‹ Recueil de documents diplomatiques relatifs à la SerbieChapitre 14 sur 18 · XIII. Réponse du Prince Michel à la lettre de^Fuad · texte numérisé non relu

XIII. Réponse du Prince Michel à la lettre de^Fuad

pacha du i7 septembre 4862.

Altesse,

Par sa lettre tfu 47 septembre, Votre Altesse a bien voulu me communiquer le Protocole arrêté le 4 septembre entre la Sublime Porte et Leurs Excellences les re-^

prifleotants det Piussanoes fanâtes, rdativeoiMt aui derniers événements de Belgrade. Ces événements regrettables, Altesse, m'avaient bien douloureusement affecté, et, confiant dans les sentimento de justice et de bienveillance de la Sublime Porte et des Puissances garantes, j'attendais avec impatience que, dans Tintérét commun, des mesures convenables fussent adoptées pour rendre impossible le retour de pareils malbeurs. Mais plus ma confianoe était grande, plus j'ai été affligé de voir que l'arrangement qui a été adopté ne présente pas^ sous certains rapports, des conditions que je croyais être en droit d'attendre de la justice et d€» bonnes dispositions de la Sublime Porte et des Puissances garantes.

En effet,

40 Le lait de bombardement, cause de tant de malheurs, ne se trouve pas même blàmé ni condamné, smt directement, soit indirectement. Tandis que les pertes éprouvées par des Musulmans à la suite du bombardement doivent être dédommagées, les innocentes victimes du bombardement se trouvent, sans le moindre égard ni compensation, abandonnées k leur triste sort. Le principal grief de la Servie, la cause de tant de ruinea» la soarce de toute défiance pour l'avenir, ne sont donc pris en aucune considération.

go QiKûqn'ii ait été déflAontré que, loin d'avoir été at* taquée pw les Serbes, la forteresse de Belgrade elle^ même a commis agression wi une ville sans défense, on a néanmoins pourvu, par des mesures matérielles k prendre au détriment de la ville, k l'accroissement de sa secorité et de sa force. Après avoir déclaré nécessaire, pour l'élargissement de i'eaplanade, la démolition du quartier appelé mnsulaun — qui pourtant contient un

plus grand nombre d'habitations non-musulmanes que purement musulmanes — jusqu à une ligne qui passerait par le Tecké de Scheikh-Hagan et la mosquée d'Aali- Pacha vers le Danube, le Protocole autorise la commission militaire à pousser cette ligne de démolition un peu plus loin, si la Sublime Porte le trouve indispendsable, de manière que la démolition de la ville pourrait prendre des proportions tout à fait inattendues, sans nécessite réelle, et en tout cas hors de rapport avec l'espace libre du côté des autres parties de la forteresse. Bien plus, le Protocole impose au Gouvernemeni serbe de s'entendre avec le Gouvernement ottoman sur Texpropriation de quelques maisons du quartier exclusivement serbe, que des juges compétents considéraient nécessaires pour compléter l'esplanade. Ainsi, non seulement la Servie se voit déçue dans sa juste attente de se voir placée à l'abri d'une agression ultérieure de la forteresse, mais encore des maisons serbes devraient être sacrifiées pour la convenance dé la forteresse, et le Gouvernement serbe devrait lui-même coopérer à rendre plus formidable une menace qui a déjà pu une fois se réaliser impunément.

3"" Quant aux garanties morales, les seu'es que le Protocole contienne contre le renouvellement d'une agression non provoquée, la triste expérience des événements récents a démontré suffisamment combien les excellentes intentions du Gouvernement impérial peuvent être éludées, et combien de faits inqualifiables peuvent se passer impunément pour leurs auteurs et sans dédommagements pour leurs victimes.

Telles sont. Altesse, les pensées et les réflexions que la lecture dii Protocole a produites en moi, et sur lesquel^les il m'est impossible de ne pas m'ouvrir à Votre Altesse.

