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soumettre toutes les classes, et enfin celui d’en assurer la répartition et la levée. Le principe du consentement de l’impôt royal est reconnu formellement par le pouvoir en 1329, à la suite de la réclamation du maire. Si la commune renonce provisoirement et sous réserve aux exemptions que lui assurent ses privilèges, c’est avec la condition qu’elle « consentira et concèdera » les subsides requis par les agents du roi, puisqu'il n’y a. pour elle de ce chef aucune obligation (1). C’est pourquoi en 1329, comme en 1337, en 1352, en 1357, en 1373. en 1380, des assemblées formées des bourgeois, gens d'église et habitants de Poitiers et des paroisses de la châtellenie délibèrent au sujet de l'octroi des subsides (2). D’autre part, nul impôt royal ne peut être levé subrepticement sur la commune ; il faut que le roi l'ait fait proclamer et notifier (3). De plus, les bourgeoïs ont soin de faire admettre le principe de l’égale participation de tous à l'impôt royal. En 1329, en 1337, en 1342, en 1345, en 1352, en 1357, comme en 1373 et en 1380, tous les habitants de Poitiers et de la banlieue sont astreints à payer les impôts de guerre et figurent sur les rôles. On y voit mentionnés par exemple en 1329 le vicomte de Châtellerault, possesseur de fiefs dans la châtellenie, l’abbé de Montierneuf, les chapitres Saint-Hilaire et Saint-Pierre, l’abbesse de la Trinité, l’évêque, les prieurs de Vouneuil et de Ligugé, bref 102 groupes ou individus appartenant aux diverses classes sociales, depuis les clercs et les nobles jusqu’aux tenanciers ruraux et aux artisans urbains. Il en est de même en 1337 (4). En 1345, les nobles de la châtellenie ayant refusé de participer au subside, le commissaire du roi autorise le maire à user de contrainte à leur égard (5). Cinq ans plus tard, l’abbesse de la Trinité se fait délivrer quittance par le maire pour le versement de sa quote-part (5 s. par semaine, 13 1. par an), représentant l'impôt destiné aux fortifications (6). Les officiers «et le personnel de la Monnaie de Poitiers, ayant prétendu s’exempter de cette taxe, le roi ordonne au maire et aux échevins de les y obliger (7). Il en est de même en 1373, en 1374 et en 1380 (8). pour tous les
(1) 24 mai 1329, Recueil, n° 283 ; 1345-46, ibid n° 362.
(2) Voir ci-dessus et de plus, Recueil, p. 260 (1373) ct 286 (1380). 287, 288.
(3) Recueil, n° 353 (1342).
(4) Recueil, p. 11 (1329), n° 322 (1337).
(5) 26 juillet 1345, Recueil, n° 360.
(6) Recueil, n° 373 (30 août 1350).
(7) Recuetl, n° 395 (8 février 1354).
(8) Voir ci-dessus 1'° partie et Recueil, p. 286 ct suiv.
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privilégiés. Daris lé rôlé détaillé relatif au subside imposé à cette dernière daté, figurent effectivement l'évêque, tous les corps religieux, les géntilshoïnmes, aussi bien que les bourgeois, les artisans et les päysäahs. | Enfin, le maire et les bouïrgéois ont lé droit de procéder par eux-mêriés à la répärtition ét à la levéé des impôts royaux, du moitis à l’égaïd des redevablés qüi dépendent directemént dé là commune. Cetté prérogative est reconnue en 1329, lors de la coïicession du subsidé pour la guérre de Flandre. Le mandataire royal stipulé que l'impôt séra réparti par le inaire et les éctheviris « entre les habitants de « la ville, dès faubourgs et de la thâtellénie qui font partie « de la secta » (1). Lés officiers du roi répartissent et lèverit le subside sur les horimies dés bouïrgs privilégiés, dé la pré: vôté et de là bañlieue qui né sont pds sos la juridiction commuñale (2\, mais lës agents royalüix peuvent confier aù maire et aux échevins le soin de procèdet à là répartition et à la levée générale. En 1337, lé comissäite dt roi prescrit que liinpôt octroÿé par la comihune sera réparti par Île maire et deux prudhomimes dans lé territoire tomtmuünal, tandis que pour la prévôté et hors de la juridiction commi: nale, il devfa être réparti ét perçü pat trois autres prudhommes, qui taxeront chaque redevable suivarit ses facultés. « Les iépartiteurs prêteront serment sur les Evangiles de « bien èt loÿyalement imposer. » C’est lé inaite qui fait dresser le rôle général des contribuables, mais ce sont les agents du roi qui opèrent la levée eñ dehors dé la juridiétion de la cômmuñe (3). En 1338, c’est le mate, nidé d’un écheviit, « appelé un bonhommé dé ladite villé », choisi en dehors de la éotnmuürie, qui répartit le prêt dé 500 Î. requis des habitants (4). Plis tard en 1380, là répattition dé la taillée dé 1000 1. est faite, suivant les instructions du sénéchal, de l'évêque et dü maire, par les soins de l’abbé de Saint:Hilairè dé la Celle, de deux chanoines, l’un de Saint-Hilaire-lé- Grand, l’autré de Sainte-Raidegonde, aveé le concours de 3 bourgeois (5).
