M. LE PRÉSIDENT, MESSIEURS
Comme membre d'une des sociétés sœurs comprises dans la santé que vous venez de boire avec tant d'enthousiasme et citées dans les remarques qui viennent d'être faites, j'apprécie hautement les sentiments aimables oui ont dicté
les unes et les autres. Je suis convaincu que les org^anisations auxquelles elles s'adressent éprouvent à votre égard une complète réciprocité de sentiment. Au nom de la ( . . . société) et au nom des autres sociétés comprises dans la santé et qui peuvent ne pas être représentées ici, je vous remercie de vos bons souhaits et fais en échange des vœux sincères et cordiaux pour la continuation de votre succès et de votre prospérité.
Santé des Dames.
AlESSlEURS,
Il nous reste une santé à proposer, santé qui s'impose dans une réunion de galants chevaliers français.
Cette santé c'est celle des dames, que nous boirons avant de nous séparer, pour que notre dernier souvenir soit avec elles et pour elles.
Messieurs, aux dames, à la Canadienne !
Réponse à la santé des Dames.
Messieurs,
Nous avons bu la santé des clames avec tous les honneurs qui leur sont dus et je me vois appelé à répondre en leur nom. C'est chose bien difficile, monsieur le président, de répondre pour les dames, surtout en ce moment où nous assistons presqu'à un schisme, où tout un contingent féminin ne se contente pas de vouloir répondre pour le beau sexe, mais aspire même à parler pour l'autre. J'avoue que c'est la minorité, et une petite minorité. Néanmoins, dans la société, comme en politique, les minorités ont leurs droits, et je m'empresse d'admettre que celle-ci proclame les siens avec toute la vigueur possible. Vous m'excuserez donc de ne pas l'inclure dans ma réponse. C'est inutile, elle sait tenir sa place et parler pour son compte. Si ces messieurs en doutent qu'ils assistent à quelque assemblée féministe ou même à quelque réunion du Conseil des Femmes, de la Dominion Alliance, et autres réunions où ces
dames font trembler le vice au souffle de leur éventail ! Les femmes de cette majestueuse catégorie, si elles sont comprises dans la santé que nous venons de boire, n'ont pas besoin de représentant. Eles peuvent remplir des volumes, que dis-je, des bibliothèques de leur propre éloge.
Mais quant aux douces créatures dont le sourire est le rayon de soleil de nos demeures; qui nous dirigent du droit divin de la sympathie et de l'amour; qui nous guident avec le fil de soie des tendres reproches et dont tout homme de cœur est le champion inné; quant à celles-là, on n'en saurait jamais trop parler! Que serionsnous sans elles? Ne manquons donc pas, surtout ceux d'entre nous qui sont encore garçons, de jeter un coup d'œil de discernement sur le sexe que nous adorons publiquement et particulièrement. Efiforçons-nous au moins de faire chacun le bonheur de l'une de ces douces missionnaires de la grâce et de la beauté. De plus, et c'est aux maris que je m'adresse, jurez, en cette circonstance solennelle, de prendre un engagement inviolable, sur l'honneur et sur vos clefs de porte, de ne jamais permettre aux séductions du mon-
de extérieur ni des soirs d'assemblées, de vous retenir hors du domicile après que l'heure de minuit aura sonné.
Réponse à la santé des Dames (entre hommes).
Messieurs,
Vous m'avez choisi pour répondre à ce toast qui fait battre nos cœurs, j'accepte la tâche que vous me confiez, mais je me déclare d'avance incapable d'être à la hauteur d'un sujet aussi palpitant. Un homme peut-il vraiment rendre à la femme tout l'hommage qui lui est dû? Je sais bien que notre sexe contient de ces implacables renégats qui osent accuser celle-ci d'extravagance. Mais en est-il un seul qui aurait le courage d'admirer sans frissonner une jolie femme en tenue de combat, un gracieux chapeau parisien juché sur un aimable désordre d'adorable chevelure, les épaules ornées ou plutôt garnies de soies brillantes et chatoyantes, le buste cambré dans une cuirasse inviolable de satin ou de soie éclatante, la traîne perdue dans des dé-
dales de dentelles et de broderies, en est-il un seul, je le demande, qui contemplerait d'un œil sec un spectacle aussi sublime et songerait ensuite à grogner sur quelques petits comptes? Que deviendraient nos rues et nos avenues sans ces superbes ornements? Qu'y verrait-on, sinon une suite innombrable de fracs lugubres, de visages glabres ou hirsutes, de couvre-chefs informes. Sans le reflet de leur beauté, sans le frou-frou de leurs jupes, sans le tic-tac de leurs pieds haut-chaussés. qui nous inspire le désir de baiser la trace de leurs pas; sans la gamme toujours mouvante de leurs atours, nos rues et nos avenues prendraient la teinte sinistre des corridors de prison. Et nos maisons donc, nos intérieurs! Oh, je me refuse même à songer ce qu'ils pourraient être si la divine Providence n'avait pas arraché à notre premier père cette côte fortunée pour en procréer un type délicieux dont le seul défaut se résume à n'être pas invariablement angélique. La terre sans soleil serait un châtiment moins implacable que le monde sans femme. Me croyez-vous? Inutile de vous le demander, je connais d'avance votre réponse.
Entre nous, où serions-nous aujourd'hui, vous et moi, si la femme n'avait pas été créée? Songeons-y un peu en dégustant notre Champagne. Pensez un peu ce que nous aurions perdu si nous n'étions jamais sortis, grâce à elle, du chaos. Jugez si vous le pouvez tout ce que nous devons aux dames. Tout cela peut-il se payer même avec de l'argent? Pouvons-nous vraiment prétendre solder une dette pareille, solder notre entrée dans le monde, en ouvrant un compte aux grands magasins, en offrant un voyage de temps à autre, en glissant quelques louis dans le portemonnaie? Croyez-vous vraiment que c'est racheter équitablement notre dû ? Je ne le crois pas. N'oublions pas que si l'homme est l'auteur de ce beau livre, la femme en est l'éditeur et qu'à ce titre, c'est elle oui à la gloire et l'honneur de la mise en circulation. Messieurs, je pourrais parler longtemps encore, car c'est un sujet qui nous tient au cœur et qui embrasse tout, sans nous excepter. Si quel uefois ce sujet se rappelle à nous sous forme de comptes un peu salés, n'oublions pas que nous trouvons toujours
la femme à nos côtés quand il s'agit de notre bonheur, de notre confort et de notre quiétude.
Réponse à la santé des Dames.
Messieurs,
Il me semble, AI. le président, que c'est plutôt le devoir d'un homme marié que d'un garçon de répondre à la santé que nous venons de boire avec tant d'entrain. Qu'est-ce qu'un pauvre solitaire comme moi peut connaître de la femme? Ce n'est pas à nous que de timides et rougissantes créatures viennent confier leurs peines de cœur, leurs tourments et leurs angoisses. La connaissance que nous possédons de leurs qualités et de leurs défauts, si défauts il y a, est forcément superficielle. La délicate ironie et les tendres reproches qui émaillent les remontrances faites sur l'oreiller n'arrivent pas jusqu'à nous; les délicieux accès de vivacité féminine qui donnent du piquant aux jouissances matrimoniales sont lettres mortes pour l'Homme Seul qu'a-
nathématise l'Evangile. Pour nous, l'épouse adorée n'est pas un caméléon domestique changeant continuellement de reflet suivant les variations d'ombre et de lumière de l'économie domestique, c'est constamment l'ange au gracieux sourire, à la teinte invariable, toujours couleur de rose. Si sa constitution comporte, comme on le prétend, la présence d'éléments tempestueux qui quelquefois éprouvent un besoin d'expansion, elle ne leur donne jamais libre essor, à l'état vierge, devant la tribu des garçons à marier.
Aussi, messieurs, ne connaissons-nous que le beau côté de cette fleur embaumée qui marche dans la vie portée sur le nuage des illusions.
Quant aux caprices qui se développent, lorsqu'elle a pénétré dans l'ère du bonheur à deux, nous n'en avons aucune notion ; c'est une ignorance qu'on doit avoir la compassion de nous laisser conserver. C'est peut-être, parce que la femme nous paraît si charmante à notre œil de célibataire, que pour ma part, comme tant d'autres de la tribu, je trouve un tel attrait au célibat et le préfère au mariage. Nous aimons voir
tout en beau dans la femme. Elle nous enchante et l'idée seule d'un désenchantement possible nous terrorise et nous éloigne de l'autel ; mais je dois dire en terminant que, même célibataires nous li'adorons de la pointe de ses talons à la dernière frisette de sa chevelure avec autant de dévotion que si nous avions accompli le grand sacrifice.
Formules et sentiments patriotiques à intercaller dans des discours de circonstances.
On trouvera ci-après certaines formules ou expressions de sentiments s'appliquant à divers sujets qui ne font pas tous l'objet d'un discours particulier dans ce recueil. En étudiant bien le sens général de ces idées très nobles on y rencontrera le thème d'une foule d'allocutions pleines d'a-propos et pour chacune un toast final qui sera toujours de circonstance.
