M. LE PRÉSIDENT, MESSIEURS
Bien que l'eau froide soit notre élément, je suis très heureux de constater qu'il n'en a pas été jeté sur notre enthousiasme et que nous avons conservé dans son intégrité tout notre goût pour le plaisir et la bonne chère. De temps immémorial les maîtres d'équipage ont joui du privilège de se mouiller le sifflet et les joyeux matelots ont toujours été ceux du premier bateau. Ce n'est pas une sorte d'excuse que j'in-
voque ici ; bien que nos coeurs bouillonnent, bien que l'esprit pétille, nous n'avons sûrement pas encore la quille à l'envers.
Je désirerais, messieurs, que nous eussions parmi nous ce soir quelques buveurs d'eau. Je les respecte énormément, savez-vous. Ce sont des frères. Pour no'tre part, Tusag^e de l'eau est externe; ils s'en servent, eux, pour l'usage interne; en d'autres termes, nous jouons face et ils jouent pile.
Je leur désire tout le bien possible ; néanmoins, si vous voulez, de temps en temps, vous trouver à votre aise, vous devez ne pas négliger l'estomac et prendre un bon verre sans scrupule. D'ailleurs, y a-t-il un cri plus mélancolique, une lamentation plus déchirante que celle du vieux marin : " Que d'eau ! que d'eau, et pas un coup à prendre !" ?
Je partage entièrement cet avis, je sais que c'est cetui de tout le Club, et je vous propose donc ce toast :
" Iv'eau et le vin, heureux ceux qui font honneur à tous deux. "
Discours pour un diner de club de chasse et de pêche.
Messieurs,
La fraternité à laquelle nous appartenons méprise profondément les hommes qui se croient très sages et qui se disent très positifs. Ces gens-là se figurent qu'il n'y a dans ce monde qu'une chasse qui vaille la peine : la chasse au dollar et qu'une pêche excitante : la pêche en eau trouble. Nous pensons autrement. Ce n'est pas que nous négligions et méprisions les affaires. Loin de là. Mais nous prétendons que le repos comme la récréation sont des besoins de l'humanité et que le sport des bois et des champs, des lacs et des rivières étant le plus sain, le plus excitant de tous les exercices, il est bon de s'y livrer et de le protéger.
Ainsi pour assurer la durée et le plaisir de ces sports, il y a des règles à observer et la loi doit en imposer le strict respect. Si le gibier doit être à la merci des braconniers qui tuent en toute saison ; si le poisson doit être décimé sans répit, il n'y a aucun doute que notre raison d'ê-
tre et notre passe-temps disparaîtront en même temps. Tous les ans le gibier à plumes et à poil de ce pays se fait de plus en plus rare et son extermination finale même dans les parties du pays les mieux fournies ne fait de doute pour personne à moins que les lois de chasse ne soient scrupuleusement suivies. Nous avons des lois de chasse, mais ici, comme ailleurs, elles sont malheureusement, trop souvent, lettre morte. Les délinquants sont trop rarement poursuivis. Nous avons des Clubs de chasse et de pêche qui assument le soin de veiller à l'observation des lois de pêche et pourtant personne n'ignore tous les dégâts cjui se commettent constamment.
Messieurs, comme chasseurs et pêcheurs, comme sportsmen, notre devoir est de nous unir pour mettre un terme à ce massacre brutal et je vous propose de boire: "Au vrai sport et pas de quartiers pour les braconniers."
Pour un diner de club de courses.
Messieurs,
Le cheval est l'ami de l'homme, et lorsque quelqu'un prend goût aux courses, c'est pour toujours. Les chances sont qu'il se passera du temps avant qu'il renonce à la fascination du turf. Des personnes très dignes et évidemment animées des meilleures intentions à leur point de vue, insinuent charitablement que l'entrée du champ de courses est à deux pas de celle de l'Enfer. Mais j'ai toujours remarqué que les Pharisiens de ce calibre nourrissaient toujours quelque bon petit vice ou quelque petite passion qui leur était propre et qui n'était pas moitié aussi innocente que les courses de chevaux.
