‹ Recueil de conversions remarquables nouvellement opérées dans quelques protestantsChapitre 3 sur 22 · TS F · texte numérisé non relu

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testant que je n'avois d'autre dessein que de l'honorer, et que je désirois le faire plus parfaitement , par Tentremise de sa sainte Mère , le priant de ne pas m'imputer des intentions idolâtriques que je désavouois de toute mon ame. Ensuite m'adressant à la Sainte Vierge elle-même : « Mère tendre , lui dis-je , s*il est permis d'implorer votre secours, aidez-moi dans Fétat misérable où je suis ; c'est par vous que le Sauveur est venu à nous , c'est par vous que je désire d'aller à lui ; les Ecritures m'apprennent que c'est par votre moyen que s'est opéré le premier miracle de la foi évangélique , dans Tordre de la grâce ( la sanctification de saint Jean-Baptiste , et le premier dans l'ordre de la nature , le changement de l'eau en vin): en voici un autre à faire , ne me refusez pas d'y employer votre crédit ; je ne le mérite pas , il y a trop long-temps que je vous méconnois ; mais je commence , quoique en tremblant , à m'adresser à vous : intercédez pour moi auprès de votre divin Fils. » Puis revenant à Dieu : a Seigneur , a joutai- je , je vous demande vos lumières : vous avez promis d'exaucer ceux qui vous invoquent ; c'est de tout mon cœur que je le fais ; je cherche la vérité , à quelque prix que ce soit ; vous en êtes témoin , 6 mon Dieu ! je ne saurois me tromper en m'adressant à votre sainte Mère ; vous seriez vous - même la cause de mon

erreur. » La confiance et la tranquillité furent le fruit de cette prière : depuis ce temps j'ai toujours recouru à la Sainte Vierge, et je suis sûr d*avoir obtenu et reçu des grâces par son intercession ; la rèconnœssance m'oblige de faire cet aveu : je cherche à entrer dans toutes les intentions qui tendent à l'honorer ; je me suis engagé, et je travaille à étendre son culte en tout ce qui peut dépendre de moi. 11 se présente ici une réflexion bien naturelle : Dieu peut- il permettre qu'un homme se trompe dans le choix d'une religion , quand , après une vigilance exacte sur sa conduite , après des prières ferventes , après des recherches longues et laborieuses , il s'est déterminé à l'embrasser aux dépens de tout ce qu'il a de plus cher au monde , famille , état , fortune , réputation ? Si cette religion étoit fausse , ne pourroit-il pas dire à Dieu avec un célèbre théologien : Seigneur , c'est vous qui m'avez trompé ? Cette réflexion acquerra un nouveau degré de force , si j'ajoute le prodigieux changement qui s'est fait en moi depuis ma conversion : j'hésite à le publier ; mais il me semble que je dois le faire pour glorifier la divine miséricorde , et pour rendre hommage à la religion catholique que j'ai maintenant le bonheur de professer. Que mon état est différent de celui où j'étois auparavant ! mes pensées , mes goûts , mes desseins , tout est changé ;

je

je ne me reconnois plus moi-même. Dès que j'eus pris mon parti, je renonçai aux études profanes qtii m'avoient .occupé jusque-là ; je laissai mes livres à demi-lus ; je me défis de ceux qui étoient à moi : depuis ce temps , les passions n*ont eu que peu d'empire sur moi ; mes projets d'ambition et d'établissement dans le monde m*ont quitté entièrement ; je n'y pre'tends plus rien : je n'ai plus de plaisir que dans les choses de Dieu ; je sens au fond de mon cœur une paix que je n'avois jamais connue. Ce n*est plus , comme auparavant , la trompeuse sécurité d'une conscience assoupie qui présume de la miséricorde de Dieu , et qui ne voit pas le danger auquel elle est exposée ; c'est la douce confiance d'un fils qui se retrouve dans les bras de son père , et qui a lieu d'espérer que rien ne pourra Ten arracher , malgré .les périls qui l'environnent.

Oui , cette religion est faite pour le cœur ; quelque solides , quelque fortes que soient ]es preuves qui m'ont convaincu qu'elle est la véritable religion de Jésus-Christ , le contentement , la joie pure qui l'accompagnent sont pour moi une autre espèce de preuve qîii n'est pas moins persuasive. Les vérités que j'ai eu le plus de peine à croire , sont celles qui me donnent aujourd'hui le plus de consolatiour Le mystère de l'Eucharistie , qui m'avoit para si incroyable , est devenu pour moi une source

intarissable de délices spirituelles. La confession , que }'avois regardée comme un joug insurmontable , me semble infiniment douce par la tranquillité qu'elle produit dans mon ame. Ah I si les hérétiques et les incrédules pouvoient sentir les douceurs que l'on goûte au pied des autels , ils cesseroient bientôt de l'être ! Que ne puis-je me faire entendre à tous ! je leur crierois : Goûtez et voyez par votre propre expérience , combien le Seigneur est doux , combien il est bon pour ceux qui le s>f*rvent dans la sainte société qu'il a form^ lui-même et qu'il vivifie par son esprit. Voilà le désir dominant , l'unique désir de mon cœur , celui d'étendre , autant que je le pourrai 5 l'empire de la véritable foi qui fait maintenant mon bonheur ; je n'ambitionne rien de plus : c'est pour cela que je désire de retourner dans mon pays , espérant d'y être , malgré mon indignité , l'instrument de la conversion de mes compatriotes ; et telle est la conviction où je suis de la vérité de l'Eglise romaine , et n>a reconnoissance de la grâce signalée que Dieu m'a faite de m'appeler à la vraie foi , que je la scellerois de mon sang si Dieu m'accordoit cette grâce ; je ne doute pas qu'il ne m'en donnât la force. Je conjure ceux qui liront cet écrit , de prier avec ferveur le Père des lumières et le Dieu des miséricordes , d'accomplir ses volontés sur son serviteur , d'ouvrir

( ^7 ) un accès facile à la foi dans mon pays , de lâ faire germer et fructifier dans un pays où elle n'a jamais été prafessée. Peut-être (je m'arrête avec plaisir à cette pensée consolante) , peutêtre celui qui établit les empires et les détruit à son gré , qui fait tout pour ses Elus et pour l'intérêt de son Eglise 5 n*a-t-il permis et conduit à une fin glorieuse Tétonnante révolution (i) dont nous venons d'être les témoins, que pour accomplir quelque grand dessein et une révolution bien plus heureuse encore dans l'ordre de la grâce. Ainsi soit-il.

fi) L'indëpendance des treize Etats de l'Amérique septcotrîonale.

LETTRE

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