‹ Recueil de documents sur l'Asie centraleChapitre 15 sur 26 · Tayuann. D'après le dictionnaire j£ ^ ^ TchenS taeu · texte numérisé non relu

Tayuann. D'après le dictionnaire j£ ^ ^ TchenS taeu

Vong^ le caractère m doit se prononcer otutrin, mais le J^ SE ^^ ^^ K'av^ chi taeu tienn, ou Dictionnaire de K'ang chi, qui fait autorité en Chine, donne à ce caractère, d'après trois autres recueils lexicographiques (Yu pienn; tn yunn; lei piennj la prononciation de Yuann, Ta yuann est identifié avec l'ancien Ferghana.

mais nous avons trouvé, après un examen approfondi, qu'il correspondait à l'ancien royaume de K'ang tçîu\

Histoire contemporaine.

Le K'ann de cette horde, Ablaï, avait autrefois profité de la révolte de Daouadji* pour venir infester à plusieurs reprises la Dzongarie. Quand cette révolte eût été étouffée, l'empereur Tç'ienn long, le deuxième mois de la vingtième année de son règne (Mars 1754)', ordomia à un ambassadeur de se. rendre auprès d'Ablaï pour porter à celui-ci un décret.

Ablaï répondit ce qui suit à Cliounn to na et à Ta yong a, officiers de la garde impériale, envoyés comme ambassadeurs :

«Lorsqu'autrefois j'ai appris le couronnement de l'empereur de la Chine, je n'ai pu envoyer tribut à sa cour, séparé, comme je l'étais, de sa capitale par de nombreuses montagnes et rivières. Voici qu'à présent sa puissance auguste, s'étendant au loin, a balayé l'Hi et fait prospérer de nouveau la secte jaune* : de telle sorte

* J^ J§ K'ang tçiu est la Sogdianc.

* Daouadji, chef Éleute, eut en 1753 une querelle sanglante avec un autre chef de la même nation, Amoursana. Ce dernier, grâce au secours des armes chinoises, finit par triompher, mais, peu après, mécontent du peu d'autorité que les généraux chinois lui laissaient, il leva lui-même rètendard de la révolte (1755). Cette rébellion ne fut réprimée que quelques années plus tard par les deux célèbres capitains Tchao 'Houeï et Fou To.

' L'empereur ^J ^^ Tç'ienn long monta sur le trône en 1736 : il régna jusqu'en 1796, époque à laquelle il abdiqua en faveur de son fils ^ J^ Tçia T'çing.

* La rivalité qui divise les deux principales sectes du lamaïsme, la secte jaune ^w ^t 'Uouaug tçiao, eu tibétain c2Gah-ldau-pa et la secte rouge

que tous pourront désormais vivre en bonne harmonie avec les Dzongars. C'est en vérité une félicité sans bornes. Je me soumettrai sincèrement à tous les ordres de l'empereur.»

Cliounn to na et son collègue revinrent à Hî avec Borboubaï, l'ambassadeur d'Ablaï. Pendant ce temps Amoursana avait levé l'étendard de la révolte dans l'Hi, mais, battu, il dut chercher un refuge l'année suivante chez les K'azaks. Ablaï l'ayant reçu, l'empereur ordonna aux maréchaux Tartanga et K'atak'a de pénétrer avec leurs troupes sur son territoire, le premier par la route de l'ouest, le second par celle du nord.

Lors de l'arrivée d' Amoursana chez les K'azaks, un Naïman Otok\ Nalabat', voulut s'opposer à son passage et tenter de s'emparer de ce rebelle, mais il ne put y réussir; il mit toutefois sa troupe en pièces, à tel point qu'Amoiusana ne put s'enfuir qu'avec ti-ois cavaliers. H se réfugia auprès d'Ablaï. Les officiers de ce dernier voulaient que l'on s'en emparât et qu'on le livrât au gouvernement chinois, mais Ablaï s'y opposa. Il envoya même K'odzi Borken avec des troupes suivre Amour-

*J gS^ 'Hong tçiao, en tibétain ABroug pa, n'existe pas seulement parmi les lK)U(l(lhistes tibétains, mais encore parmi les Mongols, également bouddhistes. La secte jaune fut fondée au XV siècle par le célèbre réformateur Ts'ong K'apa qui prêcha la nécessité de revenir à la religion pure et simple de Çakyamouni et fit prendre à ses adhérents un costume jaune pour les distinguer des partisans de la secte rouge, qui recouraient à des princii)es magiques, et s'éloignaient de la doctrine du Tathagâta. (Cf. Kuppen, Vie Iwnaïsche Hiérarchie und Kirche, Berlin 1859; Schlagintweit, Tibetan Buddhiêm, passim.) ' Chef de tribu.

sana qui s'était dirigé sur Noula; lui-même, à la tête de mille cavaliers, se mit en marche vers l'ouest et réunit ses troupes à celles de son lieutenant au pied de la montagne Kaok'asalak, où il s'établit pour attendre notre armée.

Durant le septième mois (août), les troupes du maréchal Tartanga arrivèrent à Yarla où elles rencontrèrent l'avant-garde de K'odzi Borken, forte d'environ deux mille hommes. Les K'azaks, qui avaient établi une embuscade derrière une colline, simulèrent de fuir, espérant attirer nos troupes à leur poursuite : les nôtres gravirent la colline et découvrirent l'embuscade préparée derrière. Us se formèrent alors en pelotons serrés et firent ensuite des signaux de feu : puis ils élevèrent des retranchements et formèrent un camp dont les ennemis n'osèrent pas s'approcher.