Une des raisons d'être des associations comme celle-ci, est l'amélioration de la race du plus noble animal qui existe; la symétrie, la beauté, la vitesse des chevaux de course modernes sont une indication bien claire que ces efforts n'ont pas été perdus. Il est vrai et nous admettons qu'il
s'introduit quelquefois sur le turf des individus peu recommandables ; il se peut que même parmi ceux qui font courir, certains individus ne mettent pas dans leur façon d'agir toute la délicatesse et la rectitude désirables, mais, peut-on empêcher l'ivraie de se mêler au bon grain et croit-on que nous n'ayons pas autant à cœur que n'importe quelle autre association d'exclure de nos pistes, de nos écuries et de nos clubs les malhonnêtes gens qui les déshonorent? Après tout, le pays serait peut-être heureux si dans la politique et à la bourse, il ne se commettait rien de pire que sur les champs de course. Laissons donc dire les esprits chagrins et buvons à la pro'spérité d^ nos champs de course.
# # * * Toast en l'honneur d'un hôte distingué.
Monsieur,
J'ai accepté la délicate mission de vous exprimer le plaisir que vos amis présents à cette fête éprouvent de vous voir au milieu d'eux et
d'être à même de vous souhaiter une bienvenue cordiale. Nous sommes heureux que vous nous ayez fourni Toccasion de montrer combien nous apprécions les mérites du distingué concitoyen que nous nous plaisons à honorer. Une rencontre autour de la table, sans cérémonie ni formalité, l'échange de compliments entre simples citoyens sans qu'il soit question d'organisation officiellement combinée ni rassemblée pour une présentation solennelle, sont certainement plus agréables pour vous et vous font sûrement plus de plaisir que toutes les démonstrations possibles.
Je ne me crois pas à même, messieurs, de m'acquitter convenablement de la tâche difficile d'exprimer les sentiments de respect et d'animation qui vous animent à l'égard de notre hôte. Il me faudra lui laisser le soin de s'en rendre compte par lui-même dans cette joyeuse fête. Cependant, je vais me risquer à exprimer nos sentiments communs à l'égard de notre honorable et estimé concitoyen en proposant un toast auquel, j'en suis sijs, s'associeront tous les cœurs dans cette compagnie:
*' Messieurs, à la santé de M . . . puisse-t-il vivre longtemps pour jouir de l'estime de tous et pour continuer à orner la société de ses talents et de ses mérites."
Réponse.
Monsieur, messieurs,
Si j'employais, pour vous faire ressentir toute la gratitude que j'éprouve de votre aimable réception, le langage mesuré qui a cours ordinairement, vous seriez en droit de trouver réellement froide et insuffisante l'expression de mes sentiments. Je laisserai donc de côté la phraséologie ordinaire pour vous dire très simplement que je vous remercie de la bonne opinion que vous avez de moi, que je suis heureux de me rencontrer avec vous en bons amis et de jouir de votre société avec cette bonne vieille libre façon qui est celle du cœur et qui vaut mieux à mon avis que toutes les grandes manières et les cérémonies.
Je vous remercie tous de votre sympathie et de vos bons souhaits. L'approbation de ceux dont la bienveillance est digne d'égards, constitue un baume puissant pour panser les blessures et les égratignures auxquelles est exposé dans sa carrière tout homme qui à un rôle à jouer. Une certaine portion du public semble avoir pris pour devise, le cri de l'Irlandais à la foire de Donnybrook : '' Toute les fois que tu apercevras une tête frappe dessus." Aussitôt qu'un individu quel qu'il soit s'élève un peu au-dessus de son entourage ou même tente seulement de faire dépasser sa tête, ne serait-ce que d'un cheveu, il est siir que les coups vont pleuvoir dru. Ici, je me sens tranquille et à l'aise, je suis avec de bons et braves coeurs et, encore une fois, monsieur, je vous offre ainsi qu'à tous ceux qui vous entourent, mes bien sincères remerciements.
Toast poir la santé de l'hote dans un diner intime.
Messieurs,
Veuillez remplir vos verres à pleins bords; le toast que je vais vous proposer doit être bu haut le coude et rubis sur l'ongle. Je n'ai pas l'intention de vous faire un long discours ; mon toast parle par lui-même et ira droit au cœur sans qu'il soit besoin d'introduction :
" Je propose, messieurs, la santé de notre aimable et généreux amphytrion. Que la santé et le bonheur soient avec lui et que le succès complet accompagne toutes ses entreprises.
