‹ Recueil de conversions remarquables nouvellement opérées dans quelques protestantsChapitre 4 sur 22 · DE M. THAYER · texte numérisé non relu

DE M. THAYER

Kn réponse à celle que lui a écrite M. son frère après avoir appris sa conversion , traduite de l'anglais^

Mon cher frère et ami ,

Cest avec la plus grande satisfaction que j'ai reçu votre lettre par les mains de M.*** ; ce qui m'a fait le plus de plaisir , c'a été d*y trouver toute la tendresse d'amitié que vous avez toujours eue pour moi. Soyez persuadé que la mienne est toujours aussi la même pour vous y, et , loin que le temps , Téloignement ou laj différence de sentimens l'ait affoiblie , elle a| pris au contraire de nouvelles forces , surtout dans la religion sainte que j'ai embrassée , reli^ gion dont le caractère propre et essentiel est d( perfectionner les vertus morales qu'elle trouva en nous.

Après une tendre effusion de cœur , vous m( témoignez vos chagrins de ce que j'ai quitté mi religion pour en suivre une qui ( autant qui vous la cohnoissez) est pleine de bigoteries

de superstitions ; vous avez bien raison , mon cher frère , d'ajouter , autant que vous la connoissez ; permettez-moi de vous le dire ^ vous ne la connoissez nullement , et rien ne peut vous faire parler de la sorte que les fausses peintures et les noires calomnies de nos ennemis , qui ont Tart de déguiser tout ce qu'il y a (le plus raisonnable dans cette religion , de plus saint et de plus digne d'une profonde vénération : cette ignorance vous est commune avec la plupart des protestans ; car je présume qu'il en est fort peu qui aient assez de malice et de mauvaise foi pour nous imputer des erreurs qu'ils savent , dans leur conscience , que nous ne croyons pas. J'étois , comme vous , dans l'ignorance la plus grossière à cet égard ; je vous l'avoue , rien ne m'a jamais plus surpris que l'exposé de la religion catholique , tel que je l'ai entendu de la bouche de ceux qui la pro- ,\

fessent , tant je l'ai trouvé différent de celui qu'on m'en avoit toujours fait dans nos écoles ; croyez-moi, mon cher frère, je n'ai nul intérêt kvous tromper; je ne désire rien tant que votre, salut et celui de tous mes chers parens ; je le déclare devant Dieu qui voit la sincérité de mon cœur ; pour leur obtenir cette grâce, j'endurerois volontiers la plus cruelle mort.

Avant de lire mes réponses à vos objections , je vous prie de vous retirer pour quelques minutes dans un lieu écarté ; là , de tout votre

ccEur et à genoux , promettez fermement à Dieu de renoncer à toutes vos passions ; demandez-lui la grâce d'éviter tout ce que la voix de votre conscience vous déclarera être un péché , et faites cette prière : Dieu de boniê , je vous supplie , etc. ( Cette prière se trouve dans la relation , page 19 ). Si telles sont vos dispositions , et si vous voulez réellement les cultiver , mes réponses , quoique courtes et imparfaites , seront suffisantes pour chasser et dissiper tous los nuages de votre esprit : mais si vous êtes disposé autrement , vous ne cherchez pas la vérité avec droiture,

i.^ Ce que vous me dites sur les persécutions que les catholiques ont suscitées à leurs enne^mis , montre seulement que de tout temps il y a eu de mauvais catholiques qui se sont servis de la religion pour exercer la malignité de leur cœur. Loin que notre religion approuve de tels chrétiens , elle les condamne hautement ; et jamais elle n*a pris d'autres arrhes pour sa défense , que la douceur , la patience et la charité. Il y a eu et peut-être y a-t-il encore des catholiques cruels et persécuteurs , comme il y a eu et il peut y avoir encore des protestans aussi cruels et persécuteurs; mais les uns et les autres ne le sont point en conséquence de leurs principes ; c'est , au contraire , parce qu'ils s'en écartent. Nous ne prétendons pas que tous les catholiques soient saints \ nous

( 3i ) voyons malheureusement combien il s'en faut^ et c'est ce qui afflige les bons : je puis cepen-*dant vous assurer que dans le grand nombre de ceux que je connois en plusieurs royaumes , je n'en ai pas encore vu un seul prononcer la moindre parole d'aigreur , ni montrer la plus ipetite animosité contre les protestans ; ils les plaignent et prient pour eux , comme pom* des frères qui sont trompés et qui s'égarent : voilà tout leur crime. Voyez comme vos dificrentes sectes sont affectées envers nous , voyez même comme elles sont affectées les unes envers les autres , et jugez ; est-ce à vous ou à nous que doit rester la qualification de perse* cuteurs ? Je m'en rapporte à votre conscience. 2.^ Comme nous nous appuyons beaucoup sur l'unité de doctrine qui a toujours prévalu 'et qui prévaudra toujours parmi les catholiques , vous croyez affoiblir la force de cet ar-. gument , en nous opposant l'unité qui règne parmi les mahométans ; mais l'unité que vous leur attribuez est imaginaire : car , selon les meilleurs historiens , ils sont divisés en deux grandes sectes , l'une d'Omar et l'autre d'Ali j ces derniers , appelés Schiites , forment cinq sectes principales qui , comme autant d'arbres différens , s'étendent en soixante et dix bran*ches. La croyance est extrêmement variée dans ces diverses sociétés ; les uns doutent de leur religion , et à force de douter , finissent par