Une fois la nuit passée, Ourteng fut envoyé avec de la cavalerie légère paur enflammer le courage des troupes : Ali'hong, Oché, K'aninga, Ming joueï^, foimèreut les deux ailes de l'armée; le maréchal Tartanga et le sousmaréchal Tchalafeunga, qui tenait l'étendard du généralissime, étaient au centre. L'armée entière s'ébranla: Tsinou'houn, Match' ang, T'otongo, Ortenga, à la tête de leurs clans respectifs, la suivirent. Les ennemis ne résistèrent pas au premier choc, et prirent la fuite dans toutes les directions, sans se soucier les uns des autres;

1 Le général Min^ joueï a en son nom mêlé aux différentes guerres faites sous Tç'ienn long : il périt dans une campagne contre les Birmans en 1767. (Voyez notre Hiêtoire de la conquête de la Birmanie par les Chinois êouê le rlgne de Tç'ienn lon^j Paris 1878.)

OU trancha la tête à cinq cent soixante-dix des leurs environ, le reste put échapper par la fuite. Nos troupes profitèrent de la victoire pour entrer dans Noula où elles firent prisonnier Tchoulouk.-

K'odzî Borken et Amoursana s'étaient dirigés vers l'ouest avec une troupe de deux mille cavaliers. Poursuivis de i)rès par les nôtres, ils ne purent éviter le combat qui fut long et sanglant; ils y perdirent leur étendard et leurs canons; trois cent quarante des leurs furent décapités. Amoursana put s'échapper à la faveur d'un déguisement. Chounn to na, qui, lors de son retour de l'ambassade dont il avait été chargé près d'Ablaï avait adressé un premier rapport à l'empereur, en adressa à ce moment un nouveau, relatant ce qui s'était passé. L'empereur lui ordonna de nouveau de se rendre auprès d'Ablaï pour porter ses ordres à ce dernier.

Pendant le septième mois (août) Chounn to na arriva à Bork'ardjoun, mais, arrêté dans sa marche par les K'azaks, il ne put aller plus loin; il se rendit alors au camp du maréchal K'atak'a. Celui-ci envoya le Djanak^ Sandoubou avec ses troupes contre les corps K'azaks. Sandoubou battit les troupes d'Ablaï au pied de la montagne Kaok'asalak où elles s'étaient établies, et trancha la tête à une centaine d'ennemis. Des chevaux et des provisions de toutes sortes tombèrent entre ses mains en grande quantité. Ablaï s'enfuit, poursuivi de près par les nôtres qui lui tuèrent encore une centaine d'hommes,

* Mot mongol qui signifie chef et viendrait du verbe djasak'o, commander, gouverner.

lui prirent deux cents chevaux et cent fusils, et firent prisonnier Djaohach : ainsi trois batailles furent autant de victoires.

L'armée arriva à Ichil : de sorte que les deux armées de Tartanga et de K'atak'a se trouvèrent réunies. Les deux K'azaks Loutchouk et Djaohach, qui avaient été faits prisonniers, eurent une entrevue avec les maréchaux et leur remirent une lettre d'Ablaï dans laquelle ce dernier manifestait le désir de faire sa soumission. Les maréchaux ordonnèrent de les mettre en liberté et les chargèrent de porter à Ablaï une lettre ainsi conçue:

«L'empereur nous a ordonné de détruire les rebelles: puisque vous avez suivi les rebelles, vous devriez donc mourir; mais si cependant il vous est possible de vous emparer d'Amoursana et de nous le livrer, vous pourrez compter parmi ses sujets.»

Ablaï sut qu'il avait été trompé par Amoursana : il voulut s'en emparer pour nous le livrer, et faire sa soumission complète, mais ses projets furent divulgués trop tôt : Amoursana vola une dizaine de chevaux k'azaks et s'enfuit de nouveau dans la Dzongarie.

Durant la vingt-deuxième année (1757), lorsque le maréchal Tchao 'Houeï et le ts'ann tsann Fou To^ firent une nouvelle campagne dans l'ouest, Amoursana s'enfuit de nouveau chez les K'azaks.

Le sixième mois (juillet) de la même année, Ablaï

* C'est au général Tchao 'HoueY et à son lieutenant Fou To que Ton doit la soumission de la Dzongarie et du Turkestan. Ts*ann Uann signifie secrétaire.

s'avança à la tête de trente mille hommes pour aider à s'emparer d'Amoursana : il envoya son frère cadet Aboul bis en avant-garde. Lorsqu'il rencontra nos troupes, il fit présent au maréchal et au ts'ann tsann d'un cheval à chacun et remit en même temps au maréchal une lettre dans laquelle il reconnaissait ses fautes et désirait vivre désormais sous les lois de la Chine. Tchao 'Houeï dépêcha un de ses officiers pour lui rendre réponse. Ablaï envoya un des chefs K'azaks, K'endzikor, offrir en présent quatre beaux chevaux, et prier le maréchal de vouloir bien accepter sa soumission. Il disait dans sa lettre :

«Depuis mes aïeux Ochem et Yanghir jusqu'à présent notre pays n'a pu recevoir la civilisation chinoise. Ce n'est qu'à présent que nous recevons les ordres de l*empereur qui daigne répandre ses bienfaits sur nos hordes habitant l'extrémité des frontières de son empire; moi et mes sujets ne savent comment en témoigner leur joie et leur allégresse. Nous n'avons plus d'admiration que pour la vertu de l'empereur. Moi, Ablaï, et tous les K'azaks qui composent ma horde, désirons ardemment recevoir la civilisation chinoise et être à jamais les sujets de l'empire du Milieu.»