Quant à la pérception où lévée de ées impôts toydux, elle est assurée, soit par les fermiers, comme dans le cas de la taxe des 6 d. pour livre (6), soit par des collec-
(1) Recueil, n° 283 (24 mai 1329).
(2) Recueil, p. 8.
(3) Recueil, n° 321 (12 août 1337).
(4) Recueil, n° 331 (7 août 1338).
(5) Recueil, p. 286, 287.
(6) Voir ci-dessus, 1'° partie.
teurs, quand il s’agit des subsides et faillées, c’est-à-dire des taxes directes. En 1337, le rôle du subside indique les forms des bourgeois, àu nombre d’un où de deux par pañfoissé, suivant l'importance de celle-ci, choisis, sémble-t-il, par les contribuables pour Ja collecte (1). Des collecteurs sont encore mentionnés en 1352 (2), en 1380. Lors de cetté dernière <« tailléé », le rôle indiqué la liste complète des collecteurs, bouïgéois notables, semble-t-il, dés 24 paroisses de la ville ; ils sont au nombre de 3 pour les paroisses les plus riches, et en général de 2 pour Îles autres. Dans les 39 paroisses de la châtellenié, le nombre des collecteurs vatie entre 1 et 4 (2). La recette est faite, soit par le Receveur du roi, soit par un receveur miunicipal, temporäiremerit désigné à cet effet. En 1380, c’est un échevin, Bérnard, qui reçoit 25 1. de gages, outre 7 |. pour ses frais dé büfreau. il acquitte ainsi 799 I. pour les déperises des fottifications de la ville aux divérs entrepreneurs, et vérse le surplus au sénéchäl pour les gèns de guerre (3). À l’égard des gefis d’église, ce sorit déux sergents du duc de Berry dti retoivent la mission de faire la lévée (4). Tous ces ageñits de perception, cornmis et sergents du roi, collectettrs inünicipaux où ruraux, sont poursuivis, en cas de rétatd, par les cohimissaäires, délégués du sénéchal, à savoir l'official, 1 chevalier ét 2 bourgeois, comme en 1352. Contré eux, de même que contre le maïre et les bourgeois, le sénéchäl et le receveur, sur l’ordre du roi, peuvent décerner des contraintes, comnië en 1340 et 1345. Tous sont justiciables de la Chambre des Comiptes dé Paris (5). Quant aux contribuables récalcitrants, après un délai dé 8 jours, ils sont saisis et erprisonnés,
ainsi qu'il arrivé en 1337 à 8 tenanciers de Bonillét (7).
La commiine, collectivité politique et adminislrativé, possèdé de son côté des ressources particulières, qui proviénnent, soit de ses domiaines, soit de sés droits Seigneuriaux. Elle administre ses finahces domaniales à soh gré, sans ingérence et sans coritrôle du pouvoir central, qui n’a à cét égard aucün droit dé tutelle. Les ‘ecéttes domaniales de la
(1) Recueil, n° 323 (1337).
(2) Recueil, n° 381 (mars 1352).
(3) Recueil, p. 291 (compte de la taillée, 1380).
(4) Récrieil, p. 288, 314.
(5) Ibid, p. 302.
(6) Recueil, n° 283 (mai 1329), 358 (février 1345), 381 (mars 1352. Arch. hist. Poitou XII1-165 (1310).