être de purs déistes ; les antres admettent la métempsycose ; plusieurs soutiennent la prédestination absolue, etc. ; tous se donnent mutuellement , de secte à secte , le nom d'orthodoxes et d'hétérodoxes : leur haine réciproque va à un tel excès , qu'en faisant 1« pèlerinage de La Mecque , ils font autant de banrJes à part qu'ils sont de sectaires , et ils sympathisent si peu , qu'ils ne veulent pas même prier ensemble. Laissons donc là l'union mahométane , il s'agit entre nous de l'union des protestans. Je soutiens que si vous étiez tous d'accord et réunis d'opinions , ce seroît plutôt le jeu du hasard que le fruit de vos principes. Gîlui qui sert de fondement à tous les autres , n'est-ce pas que chacun doit examiner par luimême ? Or , loin qu'un tel principe doive opérer cette union , c'est , au contraire , une source naturelle de divisions. On n'en peut dire autant de notre Eglise : en vertu de sa constitution et de sa doctrine , il est impossible qu'il s'y élève des divisions en tout ce qui regarde les articles de foi ; prenez garde à ces derniers mots , les articles de foi. En matière d'opinion , chacun est libre d'adopter ou de rejeter ce qu'il lui plait ; mais l'Eglise a-t-elle déclaré que tel ou tel point est de foi ou appartient à la foi ? dès-lors tous les vrais catholiques se soumettent sur-le-champ, parce qu'ils croient l'Eglise infaillible. Quelqu'un refuse-t-il opiniâtrement

de s'y soumettre? il se sépare d*elle en rejetant et parce qu'il rejette son principe fondamental , savoir , qu'elle est la base et la colonne de la Térité (i. Timot. 3. i5.)-

3.** Cette unité indivisible de foi est évidemment marquée dans l'Ecriture-Saînte ; et Jésus- Christ l'a posée pour le fondement de tout l'édifice , en établissant son Eglise. Elle est un seul corps , dit saint Paul aux Ephésiens ( chap. 4vers. 4 et 5. ) 9 et nous ne reconnoissons qu'un même esprit qui l'anime , qu'un même Seigneur , qu'une même foi , qu'un baptême , c'est-à-dire que notre foi doit être une, dans le même sens que Notre-Seigneur Jésus-Christ est un. Or , Notre-Seigneur Jésus-Christ est absolument et essentiellement un ; notre foi doit donc être absolument et rigoureusement une. Dans la prière que Jésus-Christ fait à son Père pour ceux qui croient en lui , il demande qu'ils soient unis dans la foi , et que leur union ressemble à celle des trois Personnes de la sainte Trinité , union qu'il donne comme une marque à laquelle le monde reconnoîtra infailliblement qu'il a reçu sa mission de son Père (Evangile , saint Jean , c. 17. vers. 20 et 21. ). Sans cette union parfaite dans la foi entre les disciples du Sauveur , jamais le monde n'auroit pu le croire envoyé de Dieu,

4.** Peut-être supposerez-vous que Jésus- Christ pria alors pour que ses Disciples fussent

( 34 ) unis de cœur , et qu'il donne cette union mutuelle , formée et entretenue par la charité , pour marque distinctive de la société des chrétiens, sans nulle mention d'unité de foi: mais cette explication même démontre la nécessité qu'il y a d'être uni dans la foi , puisque rien ne détruit tant la charité que la difierence de religion ; témoins tous les troubles et toutes les guerres dont les histoires des diOerentes sectes sont remplies* Notre Eiglise seule peut prétendre à cette union : vérité incontestable ; et il n'en f»udroit pas davantage pour convaincre tout esprit qui n'est pas prévenu contre l'Eglise catholique 9 qu'elle est seule la vraie épouse de JésuS'Christ (i).

5.*> Outre cette unité de foi et de doctrine , nous avons troi^ autres marques distinctives de la vraie Eglise , énoncées dans le symbole que vous reçonnoisse;^ comme nous ; savoir , la sainteté , la catholicité et l'apostolicité. Examinez encore si vos sectes peuvent se glorifier d'avoir pour elles tous ces caractères réunis > ou même un seul d'entre eux,

(1) Tous les Pères de TEglise s'accordent unanimement SUT la nécessité de l'union de foi dans T Eglise de Jésus- Chriit; vous croyez comme bous qu'ils sont saints : or, certaiuement , vu bi proximité d^ leur Age avee celui de Jésus-Christ et des Ap6tres> ils ne pouvoient se tromper sur cette matière. Je pourrois justifier ce que j'avance par une infiaitë de textes de leurs ouvrages , mais les bornes d'une lettre lie mç le permettent p«A«

6.** Ce qui vous choque le plus dans notre doctrine , c est rinfaillibilité que nous reconnoissons dans notre Eglise ; mais après un court éclaircissement , elle ne vous paroitra plus si effroyable : remarquez , je vous prie , mon cher frère , que c'est dans l'Eglise universelle , c'est-à-dire dans le plus grand nombre des évêques unis de sentimens avec le Pape , que nous reconnoissons cette infaillibilité, et non dans le Pape seuL Si quelques docteurs ou tbeolc^iens particuliers tiennent le Pape infaillible , leur opinion ne doit pas être imputée à toute TEglise , qui n'a rien défini sur cette question.