Le Peuple Canadien. — Puisse-t-il jouir de la paix politique et du bonheur domestique. Le Canada. — Mon pa3^s, mes amours.
Le Canada. — Qu'il soit toujours l'asile de la liberté et le berceau des héros.
Nos lacs et nos rivières. — Des mers immenses qui sont le lien commercial de nos provinces et rendent impossible et impraticable leur séparation.
La vertu de nos femmes et de nos Mes. — Puisse-t-elle rester aussi pure que l'air de nos vallées et aussi solide que le roc de nos montagnes.
Puissent nos fils être aussi honnêtes qu'ils sont braves et nos filles aussi modestes qu'elles sont belles.
Le courage canadien. — Puisse-t-il briller à la face des nations.
N'ayons d'autre objet en vue que notre pays, tout notre pays et rien que notre pays.
Notre pays. — Puisse-t-il être toujours dans son droit; mais qu'il soit toujours notre pays à tort ou à raison.
Notre drapeau. — Qu'il monte, qu'il monte jusqu'à sa rencontre avec le soleil levant; que les lueurs de l'aube dorent ses couleurs et que les reflets du crépuscule se baignent dans ses replis.
Le Canada. — Qu'il soit ce qu'il veut; avec toutes ses fautes, il est toujours notre pays.
Que notre amour pour notre pays ne connaisse pas de limite, que notre amour pour la justice ne rencontre jamais de borne.
Que celui qui déracinera jamais l'arbre de la liberté soit écrasé dans sa chute.
Nos hommes d'Etat. — Puissent-ils toujours se distinguer par leur amour de la liberté et la sincérité de leur patriotisme.
Les patriotes. — Puissent leurs fils ne jamais déchoir.
Puisse notre pays ne jamais démériter de ses fils: puissent ses fils oe jamais démériter de la patrie.
Si notre pays se trouve engagé dans une dispute, puisse-t-il ne jamais défendre une cause mauvaise et ne jamais fuir une cause juste.
Que nos marins comme nos navires aient des cœurs de chêne.
Le chef politique. — Puisse-t-il se rendre compte qu'il est plus difficile de plaire à ses amis que de déconcerter ses ennemis.
Puisse-t-il avoir le cœur pour concevoir, le génie pour diriger et la main pour exécuter.
Les meilleures lois. — Celles qui assurent le plus de bien au plus grand nombre.
Les qualités qui font la grandeur des nations sont celles qui constituent la grandeur des individus.
Liberté avec la foi, gouvernement sans oppression.
La femme. — C'est la seule aristocrate supportable, elle élit sans vote, gouverne sans loi et décide sans appel.
La femme. — Aimable, gracieuse, bonne et belle. — Chacun d'entre nous a personnellement connu la meilleure d'entre toutes — sa mère.
L'arme de la femme. — L'aiguille.
Le nom de la fenvme. — Que son nom assure le respect; quant à sa présence, elle suffit.
Les lèvres et le cœur de la femme. — Que les lèvres soient fermées quand le cœur n'est pas ouvert.
La simplicité. — Elle rend plus fraîche la beauté éclatante et plus intéressante la beauté pâle.
Sourires et pleurs de femme. — Les uns réchauffent et les autres adoucissent le cœur de l'homme.
Les dames. — Puisse leur vertu dépasser la longueur de leurs traînes et leurs défauts ne jamais atteindre Texiguité de leurs chers petits pieds.
Les femmes nous ont fait perdre le paradis, les femmes nous le font reconquérir.
Allocutions pour circonstances diverses.
Félicitations à l'arrivée d'un Curé dans une paroisse.
Monsieur le curé,
Mes coparoissiens m'ont fait l'honneur de me désigner pour vous souhaiter respectueusement en leur nom la bienvenue dans cette paroisse où vous venez pour la première fois. C'est avec une joie profonde que je m'acquitte de cette mission qui m'honore.
Depuis longtemps déjà le renom de vos qualités et de vos vertus vous avait précédé parmi nous et la décision épiscopale qui vous appelait à ce poste nouveau a été saluée ici avec une satisfaction générale. Si douloureuse qu'ait pu être la séparation, lorsque votre prédécesseur nous quitta, elle a été atténuée par la nouvelle du choix dont vous étiez l'objet.
Soyez sûr, monsieur le curé, que vous ne trouverez ici que dévouement, obéissance et amour. Votre tâche vous sera facilitée, soyez-en certain, par le bon vouloir de tous, par la dévotion de la population et par ses saines idées morales et religieuses.
Habituée à trouver à l'ombre de son clocher et au seuil du presbytère les grandes leçons spirituelles et morales qu'elle requiert, cette paroisse toute entière s'en remet à vous du soin de répondre à tous ses besoins de l'esprit, du cœur et de l'âme.
Encore une fois, monsieur le curé, soyez le bienvenu à. . . et puissiez-vous longtemps administrer votre saint ministère au milieu de ceux qui sont déjà fiers de se dire vos ouailles dévouées et vos amis sincères.
A une bénédiction de cloches.
Messieurs,
Nous avons été conviés aujourd'hui à prendre part à une imposante et très significative cérémonie. M. le curé et nos amis de cette paroisse nous ont conviés à nous unir à eux pour prier en commun dans le but d'attirer sur cette église et ceux qui la fréquentent la bénédiction divine. L'occasion de cette réunion, c'était le baptême des cloches qui vont désormais vous appeler aux services pieux et dont les tintements sévères ou gais marqueront à l'avenir les diverses étapes de votre existence. La cloche sacrée, ne l'oublions pas, est un des emblèmes les plus touchants de notre vie terrestre ; le clocher qui l'abrite concentre dans son nom seul tout ce qui nous retient ici-bas. L'amour du clocher, ce sentiment profondément noble et patriotique, puisqu'il résume les deux idées de patrie et de religion, est le dernier qui survit parmi nous. Lorsque l'homme a tout oublié, a tout perdu, fortune, famille, amis, illusions, ambitions, désir, il
lui reste toujours une chose, plus forte que lui, plus forte que la vie, c'est l'amour du clocher qui l'a vu naître, à l'ombre duquel il a grandi, dont la flèche abrite la dernière demeure de ceux qui l'ont précédé sur cette terre, c'est le dernier sentiment qui subsiste ; aussi la chose qui l'inspire doit-elle nous être profondément chère et presque sacrée.
Le zèle avec lequel nous avons répondu à l'appel de votre digne pasteur; la ferveur avec laquelle tous nous avons prié en commun pour la félicité de ce coin de notre commune patrie, permettent d'espérer que notre appel à la divine bienveillance n'aura pas été vain, et je souhaite d'entendre la cloche nouvelle ne sonner pour vous que des heures douces, heureuses et calmes. Vienne le jour où l'un d'entre nous entrera pour la dernière fois dans cet asile de la piété, puisse le glas dont ce bronze lancera l'écho sur vos fertiles campagnes être pour lui le signal de la délivrance et de l'éternelle béatitude qui nous est promise et dans laquelle nous espérons tous.
Et maintenant, sonnez et carillonnez, joyeu-
ses clochettes, appelez les cultivateurs au champ, conviez-les à la prière, accueillez le nouveau-né, proclamez l'épousée; cloches, sonnez, l'Eternel vous a bénies et nous vous saluons chapeaux bas et à genoux !
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Excuse pour ne pas faire de discours.
Messieurs,
Péremptoirement appelé, je me lève; j'ai eu beau épuiser toutes les formes du mutisme le plus significatif pour résister à votre pression, vous avez méprisé mes signaux désespérés. Enfin, je me soumets; vous me forcez à prendre la parole; c'est bien,, vous allez vous en repentir.
Messieurs, je me dresse avec un certain malaise. Malaise et moi, réunis, nous allons tâcher de vous faire passer le goût de «pareille insistance. Je me rends à votre demande, mais je défie n'importe qui d'entre vous, fût-il le reporter le plus subtil, de reproduire ce que je vais vous dire, [e vous avoue franchement que ma position est dé-
licate; il paraît qu'aux débuts de l'aliénation mentale le patient ignore s'il marche sur les pieds ou sur la tête et je me sens absolument dans cet état d'âme. Rhétoriquement parlant, je suis capable des sauts périlleux les plus multiples et les plus compliqués. Je ne trouve pas une seule idée à exprimer, mais ce ne sont peut-être pas des idées que vous attendez de moi. Si ce sont dc^ mots, je puis en débiter tant (pie vous désirerez; vous n'aurez, une fois rentrés chez vous, qu'à les mettre en ordre. C'est une besogne intéressante avant de se coucher. Voyons, de quoi puis-je parler? Prendrais-je les femmes comme sujet? Fi donc, les fenmies ne sont pas des sujets, ce sont des souveraines. Toucherai-je le lion britannicpie, le roi des déserts africains, le seigneur à la grande chevelure, le magnanime dominateur des races chauffées aux rayons du soleil tropical ? Comment trouvez-vous cela comme style élevé? Descendrai-je dans les replis rocailleux des océans mouvants pour arracher au fond sousmarin, encore inviolé, les richesses accumulées par dix siècles de naufrages? Que dites-vous de ceci, comme style profond?