(7) Recueil, n° 322, p. 60.
commune consistent d’abord en droits seigneuriaux. Elle est en effet en possession des prérogatives d’une puissance féodale, soit à Poitiers même, sur le territoire situé hors de la prévôté et des bourgs privilégiés, soit dans la banlieue et le comté de Poitou, partout où elle possède la seigneurie foncière, comme dans une partie de la paroisse de Bonneuil, et dans ses domaines du Loudunais, du Mirebalais, de la région de Gençay. Le produit des redevances féodales et droits seigneuriaux est minime, plus honorifique que réel. A Rochemioux (paroïsse de St-Secondin), dont le maire, représentant de la commune, est seigneur, à charge de prêter hommage au suzerain le sire de Gençay, auquel il paie 40 1. de vin à chaque mutation, et où il reçoit de son côté l’hommage d’un arrière vassal, le sire de Vitré, ce dernier doit à la ville de Poitiers 6 s. de « chamberlage » à chaque mutation : il en est de même d’un autre hobereau qui doit 5 s. (1). Quant aux tenanciers roturiers de cette seigneurie, qualifiés « hommes couchants et levants du maire et de la commune de Poiïtiers », ils sont justiciables du sergent et des assises du maire pour la basse justice (basse voirie) jusqu’au taux de 7 s. 6 d. d’amenide (2). De plus, ceux de Vitré doivent affener les foins de la commune sur les terres de la seigneurie de Rochemioux. Ils ne possèdent pas le droit d'usage sur le bois de la seigneurie bourgeoise, à moins qu’ils ne paient une redevance en avoine (avenage) pour les bêtes qu’ils y mènent (3). La commune jouit également d’une seigneurie en Mirebalais, à Amberre. Elle y est vassale des Roucy, sei- #neurs de Mirebeau (1364), sans être astreinte à foi et hommage, mais à charge de payer un besant d’or à muance de seigneur et d’acquitter un cens en argent minime de 5 deniers manceaux (le cinquième d’une livre) et une rente de 5 setiers de froment. Elle a en revanche le droit de basse justice, comme à Rocheimioux (4). À Poitiers même, elle exerce le droit seigneurial de four banal, dans un immeuble près de la porte de la Tranchée. En certains lieux, par exemple à Mouterre-Silly, elle a droit au revenu de dîmes ecclésiastiques inféodées. Il en est de même au Breuil de Chenay et à Rochemioux (5).
Les revenus domaniaux, qualifiés deniers patrimoniaux, les
(1) Jbid., p. 219 (1369), n° 371 (7 nov. 1349, acte d'hommage devant le châtelain de Gençay).
(2) Ibid. p. 219.
(3) Ibid. p. 219.
(4) Jbid. 222, 223.
plus substantiels, sont les cens et les rentes en argent perçus sur les domaines de la commune, soit à Poitiers, soit dans la banlieue et le plat pays. L’échevinage fit dresser en 1364 un état de ces « rentes en deniers » qui devaient être acquittées à la St Jean (24 juin) ou à la Noël (25 décembre) ; ïl comprend 29 redevables. Le calcul récapitulatif, que nous avons eu la patience de faire, montre qu’à ces deux dates, la recette municipale touchait 39 I. au total. D’autres rentes en argent se payaient en une fois à la Toussaint, et atteignent la somme de près de 65 1. (exactement 60 I. 95 sols). Les deux produits réunis forment un revenu de 104 1. (équivalent à plus de 2.000 fr. en valeur intrinsèque) (1). Les rentes en argent proviennent pour une bonne part du domaine immobilier urbain, sur lequel sont élevées des maïsons et des établissements industriels. En 1339, par exemple, la commune perçoit une redevance de 16 s. et d’un chapon sur une maison avec atelier sise à Montierneuf (2). D'’autres accensements de même nature sont consentis à des industriels sur les bords du Clain, à Chasseigne, où la commune a acheté les emplacements des moulins, moyennant une rente de 12 setiers de froment assignée aux vendeurs, de même qu’au Pré l’Abbesse et que vers la Boivre et l’étang de la Chaussée. Des rentes en argent sont perçues encore sur des places et des maisons d'habitation dans diverses rues, et varient de 30 s. à 5 s. par an. La commune en percoit aussi sur des vergers, des vignes ou treilles, jusque dans les douves des fortifications (3). Elle en reçoit sur des maisons situées dans la banlieue, au faubourg Saint-Saturnin (4), ainsi que pour des vignes ou treilles à Tranchepied (près de l’emplacement de la gare actuelle) et à Parigny (5). Pour les domaines ruraux, les rentes en argent n’ont qu’un rôle accessoire.
Comme les seigneurs et les propriétaires fonciers, elle reçoit surtout des rentes en nature. L'état de 1364 indique 34 redevables astreints à verser chaque an à la Saint-Michel une quantité déterminée de setiers de froment, de seigle et d'avoine, auxquels on ajoute des chapons, poules (gélines), poulets. Ces rentes proviennent, soit de terres accensées par baux à long terme ou perpétuels, soit de parcelles et de domaines affermés par baux à courte durée. Les censitaires
(1) Etat de 1364, Rec., p. 214 et suiv.