A&n de mettre notre doctrine de Tinfaillibi*lite dans tout son jour , rémontons au temps où Jésus-Christ révéla toute vérité à ses Apôtres , et les établit , eux et les pasteurs qui dévoient leur succéder , comme dépositaires de ces vérités révélées. Dans tous les siècles , dès qu'il paroissoit une nouvelle doctrine , ce corps des pasteurs la déclaroit contraire au dépôt commis à leur vigilance par Jésus-Christ : ainsi quand Arius nia sa divinité , l'Eglise le condamna en "^ prononçant qu'elle avoit reçu de son divin époux une doctrine contraire ; elle tint la même conduite contre Pelage; et pour prouver incontestablement la corruption de notre origine , elle lui opposa la pratique du baptême ; pra-* tique aussi ancienne que l'Eglise elle-même ,

et institaée par Jésu&-Christ. Son infaillibilité donc consiste dans le témoignage public et perpétuel qu'elle a constamment rendu aux vérités de fait qu'elle a en dépôt ; car la religion chrétienne est un fait public , ou un assemblage et une succession de faits publics. N'est-ce pas un fait public et incontestable que Jésus-Christ a existé , qu'il a enseigné telle doctrine , qu'il a opéré tels miracles , que la Bible a été écrite par tels auteurs ? etc. autant de points qui sont des matières de faits et de faits seni>ibles , et de faits qu'on ne peut connoître ni savoir que par des témoins qui les ont vus ou entendus.

L'Eglise enseignante , c'est-è-dire la majeure partie des Evêques et le Pape à leur tête , est véritablement ce corps de témoins héréditaires. Vous ne pouvez donc , mon cher frère , lui refuser au moins cette espèce d'infaillibilité qui consiste dans une capacité de raconter exactement les faits , puisque vous l'accordez volontiers à toute société , soit civile ou religieuse , ou même à de simples individus.

Quand les mahométans qui composent diffe-^ rentes nations , et qui conséquemment sont dominés par différens intérêts , attestent unanimement qu'à telle époque ils ont reçu telle doctrine de Mahomet , y auroit-il le sens commun de révoquer en doute un fait d'une publicité pareille ? Pourquoi donc refuserez-vous le témoignage unanime de l'Eglise catholique ^

composée de diverses nations directement opposées dans leurs intérêts propres , et souvent en guerre les unes avec les autres , quand tous les pasteurs , au moins aussi unanimes que les mahométans , déclarent ouvertement qu'ils ont reçu telle doctrine de Jésus-Christ et de ses Apôtres ; quand ils s'accordent sur l'exposition de tous les articles de foi ; quand ils affirment que jamais ils n'ont éprouvé le moindre changement dans leur société? D'ailleurs , comment supposer un pareil changement ?

7.^ Car il y a , en premier lieu , comme je l'ai dit , un corps de pasteurs pour prévenir et écai^er toute innovation. En second lieu , de tout temps il y a eu des jours où les fidèles se rassembloient pour entendre de la bouche de leurs pasteurs l'explication de nos mystères , et apprendre ce qu'ils dévoient pratiquer journellement dans l'Eglise, De tout temps il y a eu , comme il y a encore , des chrétiens qui approchent tous les jours de la sainte table. Est-il raisonnable , est-il possible de supposer que quand leurs pasteurs leur présentoient ce qui paroissoit être du pain, ils n'aient. pas demandé si ce qu'ils alloient prendre dans ce sacrement étoit simplement du pain , ou le véritable corps de Jésus-Christ ? Dans tous les siècles les chrétiens dévoient donc savoir, ce qu'ils étoient obligés de croire sur une matière si importante , dans le temps , surtout , où

( 38 ) ils approciioient de plus près les Apôtres , et lorsque les pasteurs étoient plus fidèles à ins— truire leurs ouailles. Quelle qu*ait été leur fot sur ce point , telle il faut nécessairement qu elle nous ait été transmise , sans la moindre altération ; car , en la supposant altérée , le peuple , naturellement porté à la réclamation , n'auroit pu se taire sur une chose si importante.

Si vous me dites qu41 a crié et murmuré , mais que ses cris ne sont pas parvenus jusqu a nos oreilles, je répondrai que rien ne seroit plus étrange : puisque nous avons des historiens contemporains qui ont raconté les dis^ putes les plus minutieuses survenues dans les diflerens siècles de l'Eglise ( je n'excepte même pas ceux de la plus grande ignorance ) , corn-* ment auroient-ils passé sous silence un changement aussi essentiel ? Il est donc incroyable , il est donc impossible que ce changement soit jamais arrivé.

D'ailleurs , quel intérêt TEglise peut-elle avoir à ce changement dans la doctrine ? Se peut-il que tant de diverses nations qui la composent , avec deç intérêts si opposés , aient concerté ensemble une telle révolution? qu'elle eût été , par exemple , l'ouvrage des Français ; les Anglais ne s'y seroient-ils pas opposés ? toutes les nations qui composent l'Eglise se seroient-elles unies pour opérer un change-

ment de cette espèce ? les hérétiques*, qui toujours se trouvèrent chez ces mêmes nations , n'auroient-ils pas saisi une occasion pour lui reprocher une telle perfidie , et n'auroient-ils pas eu soin de la transmettre à la postérité ? Je puis faire le même raisonnement touchant les autres articles de foi.