Me lancerai-je dans la politique pour vous -exposer les variations des causes aux effets et l'inrtuence de la galette ministérielle sur la consscience électorale? Goûtez-moi un peu cela comme style terre à terre ! Parlerai-je de la notion du moi et du non moi pour retond)er dans les incertitudes de vibrations des atomes crochus, voilà, si je ne me trompe, du style nuageux ? Allons-nous discuter la liquéfaction des gaz pyrogènes et protogènes, soumis aux hautes et basses pressions? Pas mal pour le style vaporeux !
Voyons, dites, choisissez, je suis à vos ordres, mais faites vite car je me sens une envie folle de rentrer sous ma tente. N'applaudissez pas. Vous êtes les bienvenus ! Toutes les fois que vous désirerez quelque chose de lucide, de clair et d'instructif, vous n'aurez qu'à vous adresser à moi. Je suis à vos ordres.
Speech d'un convive qui refuse de prendre la parole.
Messieurs, . *
Vous vous demandez la raison de mon silence persistant ; je vous avoue que j'ai trouvé le vin de notre amphytrion si bon que je n'ai pas voulu perdre mon temps à parler. Mais maintenant que l'ordre est inéluctable, je ne puis pas refuser plus longtemps, d'autant plus que je conçois parfaitement votre objet qui est d'économiser le vin en me mettant la parole en bouche. Ceci me rappelle une histoire: un de nos juges anglais, maintenant défunt, un vrai bon vivant, faisait subir un interrogatoire à un jeune homme qui se présentait pour une place de sommelier dans sa maison. " Savez-vous siffler? lui demandait-il. — Pourquoi, répartit le solliciteur, est-ce donc nécessaire? — Certainement, répliqua le juge, j'exige que mon sommelier siffle tout le temps qu'il est dans ma cave pour être sûr qu'il ne boit pas mon vin ". Eh, bien comme je ne suis pas orateur, si vous le voulez bien, je vais siffler le reste de mon temps, de cette façon
VOUS serez certains que je ne ferai pas de tort à votre part de vin.
Excuse pour ne pas pouvoir chanter
Messieurs,
Vous ignoriez sûrement à quoi vous vous exposiez en me demandant de chanter. Si j'étais méchant, je me rendrais à votre demande et vous ferais grincer dans l'affliction. Je n'ai jamais essayé la gymnastique, mais je vous garantis que je l'exécuterais plus facilement que de tenter un couplet. On dit qu'il y a dans la gamme une note qui fait hurler les chiens. Messieurs, c'est la note dont je me sers le plus fréquemment quand je risque la romance. S'il y a dans mon mécanisme intérieur quelque machinerie musicale, ses roues n'ont jamais été graissées et les sons qui en sortent sont de nature à aiguiser les dents. Un beau jour, sur des sollicitations pressantes de femmes charmantes qui me trouvaient une tête de chanteur, je me suis
lancé et j'ai entonné la Marseillaise. Dès la première strophe, mon succès était complet. Toute l'assistance s'était enfoncé les pouces dans les oreilles et ne les a dégagés que quand elle a été sûre que j'allais me taire.
Messieurs, après cet aveu douloureux, si vous considérez toujours qu'une chanson pourrait contribuer à l'harmonie de la soirée, mon larynx est à votre service, pourvu toutefois que vous me promettiez de ne pas me lyncher quand j'aurai fini. Je vois, messieurs, que cette proposition ne vous agrée pas et je vous félicite d'échapper aussi facilement à ce qui vous menaçait.
* * * * A l'occasion de la Saint- Jean-Baptiste.
Messieurs,
C'est aujourd'hui la fête nationale du Canada français; nous voici réunis en cette journée pour célébrer ensemble l'union, la concorde et la bonne entente des membres de la grande famille canadienne. Il n'est pas bon que l'homme soit seul, dit l'Ecriture, et il n'est pas à propos non
plus que le Canadien soit isolé. Nous tenons de nos ancêtres et des traditions qu'ils nous ont laissées, le goût de la compag-nie, de la conversation, de la causette. Nous sommes un peuple sociable et rien ne nous réjouit autant que d'être côte à côte pour échanger nos idées et nos réflexions. Aussi, notre célébration nationale est-elle toujours une occasion de joie, d'heureuse rencontre. Beaucoup d'entre nous, entraînés par l'ardeur voyageuse dont nous avons hérité de nos prédécesseurs sur cette immense terre d'Amérique, sont malheureusement absents. Il y en a aux quatre coins du monde. Quel est le lieu dérobé qu'un pied canadien n'a pas encore foulé? Mais, aux jours de Saint-Jean-Baptiste, ils ne sont pas oubliés ! Ils sont présents au milieu de nous par leurs parents et par leurs amis et c'est de mémoire qu'ils se joignent à nous. La fête nationale, c'est surtout la fête du souvenir. Dans les actions nobles et courageuses des anciens dont on reparle au sein de nos groupes et dont le modèle et l'exemple restent vivaces, nous puisons de nobles inspirations pour l'avenir et nous affermissons notre confiance dans
la solidité de la race. Fondée aux jours de lutte, notre grande association dont les rameaux couvrent toutes les parties du pays, n'a plus aujourd'hui qu'une mission de vigilance. Nous n'avons plus à reprendre les luttes d'autrefois. Le temps de l'offensive est passé et nous nous contentons de veiller sur notre bien, sur ce que nous avons acquis au prix du sang et des sacrifices des patriotes de notre race. Maintenant que le Canada français a crû et s'est multipilié; depuis que la poignée laissée autrefois, a suffisamment grandi pour devenir une nation, nous avons tous les droits, même celui d'être généreux pour les autres. Et nous le sommes, sans forfanterie et sans regret. Nous accordons à tous le respect que nous réclamons pour nous mêmes. En ce jour nous étendons à tous une main fraternelle et nous saluons toutes les nations sans oublier celle qui nous est chère avant tout, la France, l'ancienne mère patrie.
A un diner de St-Patrice.
MKSSI^URS,
Saint- Jean-Baptiste se fait un plaisir de tendre une mains fraternelle à tous les fils de St-Patrice réunis dans son immense diocèse à Toccasion de l'anniversaire de la naissance de cet énergique apôtre. Saint-Patrice paraît avoir eu, dans son temps, beaucoup du Canadien, c'est-à-dire, qu'il n'avait guère froid aux yeux. Le fait est que d'un seul moulinet de sa crosse miraculeuse, il a exterminé tous les crapauds et les serpents de la vieille Erin, sans compter les autres vermines, et c'est là une preuve qu'il était aussi habile avec cette arme spirituelle que ses fils le sont aujourd'hui avec le traditionnel " Shillelah." Depuis ce temps là, paraît-il, on n'a plus jamais trouvé entre Soleraine et Killarney, d'autre crapaud, ser-* peut ou reptile, que les collecteurs de taxes, les huissiers et douaniers. Ma foi, c'est à peu près tout ce que je sais du vénérable saint, sauf qu'il a consacré tout son temps, ses talents et ce qu'il possédait, à la grande cause de l'Irlande. Je
sais que tous vous le vénérez comme un grand saint et tout ce que je puis souhaiter, c'est qu'il continue à marcher la main dans la main avec Saint-Jean-Baptiste comme de loyaux et de solides alliés.
Discours pour un Fourth of July.
Messieurs,
Vous ne vous attendez certainement pas que je vous fasse un discours historique, que je rappelle aujourd'hui les glorieux combats de votre grande époque révolutionnaire, ni les incidents du fameux " Tea-Party " bostonnais; vos grands écrivains Bancroft et Parkman, ont écrit sur ces phases de votre époque nationale, des pages inoubliables qui me dispensent de tenter de les égaler. Laissons un peu reposer en paix les cendres de vos ancêtres et ne songeons qu'au présent dans votre grande fête nationale. Les petitsfîls de tels aïeux ont su eux aussi inscrire au grand livre de la Légende des Peuples, des faits
assez héroïques pour n'avoir pas besoin de remonter si loin. Vous savez tous les liens intimes qui nous unissent, comme Canadiens, à votre grande République dont nous avons suivi l'incomparable croissance et le prodigieux développement. Nous nous reportons toujours à ce petit groupe qui, il y a cent ans, comptait à peine deux millions et demi de têtes, lorsqu'il réclama sa place au firmament des nations. Et maintenant, nous contemplons les millions de citoyens répandus sur cet immense continent et débordant de ses limites au point de chercher au dehors des territoires pour ses besoins d'expansion. A quoi devez-vous ce développement si rapide et si micrveilleux? Simplement au mécanisme admirable de vos institutions libres. Vous étiez libres de grandir; et vous avez grandi parce que vous étiez libres. Votre démocratie toute-puissante depuis longtemps ignore ce que sont les restrictions de castes, d'origine, de fortune et de famille. Tous ces titres du passé ne vous apparaissent plus que comme choses vermoulues et antiquités pulvérisées.