L'empereur, auquel im rapport circonstancié fut adressé, enjoignit d'accepter la soumission d 'Ablaï et de sa horde. A l'automne, Ablaï envoya un ambassadeur présenter ses hommages à l'empereur dans sa villa de Pi chou chann\ Cet ambassadeur eut l'honneur d'être invité à

> Pi chou chann tchouang:, villa où Ton se retire pour se soustraire aux chaleurs de Tété, est le uom du palais impérial de Jéhol.

un festin dans le jardin de Ouann chou^ où il vit des feux d'artifices et des illuminations de toutes sortes.

S' étant soumis à nous, Ablaï voulut nous aider à nous emparer d'Amoursana : il dit à Chounn to na qu'il rencontra en route : « Moi et les K' azaks avons offensé l'empereur à cause d'Amoursana; mais nous nous reposons respectueusement sur son immense bonté et nous espérons n'être pas repoussés et devenir ses plus fidèles sujets. Nous désirons nous emparer d'Amoursana pour vous le livrer, peut-être pourrons-nous ainsi racheter nos fautes? Nous n'avons pas d'autre intention. Quant à Amoursana qui va chercher du secours chez les nations étrangères, c'est un malheureux : pourra- t-il continuer encore à vivre si réellement il y a une providence?» Ablaï donna en outre à Chounn to na une letti-e (passe-port) écrite en caractères Totoutchouk, pour que notre armée pût parcourir sans entraves le territoire des hordes k' azaks.

Ce même mois Ablaï voulut s'emparer d'Amom^sana à Artchadou, mais son projet ne réussit pas : Amoursana s'enfuit en Russie. Ablaï put cependant faire prisonniers deux chefs k' azaks qui avaient suivi le rebelle dans sa fuite, Oboudzi et Dzibak'an : il les livra à nos troupes. K'odzi Borken qui, lors de l'affaire de Noula, la vingt et unième année (1756), avait combattu nos troupes, et à cause de cela même avait pris la fuite, apprenant la soumission d' Ablaï, se concerta avec im autre chef de horde, K'ara baraf , et, à la tête de trente mille familles qui leur obéissaient à tous deux, vint à l'armée : «Nous

* Les dix mille arbres.

ne savons ni lire ni écrire, dit-il, aussi venons-nous en personne faire notre soumission.»

Le maréchal Tchao 'Houeï fit ouvrir sa tente, ordonna à K' odzi Borken de s'asseoir la face tournée vers l'orient, tandis que lui-même s'asseyait le visage tourné vers l'occident. Il fit dresser des tables où l'on plaça des animaux entiers prêts à être mangés; K'odzi Borken, suivant la coutume de ses compatriotes, ne commença le repas qu'après avoir invoqué ses fétiches, c Puisque je suis maintenant sujet de l'empereur, dit-il, est-ce que j'oserais trouver un prétexte pour ne pas manger?»

Une fois que le repas eut été terminé, on mena le chef k'azak voir les soldats s'exercer au tir de l'arc; il fut très effrayé quand il vit toutes les flèches qu'on lançait atteindre le but. Lorsqu'il fut sur le point de prendre congé, il s'engagea à nous aider à prendre Amoursana et il fit les neuf prosternations. Toute la horde de gauche fut ainsi soumise par nos armes.

Le cinquième mois de la vingt-troisième année (juin 1758), le chef de la horde k'azak de Baïdzikot, Baïbourak, suniommé le brave, fit prisonnier le rebelle Boukdjak'an; durant le sixième mois (juillet) le K'azak K'ardzin s'empara de l'Eleute K'ochdzi. Ces deux rebelles furent livrés à l'armée chinoise, chargés de chaînes et conduits à la capitale (Peking).

La vingt -quatrième année (1759) Ablaï envoya à la cour Oros Sourtong, fils de son frère aîné, et le chef Bekena. L'empereur les invita tous deux à un festin et leur permit d'assister à un examen d'archei-s

qu'il passa dans le jardin où l'on fait d'ordinaire ces exercices.

La vingt-cinquième année (17(iO)^ Ablaï envoya de nouveau un ambassadeur à la cour : celui-ci fut invité aux repas impériaux et eut la permission de visiter les jardins du palais. Un décret de l'empereur, rendu à cette occasion, ordonna à Ablaï de gouverner plus sévèrement sa horde et d'empêcher ses K'azaks de franchir la frontière pour venir chercher des pâturages.

Un décret de l'empereur, rendu le premier mois de la vingt - sixième année (février 1761), accorda leur pardon aux chefs k'azaks Batouk et Batour qui avaient infesté Vou léang haï \ Ces derniers accompagnèrent un ambassadeur d' Ablaï qui vint à la cour pendant le sixième mois (juillet). Des officiers de la garde impériale furent envoyés à Ouliyasoutaï pour défendre aux K' azaks d'y faire le commerce.

Pendant le deuxième mois de la vingt-septième année (mars 1762) le chef k'azak Aboulmambit envoya un ambassadeur. Comme l'empereur était allé à cette époque faire un voyage dans le sud, ceux-ci furent reçus au

* Il y &dan8 le texte -1-» ^ quinze : il faut évidemment lire ^ -j-* ^^

vingt-cinq. Le caractère .31 ^ ^^é omis dans Timpression.