■©-©■©■© Réponse de l'an^phytrion.
Mes amis,
C'est le cœur qui doit répondre quand le cœur exprime des sentiments aussi cordiaux et amicaux que ceux dont notre ami commun vient de se faire l'écho et auxquels se sont joints avec tant de bonne grâce ceux que je vois ici autour
de moi. S'il y a dans la vie un plaisir sans mélange, c'est bien de se rencontrer dans des réunions comme celle-ci où l'on oublie pour un moment les soucis et les ennuis de ce siècle avide et où l'on jouit librement comme sans réserve de tous les biens que les dieux ont préparés pour nous. Je ne sais si vous êtes comme moi, messieurs, mais lorsque je suis chez un ami, les pieds sous la table, le dos au chaud, je me trouve absolument à nron aise. J'ai fait de mon mieux afin qu'il en soit de même pour vous et j'ose espérer avoir réussi. La vie est trop courte pour qu'on la consume entièrement au travail. Parmi les devoirs qu'elle nous impose, il en est un, je crois du moins, qu'il ne faut pas négliger, c'est la bonne camaraderie. Nous sommes âpres à la besogne lorsque le gain en est l'objet, pourquoi ne le serions-nous pas aussi quand il s'agit de s'amuser? Si la Providence avait voulu que notre carrière terrestre fût toute de douleur et de pénitence, elle n'aurait jamais mis à notre portée tant de sources de plaisir et d'amusement. S'il en eût été ainsi, elle nous eût fait naître dans quelque monde aride et volcanique.
dans cette lune peut-être, où suivant les astronomes il n'y a pas une goutte à boire, même pour les prohibitionnistes les plus renforcés. Si tel eût été notre sort, nous en aurions tiré le meilleur parti possible. Mais il n'en est pas ainsi; nous vivons dans une planète que nous avons toutes les bonnes raisons possibles de considérer comme TEden du système; ne gaspillons pas notre chance et profitons de toutes les bonnes choses qui s'offrent à nous. Tout en nous efforçant de remplir le mieux possible nos devoirs envers le Grand Pourvoyeur de toutes choses et envers nos semblables, ne dédaignons pas de nous dérouiller quelquefois dans une petite fête anodine. Je vous ai servi le fond de ma petite harangue, et comme commentaire je vous prie de remplir vos verres et de vous joindre à moi pour boire à la santé de l'ami qui a proposé la mienne. " A la santé de M . . . et puisse-t-il être toujours heureux au delà de ses désirs."
Réponse au toast précédent.
Messieurs,
Mes amis,
Je suis réellement bien pris. Quand j'ai porté la santé que vous avez bue avec tant d'enthousiasme, je ne me doutais pas que notre aimable amphytrion me tendrait un pareil piège dans sa réponse. J'avoue ne pas être expert dans l'art d'aligner les phrases et je serai forcément bref. Je remercie sincèrement notre excellent hôte des compliments qu'il m'a adressés et auxquels, messieurs, vous avez bien voulu vous joindre. Il est probable que le bon vin est l'excuse la plus plausible de la considération dont vous faites preuve à mon égard, et cette excuse est parfaite, car jamais breuvage plus exquis ne mouilla la luette de plus joyeux compagnons. Pour terminer, messieurs, je bois à votre santé collective et pour suppléer à mon insuffisance comme orateur, je vous demande à mon tour cU répondre tous individuellement et de nous fournir à flots de l'éloquence pour toute la soirée. Si
lOS DISCOURS
cela ne vous convient pas, c'est votre faute et une autre fois vous choisirez un convive qui ait une langue plus déliée et plus habile que la, mienne. De cette façon vous vous éviterez l'ennui dont je vous ai accablé, depuis cinq minutes au moins et que vous avez supporté avec tant de calme, de résignation et de bonne humeur.
Santé du Président.
