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80 DISCOURS des couteaux de Poche contre des cigarettes ; rendu à un certain âge il spécule sur Jes connaissements, il trafique à la bourse, il signe des billets et se livre à tout ce qui constitue le commerce. Le principe de Ja vente et de l’échange est vieux comme le monde et procède des civilisations antérieures ; le chrétien civilisé et le Sauvage emplumé le Pratiquent avec une égale aisance, Naturellement, on en abuse quelquefois comme d’une foule d’autres bonnes choses, Par exemple on a été l’implanter jusque dans les mœurs politiques, ce qui était, sûrement, dépasser le but. Mais tant qu’on ne le prostitue pas à cette fin ou à d’autres du même genre, le Commerce est un grand outil de civilisation.
Sans le commerce nous n’aurions pas pu diner comme nous avons diné ce soir et nous n’aurions pas dégusté les vins excellents qui ont égayé notre banquet. A mon avis, du moment que les marchands garnissent les marchés du monde, ils ont bien le droit de goûter aux excellentes choses qu’ils mettent à notre portée, Le commerce, en tout cas, est un instrument d’éducation admirable. I] Provoque les découver-
tes les plus utiles de la science, il réunit les extrémités de la terre, il suscite l’amitié parmi les différents groupes et les diverses races en les unissant par un lien d'intérêt commun. Il exerce une salutaire influence en empêchant ou en atténuant les querelles nationales et se prête au développement de la philanthrapie sous toutes ses formes. Ainsi, sans le commerce il n’y aurait pas de missionnaires chez les sauvages; le missionnaire suit le commerce, il est vrai qu'il est suivi lui aussi par le rhum, la poudre à canon et autres prouuits délétères, mais il contrecarre tout cela avec des bibles et des livres de prières qui doivent sûrement être un antidote suffisant, de telle façon que le dernier mot reste à la civilisation et cela, grâce au commerce.
Si j'avais le don de la parole, je pourrais encore m'étendre là-dessus, mais je ne veux pas abuser et je vous quitte en vous demandant de remplir vos verres et de boire “ Au succès des entreprises commerciales, source de la prospérité nationale et instrument de la civilisation.”
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A un diner de marchands de nouveautés.
MESSIEURS
Les nouveautés, les “ marchandises sèc{res ” qui sont votre commerce, sont traitées quelquefois comme une chose bie- peu poétique. J'avoué que le nom usuel manque de charme; néanmoins qui niera tout ce que contient de poésie l'occupation à laquelle vous vous livrez? Lorsqu’un pédant s’est écrié: “ la beauté sans atours est la plus chatoyante ”, il proférait à la fois une bêtise et une calomnie. Va:t-on dire que la beauté ne tire Pas un charme plus exquis du choix d’étoffes seyantes et que la laideur même ne peut pas fasciner quand elle est élégamment drapée? Notre grand mépris pour les tribus
barbares provient surtout de ce que le nu est de rigueur dans leur cérémonial, Le vêtement est à l'humanité ce que la monture est au diamant ; nous Savons tous que la pierre la plus précieuse n’a aucun attrait sans une monture convenable. Les dames, que le ciel les bénisse, ne pourraient Pas vivre dans un monde où les étoffes précieu-
ses seraient ignorées et l'homme aurait une drôle de tête si on le dépouillait de son linge blanc et de son drap fin. Platon, pour montrer à ses élèves combien l'être humain aurait l'air ridicule sans les secours de l’art, plumait un poulet et l’exhibait à son école, en disant: “ Voici l’homme à l’état nature, un bipède sans plumes.” Votre tâche consiste à fournir les plumes que la nature nous a refusées.
Le désintéressement le plus complet est d’ailleurs votre apanage dans la distribution de vos faveurs. (C’est à vous que s'adresse la fiancée rougissante et timide, pleine de joie et d’espérance, et’ us l’ornez pour le moment suprême. C'est eme à vous que la veuve s'adresse au comble de la douleur, et vous la promenez tendrement par toutes les teintes funéraires, du noir jais du grand deuil, au violet du demi-deuil. Vos grands magasins sont les parlements où pérorent ces dames, puisque la loi leur refuse accès dans les enceintes délibérantes. Le droit de magasiner est leur droit le plus sacré, comme le nôtre est de payer le compte. Laissons encore longtemps les closes dans le statu quo. Lais-
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Sons pour de longues années à venir le beau sexe se livrer à son petit exercice et aceptons-en la responsabilité d’un cœur léger.
Et maintenant, messieurs, comme le sujet est sec, mouillons-le gaiement et vidons nos verres aux bons maris qui aiment encore à voir leurs femmes bien habillées.
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Réponse.
Aux marchands, avez-vous dit, messieurs.