J'aurais éprouvé un sentiment de vrai bonheur si, au lieu d'avoir à soumettre à Votre Altesse des observations en faveur desquelles j'invoque toute son attention éclairée et bienveillante, j*avais pu saluer dans rarrangement intervenu une nouvelle ère de relations confiantes et bienveillantes, stables et durables, que j'ai toujours appelées de mes vœux, et auxquelles je suis disposé à coopérer de la manière la plus cordiale, étant convaincu qu'elles sont de nature à servir efficacement les intérêts communs les plus chers de l'empire et de cette principauté.

J'ose compter sur la haute bienveillance de Sa Majesté Impériale, mon auguste suzerain, pour espérer que cet acte de franchise de ma part sera accueilli avec indulgence. J'aurais agi contre ma conviction et ma loyauté envers mon auguste suzerain, si, dissimulant la gravité de la situation où les derniers événements m'ont placé malgré moi, je m'abstenais d'appeler l'attention de la Sublime Porte sur des points qui m'ont paru peu propres Il inaugurer une ère de confiance et de bienveillance, qu'il e^i dans les généreuses intentions de Sa Majesté Impériale de favoriser, et dont je serais le pre* mier à saluer et k bénir l'avénemeut.

J'ai à cœur de dire à cette occasion à Votre Altesse que cette opinion que je lui soumets sur certains points de l'arrangement ne me fera nullement dévier de la voie droite et n'aflaiblira en rien l'intérêt que j'attache è la conservation de la paix et des bonnes relations avec les autorités de S. M. le sultan. La franchise i^vec laquelle j*agis devrait me dispenser de donner à Votre Altesse d'autres gages de la droiture de mes sentiments. Néanmoins, Altesse, je proteste formellement de la sincérité de mes paroles et de la droiture de mes intentions.

Eft priaat Ifotre AliesM de vouloir Uan mMIro iux pM» de Si Majesté Impériale le tfibut de ael profoada hammages, je profite de oette occasion poar lui offrir raaauraQce de mes sentineots de haute ooaaiddration*

MtcHBL oaaiNontca.

XIV. Citadelle de Belgrade. LUtre du gnnd-vizir au prince Milan, 5 mars 4^.

MoB prince,

La Sublime Porte a reçu et lais soua les yeux do S« If. I. le Sultan la lettre que Voire Âlteaae SérénisalaM a bien voulu adresser au Grsnd Viair aoncernant la quea^ tiofi des forteresses impériales en Serbie. Avant tout, je suis heureux de pouvoir vous annoneer, mou Prince^ ^fxe Sa Majesté Impériale a accueilli avec une grande satia*» faction les assurance s de vos sentiments de dévouement envers elle. Le Gouvernement impérial saisit celte oé-^ casion pour dire en même temps à Vôtre Atiesse Séténissiaie que la loyauté et la fidélité de la nation serbe ont été et seront toujours très hauteaaent appréciées, et que ses nouvelles assurances à cet égard lui ont fuit d'autant plus de plaisir qu'elles sont exprimées par le Pfioœ dont les qualités distinguées lui sont si connuea. CoMne conséquence toute naturelle de ces sentiments, la SaMi-^ me Porte ne pouvait pas croire que le peuple de Serine considérait rexiatence des garnisons musulmanes dans les forteresses impériales comme une menace pei^étuelle contre la tranquillité de la Principauté, menace que ja^