Messieurs,
Nous avons passé une excellente soirée, la réunion qui va bientôt se terminer comptera dans le souvenir de ceux qui y ont pris part parmi les mieux réussies et les plus agréables que Ton puisse désirer, et cependant il nous reste un devoir à remplir. Si spirituels que nous puissions être, si joyeux convives que nous puissions nous croire, vous reconnaîtrez avec moi que ce dîner n'auraitpas eu le charme que nous lui reconnaissons si nous n'avions eu à notre tête un guide aussi compétent que celui qui nous préside ce soir.
Quelle que soit la bonne camaraderie que nous fussions prêts à déployer; quelque étincelante que fût notre conversation, elle aurait perdu tout son sel et tout son entrain sans le tact et l'à-propos montrés par notre excellent ami dans sa tâche délicate. Il a été en tout point le riglif mail in tlic rigJif place et jamais président ne fut plus courtois et plus jovial. Il semble vraiment que son rôle dans la vie, ou du moins une partie de son rôle, consiste à mettre à l'aise les amis qui s'associent à ses côtés autour d'une table de banquet, à leur inspirer une humeur délicieuse, à les mettre d'accord avec eux-mêmes et avec le monde entier.
S'il existe un magnétisme social, je suis sûr que nous en subissons en ce moment l'influence et, convaincu que nous devons le plaisir que nous éprouvons maintenant, aux causes que je viens d'indiq;uer, j'ai l'honneur de vous proposer la santé de notre président.
* ■© -^ •© ■© -Sî
Képonse du Président.
Messieurs,
Il est bien heureux pour moi que je ne sois pas très timide, sans quoi j'aurais été certainement sufifoqué par les termes flatteurs dont notre ami commun s'est servi à mon égard, en votre nom, et je me serais trouvé dans l'impossibilité complète de répondre. Cependant, je n'ignore pas qu'un peu d'hyperbole est toujours de mise dans les compliments de ce genre, aussi, sans mettre en doute la sincérité et la cordialité de ses remarques trop élogieuses, je ne puis les accepter et les porter à mon crédit qu'avec un assez lourd escompte. Peut-être aurez-vous une opinion beaucoup moins favorable de mes talents de président, quand je vous aurai avoué qu'au sein de l'amusement général de ce soir, je me suis permis, pour une large part, d'oubHer la dignité de ma position et de me considérer comme simple membre d'une joyeuse réunion au lieu de songer que j'en avais la haute direction.
On me permettra cependant de faire remarquer que je n'ai jamais poussé cette indiscrète illusion jusqu'à négliger l'accomplissement de mes agréables devoirs, et jamais vous ne m'avez vu faire honneur à une santé sans lever bien haut un verre régulièrement et consciencieusement plein.
C'est d'ailleurs un devoir que je vais remplir une dernière fois en buvant une copieuse rasade à la santé de tous et de chacun de vous. Messieurs, recevez mes remerciements et mes compliments les plus sincères. Puissiez-vous vivre longtemps pour jouir de toutes les douceurs auxquelles nous avons participé ce soir.
Four la santé des Maîtres de la maison.
Messieurs, mesdames,
Je ne vais pas vous infliger un discours. Je veux seulement essayer de traduire en quelques mots les sentiments que je vois réfléchis sur vos figures et qui, je n'en doute pas, viennent directement de vos cœurs.
Si vous pouvez trouver dans vos souvenirs un moment plus agréable^ que celui dont nous jouissons ensemble, je devrai dire que vous avez été plus favorisés que moi. Mais je vois que vos yeux disent non, et que nous sommes tous dans le même cas. A qui devons-nous ces heureux instants, ce rayon de soleil qui vient égayer nos soucis et nos tracas de chaque jour? Ai-je besoin de dire que c'est à la gracieuseté du maître et au charme de la maîtresse de cette aimable maison, que nous devons l'atmosphère de joie qui nous entoure? La politesse cérémonieuse et la chaude hospitalité sont deux choses bien différentes, et je n'ai pas besoin d'insister pour vous dire quelle a été notre part ce soir. Aussi, je vous prie de charger vos verres à pleins bords et de boire à la santé et à la prospérité de nos amphytrions. Puissent-ils être toujours aussi heureux que leurs invités le sont ce soir!
Réponse.