Nous ne vous envions pas cette glorieuse indifférence pour ce que fût la gloire du passé; l'effacement de ces distinctions que vous avez obtenu au prix de combats sanglants, nous y tendons , chaque jour par la force, irrésistiblement dominante des grandes idées sociales qui croissent avec ce siècle, et le jour viendra aussi où nous nous joindrons à vous dans le toast funéraire de tout ce qui fût limitation de l'esprit et de l'activité humaine.
Pour le moment, c'est une joie pour nous de nous asseoir à votre table et d'admirer en votre compagnie la grandeur de votre nation et la sagesse de vos institutions, de souhaiter avec vous que, pour bien des années futures, vos fils fassent dater du jour glorieux que nous célébrons, l'ère de la gloire américaine. En songeant à l'avenir, vous pouvez en toute sécurité, vous rendre cette justice que les générations à naître, vous devront des obligations innombrables pour les services d'aujourd'hui, services bien désintéressés, car après vous, il n'est personne envers qui ils pourront s'en acquitter. Vous me permettrez de clore mes remarques, un peu préten-
tieuses peut-être, en priant toutes les personnes présentes de boire " Aux Américains du passé, du présent et de l'avenir. "
Speech de 4 Juillet d'un citoyen américain à l'étranger.
Compatriotes, nous sommes ici assez loin de l'aigle américain. Nous ne pouvons pas apercevoir les foudres qu'il tient dans ses serres, ni entendre ses patriotiques grincements. Mais le calendrier nous informe que c'est aujourd'hui l'anniversaire du jour où il a cessé de compter dans la volière coloniale et où il s'est laissé arracher la plume avec laquelle nos ancêtres patriotes ont signé la déclaration d'indépendance.
C'était alors un bien mince volatile ; mais, depuis, les ailes lui ont poussé. Elles s'étendent d'un océan à un autre océan, sa queue balaye les plaines du Sud et son bec trempe dans les eaux glaciales du pôle. Combien d'espace l'aigle américain va-t-il encore embrasser? c'est ce que personne ne peut dire, chaque jour ajoute encore à
la couvée qu'il protège. On se riait de lui en 1776; maintenant personne n'oserait plus en sourire. Le lion britannique lui fait même bon accueil et agite fraternellement sa queue, en gage d'amitié et de bonne volonté, lorsque notre aigle lance à travers les mers quelques mots de sympathie au majestueux quadrupède. Je considère donc que nous dçvons être fiers de notre volatile national et je pense que cet écusson rayé et étoile qu'il tient dans son bec est à peu près la plus noble bannière dont un peuple libre puisse s'enorgueillir. Si vous m'en croyez, mes amis, et je parierais mon dernier dollar que vous allez dire comme moi, nous al'ons boire: ''A l'Ai^gle, au drapeau et au foyer de la liberté."
^ ^ $ ^ Speeeh d'une fête aux fraises.
Mesdames, messieurs,
Nous combinons aujourd'hui l'utile et l'agréable ; nous voici réunis pour prélever des fonds dans un but éminemment charitable et pour
recevoir immédiatement en échangée de nos contributions un délicieux équivalent. Souvent la charité impose un sacriiice, ici c'est un plaisir qu'elle nous procure, sous la forme d'un fruit exquis, un des plus déilicats qui existent. Nous allons donc pouvoir satisfaire à la fois et notre appétit et notre conscience. Les feuilles du fruit que nous allons déguster ont été jugées dignes il y a des centaines d'années de décorer la couronne de l'ordre le plus élevé de la noblesse britannique, la couronne des ducs anglais portent comme ornements, les feuilles de fraisier. Mais cette plante reçoit un emploi encore bien plus noble quand ses fruits servent à la charité. Je ne vous retiendrait pas plus longtemps, car je sais que le parfum qui s'exhale de ces monceaux de fruits rubiconds et leur aspect appétissant distraient déjà votre esprit de mes sèches remarques. La jeunesse, je le vois, est désireuse d'aller déguster ce banquet attrayant. Aussi, ajournons la séance vers les fraises et les crèmes et n'oubliez pas que chaque cuillerée de ces fruits délicats à un efïet chrétien et charitable et entraîne avec elle une bénédiction. Vous allez
maintenant jouer de la cuillère; à l'attaque et, enfoncez les remparts écarlates !
Ouverture d'un bazar.
Mesdames, messieurs,
Les sentiments charitables qui ont animé les dames dont vous voyez ici exposés les travaux, ne sauraient trouver en moi un interprète plus éloquent que le cœur qui les a inspirés. La préparation de tous ces objets élégants et gracieux répandus devant nous à foison a demandé beaucoup de temps et de soin, et maintenant les gracieuses fées qui les ont exécutés vont se transformer en marchandes devant ces étalages admirablement garnis et ornés. Le travail qui nous est cher ne nous pèse guère et je n'ai aucun doute que les mains laborieuses qui se sont dévouées à l'œuvre de charité, ont considéré cette besogne comme un plaisir et ont joyeusement accompli ce sacrifice très chrétien. Je n'ai aucun doute que la présence de ces dames, leur joyeux accueil et leurs aimables sourires augmenteront
encore la valeur des articles mis en vente et en assureront le prompt enlèvement.
Quel cœur serait assez endurci pour résister aux appels d'aussi jolies marchandes et aux séductions de magasins aussi coquets? Je ne crois pas, je ne veux pas croire qu'il en existe. Il n'y a aucun doute que les bénéfices que vous allez réaliser en faveur d'une institution aussi recommandable que celle que vous protégez seront considérables. Je vois déjà ces messieurs impatients de montrer leur générosité. Ils préféreraient de beaucoup causer avec ces dames et marchander ces jolies babioles plutôt que de m'écouter. Le poète dit : " doublement bénis, celui qui donne et celui qui reçoit." Je recommande donc à tous ceux qui m'entendent d'aller vite cueillir leur part de cette double bénédiction.
A l'occasion du départ d'un ami pour l'Europe.
Messieurs,
En prenant avec notre ami le coup du départ au moment où il nous quitte pour traverser la mer, nous faillirions à nos sentiments de bonne amitié si nous ne lui souhaitions un joyeux voyage, un heureux séjour en Europe et un bon retour. Nous ne saurions lui dire adieu sans regret, mais notre chagrin s'adoucit en songeant que pendant son absence il jouira des délices de là-bas. Il n'est pas de ces voyageurs qui apprennent au loin à déprécier leur pays. Qu'il traverse l'Angleterre; qu'il repose au gai Paris; qu'il admire le beau ciel de l'Italie, il nous reviendra avec le cœur à la bonne place, avec un bagage de précieux souvenirs pour les causeries futures, mais toujours Canadien, de la racine des cheveux à la plante des pieds. Sa poignée de main sera aussi franche à son retour qu'elle l'est à son départ. Nous ne pouvons pas souhaiter là-bas de représentant plus digne de notre race ; partout où il ira, notre hôte saura se faire des amis
dévoués, mais jamais il ne pourra en trouver de plus sincères que ceux qu'il laisse derrière lui. Mais, messieurs, il y a un adieu muet plus touchant que ceux que nous pourrions longuement exprimer. C'est celui que nous envoyons du fond du cœur au voyageur ami. Messieurs, remplissons nos verres et souhaitons-lui un heureux passage, du plaisir, de l'autre côté de l'Océan, et un plaisant retour sur le vieux sol canadien.
Réponse.
Messieurs,
Merci de vos bons souhaits et des compliments que vous avez bien voulu y joindre; merci à tous ceux qui sont venus échanger avec moi un adieu et partager la coupe du départ. La séparation est quelquefois, dit-on, une source de confirmation pour l'amitié qui s'augmente du souvenir; soyez sûrs que le groupe d'amis présents ici sera toujours devant mes yeux au cours du voyage. L'Atlantiqu-e n'est plus aujourd'hui qu'un vulgaire bras de mer; l'étincelle sous-ma-
rine nous tient maintenant presque à portée de la bouche à l'oreille ; ce n'est pour ainsi dire plus une séparation, ces milliers de lieues d'ondes amères qui nous divisent. Maintenant que la science a supprimé les distances, l'éloignement compte peu. Il me semblera là-bas être à votre porte. Si je ne puis pas à mon gré vous serrer la main, je pourrai toujours en pensée me voir au milieu de vous. C'est ici mon foyer et aucun pays ne pourra m'être plus cher, aucun nouvel ami ne pourra remplacer ceux que je laisse sur ces rives.
L'Europe est un beau pays; l'Angleterre a ses agréments, la France à ses plaisirs, mais je reviendrai vers vous, mes chers amis, comme l'aiguille revient vers le pôle; je reviendrai vers mon Canada où nous sommes libres et heureux dans le plus beau pays du monde. En attendant, Dieu vous bénisse, et puissent tous les souhaits que je forme pour vous, en portant ce verre à mes lèvres, se réaliser fidèlement.