' *%^M V^" 1^*»^ '»^^^*' ^" ^ ^ i^ ^ 1^ 'i^'^^t non Vou léang 'haï, est un district dépendant de J^ ^ 3|| ^^ -j^ Vou lîya sou taï habité par les tribus Ouriankaï et les Tourgout des monts T'ang: nou ; ce territoire est situé au nord de la tribu de SaYn NoYn, au nord-est du Kobdo. Vou li ya sou taï (Ouliyasoutaï) est dans le K'anat de Saïn Noïn, au nordrouest de la Sélenga. Le Tsiang tçiunn ou gouverneur militaire qui y réside a le titre spécial de ^ ^^ ^ Sll ^& W llnj: pienn tso fou tsiang tçiunn ou gouverneur des frontières.

palais temporaire de Yang tchéou*. L'empereur leur fit présent de chapeaux et de vêtements, et récompensa le K'azak K' aradoulouch qui avait ramené des Eleutes.

Le ts'ann tsann Akoueï^ avait fait prisonniers des K'azaks qui avaient franchi la frontière pour chercher des pâturages : il reçut Tordre de leur pardonner et de les mettre en liberté. Au cinquième mois (juin) fut abolie la prohibition faite aux K'azaks de commercer à Ouliyasoutaï, mais la contrebande demeura prohibée. Dans le courant du septième mois (août), l'empereur reçut aux chasses de Moulan un ambassadeur d'Ablaï qui était venu lui présenter les hommages de ce dernier, et lui fit donner un chapeau et des vêtements. Ou mor, officier qui accompagnait cet ambassadeur, reçut le titre d'officier de la garde impériale de la Porte de Tç ienn ts'ing: il lui fut enjoint d'aller s'établir en attendant à Hi avec sa famille.

Durant le troisième mois de la vingt-neuvième année (avril 1764) Aboulmambit envoya un ambassadeur à la cour. L'emi)ereur lui fit présent d'un chapeau et de vêtements. La trente-quatrième année, au mois de janvier

' te Wj Yang tchéou, alors ville du Tçianf nann. ^j^ 1^ Ching Unïy jmlaiM tenii)oraire, est le nom donné à toute résidence où Tempereur M*arréte durant ses voyances.

' AkoiicY a été le liéros d\ine sanglante campagne exécutée sousTç'ienn long contre les aborigènes Miao tseu. Il en a publié en 1781 le récit sous le titre «le ^ ^ 2p: ^ ^ ^ j|| -^ Pg: TçUrm Hng p'ir^ tmg léanîj Içinn tch*ouann fanjj lio, Stratagèmes employés d^ns la guerre contre les d(Mix Tç'inn tch'ouann (principautés Miao tseu), ouvrage publié par ordre impérial.

(février 1769), Aboul bis envoya à la cour son fils Djordzi. Dans le courant du troisième mois (avril) Ablaï envoya son fils Ouali Sourtong.

Au mois de janvier de la trente-huitième année (février 1773) le K'azak Borot succéda à son père Aboulmambit comme prince et envoya un ambassadeur. A la même époque le fils d' Ablaï, Djordzi, vint également à la cour. Au mois de janvier de la quarante-unième année (février 1776), Ablaï envoya un ambassadeur qui fut reçu et invité aux repas impériaux suivant les rites.

'Description physique.

Les K'azaks ont établi leur principal campement à Yéchils où se trouve la ville de K'osteng. Ce territoire s'étend du 46' 20' latitude nord, au 48' ; il s'étend du 32' longitude ouest de la capitale (Peking), au 37'. Il est au nord de la Dzongarie. De l'est à l'ouest il a mille li, et du sud au nord six cents.

De tous côtés ce pays est environné de montagnes dont les chaînes vont de l'ouest à l'est. Les montagnes de sa frontière méridionale sont, en se dirigeant vers l'est:

le P§ tiSt B ^ P|f 1[ i^ fP *iSt K^ara Barkk'ark'ai ola;

^^^î^%Wi^%^% K'arketou k'assalak;

ïe tL ^ ® ^ ^ tiSt ;^ Djaratou K'assalak;

^^Wi%^ Lekleng.

Au-delà de cette montagne sont les limites, de Dzir situé sur la frontière de la Dzongarie.

En continuant vers l'est on trouve:

le fP II ji6 ^ ff Odjo Tsinghiz; ^^^^^ii^ilif'^k'à ^^sin Characheptoï.

Au nord -ouest est le |^ ^ ^Ç g| J| Ark'oun

Sîri.

On trouve les limites d'Emir sur la frontière de la Dzongarie.

Si, partant du K'ara Barkk'ark'aï, on se dirige vers le nord-ouest, puis si l'on tourne à l'est, on rencontre le

)E ISf '^ ffl f|J tfc Eleimen ola où est située la source de l'Yéchil koul.

Au nord se trouvent le ^ f]| ^ @ Niyakdou, puis à l'est le ^ j^ ^ ^ H Nimonk'^dzilan ; au nord-est est situé le P|f ^ ï^ ^ ^ 0^ K' armagirk' a, puis à l'est le Q |g Bayan et le ^ 0^* ^ i^t ]^ Kao K'assalak où le maréchal K'atak'a battit Ablaï.

Au sud-est sont le |^ Q :^ ^ Abalar et Tarbagataï où la chaîne s'arrête.

Parmi tous les rivières qui prennent leur source dans ces diverses montagnes, les plus importantes sont:

le j^ ^ ^ @ |{{ |gf Djotortou koul, qui sort de la montagne K'ara Barkk'ark'aï; à l'est le ^ El 'ff i® ^ ^ ^ K^obachi Bortsir, puis ^eH^^^^^i^-^ K'assalak boulak, le ^ ^ P|f ^ ^ Bor Kadok, le ^^j^ Eteloun.

Au nord-est se trouve le ^"f J^ ^ Chénaga dont les sources nombreuses sont comme autant d'étoiles; puis à l'est Iç ^ )|^ K'oueï sou, le |^ ^ ^ @ Ardzitou, le H ^ ^ Ts'ing kis; au nord le |^ ;|)i|( Arin.