Vous voyez donc , mon cher frère et ami , que le sens commun nous oblige de recevoir le témoignage de l'Eglise , quand elle déclare avoir reçu telles ou telles vérités de la bouche de Jésus-Christ et des Apôtres , et les avoir conservées dans leur pureté et leur intégrité. Or, du moment que nous admettons son témoignage à cet égard , nous voilà catholiques , puisque tout catholique reconnoît la vérité de toute doctrine enseignée par Jésus-Christ et ses Apôtres. Cette infaillibilité morale dont je viens de parler , que vous êtes obligé d'accorder à l'Eglise , comme à toute autre société considérable et étendue , devient divine en vertu des promesses de Jésus-Christ , qui lui a expressément communiqué sa propre immutabilité.

8.<* Cette seconde espèce d'infaillibilité , bien supérieure à la première , puisqu'elle est toute surnaturelle et fondée sur les promesses divines , paroît de la manière la plus frappante , lorsque nous considérons ces paroles de Jésus- Christ à ses Apôtres : ce Allez et enseignez y

( 40 ) ^ je suis avec vous jusqu^à la fin du monde » ; c'est-à-dire avec vous enseignans. Or , une Eglise qui est assurée de la présence de Jésus- Christ pendant qu elle enseigne , doit certainement être infaillible , et cette infaillibilité se trouve incontestablement promise aux successeurs des Apôtres ; car c'est aux successeurs des Apôtres , comme aux Apôtres , que se rapportent les termes du Sauveur :

Jusqu'à la fin du monde , à moins qu'on ne les restreigne au siècle même des Apôtres , usque ad consummaiioncm seculi (^hujus) ; mais rien ne seroit plus absurde , puisque les Apôtres , excepté saint Jean , étoient morts avant la fin du premier siècle de l'Eglise : d'ailleurs , Jésus-Christ a promis à ses Apôtres que « l'esprit » de vérité resteroit avec eux pour jamais , » (Ev. S. Jean, c. 14. vers. 16 et 17.) c'est-àdire encore jusqu'à la fin du monde ; paroles qui comprennent encore nécessairement , ainsi que les précédentes , les successeurs des Apôtres. S'ils ont pour guide l'esprit de vérité , ils ne peuvent donc , unis entre eux et à leur chef , le successeur de saint Pierre , le vicaire de Jésus-Christ , enseigner l'erreur en matière de foi ; les voilà donc infaillibles.

9.** J'étois donc appuyé sur la raison , sur l'Ecriture-Sainte , et non simplement sur les légendes fabuleuses de mon Eglise , comme vous me le reprochez , quand je vous disois ,

( 41 ) dans ma dernière lettre , que le Pape réuni avec la majeure partie des Evêques , sont guidés par Tesprit de vérité , pour décider ce que nous devons croire : car cette proposition , le Pape est le successeur de saint Pierre , et les Evêques sont les successeursdesautresApôtres, n'est-elle pas un fait aussi public et aussi incontestable que celle-ci : Louis XVI est le successeur de saint Louis ?

io.<> Tous les raisonnemens que je viens de faire , prouvent évidemment l'infaillibilité de l'Eglise. Notre-Seigneur en fournit une nouvelle preuve, lorsqu'il dit que celui qui écoute son Eglise , c'est lui-même qu'il écoute , et quand il ordonne à tout chrétien d'obéir à son Eglise , sous peine d'être traité comme un païen. Dieu nous commanderoit-il d'obéir à une Eglise capable d'enseigner des erreurs qui nous conduiroient infailliblement à une mort éternelle ? Ne seroit-ce pas lui-même dès-lors qui nous précipiteroit dans l'erreur et dans la ^

mort qui en seroit une suite nécessaire ? Pour- ^

quoi Dieu a-t-il établi son Eglise ? Saint Paul répond que c'est afin que nous ne flottions pas à tout vent de doctrine ( aux Epliésiens , c. 4. V. 14. ) 9 c'est-à-dire afin que nous ne soyons jamais dans le doute ou dans l'incertitude sur ce que nous devons croire : mais , vous autres protestans , pouvez- vous jamais sortir de l'état de doute et d'incertitude ? C'tjst

une chose impossible, puisque vous n'avez aucune autorité infaillible qui puisse vous garantir de l'erreur , et sur laquelle vous puissiez appuyer votre croyance.

ii.o Outre l'Ecriture-Sainte qui est la loi , il faut nécessairement une autorité infaillible pour terminer les contestations et les disputes qui s'élèvent parmi les chrétiens sur le sens de cette loi- Si une telle autorité n'est pas reconnue , il ne peut y avoir une règle de foi qui soit fixe , ni des articles de foi qui soient invariables : la multitude de vos sectes qui augmente tous les jours , sectes* qui finissent par devenir sociniennes, déistes, etc. en est une preuve incontestable et sans réplique ; preuve dont nous avons un exemple sensible et tout récent dans le changement qui vient d'être fait parmi vous dans les articles de foi dressés anciennement par les membres de l'Eglise anglicane.