(2) Recueil, n° 388 (2 déc. 1339) (bail par le procureur).
(3) Recueil, p. 214-216 (état de 1364) ; n° 279 (1329) ; p. 3. (4) Recueil, p. 218 (1364).
(5) Recueil, p. 218-216.
de }a première catégorie sout de beaucoup les plus nombreux. Ceux de la seconde apparaissent déjà parfois. La terre de Rohemioux par exemple, est affermée pour trois ans, à raison de 30 1. par an. Les domaines de Ja commune sont disséminés dans tout le Haut- Poitou. On en trouve dans la banlieue, au faubourg Saint-Saturnin, où une terre es! accensée pour un demi-setier de froment ; et auprès du gibet de Ja ville, aù le cens perçu s'élève à 10 setiers (1). D’autres sont situées à la Forêt (aujourd hui commune de Saint-Sauvant) et rapportent en 133Q 12 1. (2). Ceux de Charrais (commune de Neuville) répartis entre 6 tenanciers fournissent 20 setiers de froment (3). À Ansoulesse (commune de Montamisé), divers censitaires doivent par an 7 setiers de blé et deux chapons. A Bonillet (commune de Chasseneuil), les terres de la commune valent 40 setiers de froment et 19 chapons de revenu ; à Forges et au Marchais 6 setiers en tout. À Saint- -Georges, à Liniers, à Saint-Cyr, à Sanxay sont dispersés des biens de la commune de Poitiers. Il y en
a même ap Breuil de Chenay (sur la lisière du départemen 1 actuel des Deux-Sèvres), pour lesquelles intervient un accord
avec le chapitre de Ménigoute auquel est dû |’ hommage d’un gant hlanc valant 12 d : ces terres accensées donnent 1 1. 36 <. de revenu, 16 setiers de froment et 50 s. pour les dîimes inféodées (4).
Au sud de Poitiers, la commune afferme san domaine du Vergnay (commune de Gençay) de 30 I. à 10 1. (5). La seigneurie de Rochemioux (paroisse de Saint- Secondin) fournit 16 setiers, 12 quartes de froment, 13 boisseaux d'avoine, 6 gélines, 2 poussins. L’échevinage y a également la dîme des bêtes et des blés à Vitré, le terrage des blés des terres non moissonnées, et un revenu annuel “de 8 à 10 prévendiers (setiers de blé). À Vernon, près de la Villedieu, la commune perçoit une rente de 3 s. et une géline. Toutefois, c'est au nord du Haut-Poitou que sont situés ses revenus fonciers 1e plus importants après ceux de la région de Gençay. Là
en effet à Thurageau (Mirebalais) elle perçoit 49 s. et 17 setiers de froment de revenu pour une terre achetée au seigneur de Dangé au village d’ Agrissay. En ce village, une transaction assure aux bourgeois de Poitiers 10 setiers de
(1) Recueil, p. 218, 225.
(2) Recueil, n° 286.
(3) Ibid., p. 223 (1364), 232.
(4) Recueil, n° 336, p. 216, 224.
(5) Recueil, p. 215, note 10 (1364).
froment provenant d'une autre rente. La commune reçoit pour l'hébergement du Bouchet, près de Mouterre-Siily, une rente de 1(0 s. versée par le seigneur de Basses. Sur la terre de Milly, on lui doit par an ñ 1. Les seigneurs de Baugçay-en-Loudunais Jui sont redevables de rentes sur leurs domaines d'Anjou. Enfin, la commune possède en Mirebalais la seigneurie d’Amberre, dont les terres sont accensées à raison de 16 setiers de blé par an en 1351. Cette seigneurie s’accroit des biens d'un débiteur qui avait accensé une partie du domaine pour 8 setiers. Un état de 1364 montre que la commune receyait de plus pour les terres de cette seigneurie en 1364, outre 8U setiers et 12 quartes de froment, 10 setiers d'avoine, 86 s. en argent et de inenues spmmes en deniers, 7 gélines et 13 poussins, sans Aa le tiers de 2 génier) yersait 20 s. de rente sur une maison ‘de Ja commune de Poitiers à Saint-Hilaire de Mirebeau. La garenne de la seigneurie était arrentée pour 1 setier (1).