A l'est de ce dernier cours d'eau est le |^ Adzisou, puis à l'ouest le ^^ ^ @ Ourdou, le -^ Chorta, le ^ :fcfe ;^ g K^ anlak' aïtou , le H Santchar, et le ^ J^ ;^ ^ Djoukoulouk : une fois que l'on a traversé les montagnes, on trouve au sud-est les frontières du territoire de Tarbagataï.

La rivière qui est sur la frontière nord-ouest du territoire occupé par la horde des K'azaks de droite est le Yéchil. Le long de cette rivière, sur un espace de deux cents li dans la direction du nord-ouest se trouve le Gispolan (campement?) de printemps. Comme la température y est froide, le k'an y habite constamment durant les chaleurs de l'été. A partir de cet endroit le sol devient de plus en plus plat dans la direction de l'ouest : ce n'est qu'en deçà des frontières du territoire des K'azaks de gauche qu'il recommence à s'élever peu à peu et à former des collines.

Si l'on fait deux mille li dans la direction du nordouest on rencontre le '^ J5È ^ fP tfc 1*^^ ^^^ Q^î se trouve à l'extrémité sud-est du bassin du Talas koul :

c'est par là que l'on entre sur le territoire occupé par la horde des K'azaks de droite ^

* Après la section relative à l'histoire contemporaine les auteurs du Si you fou tché placent (Fordinaire des poésies faites par l'empereur, ou du moins à lui attribuées; comme ces poésies ne fournissent aucun détail nouveau et qu'elles paraîtraient déplacées à nos yeux au milieu d'une description géographique, nous les avons toutes supprimées.

Observations.

Sous les 'Hann le territoire des K'azaks fit partie du Si yu (Asie centrale). Les différents peuples dont parlent le Ché tçi et les Annales des 'Hann, tels que les Chiong nou (Huns) qui se trouvaient au nord, les Si nann y (barbares du sud-ouest) qui étaient au sud-ouest et les différents états du Si yu qui étaient situés à l'ouest, étaient excessivement éloignés.

Selon la tradition le territoire des hordes k'azaks aurait été le royaume de Ta yuann de l'antiquité. Or nous voyons dans le Ché tci que le royaume de Ta yuann avait des villes et des cités, ce qui s'accorde parfaitement avec la région actuelle où se trouvent Yarkand, Kacbgar et Tourtan, et non pas avec le territoii'c des K'azaks, qui, tout en étant sectateurs de Mahomet, n'en sont pas moins un peuple nomade; en cela ils ressemblent tout à fait aux BouroutsV

Le même ouvrage dit ensuite que le pays de Ta yuann produit du trèfle, des vignes et de magnifiques chevaux*.

> Le» Bourouts, peuple nomade sur lequel le Si yu Cou tché donne une notice dont on trouvera plus loin la traduction, sont les K'ara Kirgliiz ou Kirghiz noirs, que Ton appelle aussi Kirghiz sauvages. Remarquons en passant que le nom de Rirghiz-K'azaks a été donné, mais à tort, aux K'azaks. ,,.

' Le "S* 5q Mou siu est une espèce de trèfle : le Medicago êoUva selon Wells Williams; le fumeterre (fumaria) selon Pemy. La vig^ne, au dire des Chinois, n'est pas originaire de Pempirc du Milieu : elle a été importée du Ferghana, par le célèbre B^ ^| Tch*ang Tç'ienn, ministre de Vou ti, do la dynastie des *Hann (IP siècle av. J.-Cb.) qui fut envoyé en ambassade chez les H H^ Yué ti ou G êtes, fait prisonnier et retenu de longues années par les Chiong nou (Huns). L'ouvrage intitulé ga jl^

Or, non-seulement le pays des K'azaks produit de magnifiques chevaux, comme le pays de Ta yuann, mais encore quel est l'endroit des territoires des hordes du nord-ouest qui n'en produit pas? A l'époque des'Hann les royaumes de Ta yuann (Ferghana), des Ou sounn', de K'ang tçiu (Sogdiane), de Ann ts'aï (Alains), des Yué ti (Gètes) et de Yu tienn (K'oten), formaient le Si yu ou Asie centrale, mais parmi tous les royaumes

s. 'Harm Vou Uiéou ché dit à ce sujet : «Le pays de Ta yuann produit des vignes. L'envoyé des *Hann (Tehang Tç'ienn) en obtint des graines et les planta à son retour : puis il fit une liqueur avec les fruits. Cette liqueur avait un goût excessivement doux.» Le même fait se trouve rapporté dans nombre d'ouvrages historiques et botaniques. Les vignes du Ferghana furent de tout temps estimées. Nous lisons dans le Ché tçi de Sseu-ma Tçienn i^^^^^^m'ÊAMMM

ÏI^5:A^+^^|4'Ï'*'» habitants du pays de Ta yuann font du vin avec du raisin; les gens riches consenent dans leurs caves jusqu'à dix mille tann (boisseaux) de ce vin qui est encore bon au bout de dix années.» Le fait de faire du vin (en prenant ce mot dans le sens général de liqueur produite par la fermentation) avec du raisin est noté par rhistorien chinois, car alors, de même qu'aujourd'hui encore où ils ont du raisin, les Chinois ne faisaient leur vin qu'avec du riz ou du millet distillé.