1 2.0 Je vous le demande , mon cher ami , quelle est votre idée d'un article de foi ? n'estce pas une doctrine révélée de Dieu et fondée sur sa véracité ? Comme donc la divine véracité est inaltérable , les vérités qui en dépendent doivent l'être également. Car le ciel et la terre passeront , mais la parole de Dieu ne passera jamais. Il seroit conséquemment absurde et impie de prétendre rien changer dans ces vérités 9 puisque ce seroit faire Dieu capable de

( 43 ) mensonge ; d'où je conclus toujours qu^un juge infaillible vous est nécessaire.

i3° Comment vous persuaderez-vous que ce juge soit la Bible elle-même ? c'est le livre de la loi , mais un livre muet , mais un livre sur lequel on conteste et on dispute tous les jours; il nous faut un juge visible qui décide souverainement , qui décide en dernier ressort, et qui montre celui qui a la vjérité pour soi. Or , la Bible ne peut rien de tout cela , car à s'en tenir à la Bible seule, et si Ton n'avoit recours à la décision de l'Eglise , on seroit toujours arrêté par les doutes suivans : i.° La Bible est-elle un livre canonique , estelle vraiment Touvrage de l'Esprit -- Saint ? 2.° Est-elle entière , et n'a-t-elle point souffert d'altération ? doute d'autant mieux fondé y qu'il y a une infinité de variantes. 3.^ Est-elle fidèlement traduite ? et , ce qu'il importe le plus de savoir ,4'^ a-t-on bien saisi son véritable sens ? Au milieu de tant d'incertitudes , conimeift rassurer ma foi ? Cependant elle doit être si ferme et si inébranlable , que nous soyons prêts , comme les Martyrs , à la sceller de notre sang ; sans cette disposition on n'est plus à Jésus^hrist , et on ne mérite pas de porter le nom de Chrétien. Nous , catholiques , sommes à l'abri de toutes ces perplexités , parce que nous nous soumettons k l'Eglise ^ue pous croyons infaillible. D'ailleurs 3 ce

( 44) qui prouve la nécessité d'une Eglise infaillible ^ c'est qu'elle seule peut être à la portée de tout le monde , des petits comme des grands. Jésus- Christ n'est-il pas , selon saint Paul , le Sauveur de tous les hommes ? Ne montre-t-il pas la plus tendre sollicitude pour le salut de tous les hommes ? Les artisans , les laboureurs et tant d'autres chargés des différens soins de la vie , peuvent-ils étudier l'Ecriture ? Sontils capables de ces disputes éternelles qu'il est impossible dans vos principes de leur épargner ? Hélas ! la plus longue vie des hommes les plus savans n'y suffiroit pas : après tout , comme , à vous entendre , chacun est libre et capable d'examiner par lui-même , je ne vois pas à quoi vous servent vos ministres,

14.° L'infaillibilité de l'Eglise une fois établie , tous les doutes que pourroit former un chrétien doivent s'évanouir entièrement ; car , s'il est vrai que Jésus-Christ ne puisse pas permettre que son Eglise me trompe , dès-lors je suis obligé , en conscience , de recevoir toutes ses décisions , même celles qui paroîtroient incroyables à ma raison. Cette infaillibilité une fois établie , la première conséquence qu'on en doit tirer , c'est que jamais l'Eglise n'a enseigné l'erreur , comme l'ont prétendu Luther et Calvin , ce qu'ils n'ont pu avancer sans blasphème , c'est-à-dire sans faire mentir Jésus-Christ , lorsqu'il a dit que les portes de

( 4'^ ) t enfer ne préçaudroient point contre elle ; car si l'Eglise a erré , les portes de Tenfer ont prévalu , et la promesse de Jésus-Christ est fausse. La seconde conséquence , c'est que tous ceux qui , volontairement et avec connoissance de cause , s'attachent à ces prétendus réformateurs et suivent leur doctrine , sont évidemment dans une voie de perdition ; car que peuvent-ils répondre à l'argument suivant ? Dans le temps de Luther et de Calvin , ou l'Eglise romaine étoit la véritable Eglise , ou bien ce titre appartenoit à quelque autre société , ou enfin l'Eglise de Jésus-Christ n'étoit plus ; si l'Eglise romaine étoit alors l'Eglise de Jésus-Christ , personne ne pouvoit s'en séparer sans renoncer à son salut , puisqu'il n'y a point de salut pour ceux qui se séparent de Jésus-Christ ; si c'étoit quelque autre société , on étoit obligé de se joindre à elle sous peine de damnation : c'est cependant ce que Luther et Calvin n'ont pas fait. Si l'Eglise de Jésus- Christ a cessé d'exister , voilà Jésus - Christ trompeur , puisqu'il lui a voit promis qu'elle dureroit à jamais , malgré tous les efforts de la terre et de lenfer.

i5.o Ce que j'ai dit sur l'infaillibilité vouî donne une idée juste de ce que nous appelons Tradition , mot si odieux aux protestans , parce qu'ils représentent si mal et défigurent ù étrangement la chose qu'il exprime ; la

( 46 ) Tradition n*est autre chose que le témoignage général , unanime et constant de l'Eglise de tous les siècles , sur les vérités révélées par Jésus-Christ et enseignées par ses Apôtres.

i6.® Pour répondre aux autres difficultés que vous m'objectez , j'en viens à ce texte de l'Evangile , n'appelez nul homme père^ Si vous Tentendez à la lettre , il n'est donc pas permis de donner le nom de père , même à ceux qui , après Dieu , sont auteurs de nos jours ? Jésus-Christ parle en cet endroit du Père suprême , puisqu'il ajoute : Car voire Père qui est au ciel est un , c'est4i-dire de Dieu qui , selon saint Paul , est \ auteur de toute paternité. Si l'on peut tirer une autre conclusion de ces paroles : n^ appelez nul homme père , il me semble que c'est celle-ci : ne quittez pas les véritables pasteurs que j'ai établis sur vous , pour suivre des novateurs qui se font pères et auteurs de nouvelles sectes.