Qu'on ajoute à ces revenus fonciers quelques droits d’usage, notamment ceux dont les hourggois élaient possesseurs sur les bois de F EE entre Poitiers et da
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n'est pas douteux que l’ense emble de ces revenus, partie versée en, argent, partie en nature (blés, avaines, volailles), surtout les derniers, des sommes relativement éleyées, dant le total est malaisé à établir. Ces rentes se capitalisaient assez haut, puisque le seigneur de Touffau se libère de l’une d'elles, du montant de 10 1, pour 208 |. de capital (3). L'ensemble des revenus communaux en argent, d’origine domaniale urbaine oy rprale, paraît d'après nos calculs approximatifs, atteindre 210 1. à 220 1, qui, suivant Ja base précédent, auraient représenté un capital supérieur à 42.000 I. au taux de 19 0/0. T1 y faudrait Te les rentes en nature qui forment un ensemble de 240 à 2690 setiers de frament, d’une vingtaine de haisseaux d'avoine, et d’une faible quantité de volailles. Le principal élément de ce dernier reveny, le hlé, avait pne grosse eue Le setier de blé en 1362 valait 16 s., ce qui permet de fixer à 200 I. la valeur de cette rente en nature (4). IL est permis d’en conclure que ces
(1) Recueil, p. 217 (1364), 218, 234 (1366), n° 298, 307, 411, 406, 407 (1355), p. 162, 222 (1364). . |
(2) Ibid, p. 219, 238.
(3) Recueil, n° 340 (21 juillet 1340).
derniers revenus devaient dépasser les rentes en argent et que le total des recettes tirées par la commune de ses droits domaniaux divers pouvait atteindre 400 à 500 1. pæ an. Cette recette eût été appréciable, si elle avait eu un caractère moins précaire. Il est visible que le contrecoup des guerres a dù lui porter une atteinte sensible, puisque le domaine du Vergnay affermé 30 I. en 1310, ne rapporte plus que 10 1. en 1364. D'autre part, les tenanciers paient mal ou point du tout. En 1342, l’un d’eux est condamné à 50 1. d'amende envers la commune, pour un retard de neuf ans dans la livraison d’une terre, promise en échange de 17 ans d’arrérages (1). En 1335 les héritiers des Bauçay doivent 550 1. d’arrérages pour une rente de 40 setiers par an (2). En ‘1329 et 1353, il faut en venir à la menace d’une intervention des sergents royaux pour contraindre les Berland et d’autres nobles à payer les rentes dues à l’aumônerie municipale (3). Les débiteurs de haut parage, tels que les Oudart et les Bauçay, gentilshommies bien en cour, opposent à la commune les arrêts d’évocation en Parlement et ceux de surséance, pour ne pas payer, si bien qu’un procès engagé en 1336 dure encore en 1348 (4).
En présence de l’accroissement constant des besoins de la collectivité communale pendant cette période troublée, l’échevinage cherche des ressources supplémentaires dans l’aménagement d’anciennes taxes indirectes et dans l'institution de nouvelles impositions. Elle perçoit quelques maigres droits sur les marchés, par exemple 4 1. en 1364 sur la ferme des bancs de la Boucherie (5). Sur chaque chsrge ou somme de pain amenée du dehors à Poitiers pour la vente, la commune requiert 1 denier. La vente du vin est surtout Ilucrative. Sur chaque pipe (476 litres), depuis 1292, les agents du maire prélèvent 4 deniers. Les vendeurs négligents ou fraudeurs qui ne paient pas la taxe, aussitôt après l’entrée ou la vente du vin, sont sujets à une amende de 60 s., dont 7 s. 8 d. au profit de la commune, le surplus au profit du roi, représenté par le prévôt. Il en coûte 157 s. 6 d. à l’abbé de Fontaine-le-Comte pour avoir fait entrer subrepticement son vin au bourg de Saint-Hilaire (6). Au cours du XIV*° siècle, apparaît une autre taxe, celle qui frappe la vente du
(1) Recueil, n°° 293, 355 (1333-42).
(2) Ibid., n° 298.
(3) Ibid., n°° 388 et 281 (1329).
(4) Recueil, n°° 315, 316, 325, 356, (5) Recueil, p. 216.