Le nom donné à la vigne et au raisin par les Chinois est ^m ^ F*ou Cao, qui, au dire de la grande encyclopédie agricole Chéou ché t'ong k'aoy s'écrivait auti-efois ^ ;|d^ et ^S [^ (li\Te 63). Mais ce n'est pas là le seul nom donné au raisin : nous noterons les suivants parce qu'ils ne se trouvent pas dans les dictionnaires chinois-européens : ^E ^\^ Majou, (litt. lait de jument), et S9 ^ ^ *Héi Chouëi tsing (cristal noir), donnés tous deux dans le dictionnaire Tcheng tseu t*ong. L'encyclopédie japonaise, livre 90, section des -^ fruits, nous fournit les noms suivants : le raisin

rond s'appelle [^ f| ^ ^**«^ ^ ^hou; le long ,B| ^ ^ ^ Majou p' ou t'ao; le blanc 'JJC S ^ffl ^S Choueï taing p*ou t*ao, et le noir

* Les Ou sounn habitaient au nord dos Monts célestes, dans la Dzon-

garie actuelle.

c'était celui de Ta yuann qui remportait de beaucoup sur les autres par sa puissance et par sa richesse. A cette même époque les K'azaks devaient être l'un de ces états secondaires.

Le Ché tçi dit encore qu'au nord-est du pays de Ta yuann était le royaume des Ousounn et qu'au nord-est de Tourfan était le pays des Eleutes. Ce mot ousounn est mongol et signifie eau en cette langue. Les Eleutes sont nomades et vont là où ils peuvent trouver des pâturages pour leurs troupeaux; c'est ce que dit le Ché tçi : «Us suivent leurs troupeaux. Us ont les mêmes mœurs que les Chiong nou (Huns)». Or les K'azaks de nos jours sont au nord des Eleutes : ce n'est donc pas le même peuple. H est dit dans le Ché tçi qu'à l'est du Ta yuann sont les royaumes de Kann mi et de Yu tienn (K'oten): la prononciation du nom kann mi diffère peu de celle de 'Hami. Ce nom de :|î^ ^ Kann mi est écrit :|^f ^ Kann mi dans les Annales des 'Hann : on l'y trouve aussi sous la forme :f@, ^ Tçiu mi; le Ché tçi étant de beaucoup antérieur aux Annales des 'Hann, l'erreur contenue dans ce dernier ouvrage doit provenir d'une faute d'impression qui n'a pas été corrigée et elle a continué à se transmettre successivement. Quant à l'erreur d'avoir écrit Tçiu mi^ elle est encore bien plus grande.

De plus il y a peu de différence entre le son de ^ ^ et celui de ^ |g : mais l'une de ces deux manières d'écrire ce nom est évidemment une erreur. On ne peut rien affirmer au sujet de ^ ^. Quant au pays

de Yu rienn, il produit du jade; voilà ce que la tradition a rapporté sous toutes les dynasties. Le pays de 'Ho tienn (K'oten) de nos jours a des rivières dans la plupart desquelles on trouve du jade magnifique; ce doit être l'ancien Yu tienn. D'après cela il est évident que le pays de Ta yuann ne peut être le territoire qu'occupent les K'azaks.

n y en a d'autres qui ont considéré 'Hami comme l'ancien Y vou et ont donné comme preuves de cette assertion l'établissement de colonies militaii-es et la création de divisions administratives qui y furent faites sous les différentes dynasties ; comment donc ignoraient-ils que c'étaient les 'Hann qui avaient conquis Y vou, qui y avaient établi des colonies et mis des garnisons, et que Kann mi devait se trouver plus à l'ouest, plus près de Yu tienn (K'oten)?

A cette époque éloignée, les 'Hann et les étrangers ne parlaient pas la même langue et ne se comprenaient que difficilement : aussi les écrivains n'ont-ils pu éviter de commettre des erreurs dans leurs ouvrages. Aujourd'hui au contraire les officiers, aussi bien que les magistrats, parcourent en tous sens le Si yu, absolument comme s'ils voyageaient dans l'intérieur de la Chine. Aussi pouvons nous établir d'une façon certaine les différences, de quelque nature qu'elles soient, qui existent entre les anciens royaumes dont parle le Ché tçi^ tels que le Ta yuann, les Ou sounn, le K'ang tçiu, l'Ann ts'aï, les Yué ti, le Kann mi, le Yu tienn et les pays actuels des Eleutes, des K'azaks, des Bourouts, de

Yarkand, de Kachgar, lesquelles nous examinerons plus loin.

Quant aux royaumes qui, suivant les récits publiés sous les différentes dynasties, pouvaient metti'e sous les armes des centaines d'hommes, ils n'étaient certainement pas plus considérables que les petits territoires actuels de Saïrim et d'Aksou, situés au milieu des tribus mahométanes et qui sont gouvernés par vingt-et-un Angi (chefs). On appelait alors royaume tout territoire que gouvernait un seul chef.

Nous pouvons donc établir que les «trente-six royaumes du Si yu» dont parlent les Annales des 'Hann devaient comprendre les territoires occupes de nos jours par les Dzongars, les K'azaks et les ti'ibus mahométanes. Si l'on s'appuie sur le Ché tci et les Annales des 'Hann pour prouver quoi que ce soit, il faut remarquer que ni Sseu-ma Tçienn ni Pann Kou n'ont eux-mêmes été dans les régions qu'Us ont décrites, et que, lors bien même qu'ils y auraient été, ils n'auraient pu comprendre la langue des habitants, différente de la leur, et que par suite des erreurs n'ont pu manquer de se glisser dans leurs ouvrages.

