prince voyant ses dispositions , mais aussi ses inquiétudes , Tinforma qu*il pouvoit être catholique en secret , et obtenir dispense pour les actes extérieurs , l'assurant qu'un grand nombre de protestans se trouvoient dans le même cas. Cette ouverture le calma , quoiqu'il ne prît encore aucune détermination ; mais , quelque temps avant Noël , entraîné au sermon d'un savant professeur , quelle est sa surprise de l'entendre prendre pour texte le même passage de l'Ecriture-Sainte que cet abbé français lui avoit adressé : a Aujourd'hui que vous entendez sa voix , n'endurcissez pas vos cœurs. » Ces paroles lui semblent prononcées par Dieu même qui ne veut plus de retard à sa conversion. Un long entretien qu'il a le même jour avec le ministre protestant, auteur de ce sermon 9 le confirme de plus en plus dans la pensée que la religion catholique est la seule véritable ; que le royaume de Dieu sur la terre ne consiste pas seulement dans la connoissance et la pra-^ tique de ses préceptes, mais encore dans les moyens extérieurs d'y parvenir j c'est-à-dire dans l'Eglise ou l'autorité établie pour enseigner et interpréter les lois divines. Plein de foi et d'espérance , il se hâte d'écrire à un ami qui seul connoit ses seutimens , pour l'informer • de ses dispositions , et le prier d'en faire part à Mgr. l'Evêque de Fribourg. Ce digne Prélat

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répondit directement à M. de Haller par une lettre pleine de bonté et de charité évangélique qui le fit fondre en larmes , et lui indiqua les préparations à faire et les formalités à remplir. Enfin , le jour et le lieu furent fixés avec prudence pour ne pas faire d*éclat , et ce fut après douze ans de réflexions et de débats avec luimême, que, le 17 octobre 1820 , M* de Haller fit sa profession de foi et sa confession générale , et reçut l'absolution. Deux jours après , le respectable Evéque lui administra , dans son oratoire particulier , le sacrement de confirmation et celui de la communion , dont son ame tira une force , un calme et un contentement inexprimables.

Renti*é dans le sein de l'Eglise , M. de Haller continua à vivre comme auparavant dans le sein de sa famille , sans lui faire connoitre son changement. Ne pratiquant pas les actes extérieurs du culte catholique , il étroit le lui cacher jusqu'au moment où il pourroit le publier sans crainte de troubler l'heureuse union dont elle avoit toujours offert le touchant modèle, n laissa seulement entrevoir à sa femme qu'il étoit convaincu des vérités de l'Eglise catholique , et que si on l'interrogeoit il ne pourroit nier sa foi.

Appelé à Paris par des travaux littéraires , M. de Haller y apprit bientôt que sa démarche a^voit transpiré en Suisse , que son retour

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à rEglîse y étoit connu et donnoit lieu à beaucoup de commentaires. Des journaux en avoîent fait mention , et quoiqu'ils ne l'eussent pas nommé 9 ils donnoient des indices assez précis pour qu*on ne pût s'y méprendre. Nourri du pain des forts 9 et ne voulant pas laisser dans le dpute l'action de sa vie qu'il regardoit comnie la plus importante ^ Mi de Haller n'a plus balancé à se déclarer hautement comme catholique , et en a instruit sa famille par une lettre datée de Paris le i3 avril 182 1.

Cet écrit qu'il a consenti à rendre public , et qu*on ne peut lire saûs Un profond attendrissement 5 respire les seûtimens les plus nobles , la piété la plus éclairée et la candeur la plus parÉiite. Son ame s*y piçint toute eotière et y élève un véritable tnpnument à la gloire de Dieu.

LETTRE

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