(6) Recueil, n° 304, et p. 220.
bétail ou bêtes à pied fourché, qui procure à la ville à la mi-carême (probablement à l’occasion de la foire) 10 I. par an (1). Enfin, naiïssent, sous le nom de droits de barrage, les premiers octrois dont la ville va amplifier le rendement pendant cinq siècles, et qui sont concédés (octroyés) par le roi ou le prince apanagiste, en vue de fournir les ressources nécessaires aux travaux des fortifications. En 1347, un premier barrage ou péage est accordé à la ville pour trois ans par le lieutenant du roi ; il est renouveié pour 3 autres années en 1352 et pour 2 ans en 1357. Le duc de Berry le rétablit en 1373 pour un an sous le nom de barrage ou de soquet, après délibération de tous les habitants, bourgeois, nobles, gens d'église. Le droit est d’abord affermé. Comme les fermiers ne paient pas, le duc en confie la perception au maire, au procureur du roi et à un chanoine de Sainte-Radegonde. L’octroi est désormais définitivement établi, et son premier tarif est fixé avec l’assentiment du duc en 1375. Il frappe de taxes variables non spécifiées toutes les céréales et légumes, le bétail de toute espèce, le poisson frais, sec ou. salé, le sel, les huiles et les graisses. Le foin paie 6 d. par charretée, 1 d. par somme ; la paille 2 d. par charretée ; le bois de chauffage 4 d. par charretée et le charbon de bois 6 d.; la somme de büches 5 d. Les bois d’ouvrage sont taxés à raison de 10 à 4 d. par charretée ou somime. La charretée de chaux paie également. La mercerie et l’épicerie acquittent 2 d. par charge de colporteur. Les filés de laine, de chanvre et de lin sont taxés à raison de 6 d. par livre. La caisse de lainages et de toiles acquitte 6 d. par livre et le fardeau de robes et tissus fins de 20 s. à 5 5. Quant aux soieries, elles paient aussi, mais le tarif n’indique pas la taxe. Les articles de sellerie acquittent 6 d. par livre; ceux de tannerie 6 d., de même que ceux de ferronnerie. La verrerie, la poterie, la céramique ne sont pas épargnées. La poêlerie, la poterie de cuivre et d’étain, les articles d’armurerie acquittent 6 d. par livre, et cette taxe s’applique à tous les articles non dénommés. La perception est adjugée à des fermiers qui versent la recette à la fin de chaque semaine. Le produit du barrage paraît avoir été affermé en 1373 pour 600 1. à 3 adjudicataires qui avaient donné comme garantie tous leurs biens, maïs qui se déclarèrent incapables de tenir leurs engagements (2). Telle fut l’ori-
(1) Ibid, p. 217.
(2) Recueil, n°* 364 (1347) ; 385 (juin 1352) : p. 179 (juillet 1357) : 259 (nov. 1373), 260, 269 (janv. 1375), 276 (juillet 1377).
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gine de la plus lucrative des nouvelles ressources du budget communal. Mais elle ne semble pas avoir suffi longtemps à conjurer la pénurie dont ce budget souffrait et qui resta à l’état chronique.
L'état social et économique de la Commune de Poitiers pendant la première moitié de la guerre de Cent Ans.
Des documents de sèche apparence contenus dans ce recueil, on peut extraire des renseignements très dispersés qui permettent de tracer une esquisse de l’état social et économique de la commune pendant cette période.
La physionomie de la ville a peu changé. C’est toujours ‘la cité, ample pour l'étendue, aux rues étroites et sinueuses, coupée de venelles, de ruelles, aux maisons à pignons et à auvents, souvent accompagnées de jardins ou mêmes de terres en culture. Çà et là les hôtels des gentilshommes, des prélats, des bourgeois. Partout des églises et des chapelles, avec leurs cimetières, des abbayes avec leurs murs et leurs enclos. La ville est divisée au point de vue administratif, comme au point de vue religieux, en 24 paroisses, très inégales d’étendue et d’aspect, dépendant les unes des juridictions ecclésiastiques, les autres de la prévôté royale, la plupart de la commune, qui depuis 1369 étend sur toutes son autorité, de l’aveu du roi. Dans le bourg Saint-Hilaire, ce sont les paroisses de Saint-Hilaire-le-Grand, de Saiïint-Pierrel’Oustau, de Sainte-Triaise, toutes trois habitées par une population riche ou aisée, et la petite paroisse de N.