Le pays habité par les K'azaks produit d'excellents chevaux, aussi serait-il, suivant la tradition, le Ta yuann de Tantiquité. iVlais, après avoir lu la préface du poème composé par l'empereur au sujet de la faveur accordée à un envoyé des K'azake de prendre part aux chasses impériales, et après avoir étudié la

question avec le soin le plus scrupuleux, nous trouvons que la contrée des K'azaks ne peut pas avoir été le Ta yuann.

Après avoir examiné attentivement les Instructions impériales, scruté les annales et les documents historiques, nous appuyant de plus sur la situation respective de ces deux états et nous basant sur les mœurs et les coutumes, nous sommes sûrs que le pays actuellement habité par les K'azaks a porté, sous les 'Hann, le nom de K'ang tçiu, et sous les T'ang celui de Tçié ka sseu. Nous avons tiré des Annales des extraits que nous plaçons ici.

Extraits des Annales sur le pays des K'azaks.

I. Extrait du Ché tçi. Description du Ta yuann. Le royaume de K'ang tçiu est à deux mille li environ de celui de Ta yuann; la population est nomade. Quatrevingts ou quatre-vingt-dix mille hommes sont en état de porter les armes. Ce pays est voisin du Ta yuann; il est petit. Au sud, il est sujet des Yué ti (Gètes), à l'ouest, des Chiong nou (Huns).

IL Extrait des Annales des 'Hann, Description du Si yu (Asie centrale). Le souverain du royaume de K'ang tçiu réside en hiver sur le territoire de Yo yué t'o, dans la ville de Taq pi tchenn.

Cet état est à deux mille trois cents li de Tch'ang ann^; il ne dépend pas du gouvernement général du

* Capitale (lu royaume des *Hann.

Si yii. On met sept jours pour se rendre à cheval au territoire de Yo yué t'o. Jusqu'à la résidence d'été du roi il y a neuf mille cent quatre li.

Le K'ang tçiu est à cinq mille cinq cent cinquante li de la résidence du gouverneur général du Si yu. A l'est, il est sujet des Chiong nou (Huns).

A l'époque de Cliuann ti\ des guerres éclatèrent entre cinq Tchenn yu- des Chiong nou (Huns) qui se disputaient le trône : les 'Hann firent élire le Tchenn yu 'Hou 'hann yé. Le Tchenn yu IPché tché en conçut du ressentiment et fit massacrer l'envoyé des 'Hann. Le royaume de K'ang tçiu mit obstacle à ses projets (contre les'Hann). A l'époque de Tch'eng ti^ le roi de K'ang tçiu envoya son fils porter tribut à la cour des 'Hann; mais lui-même se prévalant de son éloîgnement, et plongé dans l'orgueil, ne voulut pas avoir de relations avec les autres états. Ce fut seulement sous les 'Hann que l'on commença à avoir des relations suivies avec le pays de K'ang tçiu : il fut à la fin soumis et ne cessa plus d'en avoir.

Le petit Kounn mi* des Ou sounn. Pi yuann tché, frère cadet du général Mo tchenn, conçut le projet de tuer le grand Kounn mi : il se soumit au K'ang tçiu avec tous les siens au nombre de quatre-vingt mille,

* Chuann ti, des *Haiin, a régné de 73 à 48 av. J.-Ch.

2 BB -J- La prononciation du premier de ces deux caractères est tann, mais dans cette expression, qui est l'équivalent du mot k'an (roi) mongol, elle doit être ckenn.

3 Tch'enè ti, des 'Hann, a régné de 32 à 6 av. J.-Ch.

* Roi, souverain.

dans le dessein de lui demander des troupes : le K'ang tçiu soumit plus tard les deux Kounn mi.

in. Extrait du Oueï lio (Abrégé de l'histoire des Oueï), Description des Si jong. Le royaume du Ou y septentrional est au nord du K'ang tçiu; le royaume de Tçienn kounn est au nord-ouest du K'ang tçiu; le royaume de Ting ling est au nord du K'ang tçiu; le royaume de Tçienn kounn est au centre des deux autres. Il est à cinq mille li des six états de Tch'o clié qui s'en trouvent au sud.

IV. Extrait des Annales des T'ang, Description des 'Houeï 'ho (Ouïgours). Le pays de Tçié ka sseu est l'ancien état de Tçienn kounn. Le Tchenn yu Tché tché battit les Tçiemi kounn qui se trouvaient alors à sept mille li de sa résidence, et à cinq mille de Tch'o ché, et s'établit sur leur territoire : dans la suite on appela par erreur ce territoire Tçié kou, 'Ho kou et 'Ho ko sse. H était à trois mille li juste au nord-ouest des 'Houeï 'ho (Ouïgours) : à l'est il s'étendait jusqu'aux trois tribus des Mou ma T'ou tçué, nommées Tou po, Mi lié ko et Otché.

Le pays de Tçienn kounn était à l'origine pays frontière; son territoire était semblable à celui des T'ou tçué (Turcs). A l'est il touchait au Kou li oua, au sud au T'ou po, au sud-ouest au Ko lo lou.

La vingt-deuxième année Tcheng kouann ((548), ayant appris que le pays de T'ié lo s'était soumis, ce royaume

se liâta (V envoyer des ambassadeurs offrir en tribut des productions du pays. Son chef Tseu lî fa ché po tçiu a tsann vint en personne à la cour. L'empereur fit de cet état le gouvernement de Tçienn kounn, dépendant du gouvernement général de Yenn yann.

