‹ Recueil de discours prononcés au Parlement d'Angleterre (volume 5)Chapitre 5 sur 7 · AU PARLEMENT D'ANGLETERRE, PAR J.-C. FOX ET W. PIÏT · texte numérisé non relu

AU PARLEMENT D'ANGLETERRE, PAR J.-C. FOX ET W. PIÏT

26 Février.

Bill de M. Burhe, pour régler la liste civile.

Composition du ministère et des administrations. — M. Pitt parait pour ta première fois au Parlement (i)v — On le voit citoyen animé du hiefi public. — Il répond aux observations ridicules de ceux qui prétendent que chercher à diminuer (es dépenses publiques, à éteindre (es charges, à supprimer les places inutiles , serait attaquer la prérogative royale. Il établit , au contraire, que- 4a majesté royale doit acquérir une nouvelle splendeur aux yeux de la nation, en prouvant qu'elle veut diminuer ses charges. — Il retrace les motifs qui ont fait accorder au Roi, par la nation, une liste civile. Il prouve que ce n'est pas pour

(1) M. Pilt entra au Parlement dans sa vingt - deuxième an- T. IV. 1

pourvoir à ses besoins personnels , niais pour soutenir te pouvoir et la dignité de ta couronne , pour payer tes juges , les ministres étrangers 9 pour entourer ta dignité de son trône de grands officiers , qui soient à ta, charge de cette liste civite : il prouve que si te peuple a cru convenable d'accorder, dans un temps de prospérité, une somme considérable pour cette tiste civile, il a bien te droit , aujourd'hui que sa position est si différente, d'en réduire te montant. — Cette opinion d'un hom.me , qui bientôt allait devenir un grand minisbre, est assez remarquable.

EXPOSE

A la seconde lecture du bili de M. Burkc, pour régler la liste civile, supprimer les places inutiles , et faire retourner au service public les sommes que les économies produiront ,

née : né le 28 mai 17^9 , il fut admis à la Chambre le 20 janvier 1781.

Le ministère était composé ainsi qu'il suit :

Lord Nortîi Lord delà 'trésorerie, chancelier del 'échiquier.

Lord Hillsborolgu.*\

Lord Stormont. . . >Sccrélaires d'état.

Lord Gebmain . . ./

Lord Thdrlovv. . . Chancelier.

Lord Bathubst . . . Président du conseil.

Lord Darmocth. . . Garde des sceaux.

Lord Sandwich. . . Premier lord de l'amirauté.

Lord Liverpool. . . Secrétaire d'état pour la guerre.

J. Wallace Procureur-général

,T. Mansfikld. . . . Avocat-général.

Lord Carsulr. . . . Lieutenant du Roi en Irlande.

M. Pitt se lève pour la première fois et développe une grande éloquence dans ce premier discours, prononcé du ton le plus noble, avec un choix d'expressions riches et élégantes, digne enfin du fils de

l'immortel lord Chatham.

Je donne, Monsieur, mon assentiment à la proposition que mon honorable ami, de l'autre côté de la Chambre , vient de faire ; mais je pense qu'une réforme dans la liste civile de S. M. eût dû être présentée par les ministres. Je dis plus , cette offre eût été encore plus loyale et plus convenable à l'intérêt général, si elle fût venue du souverain luimême. Puisqu'il n'en était pas ainsi , les ministres eussent dû au moins montrer toute l'économie possible , afin de donner au peuple la consolation de voir que le souverain prend part à ses souffrances , et offre luimême l'exemple honorable d'une sage économie dans un moment si critique. Ils eussent dû consulter la gloire et l'honneur de leur maître , et le relever encore , s'il est possible , dans l'opinion de ses sujets, en lui faisant le mérite de retrancher ce qui appartient à la magnificence , pour ne conserver que ce qui est nécessaire au besoin. Am lieu d'attendre lest» demandes d'un peuple accablé, ils eussent dû accroître sa popularité par cet abandon volontaire de revenu superflu. Combien il eût été

agréable à cette Chambre d'accepter au lieu de demander, et avec quelle satisfaction elle eût reconnu l'exercice de la grandeur royale , au lieu d'avoir à établir ce qui doit être et ce qui est nécessaire.

Mais si les ministres ont manqué à ce devoir, s'ils restent endormis entre la bonté du souverain et la détresse du peuple, s'ils retardent l'effusion de la bienfaisance royale, est-ce une raison pour que la Chambre des Communes , conseiller public de S. M. , abandonne une mesure si paternelle et si fortement demandée par les besoins du peuple? Le Roi lui-même, soyons-en sûrs , sera heureux d'accéder à ce noble abandon : et enfin , si les ministres n'ont pas fait leur devoir, ce n'est pas une raison pour que cette Chambre ne fasse pas le sien. Actifs en tout ce qui concerne l'intérêt de leurs représentans, les membres de celte Chambre saisiront toutes les ressources, tous les moyens raisonnables qui se présenteront deux-mêmes; et certes nul n'est plus positif et plus flatteur que celui de l'économie. Leur caractère leur impose le devoir de suivre ce principe jusqu'aux pieds du trône même, en conseillant à la couronne d'abandonner une ostentation inutile, afin de conserver le pouvoir nécessaire; de diminuer un peu de sa pompe royale, afin d'assurer d'autant le res-

(5) pect qui lui est du; de restreindre enfin de sa grandeur extérieure, pour augmenter encore sa dignité personnelle. Ces conseils sont ceux d'un véritable Parlement, dont le devoir est principalement d'assurer l'existence, la liberté et la propriété du peuple. C'est surtout pour la défense de cette propriété que la Chambre des Communes se trouve engagée d'honneur et de devoir; car l'influence peut l'attaquer plus facilement que la liberté et l'existence. Et qu'il me soit permis de dire que cet avis n'est pas indigne de l'attention du Gouvernement. Ce n'est pas déroger à la grandeur royale que d'écouter avec intérêt les plaintes du peuple. Parler de la tutelle de cette Chambre serait peut-être employer une expression trop forte ; mais avouer sa curatelle ne peut offenser un Roi constitutionnel. La diminution de ses dépenses superflues n'attaque pas la royauté ; et loin que sa magnificence et sa grandeur puissent être atteintes par une sage économie, dans un temps aussi critique , son existence semble au contraire prendre une force plus réelle par la réduction des dépenses.

La Chambre a avancé unanimement ce principe si essentiel au salut public. Tel a été le langage du noble lord de l'autre côté de la Chambre (lord Nugent). Il a dit que si toutes les économies que cette Chambre peut procu-

(6) rer par ses justes observations pouvaient être appliquées au service public , il donnerait son entière approbation au bill proposé, et deviendrait son plus ardent avocat. Je m'accorde entièrement avec le noble lord à ce sujet. Le noble lord cependant a vu clans ce bill que les sommes qui proviendront des réformes et économies demandées serviront à créer un fonds pour la famille royale. Je lui fais observer que, comme il le désire, il existe une autre clause, qui constate que le résultat des économies tournera au profit du service public. Me trouvant donc d'accord, en matière de fait, avec le noble lord, et désirant le convaincre totalement, je lui demande la permission de profiter de l'avantage d'avoir des yeux un peu plus jeunes que les siens, et le prie de consentir à ce que je lise les clauses de ce bill.

(M. Pitt lit le bill en entier. )

Je ne pense pas qu'il y ait rien de plus positif que les expressions de ce bill. Je présume que l'erreur du noble lord provient d'une autre clause de cet acte, qui ordonne que les sommes affectées au paiement des annuités accordées aux personnes dont les places seraient supprimées , formeraient une espèce de tontine, croissant par la mort des rentiers, pour créer une provision pour la famille royale.

(7) (Test-là son erreur; il a pris cette provision^ royale, et la manière dont le fonds en est fait, pour la totalité des sommes que peuvent procurer les économies; à moins qu'il n'imagine que placer de l'argent à Ta caisse d'amortissement, soumise à la sanction du Parlement, ne soit pas l'appliquer au service public.

Il se peut aussi qu'il regarde, au contraire, r'aveugle profusion du ministère comme étant le service public , et qu'il pense que toute autre manière d'employer les ressources de l'Etat ne le soit pas. Au surplus, quel que soit mon désir de ne pas abuser des momens précieux de la Chambre, je serai amplement récompensé , si j'ai pu parvenir à rectifier en cela l'erreur du noble lord sur les vrais principes de ce bill.

On a dit, dans le cours de ce débat, que ce bill confondait deux objets diflerens, qui doivent rester séparés. Mon honorable ami ( J. Townshend) a prouvé, au contraire, que ces deux objets devaient rester liés, et que le moment était convenable pour introduire des réformes en même temps que des économies. J'ajouterai que ce bill a encore un troisième but au moins aussi important, c'est la réduction de l'influence de la couronne; cette influence, que le dernier Parlement a reconnu à une grande majorité être augmentée , et de-

(8) voir être restreinte; cette influence, mille fois plus dangereuse encore, par ses attaques secrètes et cachées , que toutes les prérogatives du monde. Selon moi, tous ces objets sont bien compatibles et de nature à être liés; mais îs doivent rester néanmoins distincts, et n'être pas confondus dans une mesure générale de réforme.

L'orateur qui m'a précédé m'a paru n'adopter que la première des résolutions du 6 avril. Cette résolution oblige la Chambre à accorder quelque chose aux pétitions qui sont présentées : pourquoi donc refuserait- elle d'adopter le bill dont il est question en ce moment, puisque le motif en est de diminuer l'influence de la couronne?

On a dit, il est vrai , que ces économies étaient insignifiantes, et que 200,000 liv. st. n'étaient rien en comparaison des sommes immenses que nous dépensons. Certes, ce raisonnement est bien le plus extraordinaire qui jamais ait pu être fait dans une assemblée. Quoi! les calamités présentes sont trop énormes pour qu'on puisse les atténuer par de l'économie! Quoi! nos dépenses sont si excessives, que des réformes, des suppressions, des diminutions de dépenses , ne peuvent pas procurer un résultat qui en vaille la peine ! Quoi ! parce que nous avons dépensé des millions , quelques centaines

( 9 ) au mille livres sterling ne sont pas dignes de notre attention!.... Et voilà cependant avec quels argument ce bill a été combattu.

On a beaucoup parlé pour prouver l'injustice et l'inconvenance de s'opposer à ce que le Parlementa déjà accordé; on a prétendu qu'on n'en avait pas le droit. Je n'entreprendrai pas de répondre à cette assertion; une telle doctrine renferme en elle-même sa réfutation. Je me permettrai seulement de faire observer que la liste civile a été accordée à S. M. par le Parlement, pour tout autre motif que pour son usage personnel. Elle a été allouée afin de soutenir le pouvoir et la dignité de l'empire , pour maintenir sa grandeur, pour payer les juges et les ministres étrangers, enfin pour entretenir la splendeur et le respect dus au Gouvernement, par l'entretien des grands officiers de la couronne, proportionnellement à l'opulence du peuple. Il ne m'appartient pas d'établir la grande différence qui existe dans les revenus de l'Etat , au temps ou cette liste civile a été accordée et en ce moment. On pourrait néanmoins voir facilement que les sommes nécessaires alors pour le soutien de cette dignité de la couronne et du peuple, doivent être diminuées maintenant que la somme affectée aux choses indispensables est si fort augmentée. Le peuple qui avait accordé

ce revenu a été autorisé à en retirer une partie dans cet instant de crise. Il a connu ses droits, ce peuple; mais il les a exercés avec peine et regret. 11 s'est approché du trône avec douleur, et a:été affligé d'apporter quelques restrictions à ce qu'il avait accordé à S. M. Sa demande , à cet égard , a été aussi respectueuse que l'acceptation du Roi a été politique et prudente.

Je déclare que je ne puis supposer que la Chambre balance à adopter les principes de ce bill, comme le plus sûr moyen d'obtenir l'économie si désirée. Cette déclaration est l'aveu formel que je fais de mon entière adhésion et comme citoyen anglais , et comme membre de cette Chambre; et je reconnais avec plaisir qu'en cette double qualité je dois des remerciemens à l'auteur du bill , et je suis prêt à le soutenir de tout mon pouvoir.

La motion , pour une seconde lecture du bill , est mise aux voix :

Pour, 190. Contre, 2 33.

Ce bill est renvoyé à six mois , à compter de ce jour.

5i Mai.

Bïil pour maintenir la commission chargée de V examen des dépenses publiques.

M. Pitt continue de s'élever contre le système du ministère. — II montre la faiblesse de ceux des membres qui, aveuglément , se sont rendus (es vils adulateurs du ministre : ce sont, dit-il, des serviteurs aveugles, indignes de siéger dans un> Parlement.

EXPOSÉ

L'ordre du jour appelle la formation du comité pour examiner le bill qui oblige les comptables de payer à l'échiquier la balance de leurs comptes.

Le colonel Barré propose qu'il soit dit que ce comité a le pouvoir , en vertu de ce même bill , de changer les commissaires, et de les remplacer par d'autres pris dans le sein de la Chambre.

Lord North s'oppose à cette proposition.

M. Pitt, au contraire, la soutient.

Il se lève et dit :

Il est un principe de théorie tellement reconnu, que la Chambre ne peut jamais déléguer conslitutionnellement aucun de ses pouvoirs et de ses privilèges, que je m'étonne ?

avec raison , de voir des personnes balancer encore sur cette question. Quel est, en effet, l'objet qui nous occupe? De savoir si la Chambre investira d'autres personnes du pouvoir et du privilège essentiels de réformer les abus dont le peuple est la victime !

Le peuple s'en rapporte à la Chambre, pour examiner toutes les dépenses de la guerre, et savoir s'il peut exister un système d'économie et de réforme; et, si cela est possible, avoir soin que ce système soit immédiatement déterminé et adopté pour l'avenir. Ce devoir qu'elle s'était engagée à remplir, non -seulement elle reconnaît l'avoir négligé, mais elle désire aujourd'hui en charger d'autres personnes prises dans son sein.

Il est certain, cependant, que la Chambre doit surveiller, examiner, et rectifier les dépenses publiques. Ce serait donc abandonner ce droit et ce devoir que de déléguer d'autres personnes pour le remplir, en dépit de la volonté de nos commettans. Le respect et l'autorité que la Chambre des Communes a dans la législature, ne viennent- ils pas de ce droit de disposer des fonds du trésor? Chaque branche de cette législature a un objet particulier qui la distingue; celui de cette Chambre est le pouvoir d'accorder les sommes demandées , mais aussi de réformer les abus dans les dépenses»

Abandonner ce droit, est, selon moi, renoncer à l'importance du caractère de la Chambre; c'est, enfin, déroger aux statuts de la constitution.

Le noble lord (North) paraît bien convaincu de cette vérité; il convient que l'exercice de ce droit est essentiel à l'intérêt et au salut publics ; cependant , il s'adresse aux gardiens des droits constitutionnels du peuple, pour leur demander de déléguer leurs droits à d'autres; il dit que les commissaires ne sont là que pour examiner et rendre compte, que la Chambre seule doit juger , déterminer , agir. Quel rôle humiliant serait-ce donc faire jouer à la Chambre! Quoi! tout le pouvoir du Parlement relativement aux droits de réformer les abus , les dépenses, et d'établir une économie équitable, serait donc réduit à blâmer et à refuser! Cependant un pouvoir resterait, un pouvoir odieux et très- positif, celui de taxer le peuple , quand le noble lord le juge convenable, celui de le faire payer pour exécuter les projets du caprice ou de la corruption.

Il est indubitable que , si un plan était formé de manière que l'on pût faire annuellement l'économie de quelques centaines de mille liv. sterl. , on parviendrait enfin à diminuer l'influence de la couronne, et à établir d'une manière positive la responsabilité des ministres t

afin que toute la marche du Gouvernement ne fût plus ni lente ni entravée; il est sûr, alors, que le Parlement n'aurait plus que le droit de s'opposer aux propositions qui lui seraient faites.

J'ai souvent entendu dire que la couronne avait le droit constitutionnel de refuser les actes de la Chambre, mais jamais encore je n'ai vu que le Parlement eût celui d'être sourd aux désirs du peuple, quand, toutefois, ils sont de nature à établir un système d'économie et de réforme.

Le noble lord s'est confondu en éloges des commissaires, il a été rechercher tout ce qui peut encore rehausser leur mérite, en vantant beaucoup les efforts qu'ils ont fait dans leur recherches et dans leurs enquêtes. Sans vouloir rien diminuer de ce mérite, qu'il me soit cependant permis de voir un peu quel est l'avantage public qu'ils ont procuré. La théorie, j'en conviens, doit souvent céder aux avantages de la pratique, mais elle ne doit néanmoins être abandonnée totalement que quand on est positivement sûr d'obtenir de cette pratique tout ce qu'on se propose.

Les commissaires ont examiné scrupuleusement plusieurs comptes et situations des comptables, mais, certainement, le noble lord ne prétendra pas qu ils aient fait, en cela, plus

( i5) que ce que leur devoir leur prescrivait. Il n'existe pas un membre de cette Chambre qui ne soit prêt à porter la même attention, à surveiller, pour ses conmiettans, la manière dont leur argent est employé. Penser autrement serait insulter à cette Chambre. Plusieurs d'entre eux, d'ailleurs, sont versés dans cette connaissance particulière de comptabilité; ils ont, dans un de leurs rapports, montré avec toute la défévence possible, une économie à obtenir par la meilleure organisation d'une administration particulière. Qu'a fait à cela le noble lord? il a tout simplement rejeté cet avis, non pas après avoir consulté le Parlement, il ne lui laisse pas même le droit de juger et d'agir, mais il a repoussé l'observation des commissaires, dont il avait fait un éloge si pompeux, se fondant sur ce que le conseil l'avait assuré que cette économie n'était pas praticable. Ainsi , le ministre a dédaigné un rapport fait sous serment , et renfermant des faits déposés par des personnes assermentées , pour préférer le résultat d'une simple opinion du conseil. Certes, je ne m'oppose pas à ce que le conseil de la trésorerie ait des rapports avec celui de toute autre administration, mais il est plus que singulier que le noble lord ait donné cette raison pour rejeter l'avis des commissaires, sans même permettre que la

( »6) Chambre donnât son opinion; quand, surtout, on réfléchit que ce conseil, qui affirme que la réforme est impraticable, est celui sur qui elle tomberait.

Telle est la situation où nous sommes maintenant, que les formes et les droits les plus essentiels du Parlement doivent être mis de côté pour faire place à tout ce qui peut procurer un avantage public; je suis, par cette Raison, prêt à soutenir le bill proposé par mon honorable ami, tant je verrais avec peine préférer le maintien des commissaires aux droits de cette Chambre, pourvu qu'il en résulte immédiatement des avantages réels pour le public. Mais devons -nous en attendre sérieusement ?

Qu'il nous souvienne que ce n'est que sur la promesse solennelle du noble lord , que les dépenses extraordinaires de l'armée seraient soumises à la révision des commissaires, que la Chambre a clos les débats sur les demandes monstrueuses pour cette année. Si aujourd'hui le noble lord retire cette promesse et ne l'effectue pas, le monde entier verra qu'il a trompé la Chambre par de vaines promesses, et l'a empêchée, en lui donnant avec hypocrisie quelques raisons spécieuses, d'entrer dans tous les détails et les débats qu'un sujet si important devait occasionner.

Cependant, nous pouvons le dire, la promesse que le noble lord a faite que la révision des commissaires produirait quelque économie, l'a maintenu encore cette session; quel est donc notre espoir à ce sujet?

Je pense, en mon âme et conscience, que le noble lord a l'intention que lesdits commissaires passent leur temps à examiner des comptes insignifians, au lieu de s'occuper de ceux qui sont importans, afin de mieux continuer à tromper cette Chambre , et de la porter à voter, comme elle l'a fait jusqu'ici, des choses dont elle est honteuse elle-même, et qui finissent par être ruineuses pour l'État.

Le noble lord, avec une modestie exemplaire, nous a dit que, si les commissaires devaient être pris dans cette Chambre, il ne voudrait pas avoir à les nommer. Quelle singulière retenue, quand on sait que c'est lui, cependant, qui les a nommés tous tels qu'ils sont! Il y a cependant quelque chose de vrai dans l'idée du noble lord. Si on les nomme au scrutin, il me paraît assez certain , du moins je lui rendrai cette justice, qu'il ne voudrait pas faire une liste de son choix, pour la faire adopter par ses créatures. Ce serait trop visiblement avouer son influence et la turpitude de ceux qui sont à sa dévotion d'une manière aussi servile. Le noble lord peut donc adopter t. iv. a

( '&) en toute sûreté la proposition , et rester convaincu qu'on ne l'accusera pas d'avoir exercé son influence pour favoriser cette nomination.

( M. Pitt continue les détails sur les personnes choisies par le ministre pour être commissaires. )

Je me résume, Monsieur, et crois avoir démontré, sans être obligé d'ajouter aucune autre preuve, la nécessité d'une réforme, dans un moment aussi critique, et que, pour y parvenir, la Chambre doit plutôt écouter la voix du peuple que suivre aveuglément les propositions du noble lord, sans considérer si elles sont bonnes ou mauvaises, solides ou superficielles, politiques ou impolitiques. Je supplie mes collègues de se servir de leurs propres yeux, et de consulter leur propre conscience afin de revenir au sens vrai de ce qu'ils doivent au peuple, d'agir en bons, loyaux et honnêtes membres du Parlement, et de ne plus être les serviles adulateurs d'un ministre, dont le seul but est de les tromper, selon le besoin qu'il a d'eux pour faire réussir ses projets.

Qu'il me soit permis toutefois , Monsieur , d'engager le noble lord lui-même à abandonner son système, et de montrer au public qu'il existe encore des moyens de remédier au mal qui nous menace. Si cette commission est bien choisie, il doit nous rester quelqu'espérance

encore pour la prospérité de ce pays, car, ayant une fois adopté le sentier de la droiture, on peut aller progressivement de réformes en réformes, d'économies en économies.

Mais si, au contraire, la motion présente est rejetée, et que le système vicieux adopté jusqu'ici par le Gouvernement, soit encore continué, c'en est fait de la liberté du peuple, comme de l'indépendance de cette Chambre; lune et l'autre succomberont avec la puissance, l'opulence et la gloire de cet empire.

La motion du colonel Barré est mise aux voix.

Pour, 42. Contre, 98,

Cette motion est rejetée.

6 Décembre*

Débats sur le rapport du comité nommé pour examiner l'adresse au Roi.

M. Pitt commença à parier comme ministre du Roi. Il défend te Discours de S. M. — Il proteste de sa i)onne-foi , et en appelle à ce qu'on connaît déjà de son caractère et de sa loyauté. Il affirme que tes expressions du Gouvernement doivent être entendues dans le sens qu'elles expriment. (1).

(i) Le ministère était cette année occupé par lord Rockingham ; puis ensuite , à la mort de celui-ci, par lord Shelburne. Depuis mars jusqu'en juillet.

Marquis de Rockingham. Lord de la trésorerie.

L©rd Shklbubne I , . ,

„ „ > Secretaires-d état.

Ch. Fox )

Lord John Cavendish. . Chancelier de l'échiquier.

L'Amiral Keppel .... Lord de l'amirauté.

Le duc de Gbafton. . . Garde des sceaux.

Lord Thublow Chancelier.

En juillet.

Lord Shelbubne Lord de la trésorerie.

Ho. Will. Pitt Chancelier de l'échiquier.

Lord Gbantham 1 Secrétaires d'état.

Th. Townshisnd {

Lord Thublow Chancelier.

L'amiral Kkppel Lord de l'amirauté.

Le duc de Gbafton. . . Garde des sceaux.

M. Fox n'est plus dans le ministère.

(ai )

EXPOSÉ

Le rapport de ce comité ayant été présenté par M. Yorke 9 M. Burke saisit cette occasion pour fixer l'attention de la Chambre par un commentaire spirituel et satirique sur le discours des ministres du Roi, prononcé comme venant du trône. Il le considère, dit-il, comme un mélange d'hypocrisie et de démence, et dit que si l'unanimité n'était pas essentiellement nécessaire en ce moment , il eût voté un amendement à cette adresse.

M. Pitt se lève et dit:

Je ne pense pas, Monsieur, que le moment soit convenable pour se livrer à la gaieté et aux plaisanteries: j'ai, comme un autre, souvent admiré le talent supérieur de l'honorable préopinant, lorsqu'il s'agit d'allier le sarcasme à la raison, mais je ne puis, dans une circonstance aussi importante , admirer l'emploi qu'il fait de son esprit, pour traiter les choses les plus graves comme un autre le ferait des choses les plus futiles et les plus gaies. J'aime sans doute à rencontrer cette disposition d'esprit au théâtre, et pour me récréer d'occupations plus graves, mais ce n'est qu'au théâtre, ou dans la société , que je puis l'approuver, et non pas quand il s'agit d'objets important. C'est donc dans l'idée de rappeler la Chambre à cette attention sérieuse , dont jamais elle ne doit s'écarter , que je me lève en ce moment ; c'est pour dis-

siper tous les rêves d'une imagination exagérée, que je veux parler de la position critique de notre pays ; et , quelque brillans qu'aient été les traits d'une éloquence si spirituelle et si amusante, j'ose espérer ramener chacun des membres de cette Chambre à s'unir d'efforts, d'énergie et de talens, pour retirer notre pays du danger qui le menace , et pour lui procurer une paix honorable.

Je ne puis, toutefois, accepter les complimens que l'honorable orateur m'a prodigués, ni même l'en remercier, car ils ont été accompagnés d'une telle animadversion , qu'il ne faut pas moins que tout l'esprit de cet orateur pour ne les avoir pas rendu ridicules.

Cependant, jamais je ne pourrai supposer qu'une Chambre comme celle-ci, qui a approuvé à l'unanimité le discours de S. M., et qui, nemine contradicente , a voté à ce discours une adresse de remercîmens, puisse aujourd'hui partager l'opinion du préopinant, et trouver que ce discours n'est qu'un mélange d'absurdités et d'hypocrisie. Non, jamais je ne croirai qu'une communication aussi importante, de la part du souverain, puisse être qualifiée d'une épithèle pareille; jamais je ne penserai que les craintes du Roi, de voir le démembrement de son empire, puissent être ainsi outragées; enfin, qu'un discours prononcé

(*3) avec le caractère sacré de la royauté, soit si témérairement accusé d'hypocrisie et de fausseté. Non, je le répète, il n'y a que l'égarement d'un excès d'esprit, qui, pour se servir d'expressions saillantes et remarquables, puisse oublier ce qui est dû au respect > à la sagesse, et aux convenances.

Pour moi, je me sens d'une disposition totalement opposée; et ne voulant pas imiter J'honorable préopinant dans son style, je tâcherai aussi de ne pas lui ressembler dans les formes.

Je trouve, au contraire, que loin de donner matière au ridicule, le discours de S. M. me paraît clair, intelligible, sincère, convenable à la circonstance, et j'en conclus que l'adresse qui en a été la suite est aussi parfaitement convenable. Cependant, afin que les ministres de S. M. sachent quels sont les points sujets à des objections, je demande la permission d'entrer dans quelques détails nécessaires.

(M. Pitt relit le Discours du P^oi , et en discute les articles. )

Puis il continue

Rien ne peut et gible que les expressions de S. M., elles sont

Rien ne peut être plus clair et plus întelli-

convenables à la circonstance, et la dresse que nous prenons en considération me paraît parfaitement en harmonie avec ce discours.

Pour que les ministres de S. M. pussent entendre bien les objections que l'on voudrait faire à ce discours, je demanderais qu'il fût discuté article par article.

Mais il n'en est pas ainsi, et l'honorable préopinant s'est attaché principalement à torturer le texte de l'article qui exprime la disposition des citoyens de Londres pour sa défense, et de le confondre avec les preuves d'esprit public qui ont été données par quelques particuliers. Je le demanderai, toutefois, existe-t-il un seul individu dans cette 'Chambre qui puisse prétendre ignorer le zèle des liabitans de la métropole à s'enrôler pour la défense de cette cité, quand le Gouvernement, obligé à de nouveaux efforts, a été contraint d'envoyer flottes et armées à Gibraltar? Peuton méconnaître le rapport qui existe entre ce dévouement et l'offre faite d'argent pour construire des vaisseaux pour l'Etat? A-t-on jamais pu penser que S. M., ainsi que ses ministres, voulussent employer ces preuves d'esprit public pour des motifs dangereux à l'État? Pourquoi donc, alors, chercher par des argument inconvenans et dangereux, à suspendre les effets de cet esprit public, de cette ardeur

si utile et si nécessaire dans un moment semblable?

Mes observations , à ce sujet, tendent à faire voir que la seule portion sérieuse du discours de l'honorable orateur , manque de logique et de fondement • tandis que le reste de ce discours remarquable, est, comme je l'ai dit déjà, l'œuvre d'une imagination trop vive, et qui, avec la réflexion, amènera l'auteur à sentir qu'elle est au moins déplacée.

J'ajouterai, toutefois, que relativement à la question de l'honorable orateur, de savoir s'il existe de la sincérité et de la réalité dans l'expression des articles pour les sommes à accorder, je ne vois pas ce qui pourrait le porter à en douter, quand je viens dans cette Chambré, comme ministre, et que je donne une réponse explicite à une question faite explicitement; quand mon caractère, jusqu'ici, ne s'est pas démenti; quand, enfin, il ne peut y avoir lieu à m'accuser de fausseté, jusqu'à ce que j'aie donné les preuves de ce crime; car je ne me le cache pas, ce serait un crime, et le jour où j'en* serais coupable, je mériterais l'exécration de cette Chambre. Si, néanmoins, l'honorable orateur continue de m'accuser sans preuves, alors, tout jeune que je puis être en comparaison de l'âge et de l'expérience du respectable préopinant, j'oserai, néanmoins,

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