Mes amis,
Comme les dames, en pareille circonstance, délèguent généralement au sexe fort, le soin de répondre, je m'acquitterai du mieux possible de ce devoir, pour moi et pour ma femme. Nous avons tous deux été aussi charmés de vous voir réunis autour de cette table, que vous nous avouez l'avoir été de répondre à notre très humble invitation. Cela fait du bien de se rencontre quelque fois, et si nous n'avions pas de temps en temps l'occasion de faire taire les soucis et les tracas dans quelques instants de bonne et franche amitié, notre âme s'endurcirait et nous deviendrions de misérables misanthropes.
Si nous avons eu ce soir quelque gaieté et quelque entrain, ce n'est pas au maître et à la maîtresse de maison que ce plaisir est dû, mais bien aux invités. Nous sommes entièrement vos obligés, et en mon nom comme en celui de ma femme, je vous remercie de la joie que nous a causée votre présence, joie encore considéra-
blement accrue, je l'avoue, par la conviction que vous vous êtes trouvés parfaitement à l'aise et que vous avez apprécié nos efforts pour vous rendre la soirée agréable.
Si ma femme n'étais pas réfractaire à la déclamation, je suis convaincu qu'elle aurait répondu beaucoup plus gracieusement que moi au discours flatteur de notre ami; mais je compte sur son obligeance pour excuser les imperfections du porte-parole de la communauté et j'ai le plaisir de boire du fond du cœur à votre santé collective.
Santé de la presse.
Messieurs,
Le " quatrième Etat ", comme on nous désigne quelquefois, mériterait sûrement, monsieur le président, un représentant plus autorisé que moi dans la présente circonstance ; mais, puisque l'on m'a demandé de répondre à la santé portée en son honneur, je me vois obligé de di-
re quelques mots sur un sujet dont l'importance est capitale et immédiate. '' La presse ", heureusement n'a pas besoin d'interprète. Elle parle d'elle-même. Quand elle est libre, le peuple est libre; quand elle est enchainée, le peuple est esclave. Notre liberté est grande, elle est peutêtre la plus grande qui existe, et si quelque fois cette liberté arrive à dégénérer en licence, la saine opinion publique créée et modelée par le journalisme honnête et loyal, réussit toujours à dompter le mal et à réduire son auteur. Les journaux sont les livres du million, les livres qui se lisent en courant. De tous les modes de diffusion de la pensée humaine, c'est le plus simple, le plus direct et le plus puissant. Toutes les notions utiles de l'époque sont concentrées dans nos journaux quotidiens et hebdomadaires et dans nos revues. C'est là que l'on trouve sous une forme abstraite et concise tout^ce que les cerveaux intelligents et travailleurs du monde entier font chaque jour pour améliorer la situation intellectuelle, physique et morale de la génération. Les découvertes, les inventions, toutes les nouveautés dans les arts et dans la
science, tout ce qui a quelque intérêt dans l'histoire courante ou quelque valeur dans l'histoire du passé, tout est résumé, critiqué et appliqué dans les colonnes et les pages des journaux. Une des fonctions les plus importantes de la presse, est de rendre public tout ce que le public désire savoir et a le droit de savoir. Nous sommes ici ce soir en famille ; le monde extérieur n'a plus accès jusqu'à nous et pourtant soyez sûrs qu'il doit y avoir parmi nous des détectives amis réunissant de la bonne copie et classant nos faits et nos gestes, si bien que demain nous nous contemplerons nous-mêmes, en grandeur naturelle, dans le premier journal du matin. Nous serons obligés alors de nous rencontrer face à face avec nos propres paroles agrémentées sans doute de quelques pointes sur nos erreurs ou nos prétentions. Rien aujourd'hui ne peut se cacher sous le boisseau. L'œil inquisiteur de la presse pénètre partout. Cet œil est comme celui du lièvre, il voit en avant, en arrière et de côté, rien n'échappe à son extraordinaire puissance de pénétration. La presse s'est constituée la police silencieuse du monde
social, et c'est une police autrement effective que tous les gendarmes de la chrétienté. La presse ne peut et ne doit effrayer que ceux qui préfèrent les ténèbres à la lumière. Messieurs, buvons " A la presse."