Sous le règne de Kao tsong (650 à 684) des envoyés de ce pays vinrent de nouveau à la cour; durant les années Tçing long (707 à 710) le tribut consista en productions du pays; quatre ambassades vinrent à la Cour sous le règne de Yuann tsong \

Durant les années Tç/ienn yuann (758 à 760) le kounn mi fut battu par les 'Houeï 'ho, et dès lors il cessa d'avoir des relations avec l'empire du Milieu. Dans la suite ce pays fut appelé par erreur en langue Tî * « Tçiè ka sseu» ce nom signifie en'Houeï 'ho «aux visages jaunesrouges »\ Il fut aussi appelé par erreur Ka ka sseu.

Observations.

Nous voyons dans la Description du Si yu donnée dans les Annales des 'Uann que les Ou sounn étaient limitrophes, à l'est, des Chiong nou (Huns), au nord-ouest, du K'ang tçiu, à l'ouest, du Ta yuann, au sud, des états sédentaires \ Etant limitrophes au nord-oitest du K'ang tçiu, ils touchaient également à l'ouest et au nord au

* Cet empereur a ré^né de 847 à SfiO.

2 3fe)l^ Ti était le nom d'une tribu à demi sauvage, habitant prés des sources du Houang 'ho. Les ;|[^ 3fe)l^ Ti seplejUrùmaux étaient une tribu de race scythîque.

3 ^S' ^t^ ^S 'llouaug: tch'é mieun.

* j^ ^ Q| par opposition aux >^ Q| états nomades.

même pays, aussi les Annales ne disent-elles pas à quel pays il était contigu au nord.

Les tribus mahométanes de nos jours sont les états sédentaires, dont nous venons de parler, situés au sud des Monts célestes. Les Dzongars actuels, qui sont au nord des Monts célestes et voisins au sud des tribus mahométanes sont les Ou sounn de l'époque des'Hann. Le territoire des K'azaks, qui comprend celui de la horde des K'azaks de gauche au nord des Dzongars, puis un peu à l'ouest celui des K'azaks de la droite qui est limitrophe du pays de Tachkend, tous deux ayant une étendue de deux mille li environ, et enfin, un peu au nord-ouest, les campements des K'azaks postérieurs, se trouve au nord et à l'ouest tout ensemble des Dzongars, et s'accorde parfaitement avec la description donnée par les Annales des 'Hann. La phrase «les Ou sounn sont voisins au nord et à l'ouest du K'ang tçiu» peut s'appliquer de nos jours aux hordes des K'azaks de la gauche et de la droite. Le Clié tçi et les Annales des 'Hann disent : «Le K'ang tçiu est voisin à l'est des Chiong nou (Huns) » ; les Annales des ' Hann disent encore : «Les Chiong nou tuèrent l'ambassadeur des 'Hann; ils furent arrêtés à l'ouest par les K'ang tçiu» et «les Ou sounn se soumirent au nord au K'ang tçiu» : Ces

citations prouvent clairement qu'à l'est du K'ang tçiu

étaient les Chiong nou, et qu'au sud du même pays étaient les Ou sounn.

La chaîne nord-est des Monts célestes actuels est l'ancienne frontière du territoire des Chiong nou de l'époque

des 'Hann. A l'ouest de cette chaîne sont : au nord, les K'azaks, au sud les Dzongars. C'est ce qui expliqué ces phrases des Annales des 'Hann : «Le K'ang tçîu est à l'est soumis aux Chiong non» — «les Chiong nou arrêtèrent à l'ouest les K'ung tçiu» — «les Ou sooim sont au nord voisins du K'ang tçiu.»

Le roi du K'ang tçiu habite en hiver le territoire de Lo yué t ' ; en été il a une autre résidence. Yenn Chékou* dit à ce sujet : «Le roi a des demeures diflferentes pour se soustraire aux froids de l'hiver et à la chaleur de l'été». Aujourd'hui encore, le K'an des K'azaks habite en été Yéchil, et en hiver Gousgous pantchar : on voit que c'est la même coutume. Sous les Tsinn et les Oueï les K'ang tçiu émigrèrent vers l'ouest : leur territoire est à présent celui de la horde des K'azaks de la gauche.

Quant à la situation du territoire des Tçié ka sseu, dont parlent les Annales des T'ang et qui était à l'ouest d'Y vou, sur le versant de la montagne blanche au nord de Yenn tçi*, elle semble ne pas s'accorder avec celle du pays des K'azaks : mais si nous examinons le texte primitif des Annales des T'ang, nous voyons que ce qui est appelé «pays situé à l'ouest d'Y vou, sur le versant de la montagne blanche», est tout simplement l'ancien territoire des Tçienn kounn; il doit donc former actuellement la frontière des Dzongars.

^ I® 010 "Af Yenn Ché-kou, qui vécut sous la dynastie des T'anJ, a laif«é un commentaire remarquable sur le *IIann Chou ou Annales des 'Hann.

2 Le Ê ^ BA Yenn tyi kouo est identifié avec le territoire actuel de K'arachar.

Quant à la région où vint s'établir le Tclienn yu Tché tché, lorsqu'après avoir battu les Tçîenu kounn, il émigra vers le nord-ouest, et qui était, du côté de Test, à sept mille li de la résidence du Tclienn yu, et du côté du sud, à cinq mille li de Tch'o ché, les renseignements que nous fournissent à son égard le Oueï lio et les Annales des T'ang sont à peu près identiques; il devait se trouver au nord de la Dzongarie actuelle, et il n'y a point de doute qu'il ne fût sur la frontière de la contrée habitée par les hordes K'azaks.

Nous voyons en outre que la tribu de Ko lo lou était au nord-est de l'actuel Ili, et que les hordes K'azaks étaient encore au nord-est du Ko lo lou : ce qui s'accorde parfaitement avec ce dire des Annales des T'ang que la région des Tçié ka sseu était, au sud-ouest, limitrophe du Ko lo lou.

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