‹ Recueil de documents concernant la commune et la ville de Poitiers. Tome II: de 1328 à 1380. Avec une introductionChapitre 9 sur 104 · A À — XXXIX · texte numérisé non relu

A À — XXXIX

de Poitiers (receptor pro rege in senescallia Pictavenst). Nos documents permettent de reconstituer la série presque complète de ces agents. On trouve successivement investis de cette importante charge, Jean de Probolant (1329), Guillaume de Morillon (1331), Regnault Crollebois, official de Poitiers (1334-1848), anobli en juillet 1338 pour ses services, et assisté par Torterue (1334), Guy (1337) et Nicolas Renier, prêtre (1338-1341). Puis apparaît le fameux Philippe Gillier : il commence, comme Receveur du Poitou et du Limousin (nov. 1349-1354), sa prodigieuse fortune, qui se poursuit par l'obtention des charges de Trésorier de Dauphiné et de France (1360-67). II a pour lieutenant son propre fils, Denis Gillier, futur Trésorier de France et conseiller du duc de Berry. Ses successeurs sont Macé Portier (1354), aidé d’un lieutenant, Mahi Hargier ; Jean Le Breton, nommé par Chandos le 21 sept. 1361 et maintenu dans sa charge jusqu’en 1375 par le duc de Berry, qui le nomme son secrétaire (sept. 1377). Enfin, entre 1373 et 1376, la fonction est dévolue à Etienne Daniel, qui a pour lieutenant son propre frère Liénart (1377). Le dernier en date est Jean Merry en 1380. Ces agents reçoivent les sommes provenant des diverses taxes levées au profit du roi par les commissaires locaux, le maire et les bourgeois, les collecteurs et les fermiers, contre lesquels ils peuvent décerner des contraintes en vue du paiement. Ils acquittent aussi les dépenses, sur mandement du roi ou du sénéchal. Ils sont résponsables devant ce dernier, de même que les autres agents financiers, et justiciables dé la Chambre des Comptes (1).

C’est avec le concours de ces divers agents de l’ordre militaire, administratif, judiciaire et financier que s’exerce l'autorité du pouvoir central à l’égard de la commune. Si l'on excepte la période où la nécessité a contraint l’autorité royale à user de ses prérogatives avec modération (1361- 1380), on constate qu'elle tendit à faire sentir en général à la bourgeoisie municipale le poids de plus en plus lourd de sa tutelle. Celle-ci est d’autre part aggravée par le zèle aveugle des agents royaux, que le roi lui-même, comme en 1351, est obligé de rappeler au respect des libertés et des privi- Jèges des habitants de Poitiens (2), Bien des fois, le maire se plaint des empiètements et des excès de pouvoir des offi-

(1) Recueil, n°° 283, 289, 321, 322, 331, 332, 331, 347 (1341), 381, 392 ; p. 14, n. 1 ; 66, n. 1 ; 138, n. 1 ; 149 ; 161, n.1 ; 202, 203, 258, 260, 277, 278, n.1 ; 313, 285, n.7. — Arch. his!. Poitou, XI, 393.

(2) 26 février, 2 mars 1351. Recueil, n° 376.

ciers du roi (1), qui usurpent sur la justice municipale, ou qui molestent les hommes de la commune à l’occasion du ‘service militaire, de l’assiette et de la levée des impôts. Tantôt, c'est le roi lui-même qui intervient pour interdire au sénéchal et à ses divers subordonnés les excès de toute espèce. Tantôt c’est le sénéchal qui est forcé de mettre un terme aux usurpations et aux vexations du prévôt, de |ison lieutenant et des sergents royaux (2). De plus. les officiers royaux, agents tracassiers du pouvoir central, portés sans cesse à exagérer et à étendre abusivement leurs attributions, font preuve d’une avidité sans bornes. En bien des circonstances, le roi doit les contraindre à restituer les amendes injustes ou exagérées qu’ils infligent aux bourgeois, et réprimer jusque parmi les plus élevés dans la hiérarchie la concussion qui sévit. Répression molle d’ailleurs et peu efficace, si l’on remarque qu’un procureur du roi, Bonnet, convaincu d’abus et de corruption, se tire d’affaire en obtenant des lettres de rémission, tandis que le receveur Crollebois, reconnu débiteur du Trésor pour 30.000 1, somme énorme pour le temps (1348), ne paraît pas avoir été autrement inquiété, si ce n’est par la vente de ses biens. En même temps, son émule Philippe Gillier, poursuivi par la Chambre des Comptes pour de nombreuses exactions, obtenait des lettres de grâce au prix de quelques restitutions (1354), continuait son ascension dans la hiérarchie et finalement recevait quittance moyennant un sacrifice de 4.000 ]., légère restitution en regard de ses déprédations (3). Improbité, tyrannie, caprice, tels fureñt trop souvent les traits caractéristiques de cette administration royale, tant qu’elle put se croire dispensée d’user de ménagements à l'égard du pouvoir municipal. Seuls, les événements de la guerre de Cent Ans obligèrent la royauté et ses officiers à changer de système et à accroitre, à partir de 1350 et de 1366 surtout, l’autonomie de la commune de Poitiers.

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(1) Exemple 1338, 1351, cte.

(2) Recueïl, n° 331 (1338), p. 177 (1357). — Arch. hist. Poitou, XI, 274 (1327).

. Recueil, p. 92, n. 1 ; 66, n. 1 ; 138, n. 1 ; Journaux du Trésor, p. 157.

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