17.® Quand saint Paul dit : Nous ne dominons pas sur cotre foi , il ne prétend certainement pas qu'il soit permis d'examiner , à plus forte raison de rejeter ses décisions , puisqu'il dit anathème même à un ange qui prêcheroit une doctrine différente de la sienne ( Epître aux Galates , chap. i. vers. 8 et 9. ). Si saint Paul a voit tenu la doctrine des protestans , il àuroit parlé un tout autre langage ^ il auroit

( 47) dit: Si quelqu'un vous annonce une doctrine diilerente de la mienne, examinez -la sans préjugés. Vous paroît-elle plus vraie que la mienne ? embrassez-la , et rejetez la mienne : mais non , il déclare qu'il faut absolument la rejeter pour cette seule raison qu'elle est différente de la sienne. Est-il possible d'exercer une autorité plus souveraine 9 ou , si vous le voulez , un empire plus étendu sur les consciences ? Voici donc le vrai sens du passage de l'Apôtre : « Quoique nous exigions de vous » une soumission pleine et entière , nous ne » prétendons pas dominer sur vous , parce » que nous ne sommes que les instrumens et » les organes dont Dieu se sert pour régner » sur vos consciences. » Ce n'est certainement pas là une domination : ainsi , quand l'Eglise veut que nous acceptions ses décisions, elle ne domine pas , parce qu'elle n'agit pas en son nom , mais au nom de Jésus - Christ.

Toute puissance qui exerce le pouvoir qu'elle a reçu d'une autorité légitime , ne domine pas , à moins qu'elle n'agisse à la manière des tyrans ; mais elle gouverne. Or , l'Eglise , bien loin d'exercer son pouvoir tyranniquement , se conduit comme une tendre mère à l'égard de ses enfans ; elle consulte tous leurs véritables besoins , et y conforme ses lois, et jamais elle ne punit qu'après avoir tente inutilement toutes les voies de douceur.

( 48 ) i8.^ Quant aux Beréens, dont vous faites mention dans votre lettre , ils n'étoient pas encore dans l'Eglise : tous ceux qui se trouvent dans le même cas , non-seulement nous leur permettons d'examiner , mais nous les y exhortons , nous les en pressons , nous les en conjurons ; mais aussi quand , après avoir reconnu l'infaillibilité de l'Eglise et être entré dans son sein , on fait profession de croire ce qu'elle enseigne , tout examen qui procède d'un doute réel sur ses décisions, est un crime; l'Eglise le défend et ne peut le permettre :

conduite pleine de sagesse et d'équité , puisque, l'infaillibilité de l'Eglise une fois reconnue , tout examen venant d'un doute est absurde ; et dans la pratique , c'est tomber en contradiction avec soi-même. Votre objection vient de ce que vous croyez , selon le préjugé de votre secte , que nous tenons la Bible enfermée , afin qu'elle ne tombe point entre les mains du peuple ; rien de plus faux ni de plus ridicule : ûous ne croyons pas qu'il soit permis à personne d'expliquer la Bible autrement que l'Eglise elle-même ne l'explique ; et nous sommes obligés en conscience de l'expliquer selon son interprétation ; mais cela ne veut pas dire que nous la tenons enfermée. Les jurisconsultes prétendent-ils que l'étude des lois est défendue , parce que l'on est obligé de les expliquer selon le sens reçu

dans

dans Tétat ? Une mère défend-elle Tusage du couteau à ses enfans , parce qu'elle leur montre à s en servir de manière à ne pas se blesser ?

19.° Pour vous montrer la nécessité d'une autorité suprême établie pour décider toutes les contestations qui naissent parmi les chrétiens 5 je vous ai fait observer que jamais ou n'a vu j dans le monde, aucun gouyernemcnt sans un tribunal supérieur qui jugeât en dernier ressort et dont il ne fût plus possible d'appeler. Vous convenez avec moi que cela est nécessaire dans le gouvernement civil , pour empêcher l'anarchie et la confusion ; mais vous ajoutez qu'il n'y a aucune comparaison entre les sociétés civiles et les sociétés religieuses : j'aurois voulu que vous me fissiez voir une différence par rapport à la question présente ; pour moi , je n'en vois pas ; l'une et l'autre sont composées d'hommes , c'est-àdire d'êtres gouvernés par la raison ou par les passions '; il faut prendre les hommes tels qu'ils sont , car il ne faut pas raisonner d'après un ordre de choses imaginaire. Or , vu la constitution de toutes les sociétés et le génie de tous les hommes , point d^autre moyen de former une espèce de société que celui de Tautorité et de la soumission ; la loi et la subordination , voilà comme les deux ressorts généraux qui sont absolument nécessaires pour

gouverner le corps entier : ôtez-les, plus d'union , plus de concorde , plus d'harmonie; chacun fera ce qui lui plaîi^a ; tous les individus seront autant de membres séparés et divisés ; plus de corps. Il est vrai que les lois ecclésiastiques diflTèrent des lois civiles , en ce sens , que les unes regaiident le gouvernement spirituel , celui des ames j et les autres , le gouvernement temporel , la police extérieure : les unes infligent des peines spirituelles , les autres punissent corporellement, La fin de chaque société est aussi bien différente : ici , c'est le bien du corps qu'on se propose ; là , c'est le bien de Tame ; toutes deux néanmoins sont visibles , sont composées d'hommes qui vivent , qui conversent , qui traitent les uns avec les autres : il seroit donc aussi insensé de prétendre former une nouvelle Eglise sans imposer des lois sur les esprits et sur les âmes ^ qu'il le seroit de former un état sans en imposer sur les corps ; Cela est si vrai , que jamais , ni parmi nous , ni ailleurs , il n'y eut aucun corps ecclésiastique sans quelque espèce de loi sur les esprits. Pourquoi donc blâmer celle qui nous oblige de soumettre nos esprits à la doctrihe et à la décision de l'Eglise?