-D. la Chandelière. Dans la ville proprement dite, se trouvent les paroisses de Saint-Hilaire de la Celle, dont la population aisée voisine javec la population pauvre des paroisses de Saint- Sulpicien et de Notre-Danxe-l’Ancienne, près de la place Saint-Pierre-le-Puellier. Auprès de là, on rencontre la paroisse peu aisée de la Résurrection, voisine de l’abbaye de la Trinité, Au centre se pressent les paroïsses riches, Saint- Porchaire, surtout Saint-Didier, la première de toutes, Notre- Dame-la-Grande, Notre-Dame-la-Petite, Saint-Cybard, Saint- Savin, Saint-Michel, Saint-Etienne, Saint-Paul, Sainte-Opportune. Dans les bourgs Sainte-Croix et Montierneuf, on trouve deux paroisses de population aisée, Saint-Jean-de-Mon-
neuf et Sainte-Radegonde. Dans les bas quartiers, se groupe une population pauvre, celle des paroisses Saint-Germain, Saint-Hilaire-entre-les-Eglises près de la cathédrale, Saint- Palayne (ou Pélage), actuellement rue d'Argent, Saint-Austrégésille (Saint-Oustrille), près de l’église et sur la place Sainte- Croix (1). Le cœur de la ville est formé par l’ensemble de rues, dont les principales sont les rues de l’Aguillerie (rue Gambetta), de l’Annonerie, de la Regratterie, des Vieilles- Boucheries, centres du commerce, la Grand’Rue qui descend vers l’étang de Montierneuf (rue de la Prévôté et rue de la Chaîne actuelles), les rues de Ia Barre, de Paille, de la Tranchée (2). L’enceinte réparée est redevenue formidable après 1360 et surtout après 1380. Les documents en énumèrent les portes et les tours, ainsi que les ponts, qui enjambent le Clain ou la Boïvre : porte Saint-Lazare, près du pont de la Chalaistre (sur la Boivre), au bout de la rue de la Chaussée (de l’étang de Montierneuf) et en avant du Château : porte et pont de Rochereuil, tours et porte Bajon, en face la rue des Pouples, à côté de la itour des Moulins, qui donne accès au gué des Gallois ; pont Joubert, à lissue de la Grand’Rue actuelle ; tours des Meuniers et des Moulins du Château ; tours, porte et pont Saint-Cyprien ; tour de Maumusart près de la porte de la Tranchée ; tours des étangs de Saint-Hilaire (Pontachard) avec une muraille neuve sur le marais (3). À l'intérieur, d’autres portes donnent accès au bourg Sainte-Croix et à celui de la cathédrale Saint- Picrre, derrière Sainte-Radegonde ; la porte le Comte conduit au Palais (4). Dans la banlieue, on aperçoit, du haut des remparts, le gibet, non loin de la porte de la Tranchée, les vergers, les vignes, les champs, les bois qui forment autour de la ville une ceinture verdoyante, parsemée des villages des paroisses de la châtellenic (5).
Au premier rang des classes de la société poitevine, apparaît le clergé. D’après le rôle de la taillée de 1380, il ne comprend pas moins de 137 membres, abbés et dignitaires des abbayes et des chapitres, chanoines, archiprêtres, curés des paroisses, chapelains, non compris les membres inférieurs nombreux de ce corps, qui sont exempts de la taxe. En tête, l'évêque, qui marche de pair avec le représentant du roi, le
(1) Recueil, p. 290 (1380, compte de la taillée), 215.
(2) Ibid., et p. 215, 231.
(3) Compte de 1380, Recueil, p. 310. — Détails sur l'enceinte dans les études Rédet (M. S. A. O., 1859).
(D Recueil, p. 215, 313.
(5) Recueil, p. 225.
sénéchal, s’il ne le dépasse. Puis, les dignitaires des chapitres : Saint-Hilaïre-le-Grand, avec son trésorier, son chantre, son sous-chantre, son chapelain général, son maitre-école, son prieur des cloîitres, son infirmier ; Saint-Hilaire de la Celle, avec son abbé ; Saint-Pierre-le-Puellier, avec son trésorier ; Notre-Dame-la-Grande, avec son abbé, son chantre ct son aumônier ; Saint-Pierre, avec son doyen, son prévôt, son chantre et son sous-chantre, son sous-doyen, son chévecier, et son prieur. Puis viennent les abbayes urbaines : Saint-Cyprien et son abbé, avec ses officiers, chambrier, sacristain, infirmier, maître de l’œuvre, cellerier, pitancier, aumônier ; Montierneuf et son abbé, escorté aussi du chantre, du pitancier, de l’aumônier, de l’infirmier, du sacristain, du prévôt ; la Trinité, son abbesse et ses officières, la prieure, la cellerière, la chevecière ; Sainte-Croix, enfin, avec un cortège analogue, où l’on remarque de plus une réfectorière. Dans l’enceinte de la commune ou dans sa Lanlieue, d’autres abbayes