MONSIEUR, MESSIEURS
Si j'employais, pour vous faire ressentir toute la gratitude que j'éprouve de votre aimable réception, le langage mesuré qui a cours ordinairement, vous seriez en droit de trouver réellement froide et insuffisante l'expression de mes sentiments. Je laisserai donc de côté la phraséologie ordinaire pour vous dire très simplement que je vous remercie de la bonne opinion
que vous avez de moi, que je suis heureux de me rencontrer avec vous en bons amis et de jouir de votre société avec cette bonne vieille libre façon qui est celle du cœur et qui vaut mieux à mon avis que toutes les grandes manières et les cérémonies.
Je vous remercie tous de votre sympathie et de vos br is souhaits. L’approhation de ceux dont la bienveillance est digne d’égards, constitue un baume puissant pour panser les blessures et les égratignures auxquelles est exposé dans sa carrière tout homme qui à un rôle à jouer. Une certaine portion du public semble avoir pris pour devise, le cri de l’Irlandais à la foire de Donnybrook: “ Toute les fois que tu apercevras une tête frappe dessus.” Aussitôt qu’un individu quel qu’il soit s'élève un peu au-dessus de son entourage ou même tente seulement de faire
dépasser sa tête, ne serait-ce que d’un cheveu, il est sûr que les coups vont pleuvoir dru. Ici, je me sens tranquille et à l’aise, je suis avec de bons et braves cœurs et, encore une fois, monsieur, je vous offre ainsi qu’à tous ceux qui vous entoutent, mes bien sincères remerciements.
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104 DISCOURS Toast po1r la santé de l'hote dans un diner intime. Messixurs,
Veuillez remplir vos verres à pleins bords; le toast que je vais vous proposer doit être bu haut le coude et rubis sur l’ongle. Je n'ai pas l'intention de vous faire un long discours; mon toast parle par lui-même et ira droit au cœur sans qu’il soit besoin d'introduction:
“ Je propose, messieurs, la santé de notre aimable et généreux amphytrion. Que la santé et le bonheur soient avec lui et que le succès complet accompagne toutes ses entreprises.
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Réponse de l’amp'ytrion.
Mes AMIS,
C’est le cœur qui doit répondre quand 1- :œur exprime des sentiments aussi cordiaux et amicaux que ceux dont notre ami commun vient de se faire l'écho et auxquels se sont joints avec tant de bonne grâce ceux que je vois ici autour
de moi. S'il y a dans la vie un plaisir sans mélange, c'est bien de se rencontrer dans des réunions comme celle-ci où l’on oublie pour un moment les soucis et les ennuis de ce siècle avide et où l’on jouit librement comme sans réserve de tous les biens que les dieux ont préparés pour nous. Je ne sais si vous êtes comme moi, messieurs, mais lorsque je suis chez un ami, les pieds sous la table, le dos au chaud, je me trouve absoïument à mon aise. J'ai fait de mon mieux afin qu'il en soit de même pour vous et j'ose espérer avoir réussi. La vie est trop courte pour qu’on la consume entièrement au travail. Parmi les devoirs qu’elle r:;us impose, il en est un, je crois du moins, qu'il ne faut pas négliger, c'est la bonne camaraderie. Nous sommes âpres à la besogne lorsque le gain en est l’objet, pourquoi ne le serions-nous pas aussi quand il s'agit de s'amuser? Si la Providence avait voulu que notre carrière terrestre füt toute de douleur et de pénitence, elle n’aurait jamais mis à notre portée tant de sources de plaisir et d’arr. 4sement. S'il en eût été ainsi, elle nous eût fait naître dans quelque monde aride et volcanique,
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dans cette lune peut-être, où suivant les astronomes il n'y a pas une goutte à boire, même pour les prohibitionnistes les plus renforcés. Si tel eùt été notre sort, nous en aurions tiré le meilleur parti possible. Mais il n’en est pas ainsi; nous vivons dans une planète que nous avons toutes les bonnes raisons possibles de considérer comme l’Eden du système; ne gaspillons pas notre chance et profitons de toutes les bonnes choses qui s’offrent à nous. Tout en nous efforçant de remplir le mieux possible nos devoirs envers le Grand Pourvoyeur de toutes choses et envers nos semblables, ne dédaignons pas de nous dérouiller quelquefois dans une petite fête anodine. Je vous ai servi le fond de ma petite harangue, et comme commentaire je vous prie de remplir vos verres et de vous joindre à moi pour boire à la santé de l’ami qui a proposé la mienne. “ A la santé de M... et puisse-t-il être toujours heureux au delà de ses désirs.”
Réponse au toast précédent.
MESSIEURS, MEs AMIS,
Je suis réellement bien pris. Quand j'ai porté la santé que vous avez bue avec tant d’enthousiasme, je ne me doutais pas que notre aimable amphytrion me tendrait un pareil piège dans sa réponse. J'avoue ne pas être expert dans l’art d’aligner les phrases et je serai forcément bref. Je remercie sincèrement notre excellent hôte des compliments qu’il m’a adressés et auxquels, messieurs, vous avez bien voulu vous joindre. Il est probable que le bon vin est l’excuse la plus plausible de la considération dont vous faites preuve à mon égard, et cette excuse est parfaite, car jamais breuvage plus exquis ne mouilla la luette de plus joyeux compagnons.
Pour terminer, messieurs, je bois à votre santé collective et pour suppléer à mon insuffisance comme orateur, je vous demande à mon tour de répondre tous individuellement et de nous fournir à flots de l’éloquence pour toute la soirée. Si