20.<^ Vous dites que c'est à Dieu seul qu'il faudra rendre confîpte de notre foi , et vous faiteâ eutepidre que toutes les religions co^-

( 5i ) iîuiscnt également au salut ; c'est une conséquence nécessaire des principes des protestaiis. Si lés bornes d'une lettre me le permettoient ^ je vous montrerois en détail toutes celles qui dérivent de cette monstruieuse doctrine ; elles vous fetoient horreur ; il seroit facile de vous démontrer qu'elle tend non-seulement à introduire Indifféremment toutes Ids sectes chrétiennes , mais qu'elle conduit même au mahométisme , au déisme , à l'athéisme ; c'est-à-dire que votre principe seul est l'anéantissement de la religion que le Fils de Dieu est Venu établir en personne , et qu'il a scellée de son propre sang. Peut-on concevoir qu'il soit descendu du ciel pour construire un édifice aussi rui* neux que celui que vous supposez ^ et fonder une religion qui ne seroit qu'un mélange affreux de toutes les religions ? Un tel ouvrage seroit-^ il digne de la souveraine sagesse? Quel système qui accrfseroit les Apôtres et tous les hommes qui ont marché sur leurs traces , et tous ceux qui ont versé , comme eux , leur sang pour la foi , d'avoir adopté la plus insigne et la plus inconcevable de toutes les folies , d'avoir souffert la mort pour défendre une religion inutile , puisque sans elle tout homme pourroit faire' son saliit ! La plus légère réflexion sur un système aussi extravagant et aussi impie , ne suffit-elle pas pour en donner de l'horreur à tout chixtien qui conserve le moindi^

attachement à la personne de notre adorable Sauveur , et le moindre respect pour son Evangile ?

Pesez bien , mon cher ami , ce que je viens de vous exposer ; voyez Thorrible précipice qui est ouvert devant vous , en conséquence des principes protestans ; et tremblez , dans la crainte de tomber d'un premier abîme dans un autre bien plus affreux , d'où il ne sera plus possible de sortir.

21.^ Si vous communiquez cette lettre à quelqu'un de vos ministres , ce que je désire de tout mon cœur , ne vous contentez pas , je vous prie , de réponses quelconques , écrivez-les avec vos propres objections ; et après y avoir bien réfléchi , comparez-les à ce que vous venez de lire. Dans les principes et les raisonnemens que je vous ai rappelés , vous trouverez les réponses les plus solides , les solutions les plus satisfaisantes pour tout homme qui examine et qui discute avec bonne foi.

Plus vous lirez et méditerez la Bible , plus vous reconnoîtrez la vérité et l'harmonie de nos principes d'une part , et de l'autre Fincohérence et la contradiction de ceux de vos ministres. Ce que je désire encore , mon cher frère , c'est que vous traitiez avec eux et leur rendiez mes sentimens de manière à ne point les aigrir , ni même les indisposer contre moi. Que ne suis-je à portée de le faire/moi-mçqie !

lis verroient bientôt que ce n'est ni la passion , ni l'esprit de parti qui me dirigent , mais uniquement Tempire de la vérité et la lumière de la foi dont il a plu au Seigneur de m'éclairer.

22.<* Si vous êtes convaincu de la vérité de la religion catholique , par les raisonnemens que je viens de vous exposer, ô mon cher ami ! ne rougissez pas de la confesser ; il est d'une ame noble d'avouer son erreur et de la rétraeter. La vôtre , d'ailleurs , sera moins votre erreur que celle de votre éducation , si , après en avoir connu le vice et le poison , vous n'en faites pas , par un attachement volontaire et une résistance opiniâtre à la vérité connue , votre erreur propre et personnelle ; souvenezvous de cette parole de Jésus-Christ : Ceux qui ne m'auront pas confessé devant les hommes^ je les méconnoîtrai devant toutes les nations assemblées.