* * * * Santé de la Presse.
Messieurs,
Nous ne devons pas oublier que nous avons avec nous ici ce soir des personnages fort importants et envers lesquels j'ai pour ma part la plus profonde révérence. Pendant que nous nous réjouissions et nous amusions, pendant que les verres circulaient, eux ils travaillaient et ils travaillaient ferme pour nous et pour le public dont nous faisons partie. Lorsque demain matin, la tête peut-être un peu lourde des excellents vins qui ont circulé ce soir et qui circulent encore. Dieu merci, nous déploirons notre journal et nous jetterons les yeux sur la co-
îonne des faits divers, nous serons très fiers d'y lire notre nom en caractères moulés et d'y constater que nous avons fait un très profond ou très spirituel discours. Nous ne nous sentirons pas de joie si les quelques applaudissements que nous avons recueillis, y sont généreusement signalés. C'est avec une fierté difficile à dissimuler que nous tendrons la feuille à notre épouse pour la faire jouir de notre succès ; en arrivant à notre bureau, en nous promenant sur la rue nous aurons un sourire satisfait à l'idée seule que tout ce monde-là à lu notre succès. Voilà le vrai bonheur. Mais, à qui le devons-nous? A tous ces braves amis de la presse qui à deux pas de nous, courbés sur leurs cahiers de notes, le crayon aiguisé à la main, ne perdent pas un mot de ce qui se dit. Lorsque en sortant d'ici, nous réintégrerons le domicile, comme l'exige la bienséance, ces messieurs auront encore de longues heures à passer pour redresser nos idées chancelantes et mettre en ordre nos phrases trébuchantes.
Messieurs, n'oublions pas nos bons amis de la presse, ils ont en main une puissance dont ils usent pour notre bien, ils ont droit à toutes nos
sympathies, à tous nos égards et à toutes nos amitiés.
Remplissons nos verres et, " A la presse."
•S? -Sî -^ -^ -Sî ■Sî
Réponse.
Messieurs,
Mes amis et camarades me demandent de répondre en leur nom aux paroles aimables que vous venez de prononcer à notre intention et dont nous vous remercions très sincèrement.
Il est inutile pour moi de vous prévenir que je ne ferai pas de discours, inutile également de donner la raison de cette abstention.
Nous entendons, dans notre métier, beaucoup de discours; ces discours il nous les faut écrire; une fois écrits, il nous les faut relire. Je n'irai pas plus loin pour vous faire comprendre que finalement l'éloquence devient pour nous too miich of a good fJiing.
Cependant, je ne saurais laisser passer sans un mot d'appréciation le charmante réunion à
laquelle nous avons été conviés ce soir, et dont vous nous avez fait les honneurs d'une façon aussi aimable et courtoise.
Rarement, je vous assure, il nous a été donné d'assister à un banquet aussi joyeux, aussi agréable et aussi libéralement arrosé.
Au nom de mes confrères et camarades, je n'ai qu'un vœu à formuler, c'est que la bonne fortune nous procure encore une fois la chance d'être des vôtres, lorsque votre association se réunira de nouveau, sous d'aussi charmants auspices.
Toast de Sociétés Sœurs.
Messieurs,
Je me lève pour proposer une santé à laqudlle, je suis sûr, vous allez tous vous joindre du fond du cœur. Il y a ici et ailleurs des sociétés dont le but est identique à la nôtre et qui ont droit à nos plus chaudes sympathies. Nous avons parmi nous, ce soir, quelques-uns de leurs représen-
tants et nous manquerions aux lois les plus sacrées de la courtoisie, si notre bouche n'exprimait pas pour elles les sentiments de bienvenue que nous avons déjà ressentis dans notre cœur. La santé que je vais proposer, messieurs, n'a pas besoin de longs préliminaires. Elle est basée sur la fraternité et la cordialité qui doit exister et qui existe en fait entre sociétés d'un caractère identique et cette santé s'impose à tous sans que j'aie besoin d'insister sur son importance. Je propose donc, messieurs, '' La prospérité des sociétés sœurs et la bienvenue aux représentants qui nous ont honorés ce soir de leur présence,"