Félicitations au retour d'Europe.
Chî:r ami,
La vie est souvent marquée par des désappointements et il y a des pessimistes qui pensent que c'est là un des signes distinctifs de notre existence. Pourtant, elle a encore ses bons moments et je n'en veux donner d'autre exemple que la circonstance qui nous réunit maintenant, pour fêter le retour d'un ami. Je ne crois pas exagérer en disant que jamais accueil plus sympathique ni plus sincère ne put être fait à aucun voyageur revenant au sol natal. Nous ne doutons pas que vous n'ayez largement joui de votre voyage. Vous n'êtes pas de ces voyageurs qui médisent toujours des pays qu'ils traversent et qui n'y veulent rien trouver de beau. Vous, avez si^irement admiré les merveilles du vieux monde ; votre cœur a tressailli en pénétrant sur le sol de la vieille France, berceau de vos ancêtres et cependant nous sommes sûrs que vous devez être heureux de vous retrouver enfin au Canada. Notre pays, s'il n'a pas îles richesses de l'art, de
la civilisation, de l'étude, a pour lui ses horizons immenses, ses vastes cours d'eau, ses opulentes moissons, ses épaisses forêts, sa bonne et solide population. Bon retour, cher ami, bon retour parmi nous. Vos amis vous souhaitent ensemble la bienvenue dans votre patrie, dans votre ville, et dans votre famille.
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Messieurs,
C'est une vraie joie pour moi de retrouver de vieux amis et de revoir les visages d'autrefois. Il me suffit de jeter les yeux pour me convaincre que vous partagez tous les sentiments exprimés dans le discours de notre ami. Depuis que je vous ai quittés, je me suis assis à bien des tables hospitalières, j'ai reçu de nos amis et compatriotes de là-bas, des marques d'attention bien touchantes, mais quand je me retrouve au milieu de vous, au foyer, c'est là que je reconnais avec quelle force ce mot magique nous tient au cœur par les fibres les plus tenaces.
Comme vous Ta dit notre ami, je vous reviens Canadien, aussi Canadien qu'en vous quittant, peut-être plus. J'ai vu comme peut voir tout homme qui voyage, les yeux ouverts et les préjugés absents, bien des choses que j'ai admirées et aimées en France et en Angleterre ; mais dussé-je voyager sans cesse, sans trêve ni merci, comme le Juif-Errant, jamais je ne trouverai an pays que je voudrais échanger contre le Canada, dût-on ajouter au prix tout l'or du monde. Le Canada est et reste " mon pays, mes amours."
Messieurs, je vous remercie bien sincèrement pour votre très cordiale réception et si vous jouissez seulement d'une parcelle du bonheur que je vous souhaite en vidant ce verre, vous pourrez pour l'avenir bannir tout souci.
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Discours à l'ouverture d'un hôtel ou restaurant.
Messieurs,
Il y a en nous un personnage qu'il ne faut pas négliger et qui a son importance, c'est l'homme
intérieur, la bête humaine et tous ceux qui contribuent à son confort et à son bien-être méritent dignement du pays. Notre aimable amphytrion, en fondant un nouvel établissement destiné à ce soin, a fait preuve d'un goût excellent dans les dispositions prises pour satisfaire la corporation importante des gens qui savent vivre. J'appartiens pour ma part à ce dernier groupe et je crois qu'il en est de même de ceux qui m'environnent. Je salue notre hôte en leur nom et au mien. C'est de l'abondance de l'estomac, comme de l'abondance du cœur, que la bouche parle souvent, et je ne me suis jamais trouvé tellement en verve d'éiloquence stomacale. Si seulement mon cerveau voulait répondre aux appels de mon épigastre, je pourrais faire un discours qui vous plongerait en extase. Pour le moment, je ne suis qu'un gourmet, capable, il est vrai, d'apprécier le côté confortable de la nature, mais absolument impuissant à l'exprimer en langue vulgaire. Vous devez donc vous contenter de paroles fort simples au lieu d'une riche rhétorique. Il serait oiseux de parler de la délicatesse des vins et des mets dont on
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nous a régalés, chacun de nous possède en lui un mentor qui le renseigne sur la qualité. Si nos concitoyens qui passent devant cette porte savaient tout ce que les murs de cet établissement renferment de promesses de bonne chère, ils salueraient cette ouverture comme le commencement d'une ère nouvelle pour la gastronomie. Mais ils découvriront vite la place et viendront accabler notre ami sous une affluence qui ne pourra que le réjouir, car elle se traduira en beaux dollars et cents. En même temps, nous allons, si vous le permettez, boire un grand verre de ce vin délicieux au succès et à la prospérité que notre hôte mérite si bien pour son bon goût et son amabilité.
****** Réponse.
Messieurs,
Si votre humble serviteur pouvait faire couler l'éloquence aussi bien que le vin, je répondrais comme il convient aux compliments si cordiaux
de mon excellent ami et je le remercierais de l'honneur qu'il m'a fait. Mais l'éloquence n'est pas mon fort. Un auter.r a dit qu'il suffisait de chatouiller le riche sol de la prairie pour que, de son rire, sortit une fleur: eh bien, messieurs, quoique les flatteries de mes amis m'aient extraordinairement chatouillé, il ne me vient aucune fleur de rhétorique pour y répondre dignement. Je puis uniquement vous dire que si ce que vous avez pris ici s'est mis à la bonne place, ce que j'ai reçu de vous m'a également touché à au bon endroit. Je ferai de mon mieux pour me rendre digne de vos louanges, en tenant mon établissement d'une façon modèle à tous les points de vue. C'est le cœur plein jusqu'au bord, comme un verre d'ami, que je vous souhaite à tous autant de succès que j'espère en avoir dans cette nouvelle entreprise.
Pour pendre la Cremaillière.
(Un invité).
Mesdames, messieurs,
Il vous a sans doute été donné de rencontrer des individus qui considèrent leur logis comme le limaçon regarde sa coquille un lieu qui lui est propre et qui ne sert qu'à sa convenance, à son agrément personnels. Ces individus-là peuvent changer de coquille, mais ils ne cessent pas de tenir ferme à leur idée et à leurs mœurs égoïstes, mais ce n'est pas à un hermite de ce genre, vous le voyez, qui nous invite ici ce soir. Aussitôt qu'il eut transporté ses pénates sous ce toit nouveau et charmant il a songé à réunir ses amis pour pendre la crémaillère et allumer son foyer aux chauds rayons de l'amitié. Nous l'en remercions et nous le félicitons du confort et de l'élégance de sa demeure. Avec une aussi aimable compagne, avec un entourage aussi affectueux, le plus humble logis eût pu avoir pour lui le charme et le bonheur ; mais nous devons nous réjouir de l'avoir vu choisir une résidence aussi
remarquablement adaptée à ses goûts et à ses habitudes. Eclairée par le sourire de l'affection, tenue, comme on peut s'y attendre, avec un soin scrupuleux par le plus délicieux des ministres de l'intérieur, ce sera, n'en doutons pas, le Palais des cœurs et le Temple de la félicité. Nous avons devant nous des preuves palpables et odorantes que les services de l'intendance et des cuisines ne laissent rien à désirer. Pour le moment, ce qui nous reste, je crois, de mieux à faire, c'est de boire au bonheur du foyer dont les premières flammes brûlent ici ce soir.
Réponse.
Amis et voisins,
Que serait le foyer s'il n'était pas quelquefois illuminé par les faces joyeuses de bons camarades? Je remercie nos amis de leurs aimables et cordiales remarques et je leur suis reconnaissant de leurs chaudes et sincères félicitations. Ma
femme, ma meilleure moitié, se joint à moi pour vous souhaiter la plus franche des bienvenues. Des réunions comme celile-ci sont doublement touchantes; une demeure nouvelle paraîtrait quelquefois bien froide, si elle n'était réchauffée par la présence de tant d'aimables figures et de sourires aussi gracieux qui élèvent immédiatement la température du milieu. Maintenant que vous connaissez le chemin qui mène à la maison, nous comptons bien que vous ne l'oublierez pas et que vous nous accorderez souvent encore le plaisir de votre société. Je n'ai pas songé, mes amis, à vous faire un éloquent discours, et ma femme, — même dans ce temps de féminisme à outrance, — n'a pas de prétention à l'éloquence, mais, ce que nous disons, nous le sentons et quand nos amis voudront venir, ils seront toujours sûrs de rencontrer un accueil cordial.
Je vous remercie encore une fois de votre visite de ce soir et, en mon nom et au nom de ma femme, j'ai le plaisir de boire à votre santé et à votre prospérité.
Visite d'un régiment étranger.
Discours de réception.