23.® Voici , mon cher frère , une réflexion qui se présente à mon esprit , et qui me paroît former une bien forte présomption en faveur de notre religion.' Cette religion est seule vraie, seule divine , qui seule inspire des sacrifices vraiment héroïques et au-dessus des forces ordinaires de 4a nature : or , permettez-moi de vous le dire , l'Eglise catholique me fournit , en ce genre , des exemples que je chereherois inutilement dans toutes les sociétés

( 54 ) protestantes. J'ai. vu souvent, et je vois encore tous les jours des personnes de la plus hante considération et de la première qualité dans le monde , des dames d'une complexion foible et délicate , renoncer aux plaisirs , aux richesses , aux honneurs du monde , pour se dévouer les unes au service des malades et des mourans , dans les hôpitaux , c'est-à-^dire au milieu de l'infection ; les autres , à la plus rigoureuse pénitence , dans la clôture étroite d'un monas** tère. Parmi ces dernières , madame Louise , tante du roi de France, fille chérie de Louis XV , tient le premier rang ; on Ta vue dire adieu à la plus brillante cour de l'Europe , dans la force de l'âge ; s'ensevelir dans l'obacurité d'un couvent de Carmélites, oii l'on observe les règles les plus austères , pour y être confondue avec le commun des religieuses ses sœurs , et y exercer les plus viles fonctions , comme de balayer la maison , laver la vaisselle , etc. ; tout cela pour honorer . et imiter la vie humble de son divin Jésus qui y étant le souverain majtre du monde , a pris sur lui la forme d'un esclave , et s'est fait obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix, Elle m'a assuré elle-même qu'au milieu des grandeurs et des plaisirs de ce monde, jamais elle n'a goûté les pures délices dont elle jouit maintenant dans la pauvreté , la pénitence , 'obéissance et les humiliationsdu cloître.

• 24.® Je ne puis terminer ma lettre sans ajouter encore un mot sur la catholicité , c'està-dire sur l'universalité de l'Eglise. Vous reconnoissez comme nous cet attribut dans le symbole des Apôtres , et nous le voyons clairement exprimé dans l'Ecriture ( Gen. c. 1 8 et 22 ; Ps. 2 et 7 ; Act. ci, v. 8 , etc. ). Cette universalité ne convient sûrement à nulle autre Eglise qu'à la nôtre : elle est si étendue et si visible dans les contrées du monde les plus remarquables , qu'elle ne pourroit être cachée pour tous ceux qui veulent sincèrement cher*cher.et rcconnoître la vérité. Elle a un nombre considérable d'Evêques et de missionnaires dans les Indes orientales. On compte des mil-»lions de catholiques à la Chine; et jusque dans l'enceinte du palais impérial de Pékin, nous ^vons une église très-spacieuse. Nier tous ces faits , ou même les contester , ce seroit le comble de la folie , tant ils sont publics et notoires. Tout le monde connoît , à Paris , le séminaire établi pour l'éducation et l'entretien des missionnaires étrangers ; et , à Rome , celui qui porte le nom de propagande fide ^ dans lequel j'ai vu un grand nombre de jeunes gens de toutes les nations , qui , après y avoir reçu la prêtrise , sont envoyés dans leur pays pour y prêcher l'Evangile à leurs parens et à leurs compatriotes. Actuellement se trouve à Paris le fils unique du roi de la Cochinchine j

,amené par un Evêque missionnaire du pays , qui avoit été élevé ici au séminaire des Missions , etc. Je vous laisse maintenant réfléchir sur tout cela devant le Seigneur , et dans la droiture d'un cœur qui ne veut ni tromper, ni se faire illusion à soi-même.

25.® Mon cher frère , que ne puis-je vous rendre toutes les impressions que j'éprouve en mol-même depuis que la main de Dieu a daigné me retirer de la voie où nous avoit engagés tous deux le malheur de notre naissance et de notre éducation ; je ne puis vous y voir , et penser, sans frémir , qu'en demeurant chacun séparé l'un de l'autre pour la religion, il faut nécessairement que l'un de nous deux se perde dans l'éternité. Quand je compare ce texte de

•-saint Paul , une foi , avec cet autre du même Apôtre , sans la foi , // est impossible de plaire à Dieu , et par conséquent de se sauver , je ressens la douleur la plus vive de cette séparation éternelle qui se fera entre nous , si l'un ou l'autre ne change de religion ; car il n'y a qu'un de nous qui ait raison , puisque notre foi à présent est entièrement opposée. Si c'est moi qui m'égare , venez , accourez à mon secours ; que pouvez-vous avoir de plus cher au monde , après votre salut , que le salut d'un frère qui vous aitne et que vous aimez ? Si c'est vous qui êtes dans la voie de perdition , ne me refusez pas la liberté et la

( 57 ) consolation de vous rendre le plus grand de tous les services , en vous rappelant , au nom de la vraie épouse du Sauveur , la seule à qui . il appartienne d'engendrer les élus de Dieu , à la voie de la vérité. Réunis tous deux entre les bras de cette tendre mère , nous ferons tout ensuite pour obtenir de Dieu qu'il ramène à soi celui par qui il nous a donné le )our , c'està-dire que nous réunirons tout notre zèle pour devenir en quelque sorte les pères de notre père , en lui procurant une vie bien plus précieuse que celle que nous lui devons. Cest , mon cher frère et mon très-cher ami , ce que je désire souverainement par les entrailles de la charité de notre Père céleste et de Jésus- Christ son fils. Pensez-y comme vous y penseriez la veille de votre mort, je vous en con-^ jure , et donnez cette preuve de votre amitié à un frère qui ne vit plus que pour vous, pour notre cher père et nos compatriotes. Je vous embrasse avec toute la tendres3e d'un cœur qui est tout à vous , etc.

Signé ^ Thayer.

A Paru, ce i**' mai 17&7. Au sëminaire de Saint-Sulpicc.-

A M. Naihanael Thayer, Boston.

■»»■»>—» I I I II ■ J "Il i» » « I '9^ § ' 9 'f - 9 ■ I II P- I t I» "I li»i^.»^w>»»

LETTRE

Page 1