mais le Gouveraeunràt impérial n'a eu en vue; el si, une seule fois, ii a pu eu être autrement, je n*ai pas besoin •de rappeler k Votre Altesse Sérénissime les regrettables circonstances dans lesquelles le fait s'est produit. Quoi qu'il en soit, puisque Votre Âltassa Sérénissime et, par son canal, le peuple serbe se sont référés h la sollicitude de Sa Majesté Impériale, et Lui ont exprimé leurs plaintes et leurs scrupules, l'Auguste Suzerain de la Serbie n'a pas hésité à autoriser ses ministres à combiner une solution conforme b ses sentiments de bienveillance et aux droits incontestables de son trône. Votre Altesse Sérénissime ne manquera pas de reconnaître que cet empressement suffit, à lui seul, pour prouver une fois de plus combien la confiance de Sa Majesté impériale a dû être grande et entière, tant dans ce que Votre Altesse Sérénissime vient d'exposer à la Sublime Porte sur cette importante question, que dans les garanties qu'Elle offrira sur son respect pour les droits établis et reconnus par les traités, et sur son inébranlable désir de préserver de toute atteinte les bons rapports futurs de la Principauté avec la Cour Suzeraine. Votre Altesse Sérénissime sait bien la haute importance que nos compatriotes attachent aux forteresses dont il s*agit. Elle n'ignore pas non plus les nombreux souvenirs historiques dont elles se trouvent entourées ; qu'outre ces considérations, d'un ordre déjà très- élevé, il en est une qui ne saurait être méconnue en aucune manière : c'est la position géographique des dites forteresses. Je n'ai pas besoin de vous faire observer, mon prince, que, par leur situatiou res<pective, elles sont, pour ainsi dire, les pyramides de démarcation de l'extrême frontière de l'Empire. Sous ce point de vue comme sous tant d'autres, leur maintien importe au même degré à la Sublime Porte et k la Priocipau-

— Site de Serbie, dont la sécurité est fondée sur le grand principe de rintégrité de l'Empire. Donc, le Gouvernement Impérial ne pouvant pas admettre Thypothèse de la destruction et de l'aliénation de ces places fortes sans se résoudre à sacrifier des intérêts si réels et si vitaux, il a dû, par conséquent, chercher une autre solution qui, tout en écartant les inconvénients ci-dessus mentionnés, pût être en même temps une nouvelle et éclatante preuve de confiance à Tégard du peuple et du Prince de Ser^bie. Ainsi le Conseil des Ministres, guidé par cette pensée et animé du désir sincère de résoudre la question d^une façon propre à concilier tous les intérêts légiti* mes, s'est empressé de soumettre à Sa Majesté Impériale le résultat de ses délibérations, consistant en les trois systèmes qui suivent :

l*" Déférer à Votre Altesse Sérénissime le commandement des forteresses en y maintenant la garnison musulmane ;

%"" Y entretenir des garnisons mixtes composées de troupes musulmanes et serbes, d'un nombre égal, et tou* jours sous le commandement supérieur de Votre Altesse Sérénissime ; ' ^

S"" En confier la garde à la personne de Votre Altesse Sérénissime, retirer entièrement la garnison musulmane et la remplacer par des soldats de Serbie, avec cette unique condition que le drapeau Impérial continuerait à flotter sur leurs remparts avec celui de la Serbie.

Ces trois modes de solution sont, selon nous, les seuls possibles, les seuls pratiques et les seuls conformes li la nature même du but qu'on se propose d^atteindre. En effet, la démarche que Votre Altesse Sérénissime a cru tievoir faire n'a eu en vue, comme elle le dit Elle-même, tjue d'éloigner de l'esprit de la nation Serbe toute inquié-

tude et toute méfiance. Quelle preuve plus matérielle et plus pofitive la Sublime Porte pourrait-elle donner sur rétendue de sa confiance, que celle de remettre à Votre Altesse Sérénissime le commandement supérieur des places et de leur garnison musulmane ? Cependant Sa Majesté Impériale a daîgné rendre ce témoignage encore plus éclatant, en préférant le troisième système. Aussi ai-je Tordre de notre Auguste Maître de vous communiquer cette heureuse solution, dans laquelle Votre Altesse Sérénissime et la nation serbe trouveront, nous en sommes convaincus, un gage précieux de la haute bienveillance de Sa Majesté Impériale, de sa confiance en leur fidélité, et sauront maintenir et réaliser les assurances contenues dans la lettre à laquelle j'ai Tbonneur de répondre. Comme Votre Altesse Sérénissime a manifesté l'intention de venir passer quelque temps à Constantinople, le Gouvernement Impérial se réserve de régler avec Elle tous les détails de cet arrangement aussitôt qu'elle y arrivera.

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