CoLONElv,
Permettez-moi, colonel, au nom du régiment que j'ai l'honneur de commander, de vous souhaiter, à vous et à vos compagnons d'armes, une cordiale bienvenue. Nous vous remercions de votre visite et j'espère que nous saurons la rendre agréable à tous les visiteurs venus pour fraterniser avec nous. Nous n'avons pas l'intention de faire des cérémonies pour vous recevoir; les cérémonies manquent de cordialité et nous entendons vous traiter en frères. Nous vous offrons franchement une bonne poignée de main en camarades et au lieu de nous perdre dans un feu de joie de compliments, nous allons vous prouver d'une façon palpable que nous sommes contents de vous voir. Vous devez vous considérer nos prisonniers tout le temps que vous passerez ici. Après cela, nous comptons bien vous rendre votre visite et nous livrer à notre tour à votre tendre merci.
Réponse.
Camarades,
La cordiale réception que vous venez de nous offrir, n'est pas une surprise pour nous. Nous nous y attendions, connaissant l'hospitalité fameuse du. . . régiment; cependant nous ne pouvons manquer de vous en remercier bien chaleureusement. En mon nom et au nom de mes compagnons d'armes, je dois vous dire que votre bienveillante courtoisie est reçue avec toute la cordialité qui l'inspire. Nous n'avons pas, entre militaires, le goût des froides formalités. Elles n'ont pas raison d'être entre deux corps militaires dont le seul désir est de resserrer les liens d'amitié qui les unissent. Nous sommes avant tout et par-dessus tout des camarades. Nous pouvons lire sur vos visages la sincérité de votre bon accueil et nous suivrons votre avis, nous allons nous mettre parfaitement à l'aise. Nous capitulons, nous nous rendons sans conditions, nous n'exigeons pas même d'être prisonniers sur parole.
Pour la fête d'un ami.
Messieurs,
Nous sommes réunis ce soir pour fêter un joyeux anniversaire. Notre excellent ami, au moment d'atteindre une nouvelle étape de sa carrière, nous a conviés à nous joindre à lui pour célébrer ce joyeux jour. A son appel, nous avons rejeté loin de nous le harnais des affaires et des préoccupations et nous sommes venus, le cœur sur la main, le féliciter d'avoir aussi heureusement parcouru cette longue route et lui souhaiter un bonheur constant pour l'achever. On me dit qu'il existe une formule spéciale pour la circonstance, formule que nous avons tous entendu bien souvent débiter; mais je veux sortir du chemin battu. Puisque nous sommes entre amis, je ne veux pas m'en tenir à des prescriptions strictes, je veux que ce soit le cœur qui parle. Nous sommes tous heureux de voir notre hôte tenir si gaillardement sa place dans la grande bataille. Connaissant sa force et son énergie, nous ne doutons pas qu'il puisse lutter longtemps encore contre le vieillard camus qui,
la faux à la main, se promène dans nos rangs. Tout ce que nous lui souhaitons, c'est de beaux et vigorifiants éclats de soleil sur sa route, c'est de ne pas rencontrer d'écueils et, pour de longues années encore, de pouvoir rencontrer ses amis et fêter avec eux chacun des chiffres qui s'ajoutent à ses longs états de service dans la société.
Je crois, messieurs, répondre aux désirs et aux sentiments de tous en vous priant de boire à la santé de notre ami, à sa prospérité et à sa longue présence parmi nous.
Réponse.
Messieurs,
Si j'étais un orateur, j'essaierais de répondre aux sentiments que vient d'exprimer notre excellent ami, et qui sont, je le sais, ceux de chacun d'entre vous. En tout cas, je vous remercie de ces bons souhaits et soyez convaincus que je vous les rends au centuple. C'est toujours une grande joie de retrouver sur sa route de bons et
sincères amis comme ceux que je vois autour de moi, et l'on repart pour une autre étape avec plus de légèreté et le cœur plus solide, lorsqu'il a été donné de faire une aussi agréable station. J'espère que nous aurons encore l'occasion de nous retrouver sur la longue voie que nous suivons tous, je souhaite que votre pèlerinage soit exempt de toutes les tempêtes, de tous les orages que vous désirez voir bannis du mien.
Souvent nous rencontrons dans la carrière des rochers qui paraissent insurmontables, des géants qu'on croit invincibles, mais un peu de résolution et de ténacité suffisent pour montrer qu'un cœur solide doit toujours triompher.
Messieurs, je suis plus touché que vous ne pouvez le croire, de vos sincères félicitations. Quoi qu'il arrive, je ne saurai les oublier et en réponse acceptez toutes mes amitiés et permettez-moi de boire à votre bonne santé et à votre ])rospérité, aussi sincèrement que vous avez bu à la mienne.
Discours d'un célibataire endurci à un diner de vie
de garçon ou à un enterrement de
vie de garçon.
Messieurs,
Il n'est pas bon que Thomme soit seul, dit TEvangile, rœ soli, c'est pourquoi nous sommes si nombreux ce soir. Ceux d'entre nous qui échappent au joug conjugal, observent le saint enseignement à leur façon et dans un autre sens, c'est-à-dire, en se réunissant entre eux. Les gens mariés ne nous ménagent pas les objurgations et insistent qu'ils sont les plus heureux des hommes. Je ne voudrais contredire personne, mais ceux qui parlent ainsi me rappellent la fameuse fable du renard qui a la queue coupée. Vous vous rappelez tous cet amusant récit: maître Fox s'était laissé prendre à la trappe et y avait laissé son appendice caudal. De retour parmi ses compagnons il voulut leur persuader que c'était une nouvelle mode très commode et qu'ils devraient tous se faire raccourcir comme lui.
Le mariage existe, c'est vrai ; et naturellement
il est bon, pour la continuation de l'espèce, que certaines personnes se marient, ne serait-ce que pour qu'il existe des vieux garçons. Mais en somme, du moment que tant de gens consentent, que dis-je, désirent se donner le mal d'élever des familles et de les nourrir, pourquoi n'y aurait-il pas une réserve choisie qui conserverait son indépendance? On nous dit que le mariage est la source de toutes les joies. Pourtant la multiplicité des procès en séparation m'en fait grandement douter. Il me semble que les avocats qui défont les mariages gagnent autant d'argent que les ministres qui les font. C'est donc courir un grand risque et n'est-il pas vrai qu'il vaut mieux vivre avec le mal que l'on connaît plutôt que de s'exposer à l'inconnu? Il est sm que nous avons bien des déboires. Nous n'avons pas de compagne du foyer à laquelle nous puissions légitimement imposer le soin de poser nos boutons et de raccommoder nos chaussettes. Mais, croyez-en mon expérience : bien malheureux est le vieux garçon qui ne trouve pas une main amie prête par pure philanthropie à rendre ce service! Naturellement, il y a toujours des dé-
fections. De temps en temps nos rangs s'éclaircissent et un fidèle sacrifie sa liberté. Notre seul regret est de penser que trop souvent, avant peu, il soupirera après ce qu'il a perdu. Nous n'en voulons pas à ces capitulards, nous nous contentons de les plaindre d'avoir cédé à la tentation.
Nous couvrons ce soir de fleurs une nouvelle victime du '' dieu malin " puisse la chaîne lui être légère et puisse-t-il ne jamais regarder d'un œil d'envie ceux dont il déplore sûrement ce soir l'invincible persistance.
•Sï -^ -S! * -Sî -5^
Discours à un enterrement de vie de garçon.
Mes amis,
C'est une occasion à la fois triste et joyeuse qui nous réunit ce soir. Vous avez pu juger de la tristesse par les termes mêmes de l'invitation ; quant à la joie, il n'est pas difficile de vous en faire une idée si vous êtes depuis quelques instants dans cette salle. Le sort en est jeté, notre
bon ami... nous quitte pour entrer dans la grande armée des citoyens rangés et productifs du pays. Il sera longtemps regretté dans nos réunions dont il était l'âme et le bout-en-train. Nous le pleurerons longtemps, jusqu'au jour où la chaîne qui va le fixer au logis, se relâchera et où nous aurons la joie de lui voir faire de fortuites réapparitions. Je puis parler en connaissance de cause, moi le plus résistant des célibataires de ce cercle folâtre que nous voyons ici. Que j'en ai vu revenir de nouveaux mariés, dont le ménage n'allait pas plus mal en somme q,ue celui de beaucoup d'autres. C'est erreur et vanité de croire que la femme est toujours enchantée de voir en tout temps au foyer conjugal celui qu'on désigne comme l'heureux époux. Bien qu'il puisse en coûter à notre amour-propre de l'avouer ; il doit quelquefois s'exhaler des soupirs de soulagement quand le seigneur et maître prend son chapeau et part rejoindre ses amis.
Aussi, ne prenons pas trop au tragique le mot d'enterrement; livrons-nous à la joie de voir notre cher camarade accomplir enfin le rêve dont depuis quelque temps nous le voyons pré-
occupé. Autant que nous en avons pu juger, nous n'avons que des compliments à lui faire sur son choix et nous lui souhaitons toute la félicité dont sa future compagne et lui sont bien dignes. Qu'il veuille bien se faire l'interprète de ces sentiments qui partent d'une amitié bien sincère et bien franche et espérons que dans son bonheur il n'oubliera pas ceux avec lesquels il a marché côte à côte, jusqu'à l'étape qu'il franchit actuellement.
Et maintenant, buvons !
Képonse.
Chers amis.
Merci de vos bons souhaits ; merci de vos excellentes paroles pour moi et pour celle qui bientôt portera mon nom. Je n'ai pas besoin d'insister beaucoup pour vous convaincre de la cordialité des sentiments qui m'animent et du regret que j'éprouve de vous quitter, ne serait-ce que temporairement, comme l'a donné à entendre un expert en la matière, l'ami qui vient de pren-
dre la parole. Il a fallu, sachez-le bien, une attraction bien puissante pour me faire renoncer à tant de douces liaisons. Mais Le précepte est là: Il n'est pas bon que l'homme soit seul, et j'ai obéi au précepte. Il paraît qu'il y a beaucoup d'autres préceptes pour la vie matrimoniale et je tâcherai de les observer tous également. Pour cela, je ne serai pas seul, et j'espère bien qu'à deux, nous trouverons moyen de faire notre devoir. Mais n'allez pas croire pour cela que je vous oublie. Si je ne puis être avec vous comme autrefois, je ne vous perdrai cependant pas de vue. D'ailleurs, vous savez que la maison vous sera toujours ouverte et que je compte bien vous y voir. En tout temps, il y aura place pour les vieux camarades qui voudront bien frapper à la porte et juger un peu de ce qu'il y a de joie et de satisfaction dans un petit intérieur bien calme avec une bonne et jeune compagne. Peut-être le pèlerinage décidera-t-il même quelques-uns d'entre vous à m'imiter et alors, j'en suis convaincu, une bonne action de plus sera portée à mon actif.
Encore une fois, merci, merci pour deux.
Félicitations à un nouveau marié.
Mon ch^r ami,
Je ne suppose pas que pour un homme dans une position aussi enviable que la vôtre, la saveur de la coupe à laquelle vous trempez vos lèvres, puisse être rehaussée par les félicitations de vos amis, mais nous ne pouvons pas vous laisser emporter le trésor que vous avez conquis aujourd'hui sans exalter votre bonne fortune et sans vous souhaiter ainsi qu'à votre exquise jeune épouse, tous les bonheurs dont peut être couronnée l'union des cœurs comme celle des mains. Maintenant, vous avez deux mondes devant vous, le monde ordinaire auquel nous appartenons tous, et un petit monde domestique intime dans lequel aucun profane n'a le droit de lancer un œil indiscret. Nous espérons bien que dans l'avenir votre vie ne sera qu'un long rayon de soleil, mais nous savons aussi que si jamais un nuage venait assombrir votre route, l'affection viendrait y tracer son aube, symbole du retour de la clarté.
Le bonheur isolé est une fausseté. La vie solitaire du célibataire n'est en somme qu'un purgatoire et rindulgence qui se présente sous la forme d'une bonne épouse, est la meilleure pour lui. Le plus parfait d'entre nous n'est en somme qu'une fraction humaine, un être incomplet, jusqu'à ce qu'il soit achevé et embelli par l'addition de sa meilleure moitié. En fait, nous sommes tous de pauvres vagabonds, des errants, jusqu'au jour où les femmes nous prennent en pitié et donnent à notre vie un but, à notre corps un asile.
Je parle ainsi dans l'intérêt des amis célibataires qui nous entourent et dans l'espoir que ces pointes à leur adresse leur seront utiles pour les amener dans la bonne voie. J'espère qu'après cela ils nous donneront l'occasion de leur décerner les félicitations que nous vous adressons aujourd'hui afifectueusement ainsi qu'à votre charmante femme. Que votre voyage de noces soit joyeux; que votre route dans la vie ordinaire soit parsemée de fleurs et de bonheur, ne rencontrez jamais de ces obstacles que ne puissent surmonter l'énergie et l'affection. Je bois à
votre santé et à votre bonheur, et je suis sûr que tous mes amis se joignent à moi pour ce souhait cordial.
Réponse.
Me:s amis,
Je vous remercie en mon nom et au nom de ma chère compagne, de vos bons souhaits. Quant à moi, je ferai de mon mieux pour la réalisation des espérances que vous avez si gracieusement énoncées. S'il m'était possible d'exprimer en pareil jour un regret, je me désolerais de quitter pour une semaine ou deux d'aussi bons amis que ceux que je vois maintenant autour de moi. Mais, si chers que vous me soyez, j'ai à mes côtes maintenant une amie plus proche et plus intime et vous m'excuserez donc si je vous avoue franchement que je ne puis même pas verser un pleur en vous quittant. Le meilleur souhait que je puisse vous aidresser, c'est de vous voir tous aussi heureux que je suis en ce moment. Ma femme et moi, nous vous ren-
voyons affectueusement l'échange de vos excellents sentiments, et je répondrai à votre santé dans les termes mêmes que vous avez choisis: " Santé, bonheur et prospérité pour vous tous."
Impromptu pour un baptême.
Monsieur,
La présentation des étrangers illustres est un des devoirs qui s'imposent dans notre société actuelle et je n'ai par conséquent pas à m'excuser si j'assure au jeune monsieur qui vient d'être admis dans le monde chrétien qu'il a d'avance conquis le respect et l'estime des gens d'âge mur, qui sont réunis ici pour lui faire honneur. Il est bien malheureux qu'il ne puisse pas comprendre un mot de ce que je dis, et que je doive adresser mes remarques à ses parents, dans l'espoir qu'ils les lui communiqueront quand son faible cerveau aura pris assez de consistance pour en saisir l'àpropos, s'ils se les rappellent encore dans ce temps-là. On dit que l'enfant est le père de l'homme, c'est vrai; mais, dans les circonstances
présentes, il vaut mieux, je crois que je m'adresse immédiatement à l'homme qu'à son père enfantin. C'est donc au grand enfant et à la charmante compagne de ses joies (nous ne parlerons pas aujourd'hui de ses peines), que j'adresse au nom de toute la compagnie mes sincères félicitations. Ils doivent être fiers de leur enfant et, si je ne me trompe pas, ils le sont. Si j'en juge par ce que j'ai entendu aujourd'hui du jeune homme, il fera du bruit dans le monde. Peut-être sera-t-il un grand astronome, on m'informe même qu'il a déjà accompli de sérieuses découvertes dans la voie lactée. Tous les chemins lui sont ouverts, il deviendra peut-être banquier, marin, marchand, soldat, tout et peut-être échevin et marguillier. Quel que soit le rôle qu'il soit appelé à jouer, nous espérons tous qu'il fera la joie et le bonheur de son père et de sa mère et, dans cet espoir, nous le recommandons aux bons soins de la Providence.
Réponse du Père.
Mes amis,
Conscient de la grande responsabilité que nous impose la toute petite personnalité entrée aujourd'hui dans le troupeau chrétien, je vous remercie en mon nom et au nom de la maman des souhaits que vous avez formés pour lui et que comportent les spirituelles remarques auxquelles, si j'en juge par tant de faces souriantes, vous avez tous voulu vous joindre. Le jeune sujet de vos aimables paroles est actuellement sourd à la voix de la flatterie. Cependant, quand le temps sera venu, je lui répéterai tout ce qui s'est dit de lui aujourd'hui, et si jamais il devient premier ministre, et que vous soyez tous encore de ce monde, je n'ai aucun doute qu'il vous prouvera sa reconnaissance avec quelque bonne et riche nomination. En attendant, recevez nos remerciements comme gage de ses sentiements encore inexprimés.
Anniversaire de mariage.
Mesdames ET messieurs.
Nous nous sommes rencontrés ce soir sons ce toit hospitalier pour féliciter nos hôtes d'un nouveau retour de l'anniversaire du jour le plus heureux et le plus précieux de leur vie. Ce ne sont pas tous les ménages qui jouissent à la fin de chaque année d'union d'un surplus de contentement et de bonheur tel qu'ils désirent faire partager leur félicité à leurs amis. Nous nous trouvons ici dans une atmosphère matrimoniale tellement claire et sans nuages qu'en se figurerait que ni vieux garçons ni vieilles filles ne pom*raient séjourner dans un milieu aussi contagieux sans aspirer à un eldorado aussi complet. Des anniversaires de ce genre sont les poteaux indicateurs de l'existence, montrant toujours le chemin du bonheur, et je conseille à tous les retardataires de chercher des compagnes de voyage et de prendre sans délai le chemin indiqué. Nous n'avons qu'à contempler le visage de nos hôtes pour juger que jusqu'à présent le voyage
a pour eux été agréable et je crois que nous ne
pouvons mieux résumer nos félicitations qu'en leur souhaitant que le chemin soit long et qu'à chaque célébration de leur mariage nous les retrouvions toujours aussi contents de leur sort et aussi heureux l'un de l'autre que nous les voyons aujourd'hui.
Réponse du mari.
Messieurs,
Ma femme m'ayant signifié, par un télégramme conjugal, sous forme d'un gracieux sourire, qu'elle est charmée des paroles aimables qui viennent d'être prononcées, je me lève pour offrir à mon excellent ami et à vous tous, nos remerciements pour vos aimables félicitations. Si j'en juge par ce que disent les journaux, le mariage est un chemin bien rude et bien rocailleux, pour certains attelages mal appareillés qui s'y aventurent; quelquefois l'attelage se divise, rue dans les traits et celui qui s'échappe prend le grand détour pour arriver chez dame Thémis. Cela se voit, mais, je vous assure que
dans le couple que vous voyez ici, il n'y a jamais eu de désordre de ce genre ; nous marchons notre petit bonhomme de chemin d'un pas égal, aucun des deux n'ayant le désir de devancer l'autre. Nous évitons autant que possible les ornières et les roches, et nous prenons bonne note des chariots embourbés et des harnais brisés que nous apercevons sur notre chemin ; de cette façon nous parcourons la route aussi aisément qu'une paire bien accouplée peut la passer d'un trot facile. Du moins, c'est ce que je crois, et ma meilleure moitié fait un signe d'assentiment. Comme nous ne faisons qu'un de pensée et de sentiment, je vous remercie de votre présence à cet anniversaire de mariage; en mon nom et pour mon associée, je bois à votre santé et à votre bonheur.
Réception d'un " Surprise Party."
Mesdames et messieurs,
Permettez-moi de vous remercier pour ma femme et pour moi, de votre visite inattendue et,
par suite, doublement agréable. Nous vivons, comme vous le savez sans doute, dans l'âge des surprises, un âge si plein de merveilles que certaines gens se figurent avoir entièrement perdu le sens de l'étonnement. Cependant, c'est une insensibilité à laquelle je ne prétends pas. Je suis charmé de la surprise que vous me faites ce soir; rien n'est plus agréable que ces charmantes parties où chacun y va de tout cœur et se dispense des formalités attachées aux grandes fêtes et des politesses trop sévères pour être sincères et trop exigeantes pour être gaies. L'étiquette est une camisole de force excessivement gênante, et je suis heureux de voir qu'elle ne fait pas partie de votre garde-robe.
Le dicton dit que charbonnier est maître chez lui, par conséquent j'ai le droit de capituler à mon gré et c'est avec joie que je me rends avec armes et bagages aux aimables assiégeants qui ont ce soir ouvert la brèche. Mesdames, c'est à vos pieds que je dépose les clefs du castel. C'est un privilège d'être servi par les anges et je me réserve au moins, ce privilège. Quant à ces messieurs, je suis très heureux de les voir ici
et je les félicite de l'heureuse chance d'avoir été choisis comme aides de camp des charmantes tacticiennes qui ont élaboré ce délicieux coup de main.
Après avoir dressé une grange. Compliments aux amis qui ont donné leur aide.
Messieurs,
Je vous remercie de la solidité de vos muscles et de l'énergie de votre bonne volonté. En quelques heures vous avez achevé un travail qu'il nous eût fallu à moi et aux miens une semaine à terminer, si nous eussions été laissés à nos simples forces, encore n'eût-il pas été aussi bien fait. La charpente est debout et solide, tout ce que je désirerais, ce serait de pouvoir vous charpenter un discours de circonstance. Maintenant, amis et voisins, je veux que vous vous réjouissiez, une fois le travail fini. ]\Iettez-vous à l'aise. Nous allons faire de notre mieux pour nous divertir. Des circonstances de ce genre ravivent la bonne amitié et resserrent le bon voisinage. Quand
l'un de vous aura une grange à élever ou un aur tre travail à faire qui nécessite de la promptitude et de l'union, qu'il nous appelle et nous lui ré> pondrons avec joie. La réciprocité, comme dit l'Irlandais, ne doit pas être comme l'anse de la cruche, tout d'un bord ; nous devons nous considérer endettés tant que nous n'avons pas pu rendre service pour service. Maintenant, je n'ai plus qu'une faveur à vous demander, c'est de vous amuser le plus que vous pourrez.
Formules diverses de resolutions pour les cas antérieurement cités.
Compliments à un président de club ou d'association quittant ses fonctions.
Vu que les relations entre le président et les membres de cette association ont toujours été de la nature la plus cordiale et la plus amicale, et. qu'il est à propos de profiter de la circonstance qui les prive à leur grand regret de ses estimables services pour rendre un témoignage public à ses mérites personnels et à la façon habile dont il a rempli ses fonctions, il est résolu:
Que les membres de cette association regrettent sincèrement de voir M . . . abandonner la présidence, et ne croient pas trouver de termes suffisamment énergiques pour exprimer toute l'estime qu'ils professent pour lui;
Que dans toutes ses entreprises ils lui souhaitent du fond du cœur le plus complet succès et lui adressent l'hommage de leurs plus chaudes sympathies ;
Que l'association, si elle est privée de ses services comme président, n'en conservera pas moins le souvenir de l'intérêt qu'il lui a porté et qu'il continue à prendre à sa prospérité ;
Que copie des présentes résolutions, signée des officiers, soit remise aux mains du président sortant, par les soins du secrétaire de l'association.
•© 5? ■© •© Compliments à un employé public prenant sa retraite.
Vu que la retraite de notre estimé concitoyen. . . qui abandonne le poste de. . . nous fournit une occasion opportune pour exprimer toute l'estime que lui a assurée chez nous la façon fidèle et courtoise dont il a rempli ses fonction^ publiques, il est résolu :
Que M . . . a mérité les remerciements de cette assemblée et du public pour l'impartialité et
l'habileté dont il a fait preuve dans l'exécution de ses devoirs et que nous regrettons sincèrement qu'il ait décidé d'abandonner la vie publique;
Qu'il emporte avec lui. en quittant la position qu'il a occupée d'une façon exemplaire, le respect et les égards de tous ceux qui ont eu affaire à lui ;
Que ses anciens collègues et subordonnés considèrent sa retraite comme une perte sensible tout en espérant qu'elle lui sera profitable et souhaitent que sa vie soit à l'avenir aussi heureuse et aussi prospère qu'il le prévoit ou qu'il le désire;
Que le secrétaire de cette réunion soit chargé de lui transmettre les résolutions passées en cette circonstance.
A l'occasion de la mort d'un membre d'une société, d'un club.
En présence de la perte douloureuse que nous venons de subir dans la personne de notre ami
et sociétaire, M. . ., et de la perte encore plus cruelle qui frappe ses parents et ses proches, il est résolu :
Que c'est rendre un juste tribut à la mémoire du défunt d'exprimer tous nos regrets de son décès et tout le deuil que nous ressentons du départ d'un ami et compagnon digne de notre respect et de notre estime ;
Que nous offrons à sa famille nos plus sincères condoléances dans leur légitime affliction ;
Que ce témoignage cordial de sympathie et de deuil soit transmis au... du défunt par le secrétaire de cette assemblée.
Félicitations à un employé public à l'occasion de sa nomination.
Vu que le gouvernement en appelant notre concitoyen, M... à la position de..., a donné une nouvelle preuve de son esprit de justice et de la sagesse de son administration,
Il est résolu :
Que nous approuvons chaleureusement cette
nomination et que nous félicitons le nouveau titulaire d'avoir été jugé digne de cette distinction ;
Que la civilité et la courtoisie qui ont toujours distingué M . . . dans sa vie privée, sont une garantie suffisante de l'attitude qu'il saura tenir à l'égard de ses concitoyens, dans les fonctions publiques qu'il va devoir remplir;
Que cette nomination réunit à la fois les deux qualités qui doivent marquer le choix d'un gouvernement soucieux de respecter les intérêts et les désirs de ses administrés, qu'elle consacre : l'honnêteté et l'aptitude;
Que copie des présentes soit transmise à M. . . par le secrétaire de cette réunion.
Félicitations à un capitaine de vaisseau pour un heureux voyage.
Les passagers du vaisseau. . . se sont réunis à son arrivée au port de . . . le . . . et les résolutions suivantes ont été adoptées à l'unanimité:
En souvenir heureux des hautes qualités nautiques et des aimables attentions que le Capitaine. . . et ses officiers ont déployées pendant notre dernier voyage de... nous nous faisons un plaisir de reconnaître :
Que si les plaisirs de la navigation consistent dans la courtoisie et les égards pour les passagers, dans la solidité, la vitesse et le confort du vaisseau, nous avons toutes les raisons possibles pour nous féliciter d'avoir fait la traversée sur le vaillant SS. . . Capitaine. . . ;
Que nous lui offrons ainsi qu'à tous ses officiers nos remerciements les plus sincères pour Tamabilité avec laquelle ils ont veillé à notre confort. Nous recomandons avec joie le vaisseau, ses aménagements, son personnel, son commandant et ses subordonnés au choix du public voyageur, parce que nous savons qu'ils
méritent la faveur de tous, et nous prions le très complaisant secrétaire de cette réunion intime de remettre au Capitaine une copie de ce gracieux témoignage, signé par:
(Signatures suivent).