Nous acceptons ce toast avec gloire. C’est le marchand qui fait la valeur de toutes les productions du monde. C’est l'échange qui procure le plus haut prix pour les produits de l’industrie. Le cultivateur, le fabricant, l'artisan doivent au marchand la richesse et le luxe que leur Procurent leurs œuvres. Le marchand prend les récoltes du cultivateur, les articles innombrables du fabricant et il leur donne, en échange, de l’argent, de la soie, du sucre, du thé et des fruits de
tous les climats. C’est par l'échange que les prix grossissent ; l'échange est le ressort de la richesse universelle. Le tratic et le commerce assurent au Canada, sa grandeur et sa liberté. Si le pays est plus riche aujourd’hui qu’il n’était, il y a quelques années, c’est à ses marchands qu’il le doit. A eux nous devons les chemins de fer, les lignes de navigation, les télégraphes, les téléphones, le nerf de la guerre et la joie de la paix. C’est le marchand qui permet au cultivateur de vivre en roi et à la femme et la fille de l'artisan de se parer de soie et de velours. C'est devant le marchand que recule la vie sauvage, c'est derrière lui que s’avance la civilisation. Le “ Roi Négoce ” est la seule expression qui rende avec justesse toute la grandeur, l'utilité et l'importance de la profession commerciale; sans fausse fierté, nous acceptons tout ce que vous avez dit d’aimable sur une occupation qui aous est chère, et nous vous en remercions du fond du cœur.
Toast pour un diner d'avocats, par un étranger.
M. Le PRÉSIDENT, MESSIEURS,
Vous êtes tellement accoutumés à l’éloquence que c’est vraiment de la déloyauté d’appeler un profane comme moi à faire un discours. J'a- Perçois autour de moi tant de visages déjà célèbres, que vous me voyez absolument transi, Si je me fusse douté de votre appel, j'aurais sûrement fait défaut et Pour le moment je soumets immédiatement Pour ma protection un plaidoyer de Suspension de sentence.
Je vous félicite, messieurs, de la bonne harmonie et de la parfaite amitié Gui semblent ré- Bnér autour de cette table, En écoutant les répliques acerbes, les raille: ‘es Sarcastiques des gens de robe, on ne se douterait jamais qu’en particulier ils puissent être animés d’un amour fraternel aussi Prononcé, avec autant de bonne volonté commune. Vous cessez de vous taquiner, je vois, quand vous taquinez la bouteille, Vous ne mêlez ni bitter ni absinthe dans vos verres. Vos flacons d’amertume extérieure font
place aux carafons d’ambroisie. Si j'en juge par ce que nous voyons ici ce soir, messieurs, {es altercations dont je parlais sont toutes superfcielles, ce sont des questions d’affaires, er les mots un peu raides que le devoir professionnel vous oblige à échanger ne vous empêchent pas de vous aimer les uns les autres. Je vous assure qu'il est bon de pouvoir quelquefois passer derrière le rideau et de juger qu’il n'existe pas tant de haine entre de bons citoyens, que ces grandes colères sont de la fiction légale et que la réalité est une bonne et solide amitié. Croyez-moi, messieurs, j’éprouve toujours un vrai plaisir de vous rencontrer dans des occasions comme celle-ci, mais j'avoue que le plaisir est beaucoup moins grand lorsqu’en qualité de demandeur ou de défendeur je vous rencontre dans la plus coûteuse de toutes les places d’amusement, au Palais de Justice.
J'espère que cette dernière remarque ne m'exposera pas à être traduit pour mépris de cour, et je me permets de porter le toast suivant qui résume le plaisir que j'ai éprouvé en
votre compagnie : “ Aux avocats distrayants.”
A un diner militaire.
Messieurs,
Après le maniement des armes, il n’y a rien, je crois, qui puisse autant exciter l'âme d'un soldat qu’un duei au Couteau avec mêlée de fourchettes, accompagné de explosion des bouchons de champagne et du Pétillement des vins mousseux. D'ailleurs, mes amis, je n'ai au. cun doute que c’est une manœuvre dans laquelle nous savons tous tenir dignement notre place et le pays ne peut sûrement Pas nous demander plus que nous ne sommes capables de faire à cet égard: ce n'est jamais l'enthousiasme qui fait défaut. D'ailleurs Pourquoi manquerions-nous d'empressement aujourd’hui ? Nous fêtons un anniversaire qui nous est cher, nous nous réunissons pour rappeler fièrement les services que nous avons rendus et pour proclamer joyeusement les services que nous sommes prêts à rendre à nos concitoyens si le besoin s'en fait sentir. Mais il est inutile d’attrister cette réunion par de longs discours, je ne veux pas jeter de
l'eau froide, pas plus dans vos verres, que sur vos esprits et je bats prudemment en retraite en buvant avec vous pour vous souhaiter d’avoir toujours, à votre côté, une bonne épée et à la main, un grand verre.
Réponse.
Messieurs,
Vous venez de boire lestsment la santé bien
guerrière qui nous a été portée par notre excel-
lent camarade et ami. Les paroles aimables dont il a bien voulu accompagner ses souhaits, nous
ont touchés profondément. Nous sommes également sensibles à la délicate attention dont il a
fait preuve en maintenant dans de brèves limites ses compliments et ses remarques. Je suis d’autant plus heureux de sa discrétion que je compte bien le surpasser à cet égard.
La parole n’est pas l’apanage des guerriers habituellement, et ccux que j'ai vu parler beaucoup n'étaient pas les plus nine Com-
ment, on cite même couramment le cas d’un colonel québecquois dont le bataillon fut appelé Pour combattre les Féniens. Les miliciens une fois rassemblés, il commença à leur faire un discours pour leur inculquer la grandeur de leur mission; quand il eut fini de parler, les Féniens avaient repassé la frontière et il ne restait plus qu'à débander le bataillon.
Mais je ne veux pas qu'il en soit de même ici ce soir et comme je vois plusieurs d’entre vous qui s’agitent désespérément sur leurs sièges, je prends le parti de conclure en exprimant une fois pour toutes la satisfaction que nous cause le bon accueil fait à notre santé, proposée par le camarade qui m’a précédé.
Soyez sûrs que la milice canadienne tiendra à honneur de toujours être à la hauteur de sa tâche, qu’elle suivra constamment le front haut la voie qui lui est tracée par son patriotisme et son dévouement.
Encore une fois, messieurs, merci.
A un diner d'ouvriers.
CoMPAGNONS,
S'il y a quelqu'un qui mérite un peu de récréation, qui doit quelquefois jouir de quelques heures de repos en société, c’est bien l’homme qui gagne sa vie à la sueur de son front, Le travail es honorable, c'est vrai, mais on oublie d'ajoute !u’il épuise le travailleur. La marche incessante de la machine humaine en fatigue le mécanisme absolument comme s’usent les volants et les leviers, et : est pas mauvais quelquefois de la lubréfier sec de l’huile de bonne camaraderie. Le travail est le géant sur lequel repose le monde, et si fort qu’il soit, le géant sucomberait à la tâche, si on refusait à son esprit et à ses muscles une quantité légitime d’allégement et de relâchement. Notre intérêt d’ailleurs exige que nous nous réunissions souvent de cette façon amicale pour échanger des idées sur les questions qui nous intéressent en commun et pour nous suggérer mutuellement les mesures que nous croyons propres à amélio-
rer notre condition. Je ne suis certainement pas de ceux qui veulent à tort, considérer comme des ennemis le Capital et le Travail. Au contraire, je considère que la bonne entente et l’harmonie entre ces deux forces est la garantie la plus certaine de leur heureux développement.
D'ailleurs, je suis heureux de dire que cette idée se propage sans cesse parmi les hommes d’argent comme parmi les hommes de muscles. Naturellement, il est toujours bicn nécessaire que : nous veillions à nos affaires. Le capital ne manque pas de dispositions à empiéter hors de son domaine et ce n’est qu’en affirmant conjointement leurs droits que les ouvriers les feront respecter. Ne demandons rien de plus que la justice pure et simple, mais aussi entendonsnous bien pour ne rien accepter de moins! Mon toast scra donc:
“Le Capital et le Travail, puissent-ils toujours progresser la main dans la main pour l’avantage du plus grand nombre.”
Réponse.
MEssrEURS,
Vous avez entendu la santé qui était portée et l’empressement que vous avez mis à boire aux nobles et grandes idées qu’elle comportait est un indice bien certain de l’état d'esprit qui anime les ouvriers canadiens.
Nulle part on ne peut trouver une classe d'hommes plus probe, plus loyale et plus hono-
rable que celle à laquelle nous appartenons.
C’est une justice que nous pouvons et que nous
devons nous rendre parce que personne n’a jamais pu mettre en doute la vérité que je proclame ici.
Si notre pays a été remarquablement indemne des troubles et des difficultés qui ont désorganisé et quelquefois ensanglanté les autres contrées du globe, c’est dû à la sagesse, au patriotisme et à l'esprit de sacrifice qui nous animent. Je ne prétends pas pour cela, que nous n’ayons pas eu des déboires à subir, que nous ayons toujours et en tout lieu été traités comme
nous devions l'être. Nous avons eu certes des heures cruelles à passer; beaucoup d’entre-nous ont quelquefois souffert dans leur famille et dans leur dignité d'hommes, mais ils ont noblement refoulé dans leur cœur tout sentiment de révolte, tout ressentiment des insultes, pour suivre le principe chrétien qui leur conseille de rendre le bien pour le mal et pour attendre du temps, le grand redresseur de tous les torts, la réparation de ce qu'ils enduraient en silence.
Le grand exemple donné par les classes laborieuses du Canada a-t-il été compris et at-il eu toute sa portée? Nous l’espérons; car ce serait mal nous connaître que d’attribuer à un autre esprit que celui du dévouement au pays la mansuétude dont nous faisons preuve.
L'ouvrier vit ici en paix à côté du capitaliste et, faisons le vœu qu’il en soit ainsi pour de longues années à venir! Tant que l’état de choses ne se modifiera pas, que notre contrée sera affranchie de ces absorbantes combinaisons où l'or et l'argent s'appliquent à donner le maximum de leur force brutale, il n’y a pas lieu de
croire qu'aucun changement se produise dans l’heureuse situation présente.
Plus tard? Mais, quoi? A chaque jour suffit sa peine. Ne cherchons pas à percer l'avenir et pour le moment contentons-nous de jouir du temps tel qu'il vient, de nous amuser entre camarades et de nous souhaiter à tous bonne chance et bonne vie.
+e+.se Diner d’un club nautique.