se trouvent représentées, en rapports fréquents avec la bourgeoisie. Ce sont celle de Saint- Benoît de Quinçay, où l’abbé est accompagné de son chantre, de son infirmier, de son célerier, de son sacristain, de son chambrier ; de même que celles de Fontaine-le-Comte, du Pin, de Bonnevaux, de la Réau (Saint-Martin-l’Ars), voire celles de Lucon, de Fontevrault, de Saint-Denis, de Marmoutiers et de Saint-Jouin de Marnes. Une foule de prieurs dépendent de ces abbayes, dans la ville, celui de Barbaste, subordonné de Saint-Jouin, et ceux de Saint-Porchaire, de Saint-Nicolas et de Saint-Paul ; dans la banlieue et au loin, ceux de Saint-Julien-l’Ars, des Roches, de Smarves, de Nieuill'Espoir, de Pouillé, d’Amberre, dépendants de la Trinité ; ceux encore de Vouneuil-sous-Biard et de Saint-Just de Chauvigny, dépendants de Saint-Cyprien ; de Mézeaux (près de Ligugé), dépendant de Fontaine-le-Comte ; de la Vayolle (Nieuil), dépendant de Grandmont ; de la Chapelle-Moulière, dépendant de Montierneuf ; sans compier ceux de Jaunay, de Croutelle, de Ligugé, de Saint-Denis-en-Vaux, de Naiïntré, de Saint-Romain-sur-Vienne, de Saint-Flour (près de Châtellerault), de Cernay (près de Lencloître). Dans le clergé séculier, émergent les 24 curés des paroisses de Poitiers, les 37 curés des paroisses de la banlieue, les 6 chapelains, desservants des chapelles de la ville. Au-dessous existe un nombre inconnu de prêtres el de membres subalternes du corps ecclésiastique. Le chiffre des moines échappe aussi à toute appréciation. Enfin, au clergé se rattachent les membres de l’ordre religieux militaire de Saint-Jean de Jérusalem, qui a
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placé à Poitiers la direction d’une de ses grandes provinces, celle du grand prieuré d’Aquitaine, dont l'hôtel se trouvait dans la Grand’Rue, au n° 159, et dont dépendent dans la banlieue les commandeurs de la Villedieu et de Saint-Georges, celui-ci suzerain du seigneur d’Avanton, et le baïlli de Jaunay (1).
L'influence du corps ecclésiastique ne dépend pas uniquement de son pouvoir religieux. Elle provient pour une large part de sa richesse territoriale. Il détient nombre de fiefs, de seigneuries, de domaines, d’immeubles urbains et ruraux, dans la ville et la banlieue. Ainsi, l’abbaye de Saint-Benoit a des rentes sur des maisons à Poitiers, notamment au carrefour de la Barre et de la rue qui descend à la porte Saint- Cyprien. L’abbé de Bonnevaux est possesseur d’un hôtel derrière celui des Trois-Piliers ou Piliers de Gautier, qui appartient à l’abbaye de Lucon. L’abbaye de Fontaine-le-Comte est propriétaire d’un autre immeuble au bourg Saint-Hilaire, près de la porte de la Tranchée. Le logis de Barbaste appartient à Saint-Jouin de Marnes. L’abbaye de la Réau a une maison près de Sainte-Croix. Quant aux abbayes et chapitres urbains, ils comptent parmi les plus opulents propriétaires de la ville, notamment dans les bourgs groupés autour d'eux. Ils détiennent des maisons d'habitation et des immeubles à usage industriel ; ils perçoivent une foule de cens et de rentes foncières ou seigneuriales ; ils ont des tenanciers et des vassaux. L'abbaye de Sainte-Croix, par exemple, a des terres entre la fontaine au Pape et le Clain, une grande prairie, le Pré l’Abbesse, avec le droit de basse voirie jusqu à 7 s. et demi d’amende, des fours et des moulins. Dans la banlieue, nombre de vassaux et de tenanciers dépendent de l’évêque, des chapitres, des abbayes, qui ont aussi des terres et des bâtiments d’exploitation (granges). Les rôles de 1329, de 1337, de 1380 énumèérent leurs hommes ou sujets. Sans parler de l’évêaue, haut baron de Chauvigny, de Dissay, d’Avanton, de Chasseneuil, suzerain de diverses paroisses de la châtelienie, qui lui doivent guet et garde, Saint- Hilaire-le-Grand, la Celle, Saint-Pierre-le-Puellier, Montierneuf, la Trinité, Sainte-Croix, outre les abbayes voisines ou étrangères à la châtellenie, et les prieurés, ont un grand nombre de domaines, de tenanciers et de sujets (hommes). L’abbesse de la Trinité, par exemple, a la seigneurie de Saint- Julien-l’Ars, des Roches-Prémarie, de Smarves, et y exerce la haute justice. Saint-Pierre-le-Pucllier est propriétaire de
(1) Recueil, r. 62, 